Fertilisation des agrumes et alternatives à la pollinisation par les abeilles

Agrumes mûrs sur l'arbre

Le soin des agrumes est un art délicat qui nécessite de l'attention et de la précision, notamment en matière de fertilisation et de pollinisation. L'apport d'engrais est essentiel pour garantir une croissance saine et la production de fruits juteux et savoureux. Face au déclin sans précédent des abeilles, principal vecteur de pollen pour les agrumes, il devient crucial d'explorer des alternatives pour assurer la nouaison des fruits.

La culture des agrumes : de la graine au greffon

La culture des agrumes, tels que l'oranger ou le citronnier, débute souvent avec des considérations importantes concernant leur multiplication. Si les agrumiculteurs choisissent de cultiver un oranger à partir de graines, cet arbre ne pourra probablement pas produire de fruits avant 10 ans. De plus, un tel arbre sera sensible aux maladies. Ainsi, de nos jours, les orangers sont généralement multipliés par greffage. Cette méthode permet aux producteurs d'oranges de bénéficier d'une combinaison de deux tissus végétaux différents : le porte-greffe et le greffon. Le porte-greffe est un arbre mature et sain, pas forcément un oranger mais certainement un agrume, tandis que le greffon est la variété d'oranger désirée et très productive.

De cette façon, les producteurs d'oranges peuvent planter les orangers greffés, qui ont souvent un ou deux ans, et peuvent, généralement après 1 à 2 ans, récolter une production satisfaisante. Les arbres greffés sont plus résistants que les arbres « naturels », car les porte-greffes ont été sélectionnés en fonction de leur résistance au froid, à la chaleur et à diverses maladies (locales et universelles).

Les conditions essentielles à la floraison et à la fructification

Pour que les agrumes fleurissent et donnent des fruits, trois éléments essentiels sont requis : l'eau, les minéraux et une température adéquate.

L'importance de l'eau

Si une certaine sécheresse permet d'induire la floraison, les agrumes ont besoin d'eau dès le printemps pour produire les fruits, faire en sorte qu'ils grossissent puis qu'ils mûrissent. En période estivale, il convient de faire des arrosages copieux dès que le substrat s'assèche en surface, l'enracinement des agrumes étant superficiel. Il est préconisé d'arroser les agrumes cultivés en pot tous les 2 à 3 jours, mais cela peut varier en fonction de la température et de l'ensoleillement. L'été passé, la fréquence des arrosages diminue au risque d'asphyxier les racines, mais ne s'arrête pas. Il est crucial de ne jamais laisser d’eau stagner dans la soucoupe sous le pot.

La fertilisation : un apport régulier de nutriments

Engrais naturel pour agrumes

Les agrumes sont gourmands en nutriments et apprécient des apports réguliers. Si, hors période de fructification, les agrumes ont des besoins modérés, bien que réguliers, ils augmentent au moment de la floraison et lorsque les fleurs se transforment en fruits, après fécondation (nouaison). Cultivés en pleine terre, les arbustes trouvent la plupart des nutriments dont ils ont besoin dans le sol, plus ou moins suivant la nature du sol. Mais en pot, la fertilisation doit être régulière et bien dosée.

Les citronniers, orangers ou mandariniers ont besoin de nutriments précis comme l’azote, le potassium et le calcium. Un bon équilibre en calcium, magnésium et fer est indispensable pour éviter les carences. Les agrumes en pot disposent d’un volume de terre limité, ce qui rend les besoins nutritifs des agrumes en pot plus importants que ceux plantés en pleine terre. Ils nécessitent des apports fréquents en azote pour le feuillage, en potassium pour la floraison et en phosphore pour le développement des racines. Les agrumes en pot sont particulièrement sensibles au jaunissement des feuilles, souvent lié à un manque de fer. Le choix du substrat influence directement les besoins nutritifs des agrumes en pot. Un terreau drainant mais riche favorise l’assimilation des nutriments.

Il est préférable de privilégier des engrais équilibrés à action lente comportant suffisamment d'azote (pour l'induction florale via les feuilles, le rendement et la qualité des fruits) et de potassium qui favorise le développement des fleurs et des fruits. Dans le doute, un engrais « spécial agrumes » peut être utilisé. De la fin mars à septembre, et si l'arbre porte des fruits, il est conseillé d'effectuer un apport d'engrais un arrosage sur deux, en moyenne, tous les 15 jours. Sinon, un seul apport par mois suffit. L'hiver, jusqu'à fin février, la fertilisation doit être stoppée, mais pas les arrosages. Il est conseillé de toujours fertiliser sur un substrat humide pour améliorer l'assimilation des nutriments.

Les feuilles sont de bons indicateurs de l’équilibre nutritif. Un jaunissement, des taches ou une chute prématurée peuvent révéler une carence nutritive des agrumes ou, au contraire, un excès d’engrais. Il vaut mieux fertiliser en petites quantités plutôt que d’apporter trop d’un coup. Une fertilisation progressive des agrumes favorise une assimilation douce des nutriments et limite les risques de brûlure des racines. Les besoins varient selon la période de l’année et le développement de la plante. En phase de croissance, les apports doivent être adaptés, tandis qu’en repos végétatif ils doivent être fortement réduits.

Engrais naturels et faits maison pour agrumes

Opter pour un engrais agrumes maison permet de nourrir les plantes sans produits chimiques agressifs, respectant la vie du sol. Fabriquer son engrais maison pour agrumes coûte peu et valorise les déchets du quotidien comme les épluchures ou le marc de café.

  • Le marc de café est un ingrédient facile à récupérer et très apprécié dans un engrais naturel maison. Il apporte de l’azote, essentiel à la croissance des feuilles, et améliore la structure du sol.
  • Les coquilles d’œufs broyées sont une excellente source de calcium, un élément clé pour éviter certaines carences. Intégrées à un engrais maison, elles contribuent à renforcer les racines et à équilibrer le pH du sol. Associer le marc de café et les coquilles d’œufs permet d’obtenir un engrais naturel pour agrumes équilibré. Le marc apporte de l’azote pour le feuillage, tandis que les coquilles broyées fournissent du calcium.
  • Les épluchures de fruits et légumes, notamment celles riches en potassium, sont idéales pour fabriquer un engrais naturel maison. Une fois compostées ou macérées, elles libèrent progressivement leurs nutriments.
  • Les peaux de banane sont riches en potassium, un élément clé pour la floraison et la fructification. Une recette d’engrais maison pour agrumes consiste à faire macérer des peaux de banane dans de l’eau pendant 24 à 48 heures.
  • L’eau de compost, obtenue en diluant du compost mûr dans de l’eau, constitue un engrais maison agrumes très complet. Elle contient une grande variété de nutriments et de micro-organismes bénéfiques.
  • Le compost est une solution simple et durable pour nourrir les agrumes. Riche en matière organique, il améliore la structure du sol et libère progressivement les nutriments.
  • Issu de la transformation des déchets par les vers, le lombricompost est particulièrement adapté aux cultures en pot. Très riche et facilement assimilable, le lombricompost pour agrumes stimule la croissance sans risque de brûlure.
  • Les purins, comme ceux d’ortie ou de consoude, sont des extraits fermentés riches en minéraux. Un purin naturel pour agrumes renforce la vigueur des plantes et soutient la floraison.

Le dosage de l’engrais maison pour agrumes dépend de la recette utilisée. Les engrais liquides doivent être dilués pour éviter tout excès de nutriments, tandis que les engrais solides s’intègrent en petites quantités au substrat. La fréquence d’application de l’engrais agrumes varie selon la saison et la culture en pot ou en pleine terre. En période de croissance active, un apport toutes les deux à trois semaines est idéal. Le bon moment pour appliquer un engrais maison se situe principalement au printemps et en été, lorsque les agrumes sont en pleine activité.

Pour les engrais organiques du commerce, comme Bactériosol Agrumes, il est recommandé d'épandre à la volée et en surface 30g/m² autour de votre citronnier, à la frondaison des branches. Il convient également comme engrais naturel pour les citronniers en pot sur terreaux, permettant une alimentation régulière sans à coup de minéralisation évitant des stress importants qui nuisent à la production et qui sont souvent à l’origine de maladies.

La température pour l'induction florale

L'induction florale, ou le développement des fleurs, des agrumes n'est possible que si l'arbuste subit une période de « froid » minimale (15°C le jour et 5 à 8°C la nuit pendant 4 semaines) en hiver. C'est pour cela qu'il est déconseillé d'hiverner les agrumes à l'intérieur de la maison, dans une pièce chauffée.

La pollinisation des agrumes : un rôle crucial

Pourquoi les abeilles sont-elles indispensables ? - 1 jour, 1 question

Les agrumes sont des plantes autofertiles qui ne nécessitent pas de pollinisation croisée pour produire des fruits. Il n'est donc pas nécessaire de cultiver deux orangers pour produire des oranges : un seul suffit, du moment qu'il est visité par des pollinisateurs. Les abeilles sont certainement les plus importants vecteurs de pollen dans la pollinisation des agrumes, tandis que le vent et d'autres insectes pollinisateurs comme les thrips, ont peu d'importance. Bien que les fleurs d'oranger soient auto-fertiles et en principe, n'ont pas besoin des abeilles pour la pollinisation croisée et la nouaison des fruits, on a constaté que l'activité de pollinisation des abeilles fait augmenter considérablement la nouaison et la production de fruits. Selon une expérience, les orangers totalement isolés des abeilles ont donné une production égale à 35% de la production habituelle.

L'importance des pollinisateurs pour notre sécurité alimentaire ne peut être sous-estimée. Après les cochons et les vaches, les abeilles sont le troisième animal le plus important pour l’agriculture. Dans la mesure où 80% des espèces végétales, incluant les herbes sauvages, les arbres fruitiers, les cultures oléagineuses, protéagineuses, maraîchères, crucifères et alliacées, dépendent de la pollinisation, on prend rapidement conscience de leur rôle essentiel. Selon l’INRA, 80 % des cultures dans le monde dépendent directement des pollinisateurs, qui sont à plus de 90 % des abeilles domestiques et sauvages. Une abeille visite 50 à 100 fleurs lors d’un voyage de collecte. Sans ces petites bêtes, qu’elles soient sauvages ou domestiques, certains aliments seraient voués à disparaître.

Toutefois, dans des régions pauvres en pollinisateurs, si le temps est trop froid pour que les abeilles s'activent, ou si les agrumes sont cultivés à l'intérieur (véranda, serre froide, ou intérieur de la maison pour le calamondin), il est nécessaire de polliniser manuellement les fleurs des agrumes. Dans ce cas, il faut passer délicatement un pinceau sur les étamines, puis sur les pistils.

Alternatives à la pollinisation par les abeilles

Face au déclin inquiétant des populations d'abeilles, la recherche explore activement des méthodes de pollinisation alternatives pour les arbres fruitiers.

Les drones lanceurs de bulles de savon

Drone pollinisateur à bulles de savon

Une étude japonaise publiée le 17 juin dans la revue américaine iScience a révélé une technique prometteuse : des drones lançant des bulles de savon peuvent servir à polliniser des arbres fruitiers. Eijiro Miyako, professeur au Japan Advanced Institute of Science et auteur de l'étude, a travaillé pendant plusieurs années sur des robots pollinisateurs, mais ces derniers avaient tendance à écraser les fleurs. L'idée d'utiliser des bulles de savon lui est venue en jouant dans un parc avec son fils de trois ans.

M. Miyako et Xi Yang, co-auteur de l'étude, ont analysé des bulles de savon au microscope, confirmant qu'elles pouvaient transporter des grains de pollen. Les experts ont ensuite testé les effets de cinq agents de surface disponibles dans le commerce pour faire des bulles, notamment le lauramidopropyl bétaïne utilisé dans l'industrie cosmétique pour ses propriétés moussantes. Il s'est révélé la meilleure option pour la croissance du tube qui se développe à partir de chaque grain de pollen après son dépôt sur une fleur.

Ils ont mis la solution moussante dans une machine à bulles et projeté ces bulles chargées de pollen dans un verger de poiriers. Cette méthode, à raison de 2 000 grains de pollen par bulle, a permis de polliniser 95% des fleurs ciblées qui ont ensuite donné des fruits. Eijiro Miyako souligne que "cela a l'air un peu fantaisiste, mais la bulle de savon permet une pollinisation efficace et garantit des fruits d'une qualité équivalente à celle de la pollinisation manuelle conventionnelle".

Les chercheurs ont par la suite tourné leurs expérimentations vers le ciel, équipant un petit drone au parcours programmé avec un lanceur de bulles de savon. Cette fois les cibles étaient de faux lys, la saison de la floraison étant passée. Volant à deux mètres au-dessus du sol à une vitesse de deux mètres par seconde, l'engin a réussi à atteindre les plantes en plastique visées avec un taux de réussite de 90%. M. Miyako est actuellement en discussion avec une entreprise pour une future commercialisation de cette technique. Il ajoute cependant que la précision du robot peut encore être améliorée et qu'un ciblage automatisé des fleurs pourrait être ajouté. Cette étude est la première à explorer les propriétés des bulles de savon pour le transport du pollen et à envisager l'utilisation de drones autonomes.

Les osmies : des alliées précieuses pour le jardinier

Quand l’abeille domestique se fait rare, les osmies sont une solution pour la pollinisation des fruitiers. Dans votre jardin, offrir à ces abeilles solitaires le gîte et le couvert, sous forme d'hôtel à insectes et de fleurs, est un excellent moyen de les encourager. Les osmies, du genre Osmia, sont des espèces d’abeilles indigènes. Elles sont de véritables auxiliaires pour le jardinier, spécialisées dans la pollinisation des fruitiers, donc utiles pour améliorer la récolte de fruits. Elles sont fiables, faciles à élever, sans aucune agressivité, besogneuses et très efficaces.

Les osmies, représentées par 35 espèces en France, sont des abeilles maçonnes. Elles sont sauvages et solitaires. Plusieurs espèces d’osmies peuvent cohabiter dans votre jardin. Les plus précoces sortent de diapause (repos hivernal) tôt en saison, vers mi-mars ; elles ont besoin d’une température minimale pour s’activer de 6 °C. L’osmie se réveille tôt au printemps, s’accouple immédiatement et se met en quête d’un logis pour ses œufs. Elle pond dans des cavités ou galeries larges de 6 à 10 mm, tubulaires, plus ou moins longues. C’est une osmie qui parfois se niche dans les aérations des fenêtres. Une loge renfermant un œuf et de la nourriture mesure quelques centimètres. Rapidement, l’œuf éclot : la larve se développe à l’abri dans sa galerie, se nourrissant des réserves de pollen et de nectar, et devient une nymphe qui se transforme en abeille.

Hôtel à insectes pour osmies

La pollinisation par les abeilles domestiques devient de plus en plus aléatoire puisqu’elles sont décimées par les produits de traitement. L’osmie est attirée particulièrement par la famille des Rosacées (la majeure partie des fruitiers). De plus, cette abeille solitaire marque chaque fleur de phéromones lorsqu’elle y passe pour indiquer à ses congénères que la fleur a déjà été butinée, et qu’il est préférable de passer à la suivante. Nombre de vergers producteurs font appel aujourd’hui à des osmiculteurs, des producteurs d’osmies qui louent des osmies élevées.

Le nichoir à osmies est simplement une multitude de tubes ayant le bon diamètre. Ils seront orientés de manière à ce que leur ouverture soit dirigée vers le sud ou sud-ouest, et abrités des précipitations. Votre population d’osmies arrivera d’elle-même, bien que ça se vende également. Le temps de vie aérienne des osmies commence un peu avant l’épanouissement des arbres fruitiers et se poursuit après. Avant que les poiriers ou les pêchers ne fleurissent, les osmies déjà sorties doivent se nourrir, il faut donc veiller à ce qu’elles puissent profiter de fleurs épanouies sur toute la durée de leur vie : c’est la continuité alimentaire. Donc, plantez et laissez fleurir une grande diversité de végétaux : si c’est facile en mai-juin, c’est moins évident au mois de mars, où les fleurs se font plus rares. Individualistes, les osmies n’ont pas à défendre une ruche au prix de leur vie. En lien avec leur organe de ponte, les osmies femelles ont un dard, mais très peu de venin. Si quelques rares cas éventuels de piqûres ont été rapportés, elles étaient ressenties comme très peu douloureuses, et avaient eu lieu quand l’animal était coincé. Dans votre jardin, être actif et agir en faveur de la biodiversité est essentiel.

La taille des agrumes

La taille des agrumes n'est pas obligatoire pour les faire fructifier, sauf pour les clémentiniers qui ont tendance à produire beaucoup de feuilles et de bois. Il est toutefois possible d'éclaircir les rameaux pour diminuer la production de fruits mais en obtenir de plus gros, car plus nourris, mais ils n'en seront pas pour autant plus savoureux ou juteux. En revanche, il faut savoir qu'une taille sévère stimule la croissance végétative et épuise l’arbre au détriment du rendement et de la qualité des fruits. C'est pour cela qu'il est conseillé de tailler légèrement mais régulièrement les jeunes pousses en formation pour conserver un joli port en boule et ne pas être amené, un jour, à faire une coupe drastique.

Lutte naturelle contre les maladies et parasites

Les cochenilles et pucerons sont parmi les principaux ennemis des citronniers, s’attaquant aux feuilles et réduisant la production de fruits. Utiliser un traitement naturel comme le Savon noir Spray Agrumes, qui élimine ces parasites tout en respectant l’écosystème naturel, est une solution efficace. L'application consiste à pulvériser directement sur les feuilles infestées, en insistant sur le dessous des feuilles. En appliquant ces conseils et en choisissant des solutions naturelles pour nourrir et protéger vos citronniers, une croissance vigoureuse à votre arbre fruitier et une récolte abondante sont garanties.

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