Le figuier, arbre aux multiples symboliques, a traversé les âges, imprégnant cultures et religions. Son association avec les tombes, notamment dans le contexte alexandrin et à travers les écrits de Clément d'Alexandrie, révèle une profondeur de sens qui mêle croyances anciennes, réflexions théologiques et une quête de transmission du savoir. L'héritage de la Grèce, que l'on nomme notre mère, résonne à travers ces symboles, nous rappelant que les lieux, les pierres et les monuments sont des rappels vivants de notre civilisation.
La Sagesse à Transmettre : Écrits et Enseignements
La question de la diffusion du savoir, qu'elle soit orale ou écrite, a toujours été centrale dans la quête de vérité. Clément d'Alexandrie, dans ses réflexions, s'interroge : "Faut-il ne permettre à personne d’écrire, ou faut-il l’accorder à quelques hommes ?". Il souligne l'absurdité de restreindre la parole aux seuls "hommes de bien", tout en permettant la diffusion des "honteuses conceptions" d'autres. La transmission de la sagesse est comparée à la propagation de semences spirituelles dans une terre féconde, où les écrits sont les "fruits de l’âme", tout comme les enfants sont les "fruits du corps". Cette idée est renforcée par la parole de Salomon : "Mon fils, si tu reçois mes paroles, si tu renfermes mes préceptes en toi, ton oreille s’ouvrira pour recevoir la sagesse." L'union des âmes par la parole vivifie, tel un champ fertile où les semences spirituelles germent.

Cependant, tous les esprits ne sont pas réceptifs à la connaissance. Clément utilise la métaphore de la lyre pour l'âne, ou du pourceau préférant la fange à l'eau pure, pour illustrer cette disparité. Le Seigneur lui-même parle en paraboles, non pour condamner à l'ignorance, mais pour révéler l'ignorance existante chez ceux qui "en voyant, ils ne voient pas, et en écoutant, ils n’entendent ni ne comprennent pas." Cette dualité dans la réception du savoir souligne la nécessité d'une sélection, tant pour ceux qui transmettent que pour ceux qui reçoivent.
Le Serviteur Fidèle et l'Ouvrier Inutile
La parabole des talents, racontée par le Sauveur, illustre parfaitement cette idée. Les serviteurs qui ont fait fructifier les talents confiés sont récompensés, tandis que celui qui a enfoui son argent, par paresse, est qualifié de "méchant et paresseux" et jeté dans les ténèbres extérieures. Ce principe s'applique à la transmission du savoir divin. Paul exhorte : "Fortifiez-vous donc, par la grâce qui est en Jésus-Christ ; et ce que vous avez appris de moi, devant plusieurs témoins, donnez-le en dépôt à des hommes fidèles, qui soient eux-mêmes capables d’en instruire d’autres."
L'apôtre insiste sur la nécessité de se présenter devant Dieu comme un ministre digne, "qui ne fait rien dont il ait à rougir, et qui sait distribuer la parole de vérité." Il est ainsi essentiel que ceux qui prêchent, que ce soit par écrit ou de vive voix, soient dignes du royaume des cieux, car "la foi agît par la charité." La tâche des uns est de "prêter à usure la parole", tandis que celle des autres est de "réprouver et de l’accepter ou non". Leur décision est jugée par leur propre conscience.
La Propagation de l'Évangile : Prédication et Vie Angélique
Il existe deux manières de propager l'Évangile : la prédication et une "sorte de vie angélique", toutes deux utiles. Celui qui sème dans l'esprit "recueillera de l’esprit la vie éternelle." L'apôtre Paul, décrivant les ministres de Dieu, dit : "comme pauvres, et enrichissant plusieurs, comme n’ayant rien et possédant tout." Il est impératif que les prédicateurs et les auditeurs s'éprouvent eux-mêmes. Les premiers doivent se demander s'ils prêchent pour l'utilité du prochain, sans présomption ni rivalité, visant uniquement le salut des auditeurs, sans flatterie ni vénalité. Paul insiste : "nous n’avons jamais employé la flatterie, comme vous le savez, ni fait de notre ministère un commerce d’avarice : Dieu en est témoin."
De leur côté, ceux qui reçoivent la parole divine doivent s'examiner pour savoir si leur désir d'apprendre n'est pas motivé par la curiosité ou des avantages temporels. L'hypocrisie est dénoncée, et la rectitude de la conscience, jointe à une saine doctrine, est la règle certaine d'une vie juste. "Que l’homme donc s’éprouve soi-même, et qu’après cela il mange de ce pain et boive de cette coupe."
Le Champ de l'Église : Semence de la Parole et des Écrits
La moisson de l'Église est grande et les ouvriers sont peu nombreux, d'où la nécessité de prier pour leur accroissement. Le champ de l'Église est ensemencé de deux manières : par la parole et par les écrits. L'ouvrier du Seigneur, quelle que soit sa méthode, sera reconnu s'il travaille "non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure dans la vie éternelle." La nourriture de l'homme se compose d'aliments et de paroles. Les pacifiques, par leur saine doctrine, remettent les égarés dans le droit chemin, les délivrent des ténèbres de l'ignorance et les conduisent à la paix du Verbe et à une vie conforme à la loi de Dieu.
Les âmes ont leur nourriture propre : certaines croissent par la connaissance et la science, d'autres se nourrissent de la philosophie grecque, "semblable aux noix, dont tout n’est pas bon à manger." Celui qui plante et celui qui arrose sont les ministres de celui qui donne l'accroissement, et chacun recevra son salaire selon son travail, car "nous sommes les coopérateurs de Dieu, et vous êtes le champ que Dieu cultive, et l’édifice que Dieu bâtit."
Le Figuier, Symbole de Cycle et de Renaissance
L'évocation du figuier sur les tombes, telle que mentionnée dans des récits issus de sources chrétiennes comme Clément d'Alexandrie, trouve un écho dans la mythologie grecque, notamment dans le mythe de Dionysos et Prosymnos. Après être descendu aux Enfers pour ramener sa mère Sémélé, le dieu du vin, Dionysos, pour tenir sa promesse envers Prosymnos qui l'avait guidé, planta une branche de figuier taillée sur sa tombe. Ce geste symbolique, ancré dans un récit où la mort et la renaissance jouent un rôle central, confère au figuier une dimension particulière.

Le figuier, arbre à la croissance rapide et aux fruits abondants, est souvent associé aux cycles de la vie, à la fertilité et à l'immortalité. Dans de nombreuses cultures, il est considéré comme un arbre sacré, protecteur et porteur de vie. Son implantation sur une tombe peut ainsi symboliser l'espoir de la résurrection, la continuité de la vie au-delà de la mort, ou encore un lien perpétuel entre le défunt et le monde des vivants. La mention de "quelque arbre encore plus hardi, il s'élève aussi" suggère une persistance de la vie, même dans des lieux inattendus.
Dionysos et le Cycle de la Vie et de la Mort
Le mythe de Dionysos, dieu de la vigne, du vin et des excès, est intrinsèquement lié aux notions de mort et de renaissance. Né d'une mère mortelle, Sémélé, il est arraché du ventre de sa mère avant terme et mené à terme dans la cuisse de Zeus. Sa mort et sa résurrection, souvent associées au cycle de la végétation, le placent au cœur des rituels de renouveau. Le récit de Prosymnos, bien que reconstitué à partir d'auteurs chrétiens et faisant débat, illustre le cycle d'un engagement tenu malgré la mort, et la tentative de transcender la séparation.
Dionysos est un dieu paradoxal, "le plus ancien et le plus jeune de tous les dieux", "violent" et "pacifique", "véridique" et "trompeur". Ces contradictions reflètent la nature complexe du feu, dont il est parfois considéré comme une incarnation divine. Les torches utilisées dans ses fêtes, les qualificatifs comme "ardent" ou "enfant du feu", attestent de ce lien. La fête des Dadophories, où le feu symbolisait la renaissance du dieu, renforce cette idée.
La Transmission du Savoir : Entre Philosophie et Foi
Clément d'Alexandrie, en s'appuyant sur des traditions philosophiques et religieuses, cherche à établir une hiérarchie dans la transmission du savoir. La philosophie grecque, bien qu'utile, est comparée à des "noix dont tout n'est pas bon à manger". La véritable sagesse réside dans la foi et dans la compréhension de la parole divine. Il met en garde contre la "philosophie barbare" et les "vains sophismes".
Cependant, il reconnaît la valeur de la dialectique comme outil préparatoire à la compréhension, à condition qu'elle ne se détourne pas de la vérité. "La dialectique elle-même… procède-t-il pas de la raison?". La foi, quant à elle, est la source de la conviction : "Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas." L'apôtre Paul exhorte à se tenir ferme dans la foi, "non les paroles orgueilleuses, mais la vertu", afin que le message "soit efficace".
Le Figuier Alexandrin : Un Pont entre Mondes
L'association spécifique du figuier sur les tombes dans le contexte alexandrin, telle qu'évoquée par Clément, peut également être comprise à travers l'héritage culturel de cette ville cosmopolite. Alexandrie, carrefour de savoirs et de cultures, a vu coexister des traditions grecques, égyptiennes et juives. Le figuier, présent dans ces trois cultures avec des significations variées (fertilité, sagesse, vie éternelle), aurait pu acquérir une symbolique particulière dans ce creuset culturel.
La mention de "la vérité, qui, dans les choses écrites, fait comprendre même ce qui n’est pas écrit" suggère une profondeur de sens qui dépasse la simple lecture. Le figuier sur une tombe pourrait ainsi inviter à une contemplation plus profonde, à une recherche des vérités cachées derrière les apparences, à l'instar des mystères dionysiaques ou des enseignements ésotériques.
Les grands mythes - 07 - Dionysos, l'étranger dans la ville
Le figuier, par sa présence sur les tombes, devient ainsi un symbole polysémique, reliant le cycle de la vie et de la mort, la transmission du savoir spirituel et la quête de la vérité. Dans l'héritage alexandrin, il s'inscrit comme un élément clé dans la réflexion sur l'au-delà, la mémoire des défunts et la permanence de la vie, qu'elle soit biologique ou spirituelle. La sagesse, comme un arbre fertile, continue de porter ses fruits à travers les générations, invitant chacun à s'interroger sur le sens de son propre voyage.