Longtemps qualifiées de « mauvaises herbes » ou d'« adventices », ces plantes spontanées qui poussent sans l'action de l'Homme sont aujourd'hui au cœur d'une redécouverte écologique et utilitaire. Le savoir des anciens, qui utilisaient les « simples » au quotidien, était tombé dans l'oubli, mais un regain d'intérêt pour la gastronomie, la beauté, le bien-être et la santé des plantes sauvages se manifeste. Loin d’être de simples intruses, elles témoignent de la vitalité du sol et offrent de multiples services : fertilisation, soin des plantes, nourriture, refuge pour la faune, et une multitude de bienfaits pour l’homme. Comme le disait Victor Hugo, « il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs ».

Il est vital de bien connaître et reconnaître ces plantes, car elles peuvent avoir de faux amis et des contre-indications. Ce n’est pas parce que c’est naturel que c’est sans danger ! C’est pourquoi, « attention à l’automédication, le médecin reste maître du diagnostic et du traitement. Il n’y a pas de plante miracle, chacune a sa personnalité et elles participent à la remise en forme en étant associées à une alimentation équilibrée, de l’activité physique », prévient Bruno Barbarin, conseiller en phytothérapie.
Une Reconnaissance Historique et Scientifique
Dans l’histoire, la notion de plante adventice apparaît avec l’agriculture moderne. Le fermier sème ou plante des espèces qu’il désire cultiver, et toute la flore spontanée qui pousse dans le champ devient potentiellement concurrente. Ces plantes sauvages sont alors considérées, la plupart du temps, comme des « mauvaises herbes ». Mais bien avant l’agriculture, l’homme fut chasseur-cueilleur, exploitant un très large éventail de plantes comestibles à sa disposition dans la nature sauvage.
Aujourd'hui, les sciences et disciplines telles que la botanique, la phytochimie et la pharmacognosie s'intéressent de près à ces plantes, révélant leurs riches propriétés nutritionnelles, aromatiques et médicinales. L'Agence européenne du médicament, par exemple, reconnaît l’usage traditionnel de certaines d'entre elles pour soulager divers troubles.
Des Vertus Insoupçonnées pour la Santé
De nombreuses « mauvaises herbes », ou plus positivement « les simples », regorgent de vertus pour notre bien-être. Elles peuvent être utilisées sous diverses formes : en tisane, décoction, macérat, sirop, baume, vinaigre, ou simplement intégrées à notre alimentation.
L'Ortie : Une Plante aux Mille Vertus
L’ortie (Urtica dioica) est une plante pluripotente, à la fois médicinale, alimentaire et industrielle. Les anciens s’en servaient parfois pour punir les désobéissants, tandis que les éleveurs l’ajoutent aux rations de leurs troupeaux de vaches, équidés, poules, car elle contient plus de protéines que la luzerne.

Très riche en vitamines et minéraux, particulièrement en fer, silice, potassium et magnésium, l'ortie est très utile en cas d'anémie et aide à retrouver l'énergie et la vitalité lorsqu'on se sent fatigué. Bue en tisane sur une moyenne période, elle tonifie tous les systèmes de notre corps et nous aide à nous adapter aux changements de saison ou de vie, ce pourquoi on la qualifie d’« adaptogène ». Elle aide contre l’arthrose, les rhumatismes et peut aussi avoir un effet dépuratif, car elle est cholagogue, favorise l’évacuation de la bile produite par le foie. Elle renferme des flavonoïdes, un ensemble de pigments, comme la rutine qui possède une action favorable sur les capillaires et qui ont des propriétés anti-oxydantes.
L’ortie est un super aliment souvent méconnu, ses feuilles contenant jusqu’à 30 % de protéines, ce qui en fait une excellente source de protéines alimentaires pour les végétariens et les végétaliens. En plus des protéines, l’ortie regorge de calcium, magnésium, potassium, zinc, soufre et, surtout, le fer et le silicium. L’ortie est également une excellente source de vitamines, notamment les vitamines A, B2, B5, B9, K et surtout la vitamine C. Un autre composant important de l’ortie est la chlorophylle, qui lui donne sa couleur verte. Celle-ci est détoxifiante, a un impact bénéfique sur la muqueuse intestinale et sur l’équilibre du microbiote.
L’ortie peut être testée dans les allergies saisonnières. Elle contient des composés anti-inflammatoires et antihistaminiques naturels, tels que la quercétine, qui peuvent aider à réduire la réponse allergique en bloquant la libération d’histamine dans le corps. Cela peut contribuer à atténuer les symptômes allergiques chez certaines personnes. Les racines d’ortie se distinguent par leurs effets sur le système hormonal, en particulier sur la prostate chez les hommes et sur les hormones sexuelles chez les femmes. Elles sont réputées pour leurs propriétés anti-inflammatoires (douleurs articulaires et troubles inflammatoires).
Comment l'utiliser ?Les jeunes pousses printanières d'ortie, passées à la vapeur ou cuites, sont délicieuses et perdent leur côté urticant. Dans un potage, une omelette, un sauté, ou même en brandade d'ortie, les feuilles fraîches peuvent être ajoutées aux salades ou aux smoothies verts. On peut également réaliser du pesto d’ortie, l’intégrer dans un cake salé, dans une tarte ou encore réaliser un jus de légume avec juste de l’ortie ou associée avec d’autres légumes. Pour les boissons chaudes, l’infusion d’ortie est une option réconfortante et bénéfique. Il suffit de faire infuser des feuilles d’ortie séchées (1 cuillère à soupe dans une bonne tasse) et laisser infuser 5 à 10 minutes pour obtenir une tisane revigorante. Pour les racines d’ortie, prendre 1 cuillère à soupe pour une bonne tasse, mettre dans de l’eau froide, amener à ébullition, faire bouillir 1 minute puis laisser reposer au moins 10 minutes. L’ortie est également disponible sous forme de poudre, facile à intégrer dans diverses recettes.
Le Pissenlit : Le Spécialiste de la Détox
Le pissenlit (Taraxacum officinalis) nous éblouit de ses soleils jaunes au printemps, et ce n'est pas pour rien. C'est la plante par excellence de la détox du foie, engorgé après la sédentarité de l'hiver et les excès des fêtes. Amères, ses racines et ses feuilles stimulent la production de bile, facilitant ainsi la digestion et le transit intestinal. Diurétique sécuritaire, on l'utilise en cas de rétention d'eau. C'est un spécialiste de la vessie et des problèmes urinaires. Ses racines s'avèrent également excellentes dans les cas de constipation légère. De plus, ces dernières contiennent de l'inuline, un prébiotique extraordinaire pour l'intestin, qui a les merveilleuses propriétés de régulariser le taux de cholestérol et la glycémie. Le pissenlit est une espèce collective (Taraxacum fasciatum), un agrégat de nombreuses espèces et sous-espèces du genre Taraxacum, en raison d’un exceptionnel polymorphisme de celle surnommée dent de lion. Toutes les parties (racine, feuille et partie aérienne) sont alimentaires et médicinales. Les feuilles sont riches en β-carotène, en vitamine C et polyphénols.
3 bienfaits du pissenlit pour la santé
Comment l'utiliser ?Les feuilles de pissenlit se dégustent en salade au printemps, ou séchées en infusion à 1 cuillère à thé par tasse. On les utilise aussi en "pissenlit à la catalane" ou en gelée. Les racines, cueillies au printemps ou à l'automne, sont coupées en rondelles pour être séchées et bues en décoction (bouillies 15-20 minutes), 1 cuillère à thé par tasse. Les boutons floraux se conservent dans du vinaigre ou du sel et se consomment comme des câpres.
La Bardane : L'Amie du Sang et de la Peau
La merveilleuse bardane (Arctium lappa) est encore plus riche en inuline que le pissenlit : elle favorise le développement de bonnes bactéries dans la flore intestinale, réduit le taux de lipides sanguins (cholestérol et triglycérides), réduit le taux de glucose, stimule l'immunité, et aide à l’absorption du calcium et du magnésium. Ses racines stimulent aussi la digestion et protègent notre foie en aidant ses cellules à se régénérer. Si le pissenlit est LA plante du foie, la bardane est LA plante du sang. Altérative, elle est souvent utilisée pour l'eczéma, le psoriasis, l'acné et autres dermatoses. Enfin, ses graines sont étudiées pour leurs propriétés antitumorales, anti-inflammatoires et antioxydantes.
Comment l'utiliser ?Les racines sont cueillies au printemps, coupées en rondelles pour être séchées et bues en décoction (bouillies 20-30 minutes), ½ à 1 cuillère à thé par tasse. Les graines, contenues dans les fruits piquants, sont séchées et conservées pour être croquées, moulues (mélangées à du sel, par exemple, comme assaisonnement), ou bues en décoction (écrasées au mortier, mijotées 15-20 minutes). On évitera de prendre des grandes quantités de bardane si l’on est enceinte ou si l’on allaite, à cause de son grand pouvoir dépuratif.
Le Plantain : Apaisant et Cicatrisant
Le plantain (Plantago major) est merveilleux en utilisation externe pour calmer les démangeaisons et l'inflammation des piqûres d'insectes de toutes sortes (des maringouins aux guêpes), et des plaies diverses. De plus, le mélange de la sève de la plante et de notre salive crée un mélange antiseptique qui désinfecte efficacement les petits bobos. Ses feuilles possèdent des vertus antihistaminiques contre les allergies. C’est une plante très souple d’utilisation dont on peut également obtenir un macérat huileux ou juste appliquer le suc d’une feuille froissée pour soulager les démangeaisons et piqûres d’insectes. En utilisation interne, le plantain répare et adoucit les tissus de la gorge, des bronches et des intestins. Ses feuilles sont riches en protéines équilibrées en acides aminés essentiels, en vitamine C, en sels minéraux et en oligoéléments. Elles contiennent de l'allantoïne aux vertus antiseptiques et de l'apigénine, une molécule anti-inflammatoire.

Comment l'utiliser ?En cataplasme, les feuilles sont appliquées directement sur la plaie pendant 15 minutes, à répéter au besoin. En interne, en jus vert, en smoothie, en salade, pour adoucir et réparer les muqueuses. En sirop, 1 cuillère à thé ou à soupe, selon l'âge, à répéter selon la situation, jusqu'à l'arrêt des symptômes de toux ou d'irritation. On peut aussi en faire un pesto.
La Ronce : Plus qu'un Fruit Savoureux
La ronce (Rubus fruticosus) - La Pionnière - protège la pousse des jeunes arbres, le sol, la faune ; elle nous offre de surcroît ses éclisses fort utiles au jardin et, récompense suprême, ses mûres juteuses, si riches en calcium, vitamines et antioxydants. Elle permet aussi de teindre en un très joli bleu-gris nos étoffes de grand-mère. Tige d'épines, stolons ou racines de ronce ont des vertus. En faire une décoction légère, utilisée en gargarisme est efficace lorsque l’on souffre d’une gingivite, trachéite tandis qu’en application externe, elle favorise la cicatrisation des plaies, des mycoses.
Le Noisetier : Pour une Meilleure Circulation
Le noisetier (Corylus avellana), utilisé par les sourciers pour détecter l’eau et par les sorciers comme baguette magique, était aussi le bâton de pouvoir du dieu Mercure pour calmer les passions des hommes et les rendre plus vertueux. Ses noisettes sont petites, mais ô combien goûteuses ! Ses feuilles renferment des tanins, des flavonoïdes, des vitamines PP qui en font un tonique veineux à l’effet vasoconstricteur utile pour lutter contre les troubles de la circulation, les jambes lourdes, les varices, les hémorroïdes, et les bouffées de chaleur. Il est également antihémorragique et cicatrisant.
La Mauve : Émolliente et Apaisante
La Mauve (Malva sylvestris) et sa fleur sont comestibles. En plus d’être émolliente, elle est aussi laxative et pectorale. Elle renferme des vitamines A, B, du fer, Phosphore et du calcium. Très riche en mucilages, la mauve est un très bon adoucissant. Elle agit comme un pansement naturel qui calme l'inflammation, notamment en cas de toux sèche.
Comment l'utiliser ?Ses feuilles peuvent être utilisées en légume, cuites en fondue végétale. Les fleurs peuvent décorer une salade. En tisane, elle est excellente contre les gorges irritées.
Le Centranthe : Pour se Calmer
On ne peut plus commun, le Centranthe (Centranthus ruber), de la même famille que la Valériane, s’échappe de tous les interstices de nos vieux murs de pierres ensoleillés et tente de coloniser nos jardins. Ses racines, en décoction, participent à la régulation des spasmes de l’estomac, des diarrhées et règles douloureuses, tout cela dans un contexte nerveux.
Le Coquelicot : Douceur et Sédation
Très répandu dans les champs, au bord des chemins ou dans les sols remués, le coquelicot (Papaver rhoeas) est facilement reconnaissable par ses fleurs rouge vif. On récolte ses feuilles avant l'éclosion de la fleur. Adoucissant, grâce au mucilage qu'il contient, le coquelicot a également des vertus sédatives dues à la présence de certains alcaloïdes, comme la rhœadine.
Comment l'utiliser ?Ses feuilles peuvent être utilisées en salade. Un sirop pour dormir peut être préparé en faisant bouillir 30g de pétales de coquelicot avec de l'eau et du sucre pendant 10 minutes.
L'Égopode : Contre la Goutte
Cette plante vivace (Aegopodium podagraria) se propage facilement dans les bois, les haies et les jardins. Elle est connue sous le nom d'herbe aux goutteux, car elle était utilisée pour soulager l'accumulation d'acide urique comme dans la goutte. Cette plante a des vertus diurétiques.
Comment l'utiliser ?Les feuilles d'égopode peuvent être coupées et revenues avec des oignons pour être incorporées dans une quiche.
L'Alliaire : Saveur Moutardée et Bienfaits Digestifs
Cette plante (Alliaria petiolata), au goût de moutarde et à l'odeur de l'ail, pousse dans les haies. Très riche en nutriments, elle est, comme les autres plantes de la famille de la moutarde, apéritive, digestive et antiseptique.
Comment l'utiliser ?Elle est excellente en beurre d'alliaire, mélangée à du beurre, de l'huile d'olive et du sel. Attention à ne pas la cuire, car elle devient trop amère.
Le Chénopode Blanc : Un Épinard Sauvage
Poussant dans les terres remuées, les friches, les décombres, et les jardins, le chénopode blanc (Chenopodium album) fait souvent s'arracher les cheveux du jardinier. Le fait que chaque pied donne jusqu'à 100 000 graines et sa germination rapide lui offrent la possibilité de produire plusieurs générations successives dans la même année. Cependant, les feuilles de chénopode sont riches en provitamine A, vitamine B et C et en sels minéraux (calcium, phosphore et fer) et en protéines. C'est un cousin de l'épinard et est appelé « brède Madame » à la Réunion.
Comment l'utiliser ?Il peut être concocté comme l'épinard : cru en salade ou cuit, à la poêle.
Le Pourpier : Riche en Oméga 3
Moins connu, le pourpier ou porcelane (Portulaca oleracea) est jeté au compost par maints jardiniers. Plante du régime crétois par excellence, le pourpier est riche en acide α-linolénique, acide gras essentiel de la série Oméga 3 (25 à 40 % des lipides). Les feuilles de pourpier sont également riches en vitamine C et sources de magnésium et de β-carotène. Le pourpier est savoureux (croquant et légèrement acidulé) en salade, à la crème ou avec du fromage blanc, mélangé avec du concombre. Il peut être conservé comme les légumes lacto-fermentés, en pickles (à l’aigre-doux) ou encore en saumure. Le pourpier apporte des composés phénoliques dérivés de l’acide chlorogénique, aux propriétés anti-oxydantes. Ces effets bénéfiques sur la santé en cas de troubles métaboliques contribuent à la réduction des risques cardio-vasculaires et lui confèrent un caractère nutraceutique.
Le Chiendent : Diurétique Traditionnel
La famille des Poacées est bien représentée, notamment avec les chiendents, le gros chiendent ou pied-de-poule (Cynodon dactylon) et le petit chiendent (Elytrigia repens). En décoction, les rhizomes ont des propriétés traditionnellement diurétiques, favorisant l’élimination rénale de l’eau. Leur rhizome peut être séché et moulu, puis utilisé en bouillie, comme de la farine.
L'Armoise Commune : Tonique et Apéritive
L'armoise commune (Artemisia vulgaris) est aromatique et ses jeunes pousses peuvent être utilisées dans des salades. Médicinale, elle est réputée tonique et apéritive. En phytothérapie, elle stimule la sécrétion des sucs gastriques en cas de perte d’appétit et s’utilise dans le traitement de la dysménorrhée (en infusion elle régularise le cycle menstruel). Attention, à forte dose, son huile essentielle peut être toxique. En médecine chinoise, elle est utilisée en moxibustion.
La Prêle des Champs : Riche en Silice
La prêle des champs (Equisetum arvense), riche en matières minérales spécialement en silicium, est également une plante aux vertus médicinales.
Les « Mauvaises Herbes » au Service du Jardinier
Les plantes adventices, loin d'être un fléau, peuvent être des alliées précieuses pour le jardinier, contribuant à la santé du sol et à la biodiversité.
Indicateurs de la Qualité du Sol
Chaque espèce de plante a des besoins très précis et nécessite un certain type de sol. Certaines tolèrent un sol humide, d’autres au contraire résistent à une sécheresse prolongée. Certaines indiquent une proportion de matière organique mal décomposée, d’autres se contentent d’un sol pauvre. Par exemple, un terrain envahi de pissenlits nous indique un sol calcaire, riche en matière organique mais compacté. Le pissenlit est particulièrement utile au jardinier, car il indique que le sol est suffisamment riche en nutriments.
La Vergerette du Canada, par exemple, indique qu’il n’y a pas assez de matière organique en décomposition dans le sol. Le trèfle blanc apparaît dans les sols qui manquent de nutriments. La patience à feuilles obtuses signale un excès de fertilisants ou un tassement du sol.
Engrais Verts Naturels et Biostimulants
Il est possible d’utiliser les « mauvaises herbes » comme engrais vert naturel, en préparant le terrain sans rien y semer et en laissant germer le stock de graines de plantes sauvages présent dans le sol. Si vous avez des plantes indésirables déjà fleuries ou montées en graines sur vos parcelles, arrachez-les avec leurs racines et mettez tout dans un sac noir. La chaleur et l’humidité transformeront le tout en matière organique presque décomposée, qui pourra être apportée au sol sans risque de germination des graines ou reprise des racines.
Une autre technique pour obtenir un engrais liquide consiste à placer les plantes indésirables dans de l’eau de pluie et les laisser macérer quelques jours. La plupart des éléments nutritifs se dissolvent dans la solution qui devient un fertilisant très riche.
Le Purin de Plantes : Un Allié Multifonction
Parmi les herbes folles du jardin, il y a des plantes qui possèdent des propriétés particulièrement intéressantes pour le jardinier.
- La consoude officinale est réputée pour être riche en potasse et autres minéraux nutritifs. Le purin de consoude, permet d’extraire ces éléments par la fermentation des tiges et feuilles dans de l’eau de pluie. L'arrosage de cette préparation au pied des plantes favorise la floraison et la mise à fruits.
- L’ortie est souvent utilisée en purin pour sa richesse en azote et éléments nutritifs. Mais elle possède également des propriétés insectifuges à condition de laisser macérer maximum 3 jours dans l’eau. Une pulvérisation du feuillage permet d’éloigner les pucerons et acariens. Le purin d’orties a fait la une de l’actualité avant d’être autorisé comme « préparation naturelle peu préoccupante » à usage biostimulant pouvant avoir des effets insecticide, fongicide et acaricide.
- La prêle des champs, dont les tiges sont très riches en silice, permet de prévenir des maladies fongiques sur les cultures. Afin d’extraire la silice, il faut faire une décoction, c’est-à-dire la faire bouillir une demi-heure après avoir laissé macérer la préparation 24 heures au préalable. Une pulvérisation régulière est nécessaire en cas de temps pluvieux.

Un Atout pour la Biodiversité
Loin d’être de simples compétitrices des cultures, les « mauvaises herbes » jouent un rôle essentiel dans la biodiversité. L’agriculture intensive, le fractionnement des habitats, les pollutions liées à l’industrie et le réchauffement climatique menacent plus que jamais la biodiversité. En effet, les « mauvaises herbes » abritent et nourrissent une biodiversité remarquable par l’éventail des espèces attirées, base de chaînes alimentaires plus ou moins complexes.
Par exemple, le pissenlit peut nourrir de son feuillage au moins 25 espèces différentes de chenilles. Ses fleurs représentent une ressource en nectar et en pollen précieuse à la sortie de l’hiver pour les abeilles, papillons et coccinelles. Un massif d’ortie est une véritable oasis au jardin, à l’abri duquel les oiseaux peuvent bâtir leur nid, qui sert de réservoir à coccinelles, punaises et chrysopes qui se répandront ensuite sur les plantes cultivées à la recherche de pucerons et autres petites proies. Il suffit parfois de ne plus tondre une petite partie de sa pelouse pour laisser s’épanouir les graminées qui servent de refuge aux petits animaux tels que les crapauds et dont les graines sont appréciées des oiseaux.
Le lierre terrestre, bien que considéré comme envahissant, est utile aux abeilles, car il leur permet de compléter leur stock de miel en fin de saison estivale. Le trèfle blanc est une plante précieuse pour les abeilles, car il leur sert de nourriture à un moment de l'année où les fleurs se font rares. Le trèfle commun est une plante intéressante pour la biodiversité, mellifère, ses fleurs sont une source de nectar et de pollen importante pour les abeilles et autres pollinisateurs. Par ses propriétés biologiques, cette plante permet également d’améliorer la qualité du sol puisqu’elle l’enrichit en nutriments. L’asclépiade est une plante vivace indigène, odorante qui attire la faune: papillons, colibris et autres pollinisateurs. La menthe du Canada est la seule menthe indigène d’Amérique du Nord et fait le bonheur des pollinisateurs car elle est une excellente source de nectar. La chicorée sauvage est une vivace herbacée de grande taille produisant une multitude de fleurs bleues sur une longue période, le bleu étant parmi les plus rares des couleurs florales et attirant plus facilement les abeilles, les papillons et les autres pollinisateurs.
Cueillette et Utilisation Prudente
La cueillette sauvage demande toutefois un minimum de connaissances. Il est crucial de bien savoir reconnaître les plantes, car, tous les ans, des intoxications sont signalées, par exemple à cause d’une confusion, mortelle, entre l’ail des ours et le colchique.
Bien que l’ortie soit généralement considérée comme sûre pour la quasi-totalité des personnes, il existe des situations où son utilisation peut ne pas être appropriée. En outre, l’ortie fraîche peut provoquer des réactions cutanées chez certaines personnes sensibles au contact avec les feuilles fraîches.
Si vous souhaitez maîtriser la croissance des plantes adventices, notamment autour des cultures potagères ou dans les allées, plutôt que de recourir à des produits toxiques, vous pouvez opter pour des techniques manuelles, mécaniques ou thermiques : binage, désherbage à la main, brûleurs thermiques, paillage, eau chaude, etc.

Conclusion Partielle : Coexister avec la Nature
Loin d’être de simples intruses, les adventices témoignent de la vitalité du sol et offrent de multiples services. Plutôt que de chercher à les éliminer systématiquement, pourquoi ne pas apprendre à cohabiter avec elles, à les utiliser à bon escient ? Elles portent mal leur nom ! Les « mauvaises herbes » sont dans leur majorité des plantes aux nombreuses qualités, dont vous pouvez notamment profiter à table. Leurs feuilles sont souvent plus riches en nutriments que les légumes cultivés. Celles de l’ortie sont ainsi trois fois plus riches en fer que les épinards. Les feuilles se cuisinent généralement comme des épinards : en soupe, gratins, quiches, flans ou tartes salées. Les jeunes pousses peuvent également se déguster en salade.