L'art de transformer les feuilles mortes : guide complet pour le jardinier

À l’automne, les feuilles mortes se ramassent à la pelle comme le dit le poème. Que faire de ces feuilles ? Comme tout se transforme, il semble être tout à fait judicieux de les utiliser, plutôt que de s’en débarrasser purement et simplement. Et en effet, elles peuvent se transformer en compost, voire en terreau, deux indispensables au potager comme au jardin d’ornement ou aux cultures en pot. Les feuilles mortes ne sont pas des déchets : elles nourrissent le sol. À l’automne, quand les feuilles mortes tombent des arbres du jardin on a vite l’impression que tout votre sol est jonché de ces feuilles et qu’il faut tout évacuer. Le premier réflexe de beaucoup de jardiniers est de tout ramasser, de les mettre en sacs, et de tout envoyer en déchetterie. Certains les brûlent, d’autres les jettent à la poubelle. Mauvaise idée. Ces végétaux morts sont des ressources gratuites qui se décomposent, forment de l’humus comme en forêt, protègent les racines contre le froid et deviennent ainsi un engrais maison. Autrement dit : récoltez vos feuilles tombées, ne les considérez pas comme de simples déchets verts, mais comme une matière première pour votre paillage, composteur, terreau, ou fertilisant.

Schéma illustrant le cycle naturel des feuilles tombées se transformant en humus forestier

Les principes fondamentaux du recyclage des feuilles

Dans la nature, le sol a horreur d'être à nu et préfère être protégé par une litière de débris végétaux, dont les feuilles tombées au sol forment une part importante. Dans la forêt, toutes les feuilles mortes sont recyclées en litière fraîche et aérée. Ces feuilles mortes, étalées en fines couches, se décomposent pour offrir un humus forestier bénéfique à la croissance des plantes. Les feuilles mortes sont un matériau très intéressant pour le compost, alors évitez de les mettre dans la cheminée ou à la déchèterie avec d’autres déchets verts. Récupérez-les plutôt pour en faire un superbe terreau de feuilles, parfait pour de nombreuses plantations ou du compost, selon vos besoins.

Il est important de noter qu’en France, le brûlage à l’air libre des déchets verts des particuliers est interdit. Utiliser ses tas de feuilles évite aussi les allers-retours à la déchetterie ! Lorsque vous les évacuez, vous privez votre sol d’une biomasse qui lui serait très profitable… c’est dommage. Autant que cette richesse profite à la croissance et à la vie de votre jardin !

Pourquoi et comment broyer vos feuilles

Que ce soit avec la tondeuse ou avec le broyeur de végétaux, ce geste a plusieurs avantages : cela réduit le volume de déchets, en l’occurrence de feuilles, et cela rend la décomposition plus rapide, notamment des feuilles les plus épaisses ou des aiguilles de résineux, également coriaces. Les feuilles les plus coriaces ou épaisses sont un problème dans le compost car même une fois broyées il en reste des morceaux quasiment imperméables qui risquent de créer des « poches sèches » dans le compost.

Si le tas est sur le gazon, profitez-en pour passer la tondeuse sur les feuilles. Non seulement cela les broiera mais en plus des herbes tondues vont s’y mêler. Très riches en azote, elles vont favoriser l’activation de la fermentation. Une fois les feuilles regroupées en tas, la tondeuse permettra de les broyer un peu. Cela accélère le processus de décomposition. Pour accélérer la décomposition de vos feuilles mortes, vous pouvez y ajouter un peu de compost déjà en cours de décomposition.

Broyer ses déchets verts à la tondeuse #4

Le terreau de feuilles : une ressource précieuse

Le terreau de feuilles mortes offre un substrat très intéressant pour le jardinier. En tamisant le terreau, vous pouvez récupérer un substrat très fin. Ce dernier sera idéal pour vos semis. Même s’il est peu nutritif, chaque graine, même minuscule, a suffisamment d’énergie en elle pour produire ses premières feuilles. Le terreau à l’opposé est un support de culture, un substrat. C’est-à-dire qu’il sert à remplacer la terre par exemple pour vos semis ou plantes d’intérieur. Il contient peu de nutriments pour les végétaux.

Ramassez les feuilles de préférence lorsque celles-ci sont humides. Elles ne doivent pas pour autant être gorgées d’eau. Installez-les dans de grands sacs solides de 100 litres que vous aurez percés de nombreux trous au préalable. Vous obtiendrez alors un merveilleux terreau de feuilles, que vous pourrez incorporer à la terre de plantation. Un bon terreau de feuilles, noir et légèrement humide, s’obtient en 2 à 3 ans, il est riche en éléments minéraux qui sont à ce stade totalement assimilables par les racines des végétaux que vous y plantez.

Techniques de compostage et gestion du rapport C/N

Les feuilles doivent être mises en couches de 30 cm environ, en alternant avec des matières organiques riches en azote (fientes de volaille, purin d’orties…). En effet, pour réaliser la décomposition du carbone dont sont composées les feuilles, les bactéries ont besoin d’azote, c’est le sucre qui leur donne l’énergie nécessaire. Le compost doit être régulièrement aéré, en donnant quelques coups de fourche à l’intérieur, voire même brassé, ceci tous les 6 mois. Le compost doit de plus être humidifié, si du moins il est dans un bac étanche ou lorsque le temps est sec durant une longue période.

Le temps de décomposition d’une matière organique est intimement lié à sa teneur en carbone. Le rapport carbone/azote (C/N) correspond à la teneur en azote et en carbone que compose un végétal. Pour les feuilles mortes, on considère que le rapport C/N oscille entre 40 et 60. Cela signifie que dans une feuille morte, on a entre 40 et 60 molécules de carbone pour une molécule d’azote. Pour accélérer le processus de décomposition de vos feuilles mortes, vous pouvez donc les mélanger avec un peu de matière plus azotée.

Quelles feuilles éviter ou surveiller ?

Quelles feuilles ne doit-on pas mettre au compost ? En réalité il n’y en a pas tant que ça, car nombre d’entre elles sont seulement un peu trop épaisses pour se décomposer à la même vitesse que les autres. Toutefois, les feuilles malades ou attaquées par des parasites ne doivent pas être intégrées dans un compost. En effet, bien que la température élevée due à la fermentation des matières organiques provoque de la chaleur, les composts de particuliers sont menés avec moins de rigueur que ceux des plateformes de compostage.

Les feuilles de noyer : comme l’arbre en lui-même, les feuilles contiennent de la juglone, une substance qui inhibe le développement de certains végétaux. Rassurez-vous, cette teneur est très faible sur les variétés de noyers qui sont cultivées en Europe. Les feuilles de platane sont très difficiles à décomposer, elles vont plutôt sécher. Les feuilles de paulownia ont des nervures tellement épaisses et coriaces que même broyées elles ont énormément de mal à se décomposer.

Infographie comparative : temps de décomposition des différentes essences d'arbres

Le paillage : protection thermique et fertilisation

Le paillage consiste à recouvrir le sol d’une couche de feuilles mortes broyées d’environ 10 cm. Étalez ce paillage au pied des haies, autour des rosiers fragiles, sur les cultures du potager encore en place, et au pied des jeunes arbres fruitiers plantés récemment. Le paillage protège du gel, empêche les mauvaises herbes de sortir, garde l’humidité du sol et nourrit lentement les plantes. Recouvrir le sol avec une couche de 5 cm crée une barrière naturelle contre le gel en hiver : les racines restent protégées, l’humidité reste en place, et le sol ne se tasse pas.

Par exemple, on n’utilisera pas de feuilles ou tailles de rosiers atteints de la maladie de la tache noire pour pailler ces mêmes rosiers. En revanche, on pourra les utiliser pour pailler d’autres plantes, de préférence éloignées des rosiers. C’est ce que l’on nomme la « rotation des paillis ».

Précautions d'usage et entretien du jardin

Sur la pelouse, c’est l’inverse total : ne laissez pas une couche épaisse de feuilles mortes durant l'automne. Le gazon a besoin d’air et de lumière. Quand trop de feuilles tombent et restent au sol, l'herbe se retrouve privée de lumière, l’humidité stagne, les feuilles pourrissent et finissent par coller au sol. Résultat : des taches jaunes, de la mousse, et des zones mortes au printemps.

Allées gravillonnées, marches extérieures, terrasse carrelée, escaliers en bois mouillé, gouttières de toit : là, pas de discussion. Les feuilles mortes, surtout mouillées, deviennent glissantes et dangereuses. Dans les gouttières et avaloirs d’eau pluviale, elles bouchent tout, l’eau ne s’évacue plus correctement et, en cas de grosse pluie d’automne, l’eau peut refluer vers la maison. Pour les petits jardins, les balais ou râteaux à feuilles restent imbattables. Dans un jardin de taille classique, le souffleur est l’outil confort. Si votre terrain est grand, l’aspirateur souffleur broyeur est clairement votre meilleur allié.

Schéma des outils adaptés selon la taille du terrain pour le ramassage des feuilles

Optimisation du terreau pour le potager

Si vous souhaitez créer votre propre substrat de culture pour des bacs potagers ou des plantes en pot, n’hésitez pas à valoriser vos feuilles mortes. Mélangées à du compost ménager et un peu de terre, elles offriront un substrat riche, léger et aéré. Mélangez 2/3 de terreau avec 1/6 de terre végétale, de sable (ou à défaut de terre de jardin) et 1/6 de compost. L’ajout de terre végétale permettra de le rendre moins séchant. Gardez en tête que ce terreau est pauvre en minéraux. Si vous souhaitez l’utiliser pour élever une tomate, une aubergine ou un poivron jusqu’à la plantation, il faudra enrichir le terreau.

Vous pourrez aussi vous en servir (tamisé cette fois-ci) pour boucher des sillons si vous semez des carottes par exemple. Sur certains sols, elles ont du mal à sortir, car le sol n’est pas fin et il y a beaucoup de petits cailloux ou de débris végétaux. En faisant ainsi, vos petites graines sortiront mieux de terre, car vous les aidez avec un substrat fin et facile à traverser. La vie du sol, lorsqu'elle est active, recycle vite ce qu'on lui apporte et la nature est capable d'assainir la plupart des situations, en créant de la vie, même à partir de feuilles que l’on juge malades.

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