La Tour-du-Pin et l'Élan de la Permaculture et du Tri des Déchets : Une Approche Intégrée

La Tour-du-Pin, ville dynamique du Nord-Isère, se positionne comme un acteur engagé dans les démarches environnementales et la promotion de modes de vie durables. Entre expérimentations innovantes en matière de gestion des biodéchets et initiatives de revitalisation urbaine intégrant des préoccupations écologiques, la commune et ses environs illustrent une volonté de s'inscrire dans une transition écologique. La permaculture, bien que parfois sujette à diverses interprétations, trouve également son écho localement, notamment à travers des projets éducatifs et des initiatives individuelles qui soulignent l'importance du respect de la biodiversité et des cycles naturels.

Plan de La Tour-du-Pin montrant les zones d'expérimentation du tri des biodéchets

La Gestion des Biodéchets : Une Expérimentation Pionnière à La Tour-du-Pin

Face à l'augmentation de la taxe générale sur les activités polluantes et l'impératif réglementaire imposant une solution de tri des déchets pour tous les foyers d'ici fin 2023, La Tour-du-Pin, avec le soutien du Sictom de la région de Morestel et de la municipalité, a lancé une expérimentation d'envergure. Depuis la mi-janvier, des ambassadeurs du tri sillonnent la ville pour sensibiliser les 2 500 foyers ciblés, principalement en centre-ville et dans les résidences collectives dépourvues d'espaces verts, à la collecte séparée de leurs déchets alimentaires en vue de les transformer en compost. Cette démarche vise à valoriser ces biodéchets, composés à environ 80% d'eau, qui n'ont que peu d'intérêt à être incinérés au niveau de la production d'énergie.

L'accueil des habitants de La Tour-du-Pin est particulièrement favorable, avec moins de 20% de refus, souvent motivés par des pratiques de valorisation déjà en place, comme le compostage individuel, le compostage partagé ou l'utilisation d'un lombricompost. Beaucoup d'habitants attendaient ce service, dérangés à l'idée de jeter de la nourriture à la poubelle. Nathalie, résidente d'un immeuble HLM du quartier des Dauphins, exprime son intérêt : "ça m'intéresse parce que des fois il y a beaucoup de restes de pain, les fruits, n'importe, ça va à la poubelle." Ce nouveau système implique un peu plus de discipline en cuisine et une courte marche pour vider le seau dans les points d'apport volontaire de bio-déchets installés en centre-ville, mais les participants s'adaptent sans difficulté. Le compost ainsi produit est ensuite utilisé par des agriculteurs locaux pour "nourrir" leurs champs et parcelles, soulignant une économie circulaire vertueuse. Isabelle Girerd-Martin, la directrice du Sictom, souligne l'avantage économique de cette approche, le compostage coûtant deux fois moins cher que l'incinération, un écart qui ne fera que s'accroître avec l'augmentation de la taxe d'ici 2025.

Guide de tri des biodéchets

L'expérimentation, qui doit durer jusqu'à la fin de l'année, a pour objectif d'identifier le fonctionnement le plus adapté, notamment en définissant les fréquences de collecte et de nettoyage des bacs, et en testant différents matériels. Fort de ce succès, le syndicat envisage de développer ce service dans une dizaine de centres-bourgs des communes dont il a la charge, avec une couverture élargie à 95 communes et 150 000 habitants l'an prochain. Parallèlement, en milieu rural, l'incitation à l'équipement en composteurs individuels se poursuivra, avec un objectif de 8 000 sur trois ans, et le développement du compostage partagé sera renforcé.

La Permaculture : Une Philosophie en Évolution dans la Région

La permaculture, souvent perçue comme une technique de jardinage, est en réalité une philosophie de conception de systèmes agricoles durables, inspirée des écosystèmes naturels. Julien Givord, fondateur du Potager de Dantonnière au Mottier, cultive son jardin en permaculture depuis cinq ans. Il préfère employer le terme "écoculture en collaboration avec la nature", soulignant la vision parfois réductrice et l'usage simpliste du terme en France, qui se limite souvent à certaines pratiques. Pour lui, la permaculture est une démarche plus profonde, où chaque jardinier peut avoir sa propre définition et application.

Schéma des principes de la permaculture

Les principes fondamentaux de Julien Givord s'articulent autour du biomimétisme et du respect de la biodiversité. Cela implique "de lâcher prise, d'accueillir les parasites, les alliés, les nuisibles…", une approche qui contraste avec les méthodes agricoles conventionnelles. Sur son terrain, les plantations sont denses et diversifiées, des haies d'arbres fruitiers côtoient des légumes au sol, et différentes variétés sont mélangées. Cette diversité a pour effet de "casser les cycles d'invasion" des insectes, contribuant ainsi à un équilibre écologique. Proteger et nourrir le sol est un axe central de cette démarche, qui vise à créer des écosystèmes résilients et productifs sans recourir à des intrants chimiques.

L'Engagement du Lycée Horticole de La Tour-du-Pin : Un Pôle d'Innovation et de Formation

Le lycée horticole de La Tour-du-Pin se distingue par son dynamisme et son engagement dans des projets innovants, formant la prochaine génération d'acteurs de la transition écologique. L'exploitation du lycée est un véritable laboratoire de découvertes, avec de nombreuses réalisations et projets en cours, impliquant différentes filières et favorisant l'insertion scolaire et professionnelle.

Dans les serres et les parcelles attenantes, les productions horticoles sont diversifiées. Une zone maraîchère en Agriculture Biologique de 600 m² est gérée avec les CAPA MA (métiers de l'agriculture). Des serres de 1000 m² sont dédiées à la production de plants maraîchers en AB, vendus aux particuliers et maraîchers locaux. En outre, 3000 m² de serres sont consacrés aux plantes en pots et aux jardinières pour la commune. Deux serres sont également utilisées en partenariat avec horticolor édition pour la réalisation de photos de plus de 100 variétés. Une haie de plantes horticoles diversifiées, plantée en 2004, entoure le site, servant de support pour des travaux pratiques de taille et de gestion des volumes. Le site est en "zéro phyto" à l'extérieur des serres, et l'irrigation est assurée par la collecte de l'eau pluviale, complétée par un forage. La problématique énergétique, avec un chauffage au gaz, est actuellement en questionnement en raison des charges importantes.

Serres du lycée horticole de La Tour-du-Pin

Les élèves sont fortement mobilisés et acteurs de leur formation. Chaque lundi, une réunion d'exploitation permet de planifier les travaux de cinq élèves en "permanence exploitation", un groupe "multi-classes" où les terminales encadrent les plus jeunes. Pour valoriser leur implication, une tenue distinctive (gilet vert) leur est fournie. La proviseure du lycée encourage les actions pluridisciplinaires pour décloisonner les filières. Dans les serres, les élèves participent activement aux lâchers d'auxiliaires pour la Protection Biologique Intégrée (PBI). Ne pouvant produire leurs propres auxiliaires en raison de verrous d'accès aux protocoles, les jeunes se sont orientés vers la production d'herbe à chat, un projet associant les trois baccalauréats professionnels (production horticole, vente et animalerie).

Paul Declerck, enseignant en technique horticole, précise qu'un verger maraîcher a été planté il y a un an avec 10 arbres fruitiers de variétés anciennes. L'arrosage est installé et des cultures de mâches, épinards et chicorées sont en place, bien que des solutions soient encore recherchées pour la gestion des adventices pendant l'été. Un autre projet en cours est l'installation d'une toiture végétalisée avec production de sedum et de pieds mères de Sympervivum (joubarbe). Ce projet servira de vitrine et, si concluant, contribuera à diversifier les plants vendus par l'exploitation. D'autres projets de diversification sont envisagés, comme la production de plants permettant de produire des extraits à vocation phytosanitaire, en s'inspirant des méthodes alternatives d'Éric Petiot.

Partenariats et Projets Futurs au Lycée Horticole

Le lycée horticole de La Tour-du-Pin développe de nombreux partenariats. Une plateforme de compostage est en fonctionnement grâce à des conventions avec la mairie et l'entreprise Bigallet, productrice de sirops, qui y dépose ses déchets organiques. Le compostage des déchets verts et des résidus de presse est géré par l'exploitation avec le soutien d'un agent technique du lycée et d'un enseignant d'agroéquipement et ses élèves.

Pour des économies d'énergie, un test de "serre bioclimatique" intégrant un projet de kit "low-cost" avec des gaines à dérouler sous les tables est en cours d'élaboration. Cette étude est menée avec le RATHO, une station régionale de l'institut ASTREDHOR, dans le cadre d'un projet qui reste à financer. À plus long terme, une réflexion est en cours pour participer à la stratégie de territoire sur un projet climatique et alimentaire avec la communauté de communes et la cuisine départementale, en créant une plateforme de maraîchage bio sur 4,5 hectares, à proximité de l'établissement.

La salle de vente du lycée, ouverte tous les jours de la semaine et le samedi matin, est un espace dynamique où les élèves s'investissent pleinement. Après validation de la thématique par la directrice d'exploitation, les élèves décorent le magasin dans le cadre d'activités pluridisciplinaires "animation et théâtralisation d'un point de vente". Les contes étaient par exemple à l'honneur pour l'automne 2019. De nombreux habitués viennent commander et choisir leurs chrysanthèmes bien avant la Toussaint, et peuvent même suivre leur croissance avant l'achat définitif. Les clients ont également bénéficié d'une exposition mycologique organisée par une association locale.

Exemple d'une toiture végétalisée

La Revitalisation de La Tour-du-Pin : Le Programme "Petites Villes de Demain"

La Tour-du-Pin est également au cœur d'un vaste programme de revitalisation, le programme "Petites Villes de demain". Ce dispositif vise à fournir aux communes de moins de 20 000 habitants et à leur intercommunalité les moyens, les outils, les connaissances et les partenaires nécessaires pour définir et mettre en œuvre un projet de revitalisation personnalisé. L'objectif est de transformer ces "petites centralités" en villes dynamiques, agréables à vivre et respectueuses de l'environnement, en offrant à chaque commune un cadre d'action adapté à ses enjeux et ses particularités.

Le vendredi 16 avril, la Sous-Préfète de l'arrondissement de La Tour-du-Pin, Caroline Gadou, la Présidente de la Communauté de communes Les Vals du Dauphiné, Magali Guillot, et l'Adjoint de La Tour-du-Pin, Alain Gentils, représentant le Maire, Fabien Rajon, ont signé la convention d'adhésion de La Tour-du-Pin à ce programme. Le Président du Département de l'Isère, Jean-Pierre Barbier, était excusé. La Communauté de Communes, en tant que "bras droit des communes et intermédiaire de l'état", accompagnera La Tour-du-Pin en s'appuyant sur ses compétences propres, s'engageant notamment dans la rénovation de l'habitat, le développement économique, la qualité des services à la population et l'amélioration de la mobilité. Pont-de-Beauvoisin bénéficiera également de ce programme, présentant une situation et des enjeux similaires à ceux de La Tour-du-Pin, caractérisée par une perte de vitesse et un besoin de relance efficace et transversale.

Magali Guillot a remercié les services de l'État pour avoir soutenu la labellisation France Services sur La Tour-du-Pin, enrichissant ainsi le territoire d'un nouveau point d'accueil dans une ville à dynamiser. Alain Gentils a salué le chemin parcouru depuis les premières réflexions d'octobre 2019 sur ces projets de rénovation des cœurs de ville, soulignant le travail énorme derrière cette convention, qui permet aujourd'hui d'aboutir à des opérations concrètes. Cette coopération entre les services de la Ville, de l'Intercommunalité et de l'État est jugée essentielle. Pour La Tour-du-Pin, cette aide complète et adaptée est destinée à accélérer le projet de territoire de la commune, en en faisant une centralité forte du Nord-Isère et un moteur de développement des Vals du Dauphiné. Le programme devra apporter des moyens concrets, en ingénierie et financiers, à la réalisation de ces ambitions.

Parmi les grands défis et le besoin de revitalisation, une réponse solide et tournée vers l'avenir doit être apportée aux attentes des habitants et des entreprises commerciales et artisanales du territoire. Un projet d'embellissement du centre-ville sera mené, correspondant à la grande ambition du mandat actuel. Il prévoit notamment de privilégier la circulation piétonne en centre-ville, d'harmoniser esthétiquement les places Carnot, Viricel, Nation et A. Dubost dans l'utilisation des matériaux et la mise en place de jardinières. Des travaux de rénovation de deux places et trois rues de l'hypercentre sont également au programme, ainsi que la remise en fonctionnement de deux fontaines et la création d'une nouvelle fontaine en circuits fermés. Enfin, l'installation de la Maison France Service dans le centre-ville de La Tour-du-Pin, à l'initiative de l'intercommunalité, illustre la volonté d'améliorer la qualité des services à la population sur le territoire.

Ces initiatives démontrent l'engagement de La Tour-du-Pin et de ses partenaires dans une démarche globale de développement durable, intégrant à la fois la gestion des déchets, la promotion de pratiques agricoles respectueuses de l'environnement et la revitalisation urbaine.

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