Le tutorat au collège : un levier de réussite et de coopération

L'accompagnement des élèves au sein du système scolaire a profondément évolué ces dernières années, passant d'une logique de simple soutien académique à des dispositifs plus structurés et interpersonnels. Le tutorat, qu'il s'agisse d'une relation entre un adulte et un élève ou d'une pratique coopérative entre pairs, s'inscrit au cœur de cette dynamique. À la différence de la relation d’aide en petits groupe, le tutorat est une relation d’aide individuelle : c’est la possibilité offerte à certains élèves de bénéficier d’un rapport interindividuel régulier avec un adulte, hors temps de classe. Le tutorat est une des réponses pédagogiques pour ces quelque 10 % d’élèves qui arrivent parfois à « plomber » un collège si rien n’est tenté.

Schéma illustrant la relation de tutorat entre un adulte et un élève

Les fondamentaux du tutorat adulte-élève

D'autres dispositifs peuvent fonctionner en parallèle, par exemple lorsqu’on sort temporairement certains élèves de leurs classes pour les faire travailler sur les « fondamentaux », dirait-on au rugby. Dans les deux cas, on voit bien que ce qui fait bouger les équipes puis un établissement, ce ne sont pas tant les très faibles performances scolaires de leurs élèves, mais la prévention, dans le meilleur des cas, la prise en charge, dans les autres, du « potentiel de catastrophe » de ces élèves dans la classe et l’établissement.

La posture du tuteur

L’entretien est une technique très utile qui est ensuite très formatrice pour améliorer sa conduite de classe. Par exemple, évitez plutôt le jugement de valeur, l’interprétation hâtive, l’encouragement gratuit ou la consolation, et la prescription de solution immédiate. Préférez la compréhension d’autrui : considération positive inconditionnelle d’autrui, empathie (accueil des sentiments d’autrui) et congruence (authenticité avec son propre « ressenti »). En actes, cela peut signifier par exemple : accueillir l’élève (notamment au début de l’entretien), marquer le silence (laisser parler l’autre), adopter une attitude non verbale d’écoute, travailler en écho, proposer une reformulation : résumé fidèle, restructuration.

Domaines d'intervention et limites

L’action du tutorat est centrée sur la personne, et ne porte pas sur le fonctionnement organisationnel, relationnel ou institutionnel de l’École. Vous ne disposez pas du pouvoir de changer l’École, d’autres lieux et instances existent pour cela. Les esquisses de réponses élaborées avec l’élève relèvent de l’analyse enrichie des situations, de l’étude des variables possibles en matière d’amélioration à sa portée. Afin de se replacer en guidage pédagogique, mieux vaut alors fonder son action et la conduite d’entretien sur des objectifs scolaires qui expliquent que lui, l’élève, et vous, le prof, êtes en face à face. Restez dans votre champ de compétence, vous en serez renforcé et l’élève saura à qui parler.

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Guide pratique pour les tuteurs : outils et méthodes

Un collège REP de Paris a travaillé plus spécifiquement l’approche tutorat, en éditant, entre autres, une fiche à destination de tous les tuteurs. Cette pratique, toujours susceptible d’évoluer au fur et à mesure des cas rencontrés comme des renouvellements des membres de l’équipe, est tout à fait représentative d’une forme de tutorat, ici axé sur une dominante « pédagogique ». Les composantes essentielles sont : méthodologie, gestion de ses propres ressources par l’élève, organisation du travail personnel.

Difficulté rencontréeConseil pour le tuteur
Organisation du cartableDès les premières séances, demander à l’élève de vérifier son cartable avec son emploi du temps.
Travail non faitRelire les consignes, définir les verbes d’action.
Utilisation du cahier de textesConseiller le cahier de textes plutôt que l’agenda pour s’y retrouver d’une semaine à l’autre.
MémorisationFaire lire à haute voix et/ou faire recopier plusieurs fois les phrases importantes.
Graphie et présentationFaire réécrire ce qui est mal écrit et proposer un modèle de présentation.

Pensez à faire un petit bilan du travail de votre élève tutoré en lui présentant un point positif (obligatoire) et en proposant un point susceptible d’une amélioration rapide, traité lors de la présente séance.

Le tutorat entre pairs : une richesse pédagogique

Pour tirer parti de l’hétérogénéité des élèves, l’équipe d’un collège de Loire-Atlantique met en place du tutorat entre élèves. L’expérimentation dure depuis trois années scolaires, dans certaines classes de 6e, 5e et 4e. Les élèves sont beaucoup plus investis dans le travail, et les enseignants trouvent ces organisations bien plus agréables pour la gestion de l’hétérogénéité. La mise en place de ces pratiques s’appuie sur la conviction que l’hétérogénéité d’un groupe est une richesse et non un frein.

Organisation coopérative

Le tutorat a lieu entre deux élèves : un tuteur et un tutoré. Tous ont été formés, en classe entière à chaque fois, aux rôles d’un élève tuteur et à ceux d’un élève tutoré. La principale vigilance a été de bien expliquer que tous pouvaient accéder à la fonction de tuteur. C’est l’utilisation d’un tableau d’aide qui déclenche les phases de tutorat. Les élèves peuvent ainsi s’y inscrire soit pour aider un camarade, soit pour être aidé.

Diagramme du fonctionnement d'une classe coopérative avec tutorat entre élèves

Le tutorat fait la part belle au travail individuel, contrairement aux aprioris que l’on pourrait avoir. Tout d’abord, l’aide apportée par un pair ne peut avoir de sens que si l’élève a d’abord cherché seul. Pendant la phase de tutorat tel que nous l’avons mis en place, l’élève peut s’autocorriger à l’aide de supports à disposition dans la classe. Après avoir été aidé par un pair s’il l’a souhaité, il revient, encore, à une phase de travail individuel pour poursuivre son travail.

L'accompagnement global vers l'autonomie et l'orientation

Sensibilisé⋅e⋅s au discours sur l’égalité des chances, vous souhaitez le transformer en actes et avez aujourd’hui envie d’agir auprès de jeunes issu⋅e⋅s de milieux moins favorisés. Entre soutien scolaire et parrainage, le tutorat vous permet de suivre un⋅e ou plusieurs jeunes à partir du collège ou du lycée et vous donne la possibilité de les accompagner pour les aider à réussir leurs études, leur orientation et leur insertion professionnelle.

Au-delà du soutien scolaire

Rappelons que le tutorat n’est pas du simple soutien scolaire, c’est aussi un accompagnement global d’un⋅e jeune tout au long de ses études. Le⋅la tuteur⋅rice peut ainsi répondre aux questions que peuvent se poser l’élève en termes d’orientation et d’insertion professionnelle tout au long de sa scolarité. Le⋅la tuteur⋅rice peut alors l’aider à choisir son orientation, à monter les différents dossiers parfois complexes pour s’inscrire dans les établissements de formations, et à le⋅la préparer à suivre des études supérieures.

Cadre institutionnel et partenariats

Il y a lieu de distinguer les interventions ponctuelles et les participations bénévoles de l’intervention de collectivités publiques ou d’associations. Si vous agissez en tant qu’association vous devez donc obtenir une habilitation de l’Education Nationale. De nombreuses associations interviennent déjà en milieu scolaire pour mener des actions de tutorat. On peut notamment penser à l’AFEV, ZUPdeCO, Article 1, Association PARTAGE et l’Association Tremplin. Ces associations agissent depuis longtemps en faveur de la réussite scolaire et l’égalité des chances.

Les limites et les enjeux de la pérennisation

Il ne suffit pas de créer une offre de tutorat pour qu’elle atteigne sa cible. Il ne suffit pas de vouloir aider pour aider. D’après une étude du Cereq portant sur le tutorat proposé aux étudiants de première année dans l’enseignement supérieur, de nombreuses raisons expliquent l’abandon ou le refus d’inscription des étudiants : offre trop précoce, trop impersonnelle ou contenu peu motivant. Le tutorat touche des étudiants moyens et peine à atteindre ceux qui en auraient besoin.

Le tutorat obligatoire et ciblé aurait lui aussi des retombées néfastes. « Le tutorat seul ne peut apporter toutes les réponses au problème de l’échec en première année. D’autres pistes mériteraient d’être étudiées comme les parcours aménagés. » Par ailleurs, il faut veiller à ce que l'élève ne développe pas une dépendance vis-à-vis de son tuteur pour effectuer les tâches scolaires. Le but est de commencer le travail seul. Puis d’être aidé si l’expérience écrite s’avère trop longue ou fatigante. Petit à petit, l’élève tuteur se détachera de son élève tutoré pour que ce dernier se prépare progressivement à l’inversion des rôles.

Infographie comparant le tutorat ponctuel et l'accompagnement sur le long terme

Enfin, le travail mené a aussi permis d’identifier les activités sur lesquelles il convient ou non de mettre en place du tutorat. Il ne s’agit pas de mettre les élèves dans ces situations lors de tous les cours, mais essentiellement pour ceux réservés à des exercices d’application et d’entrainement. C’est pour cela que le tutorat nous est apparu très utile comme outil de déblocage rapide et d’aide à l’engagement dans la tâche. Mais des collègues l’ont aussi investi pour des analyses de documents, de la rédaction ou de l’argumentation. Dans tous les cas, nous ne pouvons que vous recommander, avant de vous lancer, de prendre contact avec les associations qui font déjà du tutorat et du parrainage/marrainage, et qui pourront donc vous conseiller et partager avec vous leurs belles expériences.

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