La culture de l'oignon (Allium cepa L.) représente une activité socio-économique d'une grande importance pour de nombreux producteurs, notamment au Brésil, où elle se classe troisième parmi les légumes d'importance économique. Cependant, la faible productivité de l'oignon est souvent attribuable à diverses maladies, parmi lesquelles le mildiou, causé par le champignon Peronospora destructor (Berk.) Casp., se distingue par les dommages significatifs qu'il inflige aux cultures. Cette maladie, capable de provoquer la destruction complète du feuillage, entraîne des pertes de rendement importantes chez les alliacées comme l'oignon, l'échalote et la ciboulette.
Identification et Évolution des Symptômes
Les premiers symptômes du mildiou peuvent être observés à n'importe quel stade de développement de la culture, affectant aussi bien les feuilles que les tiges florales, même celles qui paraissent saines. Initialement, des efflorescences grisâtres, composées de sporanges et de sporangiophores du pathogène, apparaissent sur les tissus.

À mesure que la maladie progresse, les tissus affectés se décolorent, acquérant une teinte vert plus clair que les régions saines des feuilles. Les symptômes particulièrement caractéristiques de la maladie se manifestent surtout tôt le matin, sous la forme d'un duvet gris violacé constitué de conidiophores et de conidies. Ce duvet disparaît pendant la journée, ne laissant que des taches de coloration grisâtre. Dès que l'humidité augmente, les organes de fructification réapparaissent. Les lésions primaires sont souvent envahies par des saprophytes, ce qui leur confère une coloration noire.

En début de végétation, les plants atteints restent nains et présentent des feuilles chlorotiques, déformées et couvertes d'un mycélium gris velouté. Les hampes florales se couvrent également d'un feutrage gris. Les feuilles attaquées dépérissent très souvent, en commençant par les plus âgées. Le dépérissement atteint ensuite les jeunes feuilles, ce qui entraîne une baisse remarquable du rendement en bulbes. Les bulbes récoltés ont tendance à pourrir rapidement et leur durée de conservation est considérablement réduite. Les organes contaminés se déforment et fanent prématurément ; fragilisés, ils peuvent tomber sur le sol sous l'effet du vent ou des pluies.
Facteurs Favorisant le Développement du Mildiou
Le mildiou est une maladie dont le développement est favorisé par des conditions climatiques particulières : un temps pluvieux et très humide (brouillard) avec des températures optimales situées entre 11 et 13°C. La maladie peut cependant se développer dans une plage de températures allant de 4°C à 25°C. Les recherches de Marcuzzo et Moraes (2018) ont montré l'influence significative de la température sur la germination des sporanges de P. destructor. Les pourcentages de germination les plus élevés se sont produits dans la plage de température comprise entre 15°C et 20°C, variant respectivement entre 39 % et 35 %. La germination des sporanges est fortement réduite à des températures extrêmes, comme à 5°C, où le pourcentage de germination n'était que de 2 %, et à 30°C, où aucune germination n'a été observée.

La sporulation du champignon atteint son maximum à des températures ambiantes d'environ 15°C et est fortement réduite à des températures inférieures à 7°C et supérieures à 25°C. La propagation de la maladie est favorisée lors de nuits relativement fraîches, avec environ 11 heures consécutives d'humidité relative à 100 %, une abondante formation de rosée et des jours modérément chauds (20°C).
Concernant la germination des sporanges dans différentes photopériodes, une réponse linéaire a été observée. La photopériode la plus favorable au développement se situe en l'absence de lumière, avec 39 % des sporanges ayant germé, par rapport à 24 heures de lumière, où seulement 29 % ont germé. Bien que la différence de photopériode ne soit pas aussi significative que celle de la température, il est possible que la germination de P. destructor soit favorisée par des périodes d'éclairage plus courtes. Ainsi, les jours nuageux et peu éclairés, comme ceux qui surviennent en automne/hiver dans la région d'Alto Vale do Itajaí pendant le cycle de l'oignon, favorisent la germination des sporanges et l'apparition de la maladie.
Cycles de Vie et Sources d'Inoculum
Le mildiou est une maladie provoquée par le champignon Peronospora destructor. Le champignon se conserve dans le sol, dans les débris végétaux sous forme d'oospores. Le mycélium du champignon peut également survivre dans les bulbes avant de s'étendre aux feuilles au démarrage de la végétation. La maladie se propage par l'intermédiaire des organes de reproduction asexués du champignon, les sporanges, dont la production se fait essentiellement pendant la nuit. Les spores germent au printemps pour donner lieu à l'infection primaire. Dans tous les cas, les lésions primaires produisent des spores responsables de la propagation de la maladie dans le potager.
Comme la formation d'oospores n'a pas été signalée dans les conditions brésiliennes, la survie du pathogène se fait grâce aux bulbes et aux plantes restant dans la culture. Les plants d'oignons verts proches de la culture constituent également une source d'inoculum. La propagation peut se produire par les courants d’eau ou d’air. La germination des conidies se fait en présence d'eau à l'état liquide sur les feuilles ou lorsque l'humidité relative est de 100 %. La conidie produit alors des tubes germinatifs qui pénètrent dans les feuilles à travers les stomates. L'attaque débute en général par des débris végétaux laissés aux champs ou à leur proximité.

Stratégies de Lutte et de Prévention
La prévention et l'anticipation sont les seuls moyens efficaces de lutte contre les attaques de mildiou. Une approche intégrée est essentielle, combinant des mesures culturales, le choix de variétés résistantes, et si nécessaire, la lutte chimique ou biologique.
Mesures Culturales Préventives
Plusieurs facteurs contribuent à la faible productivité de l'oignon. Pour minimiser l'impact du mildiou, il est crucial de mettre en œuvre des pratiques culturales appropriées :
- Rotation des cultures : Dans les zones ayant des antécédents de maladie, une rotation avec des graminées ou des légumineuses doit être effectuée pendant trois ans. Il est recommandé de respecter un délai de cinq ans entre deux cultures d'alliacées pour que le champignon ne puisse pas se conserver dans le sol, dans les débris des cultures sous forme d'oospores.
- Choix de l'emplacement et drainage : Choisir un emplacement isolé pour la production de plants, loin des autres plantations d'alliums ou d'oignons. L'emplacement doit être bien drainé et aéré. Il faut éviter les plantations dans les plaines humides, sujettes à la formation de brouillard (plaines, zones mal aérées et/ou mal drainées). L'emplacement de plantation doit être de préférence exposé au nord et orienté est-ouest, pour augmenter l'ensoleillement et la ventilation et réduire l'humidité ambiante. Haveroth & Marcuzzo (2012) ont montré que le sens de plantation influence directement la gravité de la maladie, avec une valeur de l'AACPD 19,17 % plus élevée dans la direction Nord-Sud que dans la direction Est-Ouest.
- Gestion de l'humidité : Éviter une humidité prolongée du feuillage. Choisir des terrains avec une bonne aération permettant un séchage rapide du feuillage. Éviter de mouiller le feuillage lors des arrosages ou arroser le matin d'une belle journée pour permettre un ressuyage rapide des feuilles. Maintenir l'aération entre les plants en sarclant le sol régulièrement pour éviter le développement des adventices.
- Densité de plantation : Éviter les cultures trop denses pour favoriser une bonne circulation de l'air.
- Hygiène culturale : Détruire impérativement tout résidu de récolte et trier les plantules à repiquer, en détruisant celles qui sont attaquées.
- Qualité de l'eau d'irrigation : L'eau utilisée pour l'irrigation doit être de bonne qualité et ne pas passer par des cultures contaminées. En production intégrée, le recours à l'irrigation par aspersion est interdit pour limiter la propagation des spores.
- Apports d'azote : Les apports d'azote doivent être raisonnés afin d'éviter tout excès fragilisant la culture vis-à-vis de la maladie.
Approche Variétale
L'approche variétale constitue un autre levier pour diminuer l'incidence du mildiou sur le rendement des oignons. Choisir des variétés peu sensibles à cette maladie est une stratégie efficace. Vilmorin-Mikado, par exemple, propose une gamme tolérante au mildiou, apportant une sécurité sanitaire à la culture. Les premiers résultats des essais Unilet de 2021 confirment l'intérêt de la génétique, avec des écarts très nets de surface foliaire malade entre variétés. Des variétés comme les oignons jaunes Hylander et Santero F1 sont reconnues pour leur faible sensibilité.
Lutte Biologique
Marcuzzo et Santos (2017) ont évalué l'effet de promotion de la croissance et/ou de biocontrôle de la culture contre le mildiou de l'oignon. Bien que les traitements avec des agents microbiens tels que Trichoderma harzianum, Pantoea agglomerans et diverses formules commerciales n'aient pas été efficaces pour augmenter la productivité et le contrôle biologique du mildiou de l'oignon de manière statistiquement significative, T. harzianum a montré une productivité de 600 kg/ha supérieure à celle du témoin, suggérant un potentiel à explorer. Des efforts de recherche sont en cours pour trouver des solutions de remplacement suite au retrait des fongicides à base de mancozèbe. Le modèle de prévision des risques Lemken s'est avéré satisfaisant en conditions de forte pression mildiou. Des travaux menés par l'Unilet ont également confirmé l'intérêt d'un produit de biocontrôle.
Lutte Chimique
Pour la lutte chimique contre les maladies fongiques des oignons, il existe un nombre considérable de produits enregistrés auprès des autorités compétentes. Dans cette forme de contrôle, les mesures de gestion antérieures doivent être prises en compte, car l'utilisation de produits chimiques à elle seule n'est pas toujours efficace.
Maladies de la culture d’oignon #1
Les produits à base de cuivre, de dithiocarbamates et de métalaxyl font partie des molécules recommandées pour la lutte chimique. L'utilisation du métalaxyl doit être utilisée en mélange avec le dithiocarbamate pour éviter/retarder l'émergence de populations résistantes. La préférence doit être donnée aux produits des classes toxicologiques III et IV, toujours recommandés par le technicien responsable.
Marcuzzo et al. (2016) ont évalué la lutte contre la maladie à l'aide de divers fongicides. L'oxychlorure de cuivre a fourni un faible contrôle, tandis que le métalaxyl + chlorothalonil a montré la valeur la plus faible d'AACPD, indiquant une meilleure efficacité. En termes de sévérité finale, l'association cymoxanil + mancozèbe n'était pas statistiquement différente de l'oxychlorure de cuivre, du mancozèbe et de leurs mélanges. Le retrait des fongicides à base de mancozèbe a suscité un effort de recherche pour trouver des solutions de remplacement. Les spécialités Orondis Plus et Zorvec Endavia, à base d'oxathiapiprolin, ont reçu une AMM sur oignon en 2021, offrant de nouvelles options pour les producteurs.
En régions à grand risque d'infection (températures entre 10 et 15°C, fortes rosées), le traitement devrait se faire de façon préventive à des intervalles de 10 à 14 jours environ. Dès l'apparition de symptômes, cet intervalle est à raccourcir : traiter tous les 8 à 10 jours. Il est recommandé d'utiliser un mouillant pour que la bouillie adhère aux feuilles à cuticule cireuse. Seul un pulvérisateur pneumatique permet une application correcte.
Diagnostic et Suivi
Le mildiou est une maladie typiquement à foyers. L'attaque se reconnaît sur les feuilles les plus basses, qui sont les premiers organes touchés. Dès les premiers signes, il est important de surveiller les plantes à la recherche des symptômes suivants : plantes chétives, décoloration puis taches sur les feuilles. Il y a peu de risques de confusion possibles avec d'autres maladies, le feutrage violacé étant un signe distinctif.
La saison 2021 a été exceptionnelle en termes de pression exercée par le mildiou de l'oignon. La protection réalisée en début de cycle avec des fongicides conventionnels appliqués à demi-dose s'avère inutile sur des variétés tolérantes, selon un essai conduit par l'Unilet en Bretagne. Ceci souligne l'importance d'adapter les stratégies de lutte aux conditions spécifiques et aux caractéristiques des variétés cultivées.