Le rôle crucial des bourdons dans la pollinisation : sentinelles de la biodiversité

Le bourdon terrestre (Bombus terrestris) appartient à la famille des Apidés, et comme les abeilles, c’est un insecte qui figure parmi les meilleurs pollinisateurs grâce à son épaisse fourrure. En outre, ce robuste insecte est capable de résister à des températures bien plus fraiches que les autres hyménoptères, ce qui lui permet d’être l’un des premiers à butiner en hiver et l’un des derniers à être encore actif lorsque le froid revient. On le distingue bien du bourdon des jardins (Bombus hortorum), tous deux très communs en Europe. Le bourdon est un insecte social du genre Bombus, ce qui signifie qu’il vit et qu’il s’organise en colonie démontrant une intelligence collective pour survivre. Ce sont de précieux pollinisateurs qui se délectent du nectar des fleurs et qui collectent du pollen afin de nourrir leurs larves.

Illustration détaillée de l'anatomie d'un bourdon terrestre montrant sa pilosité dense et ses bandes colorées

Morphologie et caractéristiques distinctives

Focalisons-nous sur le bourdon terrestre (Bombus terrestris), le plus fréquent dans nos contrées et le plus commun en Europe, évoluant en plaine et en moyenne montagne. Cet apidé est beaucoup plus trapu que l’abeille et il porte beaucoup plus de poils. Sa taille varie de 7 mm à 32 mm selon qu’il s’agisse d’une femelle ouvrière, d’un mâle ou de la reine. Son corps est noir et il porte une bande jaune sur le thorax et une autre sur l’abdomen dont l’extrémité est blanche ou rousse, ce qui fait qu’il est bien souvent surnommé "cul blanc".

Comme les abeilles mellifères et sauvages, les bourdons appartiennent à la famille des abeilles véritables (Apidae). Il existe plus de 250 espèces dans le monde, dont environ 40 en Europe centrale. Les plus courantes sont le bourdon terrestre (Bombus terrestris), le bourdon lucorum (Bombus lucorum) et le bourdon des jardins (Bombus hortorum).

Leurs caractéristiques typiques incluent :

  • Un corps robuste et arrondi, recouvert d'une épaisse couche de poils.
  • Un bourdonnement clairement audible lorsqu'il vole.
  • Des motifs noirs et jaunes, parfois avec des segments blancs ou rouges.
  • Un caractère très pacifique et peu enclin à piquer.

Cycle de vie et organisation coloniale

Les bourdons vivent principalement sous terre, en principe jusqu’à 1,5 mètre de profondeur, dans un trou, dans un terrier, mais aussi dans un nichoir abandonné ou un tas de bois, par exemple, et ils recréent chaque année leur colonie. C’est au printemps que la reine des bourdons fonde sa colonie en pondant ses œufs au sein de son nouveau nid. Elle se charge seule d’approvisionner son couvain de miel mêlé à du pollen jusqu’à ce que les larves deviennent des nymphes, puis des ouvrières stériles, aptes à prendre le relais pour assurer la fourniture en alimentation de la colonie.

La reine passe l’hiver en hibernation, elle s’enfouit à une profondeur de 5 à 20 cm dans le sol. Elle y reste durant 6 mois le temps que l’hiver passe. Après une période de 2 à 4 semaines, elles se mettent à la recherche d’un site de nidification. Ce dernier est généralement sous terre, dans une cavité déjà existante d’environ 3 à 4 cm. Dans le nid, la jeune reine construit deux cellules de cire d’environ 15 millimètres. Les œufs sont déposés dans la cellule de ponte sur une réserve de pollen et de nectar, ils sont au nombre de 5 à 20. La reine les couve grâce à sa température de 30 °C, durant trois à cinq jours. Les jeunes larves s’alimentent dans l’alvéole remplie de nectar. Au bout de 12 à 14 jours, des ouvrières adultes sortent des cocons. Ces femelles stériles s’occuperont de la prochaine génération d’abeilles en allant chercher du pollen, tandis que la reine pond au fur et à mesure en déposant trois à quatre œufs par alvéole, jusqu’à ce que la colonie atteigne environ 500 individus.

Vers la fin de l’été, lorsque la colonie atteint un nombre suffisant d’ouvrières, la reine commence à pondre des œufs non fécondés qui donneront naissance à des mâles et des femelles fertiles. À l’état de larves, elles sont alimentées par les femelles stériles. Ces nouvelles reines issues des dernières couvées devront passer l’hiver seules pour recréer un nouveau nid au printemps suivant, tandis que tous les autres individus de la colonie meurent, qu’ils s’agissent des mâles, des femelles stériles et de l’ancienne reine. Ce phénomène est fréquent chez les hyménoptères.

Schéma du cycle de vie annuel du bourdon, de l'hibernation de la reine à la fondation de la colonie

Aptitudes biologiques à la pollinisation

Les bourdons sont des hyménoptères au régime alimentaire exclusivement végétarien, et ce, quel que soit leur stade de développement. Dans la mesure où ils sont peu frileux, les bourdons sortent très tôt en saison. Ce sont les premiers à se nourrir dès que le grand froid s’apaise et à tourner autour des mellifères déjà disponibles. Du fait de leur régime alimentaire, les bourdons sont d’excellents pollinisateurs, notamment dans les zones plus fraiches du territoire. Leur corps encore plus poilu et volumineux que celui de l’abeille se charge de pollen très facilement et le petit animal le répand ensuite involontairement au gré des fleurs qu’il visite.

Oui, le bourdon est capable de mettre le nez dehors dès que la température ambiante s’élève à 5 °C seulement, contre 15°C pour l'abeille ! En comparaison, les abeilles ne deviennent actives qu'à partir de 9 à 10 °C. La fourrure dense et velue des bourdons isole leur corps, conserve la chaleur et leur permet ainsi de voler activement même à basse température. Ils assurent ainsi la pollinisation pendant une période plus longue. Ils sont également indispensables pour certains arbres fruitiers à floraison précoce (par exemple les prunes, les cerises ou les quetsches).

Le bourdon est un insecte pollinisateur souvent oublié. Il est pourtant extrêmement efficace puisqu’il commence à butiner dès le mois de mars et ne s’arrête pas jusqu’au mois d’octobre-novembre, lorsque les températures commencent à atteindre 5° C. Il ne craint pas les intempéries et butine dès l’aube, que ce soit par temps pluyeux ou venteux.

La pollinisation par bourdonnement : une technique unique

Grâce à leur capacité de pollinisation vibratoire (Buzz-Pollination), ils peuvent faire vibrer les fleurs et ainsi libérer le pollen qui reste caché aux autres insectes. Les tomates, les poivrons, les concombres ou les baies en bénéficient particulièrement. Cette plante nécessite un mode de pollinisation particulier : elles doivent être secouées pour que les grains de pollen tombent sur les ovules. Les bourdons sont parmi les rares pollinisateurs capables d'effectuer cette tâche, ce qui les rend indispensables pour des cultures comme les tomates, les myrtilles et les aubergines.

#246-Pollinisation des tomates, les 2 contre-vérités 🍅

Interaction avec les humains : piqûres et sécurité

Seuls les bourdons femelles piquent avec leur aiguillon lisse, dénué de barbillon, à la différence de celui que portent les abeilles. En conséquence, si un bourdon vous pique, il sera tout à fait capable de recommencer, car, comme les guêpes, il n’en meurt pas. En revanche, les bourdons mâles ne piquent pas puisqu’ils ne sont pas dotés d’aiguillon. Notons toutefois que ce sont des insectes généralement inoffensifs et peu piqueurs malgré leur puissant vrombissement caractéristique.

On reconnaît les bourdons mâles à leurs antennes plus longues. Ils apparaissent généralement en été, ils sont dépourvus de dard. Seules les femelles ont un aiguillon pour se défendre. Le bourdon mâle, dépourvu de dard, ne pique pas. Cependant, la femelle bourdon pique. Les bourdons ne sont pas agressifs comme la guêpe, et s’il vous arrive de recevoir une piqûre de leur part, cela sera surtout par autodéfense. Il faut toutefois mentionner que la piqûre d'un bourdon contient des toxines qui peuvent être dangereuses pour les personnes allergiques. Contrairement aux abeilles mellifères, le dard des bourdons ne reste pas coincé dans la peau, car il ne possède pas de barbes.

Si vous découvrez un nid de bourdons sur ou autour de votre bâtiment, il n'y a donc aucune raison de paniquer. Les bourdons sont très pacifiques et ne piquent que lorsqu'ils se sentent menacés. Cependant, il peut être nécessaire de détruire un nid dans des situations spécifiques pour assurer la sécurité humaine et animale :

  1. Proximité immédiate de l’habitation : Un nid de bourdons près d’une maison, d’une porte ou d’une fenêtre peut poser problème, surtout si le passage est fréquent.
  2. Présence d’animaux domestiques : Les animaux curieux, comme les chiens, peuvent être attirés par l’activité autour du nid.
  3. Zones de loisirs ou de jeux pour enfants : Si le nid est proche d’une aire de jeu ou d’un jardin très fréquenté par des enfants, la probabilité d’interactions involontaires augmente.

En dehors de ces cas particuliers, prenez sur vous et laissez les tranquille. Ils ne sont jamais installés très longtemps (un été au plus…).

Menaces pesant sur les populations de bourdons

Comme beaucoup d'insectes, les bourdons sont aujourd'hui menacés et certains sont même en voie d'extinction. Une étude récente (Ghisbain et al., 2024) révèle des chiffres inquiétants : au cours des 40 à 60 prochaines années, plus de 75 % des bourdons européens pourraient être menacés. Divers facteurs contribuent à réduire leurs habitats et à fragiliser leurs populations :

  • Perte d'habitats : les prairies fleuries, les bordures de champs et les jachères disparaissent progressivement en raison de l'agriculture intensive, de l'urbanisation ou du fauchage fréquent. Les bourdons manquent ainsi de nourriture et de sites de nidification appropriés.
  • Maladies : depuis les années 1980, les bourdons sont élevés en grand nombre en raison de leur efficacité dans la pollinisation des plantes (en particulier des tomates). Ces nids de bourdons élevés ont ensuite été expédiés dans le monde entier, transportant avec eux, sans le vouloir, des agents pathogènes contre lesquels les espèces de bourdons indigènes ne sont pas immunisées.
  • Pesticides : de nombreux produits phytosanitaires affaiblissent l'orientation, le comportement d'apprentissage et le développement des bourdons. Même en petites quantités, ils peuvent avoir des conséquences négatives sur les bourdons (Fischer et al., 2023; Nouvian et al., 2023).
  • Changement climatique : les vagues de chaleur, les changements dans les périodes de floraison ou les phénomènes météorologiques extrêmes modifient le fragile équilibre entre l'offre de fleurs et l'activité des bourdons. Certaines espèces ne trouvent plus suffisamment de nourriture au bon moment (Soroye et al., 2020).

L'intensification de l’agriculture est l’une des menaces les plus significatives pesant sur les abeilles sauvages. En effet, l’expansion de l’agriculture accélère la destruction des prairies, des champs à l’abandon et leurs bordures, des forêts et des haies, réduisant la quantité de nourriture pour les abeilles. Cette intensification a entraîné une augmentation de l’utilisation des pesticides sur un grand nombre de sites de nidification.

Importance économique et agricole

Les bourdons sont des pollinisateurs faciles, efficaces et fiables. La pollinisation par les bourdons se traduit par une augmentation du rendement, des fruits mieux formés, des produits de qualité et une maturation plus rapide des fruits. Ils travaillent 7 jours sur 7, du crêpuscule à l'aube. Les bourdons travaillent bien dans des conditions météorologiques défavorables et dans des environnements protégés.

Ils sont plus efficaces que les abeilles domestiques dans les environnements protégés tels que les serres, les tunnels ou les vergers en filet. Les bourdons ont tendance à visiter toutes les cultures proches de la ruche, ce qui peut être un avantage lorsque des cultures moins attrayantes ont besoin d'une meilleure pollinisation. Ils sont également moins coûteux que la pollinisation manuelle.

Les scientifiques de l’Université d’Exeter ont découvert quelque chose d’intéressant sur nos amis les bourdons. Durant les « vols d’apprentissage », les bourdons, les plus gros, regardent à plusieurs reprises en arrière pour mémoriser l'emplacement d'une fleur. Ils prennent le temps d'apprendre l'emplacement des meilleures fleurs. Mais à contrario, les petits bourdons ne font pas particulièrement attention aux fleurs avec le nectar le plus riche. Il n’est pas très connu que les insectes pollinisateurs apprennent et développent des préférences individuelles de fleurs. Les bourdons sont sélectifs, lorsqu'ils quittent une fleur, ils décident activement des efforts déployés pour se souvenir de son emplacement.

Infographie comparant l'efficacité de la pollinisation entre les abeilles domestiques et les bourdons

Mesures de préservation et rôle de l'homme

Les bourdons sont des insectes pacifiques qui jouent un rôle important dans l'écosystème. Cependant, en raison des circonstances mentionnées ci-dessus, ils sont soumis à une pression croissante et deviennent de plus en plus rares. Si vous souhaitez aider ces adorables insectes et leur venir en aide, vous pouvez prendre quelques mesures simples :

  • Favorisez les plantes à fleurs dans votre jardin ou sur votre balcon.
  • Laissez des coins sauvages (endroits où la nature peut s'épanouir librement), du bois mort ou des tas de feuilles mortes comme possibilités de nidification.
  • Renoncez aux pesticides chimiques dans votre jardin.
  • Installez des points d'eau avec de l'eau peu profonde et des pierres.
  • Ne pas déranger ni interrompre les bourdons dans leur travail.
  • Installer des hôtels à insectes.

Rappelons que le bourdon doit être préservé et même favorisé, car il voit ses populations régresser du fait de l’urbanisation grandissante et de l’agriculture intensive, grande consommatrice de pesticides. Et comme les abeilles sont encore plus en péril, il faut préserver les bourdons pour assurer la pollinisation. Sans ces discrets acteurs, la biodiversité ne peut être préservée et c’est tout un équilibre naturel qui se trouve en péril. Il ne faut pas oublier en effet que la pollinisation est cruciale pour permettre la reproduction naturelle de nombreuses espèces végétales. Pour que l’homme continue de se nourrir, le rôle de ces auxiliaires est indispensable. Lorsqu’on préserve leur habitat, on encourage un équilibre écologique précieux pour l’ensemble de la faune et de la flore. Ces mesures feront non seulement le bonheur des bourdons, mais contribueront également à préserver la biodiversité locale, qui est malheureusement de plus en plus menacée. Les abeilles, les papillons et diverses espèces de coléoptères apprécieront également ces conditions améliorées !

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