Véritable trésor pour le potager, le fumier est souvent surnommé l'or noir du jardinier. Mais attention, tous les fumiers ne se valent pas ! Cheval, bovin, mouton ou volaille : chaque type possède ses propres vertus et exigences. Faut-il l'utiliser frais ou composté ? Quel amendement pour une terre argileuse ou sableuse ? Voici comment nourrir votre sol et booster vos récoltes sans risquer de brûler vos plantations.

La nature du fumier : bien plus qu'un simple déchet
Le fumier est bien plus qu'un simple déchet organique : c'est un mélange vivant de matières fibreuses (la litière) et de déjections animales, riche en micro-organismes. On y retrouve d'une part les urines et les déjections ou fèces des animaux (crottins, bouses, fientes, crottes…). Vient ensuite la litière qui absorbe les urines, que ce soit foin, paille, broyat ou encore sciure. Au final, le fumier est un mélange de matières très sèches, très carbonées, très ligneuses, couplées à des matières très humides. C'est un mélange d'urine, d'excrément, et de matière carbonée.
Pourquoi amender avec du fumier ?
Le fumier est un excellent amendement car il est très riche en matières organiques, non seulement composé des déjections animales mais aussi de paille et de déchets végétaux. Il va améliorer le sol grâce à sa richesse en humus : la terre est plus facile à travailler car plus meuble, elle est plus perméable à l’air et à l’eau, elle est enrichie en micro-organismes et autre faune du sol. Constitué pour une part de déjections animales et pour l’autre de paille (ou autre élément végétal utilisé comme litière), il est riche en oligo-éléments et minéraux ainsi qu’en carbone, ce dernier étant le composant principal de l’humus. Le fumier de vache constitue un amendement organique de référence pour enrichir durablement la terre du jardin. Cette matière organique améliore la structure du sol, favorise la rétention d'eau et nourrit la vie microbienne.
Les différents types de fumiers et leurs usages spécifiques
Chaque animal produit un fumier aux propriétés distinctes. Pour optimiser vos apports, la première étape reste de bien connaître votre terre. Pensez à réaliser une analyse de sol avant de commencer.
Le fumier de cheval
Le fumier de cheval et autres équidés est un matériau léger, car il contient beaucoup de paille, qui monte vite en température. C'est un fumier dit « chaud ». Il est donc parfait pour les sols argileux, compacts et humides, qu’il va alléger et réchauffer. Au printemps, bien composté, il pourra être étalé au potager, y libérant progressivement ses ressources en potassium et azote. Il sera également utilisé en paillage au pied des plantations les plus gourmandes (cucurbitacées, tomates). Il monte vite en chaleur et est d’ailleurs parfois utilisé pour confectionner des « couches chaudes », alternance de fumier frais et paille ou foin pour chauffer un espace à semis par exemple.
Le fumier de vache (bovin)
Contrairement au cheval, le fumier de vache est « froid » et humide. Il ne chauffe pas et ne permet pas de faire des couches chaudes. Le fumier de bovin s’utilise au contraire pour amender les sols légers, calcaires et siliceux, auxquels il va donner plus de corps. Il est en effet très compact, riche en humus. Les sols légers, qui ont tendance à se réchauffer très vite, profiteront également d’une autre caractéristique du fumier de bovins : il est humide et froid car à décomposition lente. Il apporte de ce fait une fraîcheur bénéfique aux plantations lors de fortes chaleurs. Une fois bien composté il peut être légèrement intégré au sol avant des semis, ou bien épandu en fertilisant d’entretien au pied des légumes. C’est celui le plus répandu et le plus utilisé dans nos potagers.
Le fumier de chèvre ou de mouton
Sec et chaud comme le fumier de cheval, le fumier des ovins et des caprins montre une richesse en potasse et en éléments fertilisants végétaux très intéressante au potager après la culture de légumes-fruits gourmands. Par contre ce fumier ne doit être utilisé qu’une fois très décomposé.
Le fumier de volaille
Très riche en azote, potasse, oligo-éléments, et chaud, le fumier venant du poulailler doit être utilisé parcimonieusement car il peut facilement brûler les racines des végétaux. Il sera plutôt mélangé à du compost, ce qui compensera sa pauvreté en humus. On l’apportera ensuite en engrais pour des plantes qui se développent rapidement, les légumes feuilles par exemple : poireaux, choux verts, salades. Les fientes de poules sont récupérées avec la litière de paille, directement dans le poulailler surtout sous les perchoirs.
Le fumier de lapin
Assez lourd, il sera étalé sur des sols légers. Après celui de volaille, c’est le fumier le plus riche en potasse. Cela en fait d’ailleurs sa particularité. Idéal pour répondre aux besoins exigeant des cultures les plus gourmandes, tomates, pommes de terre, betteraves par exemple. Il pourra être soit incorporé par bêchage, soit tout simplement étalé en fine couche à condition qu’il soit très décomposé.

Gestion et préparation : composté ou frais ?
La question se pose de savoir si un fumier s’utilise frais ou s’il est nécessaire de le composter durant quelques semaines, quelques mois. Les deux hypothèses sont envisageables, mais l’apport d’un fumier composté au potager est la pratique la plus répandue.
Pourquoi composter ?
Le premier avantage à composter un fumier est de l’assainir, se prémunir plus encore de quelconques risques sanitaires. C’est une fois bien décomposé que le fumier affiche un rendement humique particulièrement élevé. Son vieillissement ou son compostage est donc primordial pour le sol et il évite aussi au fumier de brûler les végétaux comme peut il peut le faire lorsqu’il est trop frais. Cette maturation peut être réalisée de diverses manières mais vise toujours à détruire les organismes pathogènes et à décomposer les matières organiques.
Composter c'est facile !
Méthodes de compostage
Entassé sur des planches qui permettent aux liquides de s’évacuer, le fumier sera ainsi laissé plusieurs mois. Mis sur le compost avec des matières végétales, il offrira un matériau très équilibré une fois bien composté. Si vous le pouvez, aérez le tas tous les 15 jours en le brassant. Il prend deux fois moins de place qu’un fumier frais, la paille notamment se décompose et s'émiette, facilitant ainsi la logistique.
Les règles d'épandage et de sécurité
Le fumier ne doit pas être en contact direct avec les racines de plantes, car l’ammoniac peut provoquer des brûlures. Il devrait donc toujours être incorporé et non pas seulement réparti superficiellement.
Quand et comment épandre ?
Dans le potager, épandez le fumier soit à l’automne, après avoir nettoyé les plates-bandes, soit à la fin de l’hiver, lorsque le sol n’est plus gelé. Épandu sur un sol légèrement travaillé à l’automne, l’air et le froid détruiront les pathogènes tandis que la faune aérobie du sol décomposera la matière. L’épandage se fait à raison de 100 jusqu’à 300 kg de fumier pour 100 m2. Le fumier pourra être, après sa décomposition, intégré au sol par griffage léger en hiver ou laissé tel quel pour couvrir le sol.
Le risque de la « faim d'azote »
Outre l’assainissement, ce repos évite le phénomène de « faim d'azote ». En effet, pour se décomposer, un fumier frais puise massivement l'azote présent dans la terre, privant ainsi vos plantes de cet élément vital au moment où elles en ont le plus besoin. La règle de sécurité : ne l'utilisez jamais frais directement.
Les alternatives : fumier en pellets ou commerce
Si vous n’êtes pas à l’aise pour fertiliser avec du fumier frais, mais que vous ne voulez pas vous passer de ses propriétés positives, les pellets constituent une excellente alternative. Ce sont des fumiers séchés et délicatement compressés. Ils sont faciles à répartir dans le jardin et possèdent une odeur agréable. Vous pouvez épandre directement avant la plantation le fumier pelletisé et composté, puis l’enfouir légèrement.
L’avantage du fumier de jardinerie est qu’il est desséché, donc plus léger et plus facile à transporter. À noter que le fumier de jardinerie est souvent enrichi avec des algues marines ou autres apports organiques. Les granules de fumier de vache offrent une solution hygiénisée et facile à épandre. Ce conditionnement élimine les mauvaises herbes, parasites et germes tout en conservant les propriétés nutritives du fumier. Il peut s’avérer utile de choisir les granules pour les jardins urbains ou les cultures en pot.
Précautions pour des cultures spécifiques
Il est important de noter que le fumier ne remplace pas l’engrais. Le fumier et le compost fournissent au sol du jardin de nombreux éléments nutritifs, mais pour que vos cultures maraîchères soient bien nourries, il vous faut encore ajouter de l’engrais pour légumes.
De plus, certaines plantes sont réfractaires aux sols fraîchement fumés :
- Ne plantez pas d’oignons, d’ails ou d’échalotes dans une planche enrichie au fumier.
- Les carottes sont également réfractaires aux sols fumés.
Un excès de fumier peut provoquer un déséquilibre nutritionnel et favoriser les maladies cryptogamiques. Le fumier est une ressource assez peu concentrée en minéraux, on dit d’ailleurs que c’est un amendement et non un engrais dans le sens où ses concentrations en azote, phosphore, potassium sont inférieures à 3%.

L'apport correct en quantités
Idéalement, il faut 1 à 2 litres de fumier par m², 3 litres au maximum. Le fumier de bovin, de cheval et de volaille contient généralement un peu d’azote et beaucoup de phosphore et de potassium. Vous ne devez donc pas dépasser la quantité indiquée ci-dessus, sinon le sol recevra une surdose de nutriments.
Pour le fumier de lapin et de volaille, plus concentrés, inutile de raisonner en brouette. Tout juste 1 kilo au m² sera déjà une belle dose. Cela correspond à une bonne pelletée. Les jardiniers qui souhaitent bousculer le moins possible leur sol pour favoriser la vie biologique peuvent incorporer les apports sur les 10 premiers centimètres de sol. On est à mille lieues des contraintes d’un labour et la vie du sol n’en est très peu, voire quasiment pas dérangée. Utilisez la grelinette ou parfois un simple croc.
Le fumier de vache contient naturellement les trois éléments nutritifs principaux : l’azote pour la croissance des feuilles, le phosphore pour le développement racinaire et le potassium pour la floraison. Cette matière organique transforme progressivement la structure du sol. Les sols lourds deviennent plus aérés et perméables, tandis que les sols légers gagnent en capacité de rétention d’eau. Il est vivement recommandé de privilégier un fumier issu d’élevages extensifs ou biologiques pour garantir la qualité de l’amendement.
Le jardinier a de nombreuses cartes en main pour enrichir son sol, l’améliorer, nourrir ses cultures. Si l’accès au fumier vous repousse ou vous est compliqué, vous avez ainsi bien d’autres solutions. Pensez au compost ménager, au compost végétal, aux paillages diversifiés (broyat, foin, paille, tontes, feuilles…) qui mois après mois amèneront de la richesse. Pensez aussi à la multitude d’engrais naturels qui vont enrichir votre sol. N’attendez plus pour démarrer votre propre potager.