Le tigre du platane : une dentelle vivante au cœur de nos cités

Presque un an après la psychose des punaises de lit, le tigre du platane fait à son tour parler de lui. Appartenant à la même famille, petit (3 mm de long), il est reconnaissable grâce à ses ailes très alvéolées et bossues, transparentes et tachetées de brun qui lui donne un aspect de dentelle, décrit Ennaloël Mateo-Espada, entomologiste à l'Opie. Le tigre du platane (Corythucha ciliata) est un insecte piqueur-suceur volant peu connu et particulièrement discret, car il est transparent et minuscule. Il possède des ailes membraneuses et blanches - quasiment translucides - faisant penser à de la dentelle. Son extravagante robe de dentelle blanche se compose précisément de deux hémélytres, les ailes antérieures partiellement sclérifiées, qui recouvrent les ailes postérieures membraneuses permettant à l'insecte de voler ; du pronotum, plaque de l'exosquelette ou sclérite qui recouvre le premier segment du thorax, et qui se caractérise par la présence d'expansions foliacées qui le font ressembler à un casque de samouraï. Ces parties sont entièrement réticulées, d'où cet aspect de dentelle ou de guipure.

Gros plan sur la structure réticulée des ailes du tigre du platane évoquant la dentelle

Origine et expansion géographique

Introduit en Italie en 1964, le tigre du platane a été observé dix ans plus tard en France et a donc quelques années de présence derrière lui. Cet insecte est d'abord apparu en Amérique du Nord, aux États-Unis, en Italie dans les années 1960, puis dans le sud de la France (Antibes) dans les années 1970. Le Tigre du platane, Corythucha ciliata, est originaire d’Amérique du Nord où il est présent dans l’est des États-Unis et du Canada. Depuis le début des années 2000, il est particulièrement présent en Île-de-France car le platane est l'arbre d'alignement le plus représenté dans les villes. Aujourd'hui, il s'est répandu un peu partout dans le monde : Europe, Russie, Chine. Sa propagation est facilitée par l'activité humaine, en particulier les véhicules le long des principaux axes de transport.

Biologie et cycle de vie : une prolifération dépendante de l'hôte

La chaleur, l'humidité et les platanes jouent sur leur prolifération. "On va donc le retrouver partout où il y a ces arbres, donc dans les villes, à Paris comme ailleurs. Je vous confirme qu'il y en a ici à Montpellier", détaille l'entomologiste. En 2023, Socialter dénombrait notamment 80 000 platanes dans l’ensemble de la métropole strasbourgeoise, et plus de 40 000 à Paris. Et selon paris.viarbre.fr, mis à jour chaque semaine par les données de la mairie de Paris, les platanes sont bien l’essence la plus présente dans la capitale (22%). Dans les Hauts-de-Seine, ils représentent à eux seuls 39 % du patrimoine arboré. "Ce sont la chaleur, l'humidité et la présence de nourriture qui vont jouer sur leur prolifération et leur développement", détaille Ennaloël Mateo-Espada. Sa nourriture de prédilection ? La sève des feuilles de platanes, exclusivement.

Lorsque les beaux jours arrivent, la femelle pond entre 200 et 300 œufs sur les feuilles et prolifère. Les œufs sont en forme de tonneau et mesurent environ 0,17 mm de largeur et 0,5 mm de longueur. Ils se collent à la face inférieure des feuilles. Il existe 5 stades larvaires. Tous sont équipés de piquants le long des bords du corps et de la tête, ainsi que sur le dos à plusieurs endroits. Les nymphes se regroupent autour des nervures principales de la feuille sur sa partie inférieure, vers le pétiole. Les nymphes et les adultes qui se nourrissent déposent des gouttes sombres d’excrément (miellat) sur la face inférieure des feuilles infestées. Pendant l'hiver, les adultes cherchent refuge sous l’écorce des platanes et peuvent supporter des températures atteignant -10 °C.

Tigre du platane : c'est quoi ce petit insecte qui pique les Franciliens cet été ?

Nuisibilité pour l'arbre et l'environnement urbain

Le tigre du platane cause des dommages avant tout esthétiques car ils rongent les feuilles du platane. Il affaiblit l'arbre et l'expose à des maladies et des champignons. Le miellat collant qu'il produit peut se retrouver sur les vêtements, les cheveux, le mobilier d'extérieur, les pare-brise et carrosseries des voitures. Les déjections sont également sucrées, lorsqu’elles tapissent le feuillage, elles forment un terreau favorable au développement d’un champignon noir : la fumagine. Les orifices respiratoires se retrouvent bouchés ce qui empêche le bon fonctionnement de la plante. Une infestation d'une telle importance conduit au jaunissement de la feuille et à l’abscission prématurée de la feuille.

Interaction avec l'homme : démangeaisons et idées reçues

Heureusement, sans danger pour l'homme : "Leurs piqûres peuvent être un peu désagréables et légèrement gratter. On peut apaiser les démangeaisons avec des crèmes à base d'huile essentielle, ou un antihistaminique comme Apaisyl. Aucune punaise ne transmet de maladie en France", assure l'entomologiste. Cette petite bête est discrète, elle pique sans bruit et provoque des petits boutons rouges, ressemblant à des petites piqûres de punaise de lit. Ils peuvent se poser sur nous et rentrer dans les habitations pour y chercher en vain de la nourriture si trop d'individus accaparent déjà un platane, mais ne vont pas y rester. Sauf l'hiver, dans les anfractuosités des habitations mais sans jamais les infester. Pour le moment, aucun cas d'allergie au tigre du platane n'a été recensé. Aucun traitement n'est en théorie nécessaire.

Schéma illustrant les zones de piqûres potentielles et les réflexes à adopter

Stratégies de lutte et gestion du patrimoine arboré

Le Département ne réalise plus de traitement chimique depuis 2007 et recherche des solutions respectueuses de l’environnement. Les produits chimiques sont potentiellement dangereux pour l’homme, ils détruisent les insectes utiles, ils polluent les nappes d’eau et les cours d’eau, ils sont difficiles à pulvériser sur l’ensemble de l’arbre, ils sont chers à mettre en œuvre. Ces dernières années, différentes actions alternatives ont été menées pour lutter contre le tigre du platane. Les troncs des arbres ont été traités avec des produits biologiques à base de micro nématodes, des lâchers d’auxiliaires comme des chrysopes ont été réalisés dans les houppiers des arbres. D’autres alternatives sont réalisées comme la pulvérisation d’eau à haute-pression sur le tronc des arbres pour déloger les insectes qui se trouvent sous les écorces et les exposer aux températures hivernales, le traitement à base d’huile végétale, la diversification des plantations avec de nouvelles essences d’arbres, la plantation de végétation hôte favorisant les insectes auxiliaires, la pratique de la taille douce.

Les nématodes Sf sont de petits vers plats invisibles à l’œil nu qui parasitent les insectes. L’utilisation d’insectes auxiliaires tels que les larves de chrysopes anti-tigres est également une piste. Le Conseil Départemental des Hauts-de-Seine est à l’écoute des avancées de la recherche et échange avec les organismes de protection des végétaux et d’autres collectivités territoriales pour trouver les meilleures solutions de lutte contre ce parasite. Bien implanté en France, cet insecte décolore les feuilles des platanes mais ne tue pas l'arbre. Des espèces de punaises réticulées existent également sur d'autres essences, comme le tigre du poirier ou celui s'attaquant aux rhododendrons, soulignant la diversité de ces insectes souvent méconnus. La compréhension de leur écologie est la clé pour maintenir l'équilibre dans nos parcs et jardins urbains, où le platane demeure un pilier central de la canopée citadine.

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