Le lierre grimpant, ou Hedera, est bien plus qu'une simple plante ornementale. Originaire d'Europe et d'Asie, il habille les paysages de l'hémisphère Nord depuis plusieurs siècles. Membre de la famille des Araliacées, le lierre est prolifique, et il en existe des dizaines d'espèces et des centaines de variétés. Ses grandes lianes couvertes de feuilles plus ou moins découpées, plus ou moins grandes, de toutes sortes de vert ou encore panachées, grimpent et rampent, s’attachent au support qu’elles colonisent grâce à de petites racines crampons. Le lierre est un extraordinaire créateur d’ambiance, couvreur de misère, metteur en scène d’espaces. Il pare un mur disgracieux, habille un sol difficile, sert d’écrin aux floraisons qui le parsèment et, quand vient l’automne, se couvre à son tour d’ombelles fleuries bien mellifères, puis de baies allant du vert au bleu nuit. Tout au long de l’hiver, les oiseaux se régalent de ses gourmandises bienvenues et la petite faune trouve refuge dans son feuillage persistant.

Diversité et caractéristiques des espèces de lierre
Hedera helix, le lierre commun, est certainement l’espèce la plus connue et répandue en France. Elle se cultive en extérieur comme en intérieur. Commençons par le moins commun des lierres communs, Hedera helix ‘Erecta’, une variété qui ne grimpe pas. Ce spécimen arbustif se dresse avec vigueur et élégance pour former une touffe de 1 m x 1 m à maturité. Rustique au-delà de -15°C, de croissance assez rapide, ce lierre ornera avec originalité un massif ou trouvera sa place en large bac avec sa silhouette altière et sa multitude de petites feuilles triangulaires, très nervurées, presque marbrées, présentant un beau nuancier de vert au fil des saisons.
Feuilles trilobées impeccablement découpées, petites, vert brillant, Hedera helix ‘Shamrock’ est un splendide spécimen de lierre commun. D’assez petite taille - il n’excèdera pas 2 m de haut pour 1.50 m d’envergure -, très rustique - il supportera des températures allant jusqu’à -20°C -, il formera un bel ensemble lumineux et dense. Pour un feuillage plus exubérant, de grandes feuilles très nervurées, vert vif et luisant, choisissez Hedera helix ‘Green Ripple’. Moyennement rustique (-15°C), il couvrira rapidement une surface de 3 m, voire 5 m, en tous sens.
À moins que vous ne préfériez l’originalité d’un Hedera helix ‘Ivalace’. Un petit développement - 1.50 m en tous sens - mais une forte personnalité avec des feuilles d’un vert vif très lustré et surtout à bords ondulés qui donnent à l’ensemble un aspect gaufré unique. De croissance assez lente mais de bonne rusticité (au-delà de -15°C), il offrira sa malice en couvre-sol, palissé ou en pot. Hedera helix ‘Sagittifolia’ - aussi appelé lierre à feuilles sagittées - est lui aussi très original justement en raison de ses feuilles en fer de lance extrêmement découpées, composées de cinq lobes très allongés.
Si ce sont les motifs panachés que vous aimez, vous n’aurez que l’embarras du choix. Hedera helix ‘Oro Di Bogliasco’ - aussi connu sous le nom de ‘Goldheart’ - possède un feuillage trilobé, des feuilles de taille moyenne, vert foncé sur le pourtour et tachée de jaune vif au centre. Un pied pourra couvrir un espace de 8 m x 4 m. Hedera helix ‘Goldchild’ vous séduira forcément avec son feuillage trilobé et triangulaire, gris-vert margé de jaune plus ou moins soutenu selon la saison. Facilement maîtrisable grâce à une taille modeste - 1.50 m x 1.50 m à maturité -, très lumineux, moyennement rustique (-15°C), ce lierre sera fantastiquement décoratif en sous-bois, contre un muret ou cultivé en pot.

Pour des espaces plus vastes, le lierre de Colchide, Hedera colchica - aussi appelé lierre de Perse ou du Caucase - est encore plus impressionnant. Ses lianes à grandes feuilles en forme de cœur, vert brillant, pourront couvrir 12 m, et bien au-delà parfois, en tous sens. À réserver à des situations ombragées ou à mi-ombre et des atmosphères plutôt humides. Mais l’une des plus répandues reste Hedera hibernica, le lierre d’Irlande. Il pousse partout, dans tous les sols et toutes les expositions. Son feuillage est large, dense, d’un vert à la fois foncé et bien brillant. Enfin, Hedera canariensis, originaire d’Afrique du Nord, est à réserver à des climats plus chauds et secs. De croissance lente et de dimensions moyennes, il se fait remarquer par ses grandes feuilles bombées mais également et surtout par ses rameaux et pétioles pourpres à rouges.
Plantation et entretien du lierre : les bons gestes
Quelle que soit l’espèce ou la variété choisie, le lierre se plante de préférence à l’automne pour lui laisser le temps de s’installer avant les chaleurs estivales. Une plantation en fin d’hiver est également envisageable. Il se plaira toujours plus à la mi-ombre voire à l’ombre même si certaines variétés s’accommoderont d’une exposition ensoleillée. Quant aux cultivars panachés, ils s’épanouiront plus élégamment en situation bien lumineuse. Le lierre se satisfera de tous les sols, même les plus pauvres. Plus ou moins rustique selon la variété, il résistera globalement bien à la sécheresse.
Que vous prévoyiez une plantation en pleine terre ou en pot, la motte devra être préalablement bien hydratée. Pour une installation au jardin, préparez un trou 3 fois supérieur au volume de la motte. Placez celle-ci au centre après avoir pris soin de démêler les racines. Rebouchez avec la terre du jardin mélangée à un peu de terreau. Le collet doit affleurer la surface mais ne pas être enterré. Tassez. Arrosez bien généreusement. En pot, prévoyez une couche drainante de billes d’argile au fond et un substrat composé de terre et de terreau. Tassez fortement et arrosez copieusement.
En pleine terre, le lierre ne requiert aucun entretien si ce n’est peut-être un apport en arrosage la première année en cas de sécheresse forte et prolongée. En pot, si sa croissance est lente, dynamisez votre liane en lui offrant, du début du printemps au milieu de l’automne, un apport en engrais. Laissez sécher le substrat entre chaque arrosage. Quelques bons réflexes et un peu d’entretien vous permettront de profiter des grandes qualités ornementales de votre végétal sans risque. Ainsi la taille, si elle n’est pas obligatoire, s’avèrera parfois nécessaire pour des raisons esthétiques et en cas d’envahissement. Elle pourra survenir alors une à deux fois par an, au tout début du printemps et à la fin de l’été. Supprimez toutes les parties abîmées. Raccourcissez les rameaux, enlevez de l’épaisseur et de la densité pour aérer le sujet. Bien sûr, coupez toutes les parties indésirables.
Comment s'occuper du lierre? - capsule horticole
Le lierre : mythes et réalités sur son impact
Contrairement à l’image que l’on s’en fait, il y a une synergie entre le lierre et son arbre support. Le lierre apporte la fraîcheur et un compost remarquable à l’arbre qui le porte vers les cieux. Il abrite une faune si riche qu’il est l’un des éléments essentiels à la biodiversité, gage de bonne santé pour la forêt toute entière. Il régule par exemple les parasites. Le lierre met l’édifice sur lequel il grimpe à l’abri des intempéries. Grâce à lui, la ruine est protégée des pluies dévastatrices qui contiennent de plus en plus de polluants chimiques. Les pierres gorgées d’eau sont plus sensibles au gel qui les fait éclater et disloque ses joints. Il va aussi assainir le sol en évitant l’excès d’humidité, mauvais pour les fondations.
Ne le laissez pas envahir un jeune arbre car il prendrait le dessus. Par contre, il sera un bon compagnon pour des arbres adultes qu’il protègera du froid, d’une humidité excessive ou au contraire d’un soleil trop brûlant ou d’une faune trop entreprenante. Laissez-le investir sans crainte une surface en bon état qu’il habillera sans blesser, une façade que cette plante grimpante isolera du froid, de la chaleur et de l’humidité ! Prenez garde par contre aux surfaces fragiles comme un vieux crépi ou une maçonnerie fissurée. Et ne le laissez pas non plus grimper sous les toits au risque de le voir déloger les tuiles.
Très en osmose avec la Terre et son environnement immédiat, cette espèce sauvage est globalement résistante aux maladies et aux ravageurs. Si araignées et cochenilles tentent une invasion, aérez votre sujet et débarrassez-vous des parties infestées. Invitez coccinelles et chrysopes. En dernier recours, pulvérisez du savon noir. Quant au dessèchement du feuillage, ne cherchez pas à l’attribuer forcément à une maladie. Il est le plus souvent le résultat d’une exposition trop importante au soleil ardent. Trop d’intervention est souvent néfaste au lierre : les feuilles noircissent, vous arrosez trop ; les feuilles panachées ne sont plus si panachées que ça, vous fertilisez trop.

Vertus médicinales et précautions d'usage
Le lierre grimpant - à ne pas confondre avec le lierre terrestre Glechoma hederacea - nous veut aussi du bien. Depuis l’Antiquité, il est utilisé pour ses propriétés anti-inflammatoires, antispasmodiques, diurétiques et expectorantes. Ses feuilles sont riches en principes actifs tels que les saponines, les flavonoïdes et les terpènes. L’Agence européenne du médicament considère les extraits de lierre grimpant d’un usage médical bien établi comme expectorant en cas de toux productive (grasse). En phytothérapie, on utilise essentiellement les jeunes feuilles et le bois des vieux troncs, qui servent à la fabrication d’extraits normalisés.
Dans la tradition populaire, il sera aussi bien « le guérit tout » qu’une plante associée à la magie et à la sorcellerie. Sa propriété la plus anciennement connue autrefois était de soigner les migraines. Pour les Gaulois, le lierre est aussi une plante bénie des dieux. Dans les campagnes, on se servait du lierre comme d’un purgatif puissant. La macération de feuilles était utilisée pour soigner les cors aux pieds. Enfin, le suc, ou gomme récoltée sur les troncs des vieux lierres dans les régions méridionales, a la réputation d’être un excitant efficace.
En application externe, le lierre peut être utilisé pour traiter les entorses, les contusions et les douleurs musculaires. Le lierre possède également des effets antioxydants, ce qui signifie qu'il aide à protéger les cellules du corps contre les dommages causés par les radicaux libres. Le lierre est également bénéfique pour la digestion. En effet, cette plante stimule la production de sucs gastriques et favorise ainsi une digestion plus efficace. Elle peut être utilisée pour soulager les troubles digestifs tels que les ballonnements, les flatulences et les douleurs abdominales.
Il est important de prendre certaines précautions. Prenez garde, par contre, à ne pas ingurgiter ses fruits, toxiques pour l’humain et certains animaux domestiques. La prise ou la manipulation de lierre grimpant peut entraîner une allergie, en particulier après une exposition massive ou répétée. Les personnes qui souffrent d’ulcère ou de brûlures d’estomac peuvent voir leurs symptômes aggravés par la prise de produits à base de lierre grimpant. Le lierre grimpant contient une substance, l’émétine, qui peut provoquer des contractions de l’utérus. L’Agence européenne du médicament déconseille l’usage des extraits de lierre chez les enfants de moins de deux ans. Une toux qui persiste ou qui récidive chez un enfant âgé de deux à quatre ans exige une consultation médicale rapide avant l’administration de tout traitement. Il est vivement conseillé de consulter un professionnel de la santé avant d’utiliser des remèdes à base de lierre, notamment en cas de grossesse, d’allaitement ou de prise de médicaments.
Botanique : une adaptation remarquable
Le nom de genre, Hedera, est une corruption du mot latin Hedea qui signifie : la corde, l’attache. Il appartient à la famille des Araliacées dont il est la seule espèce sauvage en Europe occidentale. Le comportement du lierre est le résultat d’une longue adaptation. Il est apparu sur Terre à la fin de l’ère secondaire au Crétacé. Le groupe des angiospermes, les plantes à fleurs, s’étend alors grâce à une co-évolution avec les pollinisateurs comme les abeilles. Ces espèces ont en commun d’avoir une floraison automnale ou hivernale. Le lierre a une remarquable aptitude à résister à la chaleur et la sécheresse et se plaît dans le paysage méditerranéen.
Il fait des jeunes pousses deux fois par an : au printemps et à la fin de l’été, et c’est lors de la seconde pousse que se formeront les tiges florifères. Les feuilles vivent 3 ans et doivent leur brillance à la couche de cutine, une sorte de cire imperméable. Pour fleurir, le lierre a besoin de suffisamment de photons, d’où sa quête de lumière. Le lierre fleurit fin août en Méditerranée et jusqu’en novembre plus au nord. Sa fleur est de couleur vert jaunâtre avec 5 étamines et 1 style simple. Le lierre dispose de tiges sarmenteuses couchées et radicantes ou grimpantes, dotées de crochets et de nombreux entre-nœuds centraux. Les feuilles sont vert foncé et brillantes, coriaces et persistantes, à forme variable. Les fruits sont des baies globuleuses cerclées au sommet, de couleur bleu noir à maturité.

En intérieur, comme en extérieur, le lierre s'adapte à de nombreuses situations. Si vous souhaitez vous soigner naturellement par les plantes, vous pouvez récolter le lierre grimpant dans la nature à partir du mois de mars jusqu’au mois de novembre. La meilleure période pour récolter le lierre grimpant est généralement au début de l’automne lorsque la plante a accumulé le plus de principes actifs. Laissez-les sécher complètement pendant plusieurs jours jusqu’à ce qu’elles deviennent cassantes au toucher. Pour une infusion, réalisez une décoction pendant 5 minutes avec une cuillère à soupe de feuille sèche de lierre grimpant par tasse, filtrez la préparation. Buvez-en 2 à 3 tasses par jour en dehors des repas. Pour un cataplasme ou compresse, comptez 50 grammes de plante sèche pour 1 litre d’eau. Laissez bouillir 10 minutes et infuser 10 minutes. Le lierre grimpant est une plante très répandue qui a souvent mauvaise réputation, à tort. Découvrez ses caractéristiques et ses vertus pour mieux l'intégrer dans votre vie quotidienne, que ce soit pour végétaliser vos espaces ou pour profiter de ses bienfaits ancestraux.