Les Femmes de Sologne : Récolte et Vie Quotidienne autour de la Pomme de Terre

La Sologne, terre de mystères et de traditions, a toujours été façonnée par le labeur de ses habitants. Si la Nature est prodigieuse, les patates n’ont pas encore appris à sauter toutes seules dans nos paniers ! L'histoire de la culture de la pomme de terre, et en particulier le rôle des femmes dans cette récolte essentielle, offre un aperçu fascinant de la vie rurale d'antan et de l'évolution des pratiques agricoles.

Femmes récoltant des pommes de terre en Sologne

La Pomme de Terre : Un Aliment Fondamental et un Symbole de Résilience

Légume et féculent à la fois, la pomme de terre est une source de glucides (sucres lents), de vitamines, de fibres, de minéraux. La pomme de terre joue un rôle important dans notre alimentation. Chez les bébés, les ados, les femmes enceintes, les sportifs, les seniors, elle contribue à préserver un bon équilibre alimentaire. Elle est préparée sous de nombreuses formes : potages, cuites à la vapeur, sautées, rissolées, en salade, frites, mijotées, en purée, en gratin, en papillotes… Ne nous en privons pas, c'est la reine de nos assiettes !

Les régions de productions sont nombreuses mais ne donnent pas les mêmes résultats. En région Nord-Pas de Calais, en Champagne-Ardenne, en Normandie, les terrains humides permettent des productions intensives. En Bretagne et en Rhône-Alpes, le sol granitique et sablonneux permet à la pomme de terre de dégager un goût spécial, fin et raffiné. Cette diversité de terroirs souligne l'adaptabilité de ce tubercule qui a su conquérir les tables françaises.

Depuis la création de la Confrérie de la Râpée et de la Fête Trifòla en 2001, les producteurs constatent que la relance de la Pomme de Terre du Pays de Craponne suit son chemin. Cette initiative témoigne de l'importance de préserver et de valoriser les variétés locales et les savoir-faire traditionnels associés à la pomme de terre.

Les Femmes de Sologne et le Travail de la Terre à l'Aube du XXe Siècle

Les notes d'économie rurale en Sologne, vers 1850, recueillies en 1916 à Salbris, offrent un témoignage précieux sur la vie et le travail des femmes dans cette région. La ragotte, une fillette de 16 ans qui aidait à la fois aux travaux des champs et de la maison, gagnait trente francs par an. Elle recevait, en plus, deux ragues (corsages) chaque année, une jupe de droguet, de la toile pour se faire deux chemises, une quenouille de laine qu'elle filait au fuseau dans les champs et dont elle se tricotait ensuite des bas et des chaussons.

Quelques années après, à la tête de cinq à six brebis, elle devenait bergère et gagnait desoxante à quatre-vingt francs par an. Elle recevait en plus de la laine de ses brebis, ce qui était peu important, car les brebis étaient bien mal entretenues, et un agneau sur deux jumeaux (bessons) quand pareil accouchement survenait. Encore la bergère devait-elle subvenir à la nourriture de ce besson. Ces descriptions illustrent la dureté des conditions de vie et le rôle multifacette des femmes, souvent amenées à jongler entre les tâches domestiques et les travaux agricoles, participant activement à la subsistance familiale.

Femmes au travail dans les champs de Sologne

L'Économie Rurale de la Sologne : Un Équilibre Fragile

La nourriture était commune aux maîtres et aux domestiques. Elle était des plus médiocres : elle consistait en pain de seigle ou de sarrazin, en chou, pommes de terre, haricots non écossés ou écossés cuits à l'eau avec un peu de sel et de lait caillé, très rarement avec un peu de beurre ; dans la saison, des châtaignes bouillies ou grillées. Deux fois par semaines, au plus, on mettait dans la potée de légumes un morceau de porc salé. La boisson était l'eau, pendant quelques mois du cidre fait avec de mauvais fruits d'arbres souffreteux. Le vin n'était consommé qu'aux jours de fêtes et pendant les grands travaux. Ce vin, acheté en petite quantité, venait des marchands en gros de Selles-sur-Cher, de Romorantin, de Mennetou-sur-Cher. C'était au mois de décembre, après la vente de produits, effectuées à la saint Martin, que les cultivateurs les plus aisés, les petits propriétaires et les débitants se rendaient dans les localités sus-indiquées pour y faire leur provision, soit chez le vigneron récoltant, soit chez le grossiste. Une certaine quantité de vin venait des régions avoisinantes et de plus loin. Le canal de Berry était alors sillonné par de nombreux chalands.

Le travail agricole en Sologne était également marqué par des outils rudimentaires. La charrue avait son soc en bois, que l'on désignait sous le nom de ério (cf areau). Dans la plus grande des exploitations agricoles, ce soc était façonné par le maître lui-même. Il était de hêtre ou de chêne. Le bouaire gagnait de 50 à 80 francs par an. Le vacher gagnait de 20 à 30 francs par an et recevait en nature les mêmes fournitures que le bouaire. Le poque (enfant de 10 à 12 ans) qui gardait les porcs ne gagnait que sa nourriture et son entretien, recevant, à la saint Jean, comme récompense, un ou deux écus de trois francs comme gratification.

La maîtresse allait vendre ses agneaux aux foires de Romorantin, de Mennetou-sur-Cher, de Neung-sur-Beuvron, de Salbris. Le couple d'agneaux de plusieurs semaines était de huit à dix francs. La laine était réservée, dans toutes les maisons, pour l'usage familiale. Le poisson était un produit de vente à l'extérieur du pays. Vers 1850, il existait dans l'arrondissement de Romorantin mille à onze cents étangs peuplés de carpes, de tanches, de brochets, d'anguilles. Ces poissons se vendaient bien sur les marchés de Tours, de Bourges, de Blois, d'Orléans. En plus des poissons, les étangs de Sologne offraient alors la ressource des sangsues. Vers 1850, les sangsues, vendues en pharmacie, provenaient presque exclusivement des départements de l'Indre, de Loir-et-Cher, du Loiret. Deux centres d'élevage existaient à Saint-Viâtre et à Marcilly-en-Gault. Celui de Saint-Viâtre était plus important. Un étang servait uniquement à l'élevage des sangsues. Il portait le nom sinistre de tremble-vif, parce que la fièvre régnait aux alentours à l'état endémique. De vieux chevaux étaient achetés, à raison de quinze à vingt francs. On les faisait entrer dans les étangs ; les sangsues se collaient après eux et leur suçaient le sang jusqu'à ce que les malheureuses bêtes ne tombassent épuisées. On les sortait alors de l'eau, on recueillait des milliers de sangsues dont elles étaient couvertes, on faisait "dégorger" celles-ci dans de l'eau courante avant de les mettre en vente. Le braconnage des sangsues existait comme celui du gibier. Ces activités, bien que parfois macabres, étaient des sources de revenus non négligeables pour les habitants de la Sologne, complétant les maigres récoltes agricoles.

Les Métiers Oubliés d'Autrefois..

Métiers Disparus et Évolution des Pratiques

Le travail du chanvre était très cultivé dans la région de Salbris. Les étangs servaient au rouissage de la plante. Aux veillées d'hiver, la préparation des fibres comportait trois préparations. Après le séchage de la plante sortie des étangs sur le cul-de-four et la séparation de la chenevotte et de la filasse au moyen de brayes, celle-ci était mise à part. Le travail de la laine était également important : des cardeurs passaient à la maison, cardaient, peignaient, affinissaient la laine. Une partie de celle-ci était remise, quand elle était filée par les femmes de la maison au tisserand pour faire le droguet et au foulon pour la fouler.

De petits métiers ont disparu, marquant l'évolution des techniques et des besoins. On ne voit plus de taupiers, les produits vendus en pharmacie ou en droguerie, les labours plus profonds pratiqués en culture, ont rendu les services de ces travailleurs inexistants. Un métier de petites gens a également disparu depuis cinquante ans, celui de ramasseurs de pommes de pin. Les vastes sapinières de la Sologne ont été détruites en grande partie par le rigoureux hiver 1879-1880. Jusqu'alors une partie de la population ramassait les pommes de pin. C'était ordinairement des vieillards, l'homme avec une perche faisait tomber les pommes de pin, dit de Bordeaux, que la femme ramassait et mettait en tas de mille. À deux, dans une bonne sapinière, ils pouvaient récolter cinq à six mille pommes par jour, ce qui, à raison de cinquante centimes le mille, leur valait, pour deux, une journée de deux francs cinquante centimes à trois francs par jour. La disparition de ces métiers illustre la transformation profonde du paysage et de l'économie solognote.

L'Amélioration de la Sologne et les Enjeux Contemporains

Au moyen d'un accord passé avec la compagnie d'Orléans et, moyennant l'intervention d'un entrepreneur qui reçoit une subvention de l'état, les marnes provenant des gisements considérables qui existent près d'Orléans, sont fournies aux cultivateurs au prix de 2 fr 50 c. le mètre cube. Onze dépôts sont établis le long du chemin de fer sur des kilomètres entre la Ferté et Theillay. Toutefois, quelle que soit l'importance de ces premiers résultats, on doit reconnaître que le problème de l'amélioration de la Sologne n'a pas encore reçu de solution complète. Comment ces premiers assais d'assainissement et de mise en valeur du sol seront-ils poursuivis ? entreprendra-t-on un vaste système de canalisation ? ou se bornera-t-on à exécuter quelques canaux secondaires ? devra-t-on préférer la création d'un réseau de routes agricoles ? conviendra-t-il d'adopter des mesures analogues à celles qu'on propose d'appliquer à la Dombes, pour hâter la suppression des étangs ? toutes ces questions sont en ce moment à l'étude, et le conseil d'état sera très prochainement saisi de leur examen. Ces interrogations, datant d'une époque révolue, résonnent encore aujourd'hui, soulignant les défis persistants liés à la gestion des terres et de l'eau en Sologne.

Aujourd'hui, l'engagement pour une agriculture plus respectueuse de l'environnement se manifeste à travers des initiatives comme celle des Amapiens. Le week-end dernier, une équipe d’Amapiens motivés (Anne-Laure, Frédérie, Dominique, Sonia, Thomas et les enfants) est donc allée prêter main forte à nos maraichers, Roman et Frédéric, pour la récolte de pommes de terre, dans leur ferme de Longpont, dans l’Essonne. Un moment de partage, ponctué d’un repas convivial à la ferme, un moment d’entraide nécessaire aussi, dans l’esprit de nos engagements Amap. Cette démarche illustre une volonté de revenir à des pratiques plus humaines et solidaires, en phase avec les principes d'une agriculture écologiquement intensive et une approche de synergie plutôt que d'affrontement avec la nature.

Récolte communautaire de pommes de terre

La Sologne à Travers les Yeux de Nicolas Vanier et l'Écotourisme

La Sologne, avec ses paysages variés, continue d'inspirer et d'attirer. Depuis sa naissance, le réalisateur et cinéaste Nicolas Vanier vit dans l’extrémité est de la Sologne, dans la ferme de son grand-père qui lui a appris le contact avec les animaux domestiques ou sauvages et transmis l’amour de la nature. C’est avec lui et un garde-chasse qu’à 5 ans, il assiste pour la première fois au brame du cerf. Un moment fondateur dont il baptisera un de ses romans, "Le Grand Brame". Autre souvenir d’enfant: les pêches d’étang! À la mort de son grand-père, il reprend le flambeau : "Ma grand-mère ne connaissait rien à la forêt et aux étangs." À tout juste 15 ans, il se retrouve en charge du domaine familial, une exploitation agricole avec une grosse activité d’élevage. Si aujourd’hui, pour des raisons professionnelles, Nicolas Vanier se trouve régulièrement à Paris "où je suffoque rapidement", il rejoint au plus vite femme et enfants dans leur maison située en pleine forêt. Là-bas, entre l’exploitation de son domaine et l’écriture de ses romans ou films, il ne manque pas d’occupations.

Avec Diane, son épouse passionnée de cuisine et d’écologie, il va cueillir des fruits et légumes biologiques à Pause Jardin ou faire le marché à Sully-sur-Loire : "Il s’y trouve encore des poules, des lapins, des pigeons et un vannier à qui j’adore acheter des paniers." Le couple apprécie aller admirer les œuvres de l’artiste naturaliste et expressionniste, Denis Chavigny, "qui passe sa vie à dessiner des oiseaux".

Pour être en prise avec la naturalité de la Sologne, prenez la direction de l’étang du Puits, à proximité d’Argent-sur-Sauldre. Vous pourrez louer une barque, vous baigner l’été dans la partie sauvage en joncs - "magnifique!" - ou encore écouter le brame du cerf à l’automne. La charmante petite ville d’Aubigny-sur-Nère recèle notamment un bar à vin, l’Entrepot’es, que Nicolas Vanier aime beaucoup.

Entre autres étapes gourmandes de la région, vous passerez à Nançay, célèbre pour ses sablés. Et à Lamotte-Beuvron, où la plus célèbre recette de tarte aux pommes a vu le jour, à la fin du XIXe siècle, grâce à l’étourderie de Stéphanie Tatin. Ne manquez surtout pas Souvigny-en Sologne. "S'il n'y avait qu'un village à visiter dans la région, ce serait celui-ci!" En plus de posséder un centre ravissant, avec des maisons typiques en bâti solognot - briques, poutres et colombages -, ce bourg abrite la splendide église Saint-Martin. Bâtie au XIIe siècle, elle est dotée d’un remarquable caquetoire.

Pénétrez encore plus l’âme de la Sologne en allant visiter la Maison du Braconnage, à Chaon. Dans ce "repaire culturel", Nicolas Vanier a trouvé un certain nombre d’éléments pour "L’École buissonnière". Tourné dans la région et sorti fin 2017, son dernier film réunit à l’écran François Cluzet, Jean Scandel, François Berléand, Éric Elmosnino, Laurent Gerra, Valérie Karsenti… et un grand cerf!

Gagnez Saint-Viâtre, charmante commune riche en patrimoine historique, située au cœur de la Sologne des étangs. À l’écomusée, la Maison des Étangs, vous découvrirez l’intérêt porté au fil des siècles à la faune et la flore, avec ses quelque 3000 plans d’eau! Mettez ensuite le cap vers une autre merveille de la région: le château de Chambord. Ce joyau de la Renaissance française, né de la passion du roi François Ier pour la chasse et l’architecture, et très certainement de l’imagination fertile de Léonard de Vinci, est une œuvre d’art exceptionnelle. Doté de 128 mètres de façades, 440 pièces et 282 cheminées, ce chef-d’œuvre est situé dans un domaine de près de 5500 hectares, un des plus grands parcs clos d’Europe.

Les Métiers Oubliés d'Autrefois..

Visiter, Dormir et Manger en Sologne

Pour ceux qui souhaitent explorer cette région riche en histoire et en paysages, voici quelques adresses et informations pratiques :

1) À visiter

  • Office de tourisme : www.sologne-tourisme.fr
  • Étangs du Puits : 18410 Argent-sur-Sauldre.
  • Église Saint-Martin : Rue de l’Église, 41600 Souvigny-en-Sologne.
  • La maison du braconnage : Rue de Vouzon, 41600 Chaon. 02-54-88-68-68 ; www.maisondubraconnage.com
  • La maison des étangs : 2, rue de la Poste, 41210 Saint-Viâtre. www.maison-des-etangs
  • Château de Chambord : 41250 Chambord. 02-54-50-40-00 ; www.chambord.org

2) Où dormir

  • Auberge de la grange aux oies : 4, rue du Gâtinais, 41600 Souvigny-en-Sologne. 02-54-88-40-08 ;
  • Les vieux guays (chambres d’hôtes et gîte) : 45620 Cerdon-du-Loiret. 02-38-05-08-52 ; www.lesvieuxguays.com
  • Le moulin du Bas-Pesé (chambres d’hôtes et gîte) : 275, rue du Moulin, 41 250 Mont-Près-Chambord. 02-54-46-10-42 ; www.sejour-chambord.com/fr

3) Où manger où boire un verre

  • L’entrepo’t’es : 1 rue des dames, 18700 Aubigny-sur-Nère ; 02-48-58-86-30 lentrepotes-baravin.fr
  • Aux 2 bécasses : 6, route d’Argent, 45620 Cerdon-du-Loiret. 06-84-60-90-89 ; www.aux2becasses.com
  • Café Labbé : 2, rue Sableuse, 18410 Brinon-sur-Sauldre. 02-48-58-50-55.

4) Se faire plaisir

  • Pause jardin (cueillette à la ferme) : Plaine de Port-à-Chambert, 45600 Sully-sur-Loire.

La Sologne offre ainsi un voyage à travers le temps, des gestes ancestraux de la récolte de la pomme de terre aux initiatives contemporaines, le tout dans un cadre naturel et culturel d'exception.

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