L’art de la tonte : Entre nécessité biologique et éthique du bien-être animal

La tonte représente une étape charnière dans la vie des animaux à toison, qu’il s’agisse de chèvres Angora ou de moutons. Sachez que la journée de tonte est une des plus importantes de l’année. Nous en réalisons une en mars/avril et une seconde en septembre. La tonte de mars correspond à celle des chèvres Angora ET des moutons shetland (les moutons ne sont tondus qu’1 fois dans l’année). Au-delà de la récolte de fibres textiles, cet acte s'inscrit dans une gestion responsable du cheptel. Il est crucial de comprendre que, pour ces animaux domestiqués, la toison ne cesse de croître, transformant une protection naturelle en un fardeau potentiel si elle n'est pas gérée avec expertise.

Schéma illustrant le cycle de croissance de la toison chez les caprins et ovins domestiques

Les impératifs de la tonte : Santé et confort animal

La tonte favorise le bien-être des animaux. Au bout de 6 mois de pousse, les animaux ont bien besoin d’un petit rafraîchissement : une belle coupe pour entrer dans les bâtiments. Cette tonte nous permet de nous rendre compte de la santé des animaux avant qu’ils n’entament leur gestation et que l’hiver n’arrive. Est-ce que ce chevreau a bien grandi, est-ce que certaines chèvres n’ont pas des problèmes de parasites ?

Ne pas tondre certains animaux pourrait être interprété comme une forme de négligence et, parfois même, comme un acte de maltraitance. L'animal, pourvu d'une toison destinée à le protéger, peut souffrir d'un excès de poids ou de la prolifération de parasites externes si cette laine n'est pas retirée. La tonte, réalisée dans le respect de l’animal, n’est absolument pas douloureuse. Par ailleurs, tout au long de l’année, nous réalisons une tonte au ciseau des animaux : couper les parties souillées et éviter les infections. Nous réalisons aussi une coupe au ciseau sur des animaux qui ne supporteraient plus leur laine, par exemple en cas de fortes chaleurs.

Professionnalisme et technicité : La clé de la bientraitance

La tonte est une compétence qui s'apprend et se perfectionne. Pour cette journée, nous avons besoin d’aide pour manipuler les animaux, pour les brosser avant la tonte et pour commencer le tri. Vous aurez donc l’occasion de participer à l’ensemble de ces actions et rassurez-vous, c’est accessible à tout le monde, nous adaptons vos actions à vos capacités et envies.

Vous souhaitez apprendre à tondre ? Sachez que nous faisons appel à un tondeur professionnel, lui-même formateur et membre de l’association des tondeurs de mouton. Association qui propose elle-même des formations. Notre tondeur réalise quant à lui une tonte plus rapide grâce à une tondeuse électrique. Un bon tondeur ne frappe jamais un animal, sait rester ferme lors de la contention et parler à l’animal pour tenter de l’apaiser. La maîtrise de l’animal - qui doit avoir le moins peur possible - doit aller de pair, évidemment, avec la technicité, le geste sûr, la précision, la patience et la douceur du tondeur.

enfile bas et chaussette de contention

Les risques de la maltraitance industrielle

Il est nécessaire de distinguer la tonte artisanale, soucieuse du bien-être, des pratiques intensives. La pire situation, lors de la tonte des animaux, est celle qui est liée à leur contention, souvent défectueuse. Lorsque le tondeur est inexpérimenté, brutal, maladroit, trop pressé, ou qu’il est équipé d’un matériel inapproprié ou de mauvaise qualité, cela devient un calvaire pour l’animal et l’on peut alors, dans ces cas-là, parler de maltraitance, voire même, parfois, de véritables actes de cruauté.

Dans l'industrie mondiale du cachemire et du mohair, les enjeux sont différents. Pour le peignage et la tonte, les chèvres sont généralement maintenues longtemps fixées au sol et attachées - un stress énorme pour les animaux, notamment parce qu’ils ne sont généralement pas habitués au contact humain. C’est particulièrement pénible pour les chèvres en gestation; cette pratique peut même entraîner des dommages permanents aussi bien chez la mère que chez le chevreau à naître. Les travailleurs pressés par le temps ou inexpérimentés peuvent très facilement blesser les chèvres. Les chèvres ressortent souvent avec des blessures ouvertes (coupures) qui ne sont généralement ni soignées ni traitées contre la douleur.

Mutilations et conditions d'élevage : Un débat éthique mondial

Au-delà de la tonte, c'est l'ensemble du cycle de vie de l'animal qui interroge. À l’âge d’une semaine seulement, les chevreaux sont souvent écornés. Cette méthode est très douloureuse et peut avoir des conséquences mortelles. Les chevreaux mâles sont souvent castrés à l’aide d’anneaux en caoutchouc ou de pinces, ce qui entraîne des douleurs et des traumatismes pendant des jours, voire des semaines.

Dans le cas du mouton, la sélection génétique pour une production accrue de laine expose ces animaux à la myase. Afin de limiter les risques d’infection, de nombreux éleveurs pratiquent le “mulesing” : de larges bandes de peau sont découpées sur l’arrière-train, laissant leur chair à vif, sans obligation d’anesthésie. Le procédé en lui-même est très douloureux ainsi que la cicatrisation qui peut durer plus de 15 jours. Ces pratiques, dénoncées par des organisations comme PETA ou QUATRE PATTES, soulèvent des questions fondamentales sur la viabilité éthique de la production textile à grande échelle.

Infographie comparant les standards d'élevage éthiques et les pratiques industrielles intensives

L'impact environnemental et la responsabilité du consommateur

L’engouement pour le cachemire fait exploser la production, au détriment de l’environnement et des conditions de vie des éleveurs. En Mongolie, l’augmentation de la taille des troupeaux entraîne le surpâturage et accélère la désertification. Les espaces naturels reculent, et des espèces comme le léopard des neiges se retrouvent menacées. Rien qu’en Mongolie, plus de 7,4 millions d’animaux sont morts entre janvier et mai 2024 en raison de la rigueur de l’hiver, ce qui représente 11,5% de tous les animaux élevés dans le pays.

Face à ces constats, le consommateur dispose d'un pouvoir réel. Vous pouvez opter pour des alternatives telles que la viscose et le bambou, ou privilégier les vêtements de seconde main. Si vous choisissez néanmoins le cachemire, assurez-vous qu’il est certifié selon le Good Cashmere Standard (GCS). Mais n’oubliez pas que même avec ce standard, il existe toujours un risque de souffrance animale.

Vers une bientraitance généralisée

La tonte des animaux - souvent opportune et parfois nécessaire - devient alors véritablement, si elle a d’abord été un acte de bientraitance, un élément de bien-être, en tous points conforme à l’esprit et à la lettre de la reconnaissance des animaux comme êtres vivants doués de sensibilité. La question du bien-être animal gagne de plus en plus de terrain dans l’industrie de la mode.

Le respect de l'animal repose sur quelques éléments majeurs : avoir affaire à un opérateur expérimenté, qui maîtrise sa technique, en connaît tous les secrets, respecte les animaux qui lui sont confiés, utilise un matériel de qualité, connaît les difficultés de la tâche et sait en prévenir les risques. La dextérité du tondeur, la manipulation des animaux et la parfaite exécution de la tonte, sans éraflures ni blessures, sont les critères fondamentaux qui doivent prévaloir sur la simple vitesse d'exécution. En fin de compte, l'harmonie entre l'opérateur et l'animal est le seul indicateur fiable d'une pratique respectueuse de la dignité du vivant.

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