
L'histoire de "La Belle et la Bête" captive l'imagination depuis des siècles, se transformant au fil des adaptations. Ce conte intemporel, bien que souvent perçu comme une simple histoire pour enfants, cache des profondeurs insoupçonnées, mêlant des faits historiques étranges, des mythes anciens et des réalités contemporaines saisissantes. Alors que le film d'animation de Disney continue d'enchanter les cœurs, une autre "Bête" parcourt le Mexique, un train de marchandises porteur d'espoir et de dangers pour des milliers de migrants.
La Bête Historique : Pedro Gonzales et l'Hypertrichose
L'une des curiosités les plus frappantes du conte de "La Belle et la Bête" réside dans son inspiration possible par une histoire vraie, celle de Pedro Gonzales. Au XVIe siècle, à la cour du roi de France Henri II et de son épouse Catherine de Médicis, un homme nommé Pedro Gonzales fut présenté. Capturé à Tenerife et membre de l'ethnie des Guanches, qui résistait encore à la colonisation espagnole des Canaries, il fut amené devant les souverains dans une cage. Tous étaient effrayés par cette "créature" jamais vue auparavant, le considérant comme une "bête".
Cependant, de bestial, il n'avait que très peu. Pedro Gonzales était atteint d'hypertrichose, une maladie très rare (toujours existante) mais inconnue à cette époque, qui recouvrait tout le corps de poils, y compris le visage. C'est pourquoi au XVIe siècle, une personne atteinte de cette maladie était considérée comme un sauvage, un animal, une condition triste et humiliante. Le roi décida de prendre cet homme "singulier" sous sa garde, l'éduquant afin qu'il devienne un excellent courtisan.
Malgré le fait que la cour et les précepteurs considéraient "cet être" peu intelligent en raison de son apparence, Pedro se montra rapidement un homme brillant, cultivé et raffiné, laissant tout le monde littéralement bouche bée. C'est alors que Catherine de Médicis eut une idée absurde : trouver une jeune fille belle et saine pour Pedro, dans le but de générer une dynastie de sauvages au service du roi de France. Ce projet horrible aurait fait de Pedro et de sa future famille des objets de moquerie et d'exhibitionnisme. La reine elle-même choisit l'épouse.
Mais toute l'histoire n'a pas une issue triste. Malgré un premier moment de timidité, la jeune épouse tomba peu à peu amoureuse de ce jeune homme si bon et gentil, et lui de même. De leur union naquirent deux enfants qui, cependant, ne présentaient pas les caractéristiques de leur père. Pour Catherine, ce fut une énorme déception, mais elle n'eut pas à attendre longtemps : le troisième et le quatrième enfant héritèrent de la même maladie que Pedro. À cette époque, il y avait une sorte de compétition où les cours s'amusaient à collectionner et à exposer des animaux exotiques, et Catherine de Médicis ne fit pas exception. Bientôt, plusieurs tableaux représentant Pedro et ses enfants poilus commencèrent à circuler en Europe. On peut imaginer le genre de vie que ces pauvres gens étaient contraints de mener.
Heureusement, la situation prit un tournant. Avec la ruine de la dynastie des Valois, le lac de Bolsena fut cédé par la couronne française aux princes de Parme. Ranuccio Farnese reconnut à Pedro la dignité et le rang de gentilhomme, ce qui lui permit, ainsi qu'à sa famille, de passer le reste de sa vie tranquille et sereine, non plus comme des objets d'exhibitionnisme mais comme des personnes à part entière.
Les Origines Littéraires du Conte
Avant de tomber entre les mains de Jean Cocteau et de Disney, "La Belle et la Bête" faisait partie de ces contes qui se transmettaient à l'oral dans le monde entier. La première fois que l'histoire de Belle est datée par les experts remonte au IIe siècle. Elle est racontée à maintes reprises par différents auteurs. Gabrielle-Suzanne de Villeneuve entend une femme de chambre raconter l'histoire lors d'un voyage en Amérique et décide de la publier en France en 1740 dans son recueil "La Jeune Américaine et les contes marins". Mais "La Belle et la Bête" accède véritablement à la célébrité seulement lorsque l'auteure de contes Marie Le Prince de Beaumont s'en empare et l'abrège en 1756 pour un manuel d'éducation. Cette version a servi de modèle aux adaptations ultérieures. Amour, rédemption, sortilège… si le conte d'origine est différent de l'adaptation finale des studios Disney, les thèmes abordés ont été conservés.
L'Éternel Enchantement de Disney : Huit Secrets de Production
L'histoire éternelle célèbre son trentième anniversaire. "La Belle et la Bête", chef-d'œuvre absolu des studios Disney, sorti en 1991, fait partie de ces classiques de notre enfance dont on ne se lasse pas. Même une adaptation en prises de vue réelles avec Emma Watson n’aura pas réussi à détrôner ce conte légendaire.
La Genèse du Projet
Depuis les années 1930, Walt Disney tente de réaliser le célèbre conte de la Bête et son château enchanté. Après le succès de "Blanche-Neige et les Sept Nains" en 1937, le cinéaste commence le projet puis l’abandonne. De nouveau dans les années 1950, Walt Disney réunit son équipe mais ne parvient pas à manier le projet comme il le voudrait. C’est après le succès de "La Petite Sirène" en 1989 que les studios redonnent sa chance à cette histoire d’amour devenue culte. Plusieurs dizaines d’adaptations du chef-d’œuvre littéraire existaient déjà, dont la version légendaire de Jean Cocteau. Le projet fut confié à deux novices de la réalisation : Kirk Wise et Gary Trousdale.
La Création de Belle
De 1991 à aujourd’hui, Belle fait partie des princesses les plus populaires de l’univers Disney. Même dans l’adaptation de 2017 en prises de vue réelles, tous les ingrédients qui ont su séduire le public sont là. Belle est une jeune fille intelligente avec un fort caractère et une grâce propre aux héroïnes Disney. Pour créer le personnage, l’animateur en charge de l’héroïne, James Baxter, s’est inspiré des danseuses de ballet européennes : « J’ai regardé beaucoup de vidéos de danseuses classiques pour voir comment elles se déplaçaient. Je voulais que Belle soit gracieuse et qu’elle ait l’air de se mouvoir comme sur une scène d’opéra. » Mais la jeune fille n’est pas seulement une belle plante, elle a aussi une tête bien faite. Paige O’Hara, la voix de Belle dans la version originale, la décrivait comme intelligente et un peu à part : « C’est une intellectuelle qui ne se sent pas à sa place dans la société. Et je pense que beaucoup de gens s’identifient à son personnage. » Cet aspect rebelle et savant est accentué dans le remake du film avec Emma Watson où Belle enseigne la lecture aux petites filles du village.

Un Monstre Attachant
Après la jolie et ingénieuse Belle, les équipes d’animation ont dû s’attaquer au plus gros morceau : la Bête. Comment rendre attachant ce personnage monstrueux, sauvage et amer ? « C’est un personnage qui est piégé entre deux mondes : il est humain et animal et il n’est à l’aise dans aucun de ces états. Le design devait montrer le côté humain avec cette chaleur, cette habilité à aimer et le confronter à sa bestialité par le mouvement, » explique Glen Keane, l’animateur en charge de la Bête. Celui qui avait été chargé d’animer Ariel s’inspire des chimères mythologiques pour dessiner ce nouveau personnage. Une queue et des pattes de loup, une tête et des cornes de buffle, une crinière de lion, des bras et un corps d’ours et des défenses de phacochères… la Bête est un mélange de différents animaux. Son seul atout physique humain ? Des yeux bleus et expressifs que Belle reconnaît lorsque la Bête redevient le prince Adam. Mais pour rendre le personnage crédible, il fallait trouver sa voix. Après avoir fouillé tout Hollywood et tout New York à la recherche du baryton parfait, Kirk Wise et Gary Trousdale rencontrent Robby Benson. Rupert Everett, après avoir fait le test pour le rôle de Gaston, n'a pas été choisi car les producteurs pensaient qu'il n'exprimait pas assez d'arrogance.
La Robe Légendaire de Belle
Parmi les tenues les plus cultes du cinéma, l’impressionnante robe de bal de Belle côtoie les robes de Scarlett O’Hara ou encore les looks de cabaret de Satine dans "Moulin Rouge". Cette tenue qui continue de faire rêver les petites filles du monde entier a demandé un travail de précision. Brian McEntee, directeur artistique sur le film, décrypte la création de la robe d’apparat la plus célèbre de l’univers Disney : « Nous avons choisi de colorer la robe de Belle en doré pour que la lumière suive chacun de ses mouvements. » Si l’aspect métallique de l’or est extrêmement difficile à reproduire en animation, la robe de Belle n’en reste pas moins légendaire. D’ailleurs, côté vente sur les parcs à thème Disneyland, le costume jaune éclatant talonne de près la tenue bleue glaciale de "La Reine des neiges".
Un Château Vivant
Ce qui rend "La Belle et la Bête" aussi mouvementé, coloré et magique, ce sont évidemment tous les personnages secondaires du film. De Madame Samovar la théière à Lumière le chandelier en passant par Big Ben l’horloge, les objets du château ont contribué à rendre "La Belle et la Bête" surprenant et enchanteur. « Ce qui nous a le plus excités en termes d’animation, c’est la création des objets qui peuplent le château, » explique le réalisateur Kirk Wise. Plus que des objets, ils sont l’âme du palais et participent à l’évolution de l’histoire. Selon Angela Lansbury, qui interprète Madame Samovar, la théière est une figure maternelle pour l’ensemble des domestiques, mais également pour Belle, privée de mère durant l’enfance. L’animateur Nik Ranieri s’est inspiré de Maurice Chevalier, Gene Kelly et Fred Astaire pour créer Lumière, un personnage séducteur, sophistiqué et théâtral coincé dans le corps d’un chandelier. Quant à Big Ben, plusieurs versions ont été dessinées par Will Finn avant de trouver la bonne. Son inspiration principale ? David Ogden Stiers, l’acteur choisi pour doubler le personnage. La chanson "Be Our Guest" (Stia con noi) était chantée en origine par les objets de la maison à Maurice et non à Belle, car il a été le premier à visiter le château.

Un Film Dédié à Howard Ashman
"Partir là-bas", "Sous l’océan", "Prince Ali", "Il était une fois New York City"… Derrière ces titres cultes piochés dans l’univers Disney se cache un parolier : Howard Ashman. Dans les années 1980, il participe au grand retour des studios Disney sur le devant de la scène, notamment grâce au succès inattendu de "La Petite Sirène". En duo avec le compositeur Alan Menken, Howard Ashman s’attaque aux chansons légendaires de "La Belle et la Bête", dont la plus romantique, "Histoire éternelle", interprétée par Angela Lansbury. Également impliqué comme producteur exécutif sur le film, Howard Ashman ne verra jamais son œuvre terminée. Atteint du sida, il décède le 14 mars 1991, soit quelques mois avant la première. Une dédicace a été ajoutée au générique de "La Belle et la Bête" : « À notre ami, Howard, qui a donné sa voix à une sirène et son âme à une bête, nous serons pour toujours reconnaissants. » En 2001, Howard Ashman est devenu une « Disney Legend » à titre posthume. Les musiques ont été l'œuvre du lauréat d'un Oscar, Alan Menken.
Les Récompenses
Lorsqu’en 1991 "La Belle et la Bête" débarque sur les écrans, il obtient rapidement le titre de « classique Disney » grâce à son succès interplanétaire. Au-delà des chiffres titanesques du box-office, les professionnels du cinéma ont aussi été nombreux à souligner la magie et la beauté de ce conte réadapté à la sauce Disney. "La Belle et la Bête" est le premier film d’animation nominé dans la catégorie Meilleur film aux Oscars, finalement remporté par "Le Silence des Agneaux". Mais le studio Disney ne repartira pas les mains vides : avec trois nominations dans la catégorie Meilleure chanson pour "Be Our Guest" (C’est la fête en français) et "Belle", le titre culte "Beauty and the Beast" (Histoire Éternelle) remporte l’Oscar. Les récompenses se succèdent : meilleur film musical, meilleure musique originale et meilleure chanson originale aux Golden Globes, meilleure composition instrumentale et chanson écrite pour un film aux Grammy Awards… Le succès est intégral. "La Belle et la Bête" a été le premier film d'animation candidat aux Oscars dans la catégorie Meilleur film. Le bal final entre Belle et le prince a été littéralement recyclé de l'animation de "La Belle au bois dormant" (scène où le prince Philippe danse avec Aurore). Dans la version chinoise, la voix de la Bête est celle de Jackie Chan. Certaines des sculptures que l'on voit au château (par exemple : l'escalier qui mène à l'aile ouest) sont les versions précédentes de la Bête. La Disney pensait confier au début la voix de Belle (en anglais) à Jodi Benson, la même qui avait interprété Ariel dans "La Petite Sirène".
Versions Originales et Éléments Abandonnés
Dans une version originale, Gaston mourait dévoré par les loups après avoir survécu à la chute du château (qui lui avait seulement causé une jambe cassée). En ce qui concerne la Belle de l'histoire, elle part à la recherche de son père qui s'est perdu dans une forêt sombre et entouré de loups. Il se heurte au château. Après avoir mangé à sa faim à une table étrangement dressée, il va dans le jardin. Il y trouve un buisson de roses et pense en prendre une pour sa fille. Mais il est découvert par la Bête, qui promet à l'homme de le laisser partir avec la rose s'il lui donne en échange le premier être vivant qu'il rencontrera à son retour. La Bête est décrite comme grossière, arrogante et acariâtre. Lorsque Belle obtient la permission de rendre visite à son père et s'éloigne, c'est le chaos. Gaston trouve le château avec l'intention de tuer la Bête et d'épouser Belle, mais lui et sa suite sont sévèrement vaincus. Belle va voir son père et ses sœurs, mais avant qu'elle ne parte, la Bête lui donne un anneau en lui recommandant de revenir dans les trois jours, sinon l'anneau, en devenant noir, signifierait sa mort. Belle promet de revenir, mais ses sœurs, très jalouses, lui volent l'anneau. Au moment de retourner au château, elle est convaincue par ses sœurs (en larmes, fausses) de rester. Cependant, quand elle se décide à partir, elle remarque que l'anneau est devenu noir. Arrivée au château, elle trouve la Bête à terre, à l'agonie.
La Bestia : Le "Train de la Mort" des Migrants d'Amérique Centrale
Le titre "La Belle et la Bête" évoque un conte, mais "La Bestia" prend une tournure bien plus sombre dans la réalité contemporaine. Il ne s'agit pas ici d'une histoire de prince maudit, mais d'un périlleux voyage pour des milliers de migrants d'Amérique centrale qui rêvent d'une vie meilleure aux États-Unis.
Un Voyage Semé d'Embûches
Chaque année, elle emmène des dizaines de milliers de candidats à l’exil sur son dos. Chaque année, elle en dévore des milliers. À la moindre inattention, c’est la chute et le risque d’être happé sur les rails. Et sur "La Bestia", les migrants n’échappent pas non plus à la violence des cartels de drogue, qui cherchent à les enrôler de force ou à les enlever pour rançonner leur famille. Celui qui résiste, celui qui ne peut pas payer, est exécuté.
Le jour n’est pas encore levé quand le train de marchandises arrive dans la gare de Palenque, dans le sud du Mexique. Réveillés par le bruit des roues sur les rails de chemin de fer, des dizaines de migrants empoignent rapidement leurs effets personnels et courent vers ce train qu’ils surnomment « la Bête ». « On l’appelle comme ça parce que plusieurs personnes sont mortes en le prenant. C’est pour ça qu’on demande à dieu qu’il veille sur nous, parce que c’est très dangereux », explique un jeune Hondurien, entouré de ses compagnons de voyage. Ce matin-là, ils sont au moins une cinquantaine à prendre le train. Seuls quelques lampadaires éclairent la petite gare. Agrippés à ses parois, installés sur son toit ou entre deux wagons, les migrants traverseront la jungle mexicaine sans savoir quand ils arriveront à destination.

Parmi eux, une majorité de jeunes hommes, des adolescents, mais également des familles et des enfants en bas âge. « Je suis nerveuse parce que je n’ai jamais pris ce train. J’ai peur pour mon fils, explique Melsi, une Hondurienne accompagnée de son beau-frère et de son fils de 4 ans. On s’installe ici parce que c’est plus sûr que sur le toit », ajoute-t-elle, en s’asseyant sur une passerelle entre deux wagons. C’est sans avertissement que le train démarre. Quelques retardataires s’empressent de sauter sur la Bête en s’agrippant aux petites échelles rouillées fixées sur ses côtés.
Au bout de quelques heures, l’excitation et l’adrénaline du départ font cependant place à la fatigue. De nombreux migrants combattent le sommeil malgré les fortes secousses et le bruit assourdissant des wagons qui se cognent les uns aux autres, lorsque le train s’arrête soudainement au milieu la forêt. Une lampe de poche et un talkie-walkie à la main, Octavio, responsable de la maintenance du train, s’approche des wagons. Il inspecte les freins à main du train car selon lui, l’un d’entre eux a été activé. « Les migrants accrochent souvent les freins à main lorsqu’ils montent. Cela peut causer des déraillements. […] Parfois ils font même freiner le train intentionnellement pour le faire ralentir et permettre aux gens de monter », explique le mécanicien. De leur côté, les migrants eux profitent de l’arrêt inespéré du train pour aller cueillir des mangues. La plupart d’entre eux voyagent sans argent et les réserves d’eau et de nourriture diminuent rapidement. « On fait des provisions pour les jours à venir. On va se les partager sur le train », lance Hernan Martinez, en transportant une dizaine de fruits dans son tee-shirt.
Le Rêve Américain et ses Dangers
Assis sur le toit du train, à environ 6 mètres du sol, Elkin Murillo observe le paysage défiler. Autour de lui, de nombreux autres jeunes hommes discutent ou font la sieste, allongés sur le toit. « Sur le toit on voit mieux, donc si l’immigration essaie de nous arrêter, on a le temps d’anticiper et de s’enfuir », explique le Hondurien de 24 ans. Le jeune homme ne sait pas combien de temps durera son périple. Il est parti du Honduras avec cinq de ses amis, ils ne sont aujourd’hui plus que deux. « Je ne serais pas parti seul parce qu’on croise de mauvaises personnes sur le chemin. On se protège les uns les autres. Les bandits locaux peuvent nous attaquer, nous voler notre argent. Il y a aussi l’immigration qui peut nous attraper », explique Elkin, en évitant les branches qui menacent de faire tomber les migrants installés sur le toit. « Mes parents ont beaucoup pleuré quand je suis parti, mais au Honduras il n’y a rien à faire. J’ai choisi de partir pour essayer de donner une meilleure vie à ma famille en travaillant aux États-Unis. Au Honduras il y a une pauvreté extrême. »
La "Bestia", train de la mort des migrants au Mexique
Ce contenu n’est plus disponible. « La Bestia » (la bête), aussi appelée le « train de la mort », est en fait plusieurs trains de marchandises. Sur deux lignes qui longent les côtes caraïbes et pacifiques, elles se rejoignent dans le centre-sud du Mexique, vont vers la capitale, Mexico, et une gare de triage (Lecheria), d'où rayonnent quatre lignes qui se dirigent vers le Texas, l'Arizona et la Californie.
Des familles entières, des femmes avec leurs enfants partent pour le grand voyage. Et, de plus en plus, des enfants seuls. Âgés de 13-14 ans et plus. On leur a dit que les Américains ne pourraient pas les expulser comme les autres. Surtout s'ils ont déjà de la famille aux États-Unis. Beaucoup de femmes, les parents, sont partis il y a beaucoup d'années. Les enfants ont grandi avec la grand-mère, donc maintenant c'est un droit, les enfants ont besoin de voir leur mère, de savoir d'où ils viennent.
Un Flot Inexorable
« Le trafic d'enfants, c'est quelque chose dont on ne sait pas grand-chose. Mais on se demande où ils partent, ces enfants-là? Qu'est-ce qu'ils vont faire? C'est quelque chose de compliqué », poursuit Elisabeth Rangel, directrice de l'Auberge du migrant. Les Mexicains et les migrants centraméricains sont convaincus que, quelles que soient les mesures prises par les Américains et le gouvernement mexicain, rien n'arrêtera le flot vers le nord, vers le rêve américain. On tente de les empêcher de chevaucher « La Bestia », mais les groupes humanitaires savent qu'on ne parviendra jamais à les arrêter. « Les migrants ne se donnent jamais vaincus. Ils disent que, même s'ils renforcent les frontières, ils ont faim, ils ont une famille, ils vont passer. » Pendant plusieurs semaines, nous avons suivi Chele, Zompopo, Conejo, Profeta, Monkey et Picho, un groupe de six Honduriens, dans leur odyssée depuis Palenque, dans le sud mexicain jusqu’au désert du Chihuahua, qui longe la frontière américaine. Ils sont prêts à tous les sacrifices pour aller trouver un travail aux Etats-Unis et faire vivre leur famille restée au pays.