Les Gardiens des Semences : Le Combat pour la Souveraineté de la Biodiversité

L’agriculture mondiale dépend essentiellement aujourd’hui de cinq multinationales de l’agrochimie, qui s'enrichissent en obligeant les paysans à utiliser les semences qu'elles ont sélectionnées. Ce constat, alarmant, place la question de l'autonomie paysanne et de la préservation du vivant au cœur des enjeux contemporains. Alors que la standardisation des fruits et légumes progresse, une résistance s'organise pour protéger ce qui constitue le patrimoine génétique de l'humanité : la semence.

Champ de biodiversité avec des variétés anciennes de céréales

Le monopole des géants de l'agrochimie et l'érosion du vivant

L’agriculture mondiale dépend essentiellement aujourd’hui de cinq multinationales de l’agrochimie, qui s'enrichissent en obligeant les paysans à utiliser les semences qu'elles ont sélectionnées. Résultat : des fruits et légumes de plus en plus normalisés. La mainmise sur les ressources génétiques ne se limite pas à une simple stratégie commerciale ; elle transforme la nature en un produit standardisé, déconnecté des spécificités des terroirs et des besoins locaux.

À l’échelle mondiale, 70% des semences agricoles sont choisies par les multinationales, et non par des paysans. Attisées par l’appât du gain, elles mettent en péril la biodiversité agricole. La législation actuelle joue en faveur de ces grands groupes, empêchant la commercialisation des semences agricoles des paysans sur le marché, ce qui restreint drastiquement la diversité des espèces cultivées.

L’insurrection citoyenne et le rôle de Vandana Shiva

Aujourd'hui, producteurs, éleveurs, chercheurs et citoyens s’insurgent : il faut redonner aux paysans le droit et la possibilité de sélectionner, de multiplier et d'échanger leurs semences agricoles. Les variétés de fruits et légumes anciennes et nouvelles pourraient ainsi rejoindre nos assiettes et assurer par la même occasion la biodiversité de l’environnement en luttant contre l’appauvrissement et la pollution des sols.

Sur la scène internationale, Vandana Shiva incarne le combat pour la liberté des graines. Cette scientifique et militante éco-féministe indienne a été classée parmi les cent femmes les plus influentes de la planète par The Guardian en mars 2011. En 1993, elle a reçu le prix Nobel alternatif, un prix décerné chaque année par une Fondation Suédoise à 4 lauréats, “qui offrent des réponses pratiques et exemplaires aux défis les plus urgents auxquels nous devons faire face aujourd'hui”. Vandana Shiva sillonne la planète pour expliquer pourquoi il est important de protéger la liberté d’accès aux graines. Elle a lancé en 2012 une Déclaration pour la liberté des semences et participé partout dans le monde à des événements pour rassembler les gardiens de semences.

Conférence Environnement 2017 : Cultivons notre alimentation avec Vandana Shiva

La sauvegarde des ressources génétiques face aux crises

L'importance de la conservation des semences est illustrée par des situations d'urgence humanitaire et climatique. Ces semences appartenaient à l’ICARDA, le Centre International de Recherche Agricole pour les zones arides. Quand les combats se sont rapprochés d’Alep, les agronomes ont lancé une opération désespérée pour sauver leur collection. Ils ont réussi à exfiltrer presque toutes leurs graines hors de Syrie. Direction le Pôle Nord et la réserve mondiale de semences de Svalbard. Ce geste symbolise la précarité de notre système alimentaire global, dépendant d'une fragilité politique et écologique croissante.

Planification foncière et souveraineté alimentaire : un impensé structurel

La question de la souveraineté alimentaire ne peut être dissociée de la gestion du foncier. Le bâti agricole représente près d'un tiers de l'artificialisation des sols en France. Pourtant, depuis l'adoption de la loi Climat et Résilience, cette réalité a été soigneusement contournée : les bâtiments agricoles ont été explicitement exclus du décompte des surfaces consommées. Un biais de planification qui, en excluant le bâti agricole des comptes du ZAN (Zéro Artificialisation Nette), génère une externalité négative : l’érosion des terres productives, incompatible avec les objectifs de souveraineté et résilience alimentaire.

L'agriculture est, paradoxalement, le premier consommateur de terres agricoles et d'espaces naturels : elle artificialise ses propres ressources. Nouveaux bâtiments construits à côté des anciens laissés en friche, en abandonnant des structures qui auraient pu être réhabilitées, en étendant son emprise sans que les outils pour envisager autre chose aient été construits. Ce n'est pas une fatalité.

Vers un projet agricole de territoire

Pour sortir de cette impasse, il est nécessaire de passer à l'action. La première condition est d'ordre méthodologique : se doter d'outils de connaissance. Un diagnostic territorial du bâti agricole, identification des exploitations présentes sur le territoire, cartographie des friches, identification des bâtiments sous-utilisés, évaluation des potentiels de réhabilitation ou de reconversion, est le préalable indispensable à tout projet sérieux.

Schéma explicatif de la gestion durable des terres agricoles

La deuxième condition est d'ordre opérationnel et relève de la stratégie foncière : il faut réintégrer le bâti agricole dans les documents de planification, comme une opportunité pour concilier modernisation des exploitations et préservation des sols. Une démarche gagnant-gagnant, qui permet aux territoires d’anticiper les besoins tout en sécurisant leur autonomie alimentaire.

L'agrivoltaïsme et le débat sur les usages des sols

À côté des extinctions, l’enjeu majeur est celui de l’érosion globale du vivant. L’agrivoltaïsme ne se résume pas à des panneaux dans un champ. L’agrivoltaïsme repose sur une exigence centrale : le dispositif doit rendre un service réel à la production agricole. Concrètement, il s’agit bien d’un double usage du sol, combinant agriculture et production d’énergie renouvelable.

Le projet agricole de territoire, pour être crédible, doit également ouvrir des débats que les acteurs locaux ont jusqu'ici trop souvent esquivés. Parmi eux, la question des projets agrivoltaïques cristallise des positions souvent clivantes. Ces projets méritent un débat de fond au sein des territoires, dans le cadre des documents de planification, et non une réponse au cas par cas dictée par les seules logiques économiques ou réglementaires.

La nécessité d'une vision stratégique globale

La souveraineté alimentaire et l'adaptation du bâti sont des enjeux stratégiques mal traduits dans les documents d'urbanisme actuels. La loi de souveraineté alimentaire rappelle cette ambition nationale : préserver les capacités productives du territoire, accompagner la modernisation des exploitations, soutenir les filières d'élevage et de grande culture face aux défis sanitaires, climatiques, sociétaux et économiques.

Or cette ambition ne peut pas se traduire concrètement si les outils de planification locale ignorent les besoins en bâti des exploitations. Inscrire la souveraineté alimentaire dans un SCoT ou un PLUi, c'est aussi et peut-être d'abord reconnaître que les exploitations ont besoin de construire, de se moderniser, de s'adapter à un contexte en mutation profonde.

Il ne s'agit pas d'opposer modernisation agricole et sobriété foncière : il s'agit de les réconcilier. Les urbanistes, collectivités et aménageurs doivent s'emparer du sujet agricole, non pour dicter des solutions, mais pour créer les conditions d'un débat nécessaire. L'agriculture n'est pas une variable d'ajustement de la planification territoriale : elle en est une composante fondamentale, à la fois productive, paysagère et de sécurité alimentaire. Ce projet se construit ensemble.

L'avenir des semences face aux lobbies

Si le 6 mai 2013, une proposition de loi allant dans ce sens a été soumise à la Commission européenne, les lobbyistes des puissants semenciers ne cessent de manœuvrer pour ne pas perdre leur monopole. Ce documentaire retrace le combat des exploitants engagés pour lutter contre ce monopole. Producteurs, éleveurs, citoyens, entreprises et exploitations bio se manifestent contre la domination des multinationales pour redonner des droits aux paysans pour multiplier les échanges de semences agricoles.

La préservation de la biodiversité autour des normes européennes reste un défi permanent. La lutte pour les semences libres est indissociable de la lutte pour une terre vivante, où les variétés anciennes retrouvent leur place dans les champs et dans les systèmes de production, garantissant ainsi la résilience alimentaire face aux incertitudes du XXIe siècle.

Carte mondiale de la diversité des semences

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