Stratégies avancées de gestion et traitement des pommes après récolte

La qualité exceptionnelle des fruits, perçue par le consommateur final, ne dépend pas uniquement des soins apportés au verger. Elle est le résultat d'une chaîne complexe d'interactions commençant bien avant la cueillette et se prolongeant jusqu'à la mise en marché. Les caractéristiques de qualité des fruits sont régies par certains facteurs intervenant avant leur récolte, principalement le climat, la nutrition et les bio-régulateurs des plantes ; ces deux derniers éléments peuvent facilement être manipulés pour aider le producteur. De même, certaines combinaisons de traitements après récolte sont aptes à maintenir la qualité des fruits pendant le stockage et la distribution. Il en résulte qu'il serait important d'adopter une approche globale permettant de combiner les pratiques avant ou après récolte en vue d'obtenir une qualité maximale et la satisfaction du consommateur.

Schéma illustrant le cycle de vie de la pomme, de la nutrition au verger jusqu'au stockage en atmosphère contrôlée

Influence des pratiques pré-récolte sur la conservation

L'approche de la qualité commence par une gestion rigoureuse des intrants minéraux et hormonaux. Diverses combinaisons d'éléments minéraux (calcium et bore) et de bio-régulateurs (acide salicylique et acide gibbérellique) ont été appliquées à des lots de pommes avant et après récolte pour étudier leur influence sur le comportement après récolte de ces fruits au cours d'un stockage de 60 jours dans des conditions ambiantes. Parmi les différents traitements essayés, les fruits traités soit avec de l'acide salicylique soit avec du calcium ont montré une amélioration significative de leurs caractéristiques physico-chimiques et leur taux d'infection a été réduit. Parmi tous les traitements testés, les combinaisons de produits chimiques appliquées avant et après récolte se sont avérées être les plus appropriées à une amélioration de la durée de conservation des pommes.

En parallèle, la gestion des maladies cryptogamiques, telles que les gloeosporioses (Neofabraea vagabunda), nécessite un positionnement précis des interventions. Les traitements sont positionnés 4 à 6 semaines avant la récolte, en fonction des pluies contaminatrices. La cueillette se fait à une maturité avancée (amidon > 7), puis les pommes sont conservées en froid normal sous bâche, à 3°C. Dans la perspective de l'arrêt dans les prochains mois du fludioxonil, un fongicide classé comme perturbateur endocrinien par l’Efsa, différentes pistes sont testées afin de maintenir un bon état de conservation des pommes en chambre froide.

Techniques de biocontrôle et alternatives minérales

Face à la réduction des solutions de synthèse, l'évaluation de produits de biocontrôle ou des produits alternatifs revêt une importance particulière dans ce contexte. Les produits de biocontrôle, à base de micro-organismes ou d’extraits végétaux, montrent une efficacité variable d’une année à l’autre, en raison de leur sensibilité au lessivage. Ils doivent être renouvelés après chaque cumul de 20 mm de pluie.

Les produits à base minérale, comme le soufre ou le cuivre, sont globalement plus efficaces. C’est le cas du polysulfure de calcium (Curatio) et l’argile sulfuré avec de l’extrait de prêle. Ils se démarquent depuis plusieurs années, sur les variétés cultivées en agriculture biologique ou même parfois sur des variétés de fin de saison produites en agriculture conventionnelle. Dans plusieurs essais, le Curatio, renouvelé tous les 20 mm de précipitations, montre un effet bénéfique, même s’il n’apporte pas la même protection qu’un fongicide de synthèse. Des produits comme le Noripro, composé de polymères siliconés, en « effet barrière » utilisés habituellement contre les insectes, sont plutôt encourageants.

Comparatif d'efficacité entre les fongicides de synthèse, le biocontrôle et les traitements minéraux

Pour les variétés de garde aux récoltes tardives, plus sensibles, l’enjeu est maintenant d’éviter les salissures des fruits par la maladie de la suie. Les préparations à base de bicarbonate de potassium offrent, si les traitements sont faits régulièrement, de 8 à 12 jours de répit jusqu’à 8 jours avant la récolte. Il faut pour cela utiliser du VitiSan en combinaison avec 3 l/ha de Cocana et d’Armicarb sans autres additifs. Si la pression infectieuse est forte, le court délai d’attente donne aussi la possibilité de traiter immédiatement après la première cueillette les fruits qui seraient encore fortement menacés. Le Myco-Sin est aussi le traitement bio le plus adéquat pour conjurer les fortes pertes dues aux maladies de conservation auxquelles on peut s’attendre en cette année plus qu’humide.

Méthodes physiques : la thermothérapie

Une autre solution pour conserver longtemps les pommes est la thermothérapie. Les pommes sont plongées dans un bain d’eau chaude à 49°C pendant deux minutes. Cette technique s’est développée dans quelques stations fruitières ces dernières années grâce à l’arrivée sur le marché de machines industrielles avec des débits de traitements adaptés à leur production. L’entreprise Crovara, par exemple, a conçu une machine de douchage à l’eau chaude. Cette solution est très efficace (50 à 90 %), voire plus que la chimie pour certaines variétés. Une différence d’efficacité apparaît selon la position des fruits : en haut, plus près de la douche, les pommes sont mieux protégées.

En revanche, cette technique est complexe à mettre en œuvre, elle nécessite beaucoup d’énergie et de temps. Et sur certaines variétés, une phytotoxicité apparaît sous forme de tâches lenticellaires sur la peau, de façon plus ou moins marquée selon les conditions d’application. Par exemple, sur Divine® Delcored (agriculture biologique), l’efficacité est de 70 %, contre 21,6 % pour le Blossom Protect® et 23,7 % du Curatio®, mais une phytotoxicité apparaît.

Protocoles de récolte et manipulation post-récolte

La qualité intrinsèque du fruit dépend énormément du moment et de la méthode de cueillette. La cueillette des pommes et des poires gagne à être faite tôt le matin, mais à condition que les fruits ne soient pas couverts de rosée ou humidifiés par le brouillard. Le fruit doit se détacher facilement de la branchette grâce à une légère torsion horizontale de la main qui tient le fruit. Afin de garantir une bonne conservation des pommes et des poires, il faut que tous les fruits sains soient déposés délicatement dans un contenant plat et aéré (cagette en bois par exemple) et sur un seul lit. Les fruits abimés par des piqûres d’insectes, habités par des vers ou tachés par une maladie ne seront pas entreposés avec les fruits sains. Il faut également éviter tous chocs ou blessures car la conservation des pommes ou poires talées ou abimées est réduite.

Récolte de pommes avec assistant de cueillette

Après la récolte, les traitements dits « post-récolte » visent à limiter le développement des moisissures et pourritures. Ces traitements sont généralement effectués chez l’entrepositaire. Les produits actifs utilisés sont des antiparasitaires et leur usage est régi par la Loi sur les produits antiparasitaires. Un traitement à la DPA (diphénylamine) sert à prévenir l’échaudure superficielle et devrait être exclusivement réservé aux cultivars présentant un risque de développer ce désordre. L’application par thermonébulisation est une technique améliorée consistant à vaporiser le produit pur fondu directement dans la chambre d’entreposage. Son utilisation réduit le risque de contamination bactériologique inhérent à l’utilisation de solutions de trempage et de douchage.

Régulation de la maturation et gestion des résidus

Le 1-MCP (1-méthylcyclopropène) est un régulateur végétal de synthèse qui agit comme inhibiteur de l’action et de la production de l’éthylène. C’est un composé volatil qui est utilisé après la récolte pour ralentir la maturation du fruit. Son utilisation permet d’augmenter la qualité et la fermeté des pommes mises en marché après une longue période d’entreposage. Généralement, les pommes sont traitées en chambre réfrigérée ou en chambre d’entreposage à atmosphère contrôlée, avant la mise en régime gazeux. Pour obtenir des résultats satisfaisants, les fruits doivent être récoltés avant qu’ils n’aient atteint leur pic de respiration climactérique. Ils doivent ensuite être traités le plus tôt possible après la récolte. L’utilisation du 1-MCP peut augmenter le risque de brunissement vasculaire et d’altérations dues au CO2 car ces désordres sont liés à un manque de maturation des fruits.

Concernant les fongicides, au Canada, deux produits sont homologués pour le traitement en post-récolte : le thiabendazole et le fludioxonil. Ces produits sont utilisés en solution par trempage ou en douchage. Le renouvellement fréquent de la solution en assure la propreté ainsi que le maintien de la concentration voulue. Afin de réduire le volume du résidu des solutions de trempage et de douchage, il est recommandé de recycler la solution pendant une même opération. Toutefois, la constitution d’un résidu de solution usagée inutilisable est inévitable. Ce résidu ne doit pas être déversé sur des terrains vagues ou des terres inutilisées, des cours d’eau ou plans d’eau, ni jeté à l’égout sanitaire ou pluvial. Les surplus de solutions inutilisables doivent être éliminés par des entreprises spécialisées.

Considérations réglementaires et commerciales

Dans le commerce, les additifs appliqués après récolte (dont les cires) disposent d’un code qui commence avec la lettre E associé à un numéro qui apparaît souvent sur les étiquettes. Certains opérateurs mettent en avant l’absence de traitement après récolte, avec la mention « non traité après récolte », ce qui est à vocation commerciale, et non réglementaire. Pour les produits soumis à norme spécifique, si la mention d’un traitement apparaît sur l’étiquette du colis, le nom doit être retranscrit sur le pancartage.

Exemple d'étiquetage conforme aux normes européennes pour les fruits traités en post-récolte

Il est impératif de souligner que le traitement antigerminatif sur pommes de terre n’est pas systématique ; il ne s’avère pas utile pour les pommes de terre « primeur » et « nouvelle récolte », commercialisées rapidement après la récolte. En revanche ce traitement s’impose souvent quand le stockage des tubercules dure plusieurs mois. La gestion responsable de ces substances, qu'il s'agisse de fongicides de synthèse ou de solutions alternatives, demeure le pilier central de la pérennité de la filière arboricole, garantissant à la fois la sécurité sanitaire et la qualité organoleptique recherchée par le consommateur tout au long de l'hiver.

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