Le Mildiou : Biologie, Mécanismes de Contamination et Stratégies de Lutte

Le mildiou est l’une des maladies les plus redoutées des jardiniers et des agriculteurs. Cette maladie cryptogamique, causée par des organismes pathogènes appartenant à la classe des Oomycètes, affecte un large éventail de plantes, des cultures vivrières aux plantes ornementales. Le terme « mildiou » ne se rapporte pas à une seule maladie. Par exemple, ceux de la pomme de terre, de la tomate et de la fraise sont des Phytophthora, celui de la laitue est un Bremia, celui de la vigne est un Plasmopara et celui de l’oignon est un Peronospora. Ce sont plusieurs maladies différentes, de la même famille présentant des symptômes de dépérissement des parties aériennes, de pourrissement des racines et/ou de nécrose du collet.

Schéma illustrant le cycle de vie d'un oomycète pathogène sur une feuille

Origine et Biologie des Oomycètes

Le mildiou appartient à la famille des maladies cryptogamiques, des maladies causées non par de véritables champignons, mais par des oomycètes, des organismes filamenteux qui leur ressemblent. Le mildiou, comme tous organismes vivants, possède un cycle de développement. Tous les oomycètes (anciennement classés avec les champignons), sont des micro-organismes aquatiques proches des algues brunes qui parasitent entre autres la vigne mais aussi les animaux. Ces derniers ont longtemps été classés dans les phycomycètes ou « champignons inférieurs » (eumycètes). Cette classification a été révisée il y a quelques années car leur ultra structure, leur biochimie et leurs séquences moléculaires indiquaient qu’ils appartenaient à un groupe d’organismes incluant surtout des algues (vertes et brunes), des diatomées (micro-algues unicellulaires).

Plasmopara viticola, par exemple, est un oomycète qui adore l’eau. Ses cellules absorbent les nutriments présents dans les tissus végétaux (absorbotrophie). Comme un champignon, il forme des hyphes (filaments). Ses fructifications expulsent aussi des spores à maturité pour contaminer les organes de la plante. Les oomycètes responsables du mildiou ont une origine ancienne et sont présents dans le monde entier. Ils se reproduisent à la fois de manière sexuée et asexuée. La reproduction sexuée se fait par la production d’oospores, des spores résistantes qui peuvent survivre dans le sol ou dans les débris végétaux pendant plusieurs années.

Les Mécanismes de Contamination

Le mécanisme de propagation est simple, et c’est précisément ce qui rend la maladie si difficile à stopper. Le champignon produit des spores microscopiques qui voyagent avec l’eau : une averse, un brouillard matinal, de la rosée sur les feuilles suffisent à les transporter d’un plant à l’autre, d’une serre à une autre, parfois sur plusieurs kilomètres portés par le vent. Une fois déposées sur une feuille humide, elles germent en quelques heures et envahissent les tissus végétaux.

Les spores fongiques sont disséminées jusqu’aux plantes par le vent et dans les éclaboussures d’eau de pluie par temps frais et humide, une condition essentielle pour le développement de la maladie. Pour que la germination des spores fongiques et l’infection puissent avoir lieu, il faut de la pluie, de la rosée ou une humidité élevée (>95 %). Durant la croissance interne du champignon, celui-ci continue de produire des spores tant que le temps reste frais et humide.

Symptomatologie : Reconnaître le Mildiou

Le premier symptôme observé est typiquement sous la forme d’une sporulation veloutée du pathogène, de couleur brunâtre-violacée sur des feuilles vertes saines. Au fur et à mesure que la maladie progresse, des lésions légèrement plus pâles que la couleur normale de la feuille s’étendent et peuvent ceinturer la feuille. Ces lésions prennent ensuite une couleur jaune pâle, suivie d’une nécrose brune qui entraîne un effondrement des tissus foliaires.

Sur la vigne, le mildiou se manifeste par l’apparition de tâches décolorées, jaunâtres et à l’aspect huileux sur les faces supérieures. Lorsque l’infection progresse, un duvet blanchâtre composé de conidiophores et de conidies sur la face inférieure apparaît. Sur les tomates, le mildiou se manifeste d’abord par des taches huileuses claires sur la face supérieure des feuilles. Un feutrage blanc-grisâtre apparaît ensuite sur la face inférieure. Les tiges développent des nécroses brunes, et les fruits présentent des taches brunes fermes (non molles), contrairement à la pourriture grise, qui les rendent impropres à la consommation.

Comparaison visuelle entre une feuille saine et une feuille atteinte de mildiou

Impact Économique et Nuisibilité

Les attaques de mildious peuvent réduire à néant une culture ou compromettre gravement la floraison ou la récolte. Le mildiou de la pomme de terre a, par exemple, causé les grandes famines en Irlande aux alentours de 1850. Le mildiou de la vigne peut causer des dégâts considérables sur les vignes. Un bon espacement des vignes, une gestion optimisée du sol et un contrôle de l’humidité permettent de créer un environnement moins favorable à son développement.

Les attaques tardives de mildiou entraînant un faciès rot brun, modifient également à la fois l’arôme et le goût du vin. Des travaux ont montré que la présence de rot brun à la vendange, liée aux attaques tardives de mildiou, joue de façon très nette sur le goût des vins. La présence de rot brun joue sur les caractères aromatiques du vin, en renforçant les notes végétales, de feuille de lierre froissée notamment. En bouche, ils donnent une impression de perte de fruit, de perte de gras et d’augmentation de la dureté des tanins.

Stratégies de Lutte Préventive et Prophylactique

La stratégie la plus efficace reste donc de créer des conditions défavorables à son développement avant qu’il n’apparaisse. Le mildiou ne peut pas germer sans eau libre sur les feuilles. Priver ses spores d’humidité, c’est déjà les neutraliser avant qu’elles n’atteignent votre potager. Pour protéger un vignoble contre l’apparition du mildiou, plusieurs mesures de protection peuvent être mises en place.

  • Mesures agronomiques : L'élimination de tous les rejets et pampres à la base des souches est une mesure prophylactique essentielle pour limiter le développement du mildiou.
  • Gestion de l'humidité : Évitez d’arroser les plantes sensibles par aspersion, préférez les arrosages au pied. Distancez suffisamment les plants pour favorisez l’aération et le séchage rapide des feuilles après la pluie.
  • Rotation des cultures : Ne replantez pas de tomates ou de pommes de terre au même endroit deux années de suite, car les spores se conservant au niveau du sol.

Comment lutter contre le mildiou de la tomate

Solutions de Lutte Chimique et Biocontrôle

La lutte chimique est aujourd’hui encore, le seul moyen efficace comme mesure essentiellement préventive contre le mildiou. Ainsi, en appliquant un fongicide sur les organes sains avant toute contamination (même si certains produits ont une action curative), il est possible de se prévenir de la maladie.

Les fongicides systémiques agissent en pénétrant dans les tissus pour assurer une protection interne. Les fongicides de contacts agissent sur la surface des plantes, créent une barrière protectrice empêchant la germination des spores et qui ont la particularité de ne pas créer de résistances. Le Folpel est une molécule multisite appartenant à la famille des phtalimides non sujette aux phénomènes de résistance. À action préventive, il empêche la germination des spores mais il peut également agir plus tardivement au moment de la sporulation.

Pour limiter l’impact de la maladie sur les vignobles, il est nécessaire de compléter l’usage des produits phytosanitaires avec des alternatives naturelles, telles que des solutions de biocontrôle comme les huiles essentielles, des stimulateurs de défense des plantes ou bien des substances de base. Le bicarbonate de soude modifie le pH de surface des feuilles, pour créer un environnement légèrement alcalin dans lequel les spores du mildiou ont du mal à se développer. Son efficacité est à la fois préventive et curative à un stade précoce.

Graphique montrant l'efficacité comparée des produits de contact et systémiques

Gestion des Résistances et Avenir de la Protection

La protection phytosanitaire reste le pilier de la lutte. Mais, un défi majeur complique cette stratégie : la forte plasticité des souches de mildiou, qui contournent vite les modes d’action chimiques en cas d’utilisation répétée. Chaque début d’année, l’Institut Technique de la Vigne et du Vin (IFV), l’Inrae, l’Anses, les Chambres d’agriculture, le Comité Interprofessionnel du Vin de Champagne (CIVC) et la DGAl partagent leurs analyses sur l’évolutions des résistances aux familles chimiques et leurs recommandations d’emploi.

Le mildiou est capable de s’adapter en quelques années à ces cépages, diminuant ainsi l’efficacité de leurs résistances (érosion). Il est donc primordial d’agir en préventif et de commencer à traiter avant les pluies. Si malgré la mise en place de mesures de précaution la maladie s’est implantée, il faut veiller à traiter pour limiter son développement. Des équipements sont à l’étude pour ramasser et éliminer les feuilles contaminées après la vendange. Par ailleurs, certaines pratiques de travail du sol pourraient nuire à la conservation du mildiou ; des travaux visent donc à les identifier et à les mettre en œuvre.

tags: #le #mildiou #mode #de #contamination