Les scarifications dans le dos : Comprendre et accompagner une souffrance silencieuse

Les scarifications sont un phénomène complexe, souvent mal compris, qui touche principalement les jeunes et constitue une manifestation physique d'une profonde détresse psychologique. Loin d'être un geste anodin, ces incisions cutanées auto-infligées représentent à la fois un acte qui fait souffrir et un remède à la souffrance pour ceux qui les pratiquent. Elles appartiennent au groupe des automutilations sans intention suicidaire, bien que les risques et les complications puissent être graves.

Jeune adolescent avec des marques de scarification sur le dos

La scarification : Définition et caractéristiques

Les scarifications sont des incisions cutanées superficielles faites par l’individu lui-même, s’accompagnant d’un écoulement de sang ou de sérosité, comme l'indiquent les médecins Jacquin et Picherot. Elles sont généralement réalisées avec divers objets tranchants tels que des lames de rasoir, des cutters, des lames de taille-crayon, des éclats de verre ou des pointes de compas. Ces blessures peuvent être occasionnées par un objet tranchant et sont souvent représentées par des lignes qui, à terme, deviendront des cicatrices si la scarification persiste.

Si les scarifications sont fréquemment observées sur les membres supérieurs (poignets, bras) et/ou inférieurs (cuisses), les scarifications sur la poitrine, le ventre, le dos, le visage ou encore les organes génitaux sont plus rares. Certains individus peuvent également "graver" dans leur épiderme des symboles ou des mots, ajoutant une dimension encore plus personnelle et symbolique à leur acte. Le derme est alors souvent atteint, entraînant une cicatrisation plus longue et des cicatrices permanentes, comme le prévient le docteur Guillaume Camelot.

Le Dr Jimmy Mohamed parle d'automutilation - Allo Docteurs

Les motivations profondes des scarifications

L'envie irrépressible de se scarifier s'installe généralement comme la conséquence d'un vécu de perte, d’attaque de son narcissisme ou d’une atteinte de son corps. Les moqueries et les humiliations sont des violences qui attaquent l’estime de soi et la confiance en soi, ayant des répercussions sur l'espace psychique qui subit une grosse pression. Dans ce contexte, les scarifications seraient un moyen de faire baisser ladite pression pour éviter toute forme de débordement émotionnel, un débordement qui fait craindre une explosion émotionnelle impossible à canaliser. Pour les personnes concernées, la douleur physique provoquée par ces blessures peut paradoxalement avoir pour but de provoquer une sorte de soulagement temporaire.

Les personnes qui se font des incisions sur la peau, jusqu’au sang, le font souvent de manière impulsive comme une façon de se soulager d’une tension insupportable. C’est un acte radical qui donne un sentiment de liberté aux personnes qui se sentent enfermées dans un corps en souffrance. Le docteur Guillaume Camelot souligne qu’elles peuvent viser à exprimer une douleur psychique difficile à exprimer par des mots.

Dans son ouvrage "Ados : scarifications et guérison par l’écriture", Catherine Rioult met en lumière une dimension de coupure symbolique du lien entre les parents et l’adolescent, autrement dit l’autonomisation. L’auteure ajoute que ce marquage du corps, plus ou moins agressif contre soi-même mais aussi contre l’entourage, est aussi un moyen de se réapproprier ce corps fait par les parents. En blessant son corps, on communique aux autres nos blessures. Ces traces physiques permettent de créer du lien avec autrui, d’attirer son attention sur son mal-être et d’une manière indirecte, de lui demander de l’aide. Plus rarement, certains adolescents n'ont pas d'émotions négatives mais plutôt un sentiment de vide, utilisant la scarification de façon inappropriée pour ressentir quelque chose de fort.

Diagramme des facteurs psychologiques menant aux scarifications

Les conséquences des scarifications : Un impact multifactoriel

Les scarifications sont une attaque du corps et doivent être traitées avant que ce passage à l’acte n’évolue vers des automutilations pouvant entraîner la mort. Les personnes qui se scarifient témoignent du fait que leur intention n’est pas de mourir mais d’apaiser un corps en souffrance. Pour elles, la destructivité de cette dernière s’effectue en versant du sang.

Conséquences physiques

Les lésions sur le corps peuvent avoir des conséquences graves sur la santé physique, car elles peuvent s’infecter et entraîner des complications cutanées. Les grands risques à craindre en cas de scarification sont l’infection cutanée et les cicatrices permanentes. En incisant la peau de différentes parties du corps à l’aide d’objets tranchants non stériles, il existe un risque de contracter une infection locale, notamment si la plaie n’est pas traitée. Certaines scarifications profondes peuvent nécessiter la réalisation de points de suture pour refermer la peau et stopper une hémorragie. Dans les cas les plus graves, les tissus sous-jacents peuvent être affectés (comme les muscles, les tendons ou les nerfs) et les coupures peuvent entraîner des hémorragies parfois fatales. Il est crucial de noter que les personnes qui en souffrent n’arrivent pas à se représenter de tels dangers.

Conséquences psychologiques et émotionnelles

Les personnes qui s’infligent des scarifications peuvent se sentir honteuses et coupables de leur comportement auto-agressif. Elles peuvent avoir l’impression d’être des personnes décevantes car elles ne se sentent plus dignes de l’amour de leur proche. En effet, elles peuvent être affectées par la honte, la culpabilité, la dépression, l’anxiété, les troubles de l’image corporelle, les problèmes relationnels et les troubles du sommeil. L'automutilation est la manifestation physique d’un profond mal-être psychique et elle accentue la dégradation de l’état mental du patient atteint.

L’anxiété de ne pas pouvoir canaliser les tensions internes peut entraîner des troubles du sommeil. Les pensées intrusives et récurrentes qui arrivent généralement à la tombée de la nuit empêchent de dormir. La préoccupation à propos de ce mal qui peut déborder à tout moment crée une hypervigilance entraînant de la fatigue et de l’agressivité. Le manque de concentration et d’attention rendent difficile tout processus d’apprentissage scolaire ou professionnel. Lorsque la peur et l’hypervigilance sont présentes, la dépression n’est pas très loin. La dépression est présente chez les personnes qui se scarifient, avec des symptômes tels que la tristesse, l’apathie, la perte d’intérêt pour les activités et la fatigue. Lorsque le désespoir s’installe, l’élan vital se meurt et les pensées mortifères apparaissent.

Conséquences sociales et relationnelles

Les scarifications peuvent également avoir un impact négatif sur les relations avec autrui. Les personnes atteintes de ces troubles peuvent avoir des difficultés à se socialiser et à maintenir des relations amoureuses, amicales ou familiales. Elles peuvent être distantes, isolées et avoir du mal à communiquer leurs besoins et leurs sentiments aux autres. Elles auront tendance à cacher les traces sur leur corps en portant des vêtements amples, des vêtements à manches longues ou à refuser de se déshabiller dans les vestiaires. Toutes ces stratégies demandent beaucoup d’énergie psychique et une vigilance accrue pour ne pas se faire prendre et être des personnes que l’on va traiter de folles.

Certains peuvent utiliser les scarifications comme chantage affectif. D’autres encore, n’hésitent pas à montrer leur bras pour sidérer voire terrifier leur interlocuteur. C’est pourquoi il est important que le soin puisse concerner le sujet en souffrance et son entourage familial et/ou affectif.

Infographie sur les impacts des scarifications

L'accompagnement face aux scarifications

La constatation de scarifications doit toujours conduire à une évaluation soigneuse par le médecin traitant avant un éventuel recours à un psychologue clinicien, voire à un psychiatre dans certains cas. Il ne faut jamais banaliser un tel acte. Il est donc indispensable d’intervenir rapidement si vous constatez ce type de pratique chez l’un de vos proches.

Le rôle des parents

Lorsque des parents ont un enfant qui se scarifie, certains ne disent rien de peur d’être rendus responsables. Ces derniers se rendent coupables alors qu’eux-mêmes sont terrifiés à l’idée même que leur enfant se fasse du mal. Les parents se sentent seuls et isolés. Dans un premier temps, ils tentent de trouver des solutions en interne avec des réactions parfois contre-productives qui vont aggraver le symptôme. Au sein de la famille, les scarifications créent effectivement des conflits. Les parents ont à cœur de voir leur enfant en bonne santé et ne veulent pas le voir se faire du mal. Ainsi, lorsque les mots ne suffisent pas et que la communication avec son enfant devient impossible, certains parents vont employer les cris, voire la violence verbale et/ou physique. D’autres parents vont menacer de faire hospitaliser leur enfant en hôpital psychiatrique. Mais de telles pratiques ne servent à rien. Bien au contraire, elles ne font que renforcer les défenses de la forteresse dans laquelle son enfant s’est enfermé.

Si vous soupçonnez votre adolescent de se scarifier, il est important de tenter de lui en parler avec bienveillance et sans jugement. Vous pouvez lui exprimer votre inquiétude et la gravité de ses actes qui le mettent en danger. Invitez-le à se confier sur ses émotions négatives. Le traitement de première intention passe par une écoute bienveillante et sans jugement. Il n’est jamais confortable d’aborder des sujets sensibles avec son entourage. Cependant, la présence d’un proche peut jouer un rôle majeur dans la prise en charge d’un mal-être. Si vous pensez qu’un membre de votre famille ou un de vos amis s’auto-mutile, essayez d’ouvrir la discussion. Créez un environnement sécurisant dans lequel le jugement n’a pas sa place. Soyez à l’écoute et faites preuve de bienveillance. Montrez à la personne que vous êtes là pour elle et encouragez-la à trouver de l’aide auprès de professionnels de la santé mentale.

Le rôle du psychologue clinicien

L’accompagnement du jeune et de ses parents a pour objectif de soulager la souffrance sous-jacente et d’aider le jeune à trouver d’autres moyens de résolution de sa souffrance psychologique. La recherche d’un traumatisme de l’enfance ou plus récent, à l’origine des scarifications, est à rechercher systématiquement : violences subies, maltraitance, abus sexuel, harcèlement, etc.

Le soin consiste à entrer en connexion avec la personne, que l’on comprenne son fonctionnement et que l’on ne soit pas là pour lui donner des leçons de morale qui seraient vécues comme une agression, mais de trouver ensemble des solutions pour lutter contre ces symptômes. Il est important de chercher de l’aide si votre enfant, l’un de vos proches ou vous-même souffrez de scarifications. Une hospitalisation peut être envisagée pour les cas les plus sévères afin de prévenir une tentative de suicide.

Ressources et stratégies d'aide

Si votre santé mentale se détériore et que vous avez recours à l'auto-mutilation, il est indispensable de ne pas rester seul. Faites part de votre mal-être à un proche qui pourra vous accompagner dans cette période difficile ou tournez-vous vers votre médecin traitant qui pourra vous rediriger vers un professionnel de la santé mentale tel qu’un psychologue ou un psychiatre. Si votre médecin traitant n’est pas disponible, n’hésitez pas à téléconsulter un médecin généraliste, un psychologue ou un psychiatre.

La scarification n’est pas un acte anodin. Il relève d’une profonde détresse psychologique. Si vous songez à vous auto-mutiler ou si vous constatez que l’un de vos proches a recours à ce genre de comportement, il est nécessaire d’en parler pour ne pas s’enfermer dans son mal-être. Il n’est jamais facile d’exprimer ses souffrances et de trouver des solutions seul lorsque l’on traverse une période difficile. La peur du jugement est souvent présente alors que la bienveillance et l’échange doivent être de rigueur. N’hésitez pas à vous tourner vers une personne de confiance, un parent, un ami, un professionnel de la santé mentale ou un infirmier scolaire si vous êtes à l’école. Toutes les oreilles attentives sont bénéfiques pour trouver de l’aide.

Pour les plus jeunes, des lieux tels que les Points Accueil Écoute Jeunes (PAEJ), ou les Maisons Des Adolescents (MDA) sont à votre écoute. Il vous sera ainsi possible de rencontrer des professionnels de santé comme des psychologues. Des solutions existent, ne restez pas seul face à ce type de pathologie.

Le Dr Jimmy Mohamed parle d'automutilation - Allo Docteurs

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