Les Semences Biologiques : Enjeux, Réglementation et Pratiques Agricoles

La transition vers une agriculture plus durable et respectueuse de l’environnement repose sur un pilier fondamental : la qualité et l’origine du matériel végétal. Portée par la demande croissante en aliments bio, la production agricole suit le mouvement. Les surfaces cultivées en bio ont doublé entre 2015 et 2020 et s’établissent à 2,5 millions d’hectares, soit 9,5 % de la sole agricole française. Et pour produire bio, il faut des semences bio. Mais qu’est-ce qu’une semence bio ? Au-delà de l'aspect théorique, cette question soulève des défis logistiques, réglementaires et agronomiques majeurs.

Champ de culture biologique diversifié

Structure et organisation de la filière semencière biologique

La structuration de la filière repose sur un équilibre complexe entre l’offre des semenciers et les besoins des agriculteurs. Très bien sur le papier, la réalité est plus nuancée. Sur le terrain, les agriculteurs ne trouvent pas toujours les semences bio de l’espèce ou de la variété qu’ils souhaitent semer, par manque de disponibilité sur le marché. “La betterave sucrière ou la carotte sont difficiles à produire, d’autres sont produites en trop faible quantité”, concède Michel Straëbler, en charge de la commission bio de SEMAE, l’interprofession des semences et des plants.

Pour réguler cet accès, il existe en France quatre statuts dérogatoires. Si l’espèce est classée “hors dérogation”, l’agriculteur a l’obligation d’utiliser des semences bio car le nombre de variétés multipliées en bio et les quantités sont suffisantes. Quarante espèces sont dans cette catégorie. Lorsqu’une espèce devient “hors dérogation”, le nombre de dérogations chute et la production de semences bio décolle. Exemple, le nombre de dérogations pour le blé tendre, classé « hors dérogation » en juillet 2018, est passé de 662 à 24 entre 2018 et 2020 et les surfaces en multiplication de semences ont plus que doublé (de 2000 à 5000 ha). “En blé tendre, il y a suffisamment de quantité et de choix variétal pour trouver son bonheur.”

Cette organisation est un moyen efficace de structurer la filière semences, le statut “hors dérogation” garantissant aux établissements de semences que leurs lots trouveront preneurs et aux agriculteurs qu’ils pourront acheter des semences bio.

Outils de gestion et cadre réglementaire

Comment s’informer de la disponibilité en semences bio ? C’est sur la base de données www.semences-biologiques.org gérée par SEMAE, par délégation de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao), que les fournisseurs de semences et plants bio indiquent les disponibilités variétales pour chaque espèce. C’est également sur cette plateforme que les utilisateurs déposent les demandes de dérogation.

Cette possibilité de dérogation prendra fin en 2036 comme le précise le nouveau règlement sur l’agriculture biologique entré en vigueur en janvier 2022. “L’objectif est de monter en puissance pour que chaque espèce dispose d’une gamme variétale et de quantités suffisantes en semences bio pour couvrir les besoins des agriculteurs.”

Vidéo explicative de la production de semences agricoles par Exélience

La nouvelle réglementation bio autorise la production et la commercialisation de semences et de plants de matériel hétérogène biologique. “Cela permet d’encadrer et de faciliter la circulation et la vente de semences produites localement par les agriculteurs bio et qui ne répondent pas aux critères d’inscription habituels.” A l’inverse des variétés classiques qui doivent être homogènes, stables dans le temps et distinctes d’une variété existante, le matériel hétérogène biologique se caractérise par son hétérogénéité. Il ne sera pas inscrit au Catalogue officiel des espèces et variétés, mais enregistré gratuitement sur une liste européenne avec une simple description du matériel.

Évolution variétale et sélection pour le bio

Autre évolution, le règlement introduit la notion de variété biologique adaptée à l’agriculture biologique. Elle se définit par une diversité génétique et phénotypique et une sélection variétale pratiquée en mode biologique. De plus en plus de sélectionneurs consacrent une part de leurs recherches aux variétés dédiées au bio. Ils privilégient dans leur sélection des plantes résistantes aux maladies, aux insectes, à la verse, au stress hydrique, capables de couvrir le sol et d’utiliser l’azote disponible. Ainsi, sept variétés de blé tendre adaptées à la production biologique ont été inscrites en 2018. Une première !

Le statut des espèces est donc évolutif année après année, et peut contraindre certains choix variétaux lorsque les espèces passent hors dérogation (HD) et que certaines variétés ne sont pas disponibles en graines bio. Les autres types de tomates sont soit déjà HD, soit avec des passages HD à échéances plus lointaines.

La certification : une exigence de traçabilité

La certification bio est le résultat d’un cheminement de différentes étapes de contrôle permettant à un producteur ou à un fabricant de pouvoir apposer sur ses produits l’appellation « produit issu de l’agriculture biologique ». L’ensemble des éléments gravitant autour du produit est méticuleusement vérifié, à savoir, le mode de production, la méthode d’extraction, l’étiquetage ainsi que la distribution.

Pour être certifiée bio, une entreprise doit tout d’abord se rapprocher d’un organisme de certification bio indépendant comme Bureau Veritas, Ecocert, Afnor certification, etc. À noter que 75 % du marché de la certification bio est traité par deux organismes seulement : Bureau Veritas et Ecocert.

Schéma de la chaîne de traçabilité des semences bio

En France, la certification bio est l’une des plus exigeantes, notamment au regard de la traçabilité des semences utilisées pour la production de fruits et légumes. En effet, les végétaux cultivés dans le respect d’un mode de production biologique doivent obligatoirement être issus de semences elles-mêmes biologiques. Il en est de même pour les plants utilisés par le producteur.

Dans la pratique, un producteur de fruits et légumes bio va consciemment s’approvisionner en semences biologiques auprès d’un revendeur certifié. Lors du passage de l’organisme de certification, l’agriculteur doit pouvoir prouver au contrôleur que ses semences respectent bien la norme en matière de production biologique. Il a l’obligation de présenter tous les bons de livraison et les factures de toutes les semences utilisées sur son terrain. Ces documents devront faire apparaître les mentions « BIO » ou « semences issues de l’agriculture biologique ».

Pourquoi les semences personnelles ne sont pas admises en zone certifiée ?

Un cultivateur non professionnel, produisant uniquement des légumes avec des semences bio, ne peut pas venir semer ses propres plants dans le potager d’un producteur professionnel. En effet, il n’existe aucune traçabilité de l’origine des semences ou des plants fournis par le particulier, et ce, même si ce dernier prend toutes les précautions nécessaires afin d’éviter toute contamination imprévue. Par conséquent, les salariés de notre équipe, fervents défenseurs des valeurs d’une production agricole 100 % biologique, ne sont malheureusement pas autorisés à planter leurs propres graines dans les 5 000 m² du potager certifié bio de Léon et Marcel.

Distinction entre variétés hybrides et reproductibles

Une semence bio est un produit issu de l’agriculture biologique cultivée sans pesticides chimiques et sans engrais de synthèse. Ce sont des semences pour lesquelles on ne recense aucune intervention humaine pour modifier leur patrimoine génétique. Les graines hybrides F1 ne sont donc pas considérées comme des OGM. Les semences hybrides sont obtenues par croisement assisté. Le sélectionneur pollinise des plantes de la même espèce, sans modification directe de leur ADN.

Les semences hybrides F1, créées par l’homme, ne permettent pas une reproduction de semences de qualité. Les graines reproductibles vous assurent une production identique à la plante originelle dans ses caractéristiques botaniques. Elle sera naturellement améliorée car adaptée au milieu dans lequel elle a poussé. Pour une production en potager bio et en permaculture, les hybrides F1 posent question. Elles nécessitent souvent plus de traitements et d’intrants. Elles ont une capacité d’adaptation à votre terre et à votre environnement plus faible. Enfin, elles ne contribuent pas à la préservation de la biodiversité cultivée.

Comparaison entre graines hybrides et reproductibles

Les labels de qualité et leur signification

Pour être certain que vos sachets de graines de tomates, de fleurs ou même vos bulbes sont vraiment biologiques, plusieurs labels existent :

  • AB (Agriculture Biologique) : le label français.
  • Eurofeuille : le label bio européen, reconnaissable à sa feuille verte étoilée.
  • Demeter : pour les passionnés de biodynamie, les pratiques agricoles tiennent compte des cycles lunaires et des énergies terrestres.
  • Bio Cohérence : met l’accent sur le lien avec le terroir.
  • Nature et Progrès : le cahier des charges de cette organisation est plus restrictif que la réglementation officielle en Agriculture biologique.

En vérité, un label de qualité n’est pas une solution miracle. Il offre néanmoins l’avantage de garantir que vos semences sont régulièrement soumises à des inspections.

Exemples de variétés adaptées au marché bio

Le choix variétal est crucial pour la réussite d'une exploitation. Voici quelques exemples de variétés significatives :

  • UCHIKI KURI : Référence en potimarron orange, pour sa productivité et son goût, avec un cycle semis-récolte de 95 jours.
  • TIVANO® F1 : Courge butternut idéale en frais pour le circuit court, reconnue pour sa précocité (105 jours) et sa conservation.
  • MUSQUEE DE PROVENCE : Référence en courge comestible musquée, adaptée au marché du frais avec un cycle de 140 jours.
  • ELMORO : Haricot nain précoce, tolérant et régulier, avec une excellente qualité gustative et une résistance élevée à la mosaïque commune et à l'anthracnose.
  • KAORI KURI F1 : Variété de courge avec un cycle de 85 jours, très sucrée et aromatique.
  • TIZIANO F1 : Courgette cylindrique verte, nouvelle référence en plein champ, intégrant de nombreuses résistances intermédiaires aux virus.
  • SPAGHETTI VEGETAL : Courge bio dont la chair donne des filaments fermes après cuisson, cycle de 90 jours.
  • SWEET DUMPLING : Aussi appelée Patidou, avec un excellent goût de châtaigne, cycle de 100 jours.

Défis futurs et enjeux territoriaux

L’obligation de se fournir en semences biologiques selon les espèces évolue année après année en fonction notamment des disponibilités des variétés. Chaque année, le comité national AB de l’INAO réexamine la situation des différentes espèces végétales et son statut afin de prendre en compte les espèces pour lesquelles l’approvisionnement en semences et plants bio est encore délicat.

Ces informations ont suscité de vives réactions de la part des acteurs du Sud de la France, notamment sur le passage HD de la courgette. Dans un contexte où FranceAgriMer a refusé le financement d’essais variétaux de 4 stations ITAB (dont le GRAB Auvergne et la station du CIVAM bio 66), la question de la recherche et du développement en semences bio devient un enjeu politique et économique majeur. L'appauvrissement dramatique de la biodiversité cultivée n'est cependant pas une fatalité. Aujourd'hui, certains acteurs préservent des milliers de variétés et proposent à la vente chaque année des semences libres de droits, reproductibles et biologiques, renforçant ainsi la résilience des systèmes agricoles face aux changements climatiques et aux pressions environnementales.

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