Qui n’a jamais rêvé d’être pourchassé·e en pleine nuit, par un détraqué ? Comme par hasard, on ne court jamais assez vite. On va mourir, c’est sûr. La menace se rapproche. Quand on croit être à l’abri, le monstre ressort de nulle part. C’est en général le moment où l’on se réveille - dans un monde dans lequel la Russie est à nos portes, où les extrêmes progressent inexorablement, où les maris droguent leur femme pour les donner en pâture à des inconnus. Cette terreur primale, universelle, est le terreau fertile sur lequel Wes Craven a bâti l'un des mythes horrifiques les plus marquants de l'histoire du cinéma : Freddy Krueger, le croque-mitaine aux griffes d'acier qui s'immisce dans nos songes pour transformer le refuge du sommeil en un champ de bataille mortel. Le film original, « Les Griffes de la Nuit », est bien plus qu'un simple slasher ; c'est une exploration des angoisses parentales, des traumatismes refoulés et de la persistance du mal, même après la mort. Ce classique du 7ème art horrifique continue encore d’inspirer le cinéma d’aujourd’hui, prouvant son statut intemporel.

La Genèse d'un Monstre : Entre Fait Divers et Cauchemars d'Enfance
L'histoire du film « Les Griffes de la Nuit » est bel et bien inspirée d’un fait divers. Elle fait référence à une tragédie qui a touché une centaine d’immigrés venus d’Asie du Sud-Est, dans les années 1980 aux États-Unis. Tous sont décédés mystérieusement dans leur sommeil à la suite d’un cauchemar. C’est en lisant des articles dans la presse à ce sujet que le réalisateur Wes Craven a eu l’idée d’inventer un croquemitaine qui poursuivrait ses victimes dans leurs rêves. Cette source d'inspiration macabre confère au film une dimension de réalité terrifiante, ancrant le fantastique dans une angoisse palpable.
Mais la création de Freddy Krueger ne s'arrête pas là. Pour la création de son bourreau machiavélique, Wes Craven s’est inspiré du physique d’un homme qui l’a traumatisé durant son enfance. Cet homme était souvent ivre et se pavanait régulièrement dans son quartier avec un chapeau sur la tête. Tout petit, il le redoutait. Concernant le prénom, le réalisateur a pioché dans ses souvenirs d’enfance. Il s’est alors souvenu de Fred, une brute de l’école primaire qui n’a pas toujours été sympa avec lui. C'est ce mélange d'observations réelles, de faits divers tragiques et de peurs enfantines qui a donné naissance à l'image iconique de Freddy Krueger : un homme au visage atrocement brûlé et défiguré, vêtu d'un t-shirt rouge et vert lacéré, dissimulant sa monstruosité sous un vieux chapeau, et arborant un gant avec des lames au bout des doigts (cf Edward aux Mains d’Argent).
Freddy Krueger : Un Tueur d'un Genre Nouveau
Freddy Krueger se démarque des autres tueurs cultes tels que Michael Myers (Halloween) ou Jason Voorhees (Vendredi 13) par plusieurs aspects. Tandis que ces derniers sont souvent silencieux, masqués et implacables, Freddy est un personnage loquace, sadique et doté d'un humour noir dérangeant. Il parle, il court, il fait le con, il fait des blagues, il s’amuse beaucoup, bref, rien à voir avec le concept du boucher silencieux. La plupart des gens sont d’accord pour dire qu’un tueur silencieux, masqué, qui ne prend même pas la peine de courir pour vous rattraper, c’est hyper flippant. Pourtant, même si l'on pourrait penser qu’un clown tel que Freddy serait finalement plus comique que flippant, eh bien non, même pas. Son rire sadique, ses répliques qui tuent, et sa capacité à jouer avec son corps et les décors dans les rêves des victimes le rendent d'autant plus terrifiant.

Le gros défi des films qui ont suivi celui de Craven a été de faire preuve d’autant de créativité. Certains ont plus réussi que d’autres, mais c’est quand même Wes Craven qui a créé le mythe, c’est donc à lui que revient la palme. Le fait de revoir la même tête, celle de Robert Englund, dans tous les films qui ont suivi, a aidé à garder le mythe en vie. La franchise a même été adaptée pour une série télé, et là aussi Englund a été fidèle au poste.
Le Passé Sombre de Springwood : La Vengeance des Parents
"You wanna know who Fred Krueger was? He was a filthy child murderer who killed at least 20 kids in the neighborhood. Kids we all knew." Le passé de Freddy Krueger est aussi sordide que sa présence dans les rêves. Fils d’une malade mentale violée par les patients d’un hôpital psychiatrique, il meurt en lui donnant naissance. Un joli départ dans la vie. Une fois marié, et père à son tour, il se met à tuer des enfants, et lorsque sa femme s’en aperçoit, il menace de la tuer elle aussi si elle l’ouvre. Mais bon, histoire de ne pas prendre de risque, il finit par l’étrangler sous les yeux de sa fille alors âgée de cinq ans.
Lorsqu’il est enfin arrêté, le soulagement des habitants de Springwood n’est que de courte durée, puisqu’il est rapidement relâché : vice de procédure. Pas très contents, les parents traquent Freddy jusqu’à sa planque - une vieille chaufferie dans laquelle il amenait ses victimes - et y foutent le feu, piégeant ainsi le vilain tueur d’enfants. Et c’est ainsi qu’il se retrouve affublé de ce merveilleux faciès façon crème brûlée.
Les origines de Freddy Krueger | Une enquête terrifiante.
"He’s dead. Voilà. On n’en parle plus. Le meurtrier est mort. On peut se remettre à dormir sur ses deux oreilles." C'est ce que croyaient les parents. Mais le déni a ses limites, car le cauchemar continue. Les parents ont eu beau se faire justice eux-mêmes, ils n’ont pas réussi à se débarrasser de Freddy Krueger qui revient pourchasser leurs enfants… dans leurs rêves. Freddy est le reflet de l’angoisse de leurs parents : cette peur panique qu’il leur arrive quelque chose. Ces parents ont cru avoir fait le plus dur en brûlant Freddy, mais ils ne se sont pas débarrassé de leur angoisse pour autant.
L'Intrusion dans le Sommeil : Le Principe du Cauchemar
Le film s’ouvre sur le cauchemar de Tina (Amanda Wyss), une jeune blondinette en chemise de nuit blanche qui se retrouve traquée par un Freddy furtif, à peine visible. C’est après son cauchemar qu’on entend pour la première fois la mythique comptine reprise et remixée dans tous les épisodes suivant de la franchise. Les paroles changent selon les films qui suivent, mais pas l’air de la chansonnette. Le lendemain matin, Tina retrouve ses amis Nancy (Heather Langenkamp) et Glen (Johnny Depp !) et leur fait part de son cauchemar. Ils décident donc de passer la soirée ensemble pour lui faire oublier son vilain rêve, mais quand ils abordent le sujet, Nancy se rend compte qu’elle a elle aussi rêvé du méchant croquemitaine. Peu de temps après, Tina est à nouveau pourchassée par le croque-mitaine qui la tue dans son sommeil.
Freddy n’apparaît que dans les cauchemars des enfants et c’est là qu’il les tue : dans leur sommeil. Il s’introduit dans leurs rêves pour se nourrir de leur peur et s’en servir contre eux. Tina Gray (Amanda Wyss) rêve d’un mystérieux croque-mitaine (Robert Englund) qui arbore un gant avec des lames au bout des doigts et qui semble habité des pires intentions. Après la mort de Tina, Glen ne dort pas. Glen prend la fuite car il a peur d’être accusé de ce crime incroyable. Nancy est toujours pourchassée. Marge Thompson (Ronee Blakley) emmène Nancy chez un spécialiste du sommeil (Charles Fleischer). Elle y fait un nouveau cauchemar. Chez lui, Glen s’endort et s’enfonce dans son lit comme du papier dans une broyeuse. Les adolescents ne comprennent pas ce qui leur arrive. Ils ignorent qui est ce dangereux psychopathe qui les empêche de faire des rêves érotiques, comme c’est la norme à cet âge.

Nancy Thompson : La Résistance au Cœur du Cauchemar
Face à l'horreur indicible, Nancy Thompson émerge comme la figure emblématique de la résistance. Son parcours est celui d'une adolescente qui, confrontée à l'incrédulité des adultes - "Everyone has a bad dream once in a while. Nancy, you’re sick." - doit elle-même percer le mystère de Freddy Krueger. L’inspecteur Thompson est hanté par les mots de sa fille qu’il ne peut pas secourir, alors qu’il est pourtant inspecteur de police. "Daddy!"
Nancy a un plan : elle sait désormais comment emmener une partie de ses rêves dans la réalité. Il faut attirer Freddy et Don pourra l’arrêter afin qu’il puisse comparaître devant la justice des hommes lors d’un procès équitable. Avant de s’endormir, elle fait quand même ses prières. Le plan de Nancy fonctionne : Freddy est prisonnier de la réalité. Il monte à l’étage pour tuer Marge. "I know the secret now. This is just a dream." Finalement, Nancy quitte la maison et dit au revoir à sa mère. Elle retrouve ses amis qui sont tous vivants, à bord d’une Cadillac. Le toit ouvrant se referme sur eux. Il est aux couleurs du pull rayé de Freddy, un rappel inquiétant que même après la victoire apparente, l'ombre de Freddy ne disparaît jamais tout à fait. Quand on devient parent, on cherche le meilleur pour ses enfants. Des parents anxieux peuvent aussi vouloir protéger leurs enfants du pire. Pendant que les premiers voient le verre à moitié plein, les seconds voient le verre à moitié cassé. Le cauchemar se produit quand cette catastrophe prend forme (cf Prisoners).
L'Héritage et l'Influence : Des Griffes sur la Culture Pop
« Les Griffes de la Nuit » a connu un succès retentissant. Plus de 25 millions de dollars de recettes au box-office américain, critiques positives, classé comme l’un des films les plus terrifiants… Quelques semaines après sa sortie dans les salles obscures, le film a bénéficié d’un grand succès. Le tueur, l’histoire, l’univers, tout avait été imaginé pour marquer l’esprit des spectateurs. La boîte de production New Line Cinema, au bord de la faillite à ce moment-là, a même été sauvée par la réussite du long-métrage.

Le film a également marqué les débuts au cinéma d'un jeune acteur américain : Johnny Depp. Celui qu’on connaît aujourd’hui pour ses rôles de prestige dans la saga Pirates des Caraïbes, Charlie et la chocolaterie ou encore Edward aux mains d’argents, y interprète Glen Lantz, le petit ami de l’héroïne Nancy. Autre point important : c’est dans ce film que Johnny Depp fait sa toute première apparition à l’écran. On dit merci qui ? Merci Mr.
« Les Griffes de la Nuit » fait partie de ces films qui ont nécessité le plus faux de sang dans l’histoire du cinéma. Au total, ce sont environ "500 gallons de faux sang (environ 1800 litres) qui ont servi durant le tournage", rapporte AlloCiné. Sans parler des petits délires de Freddy qui vont parfois un peu loin dans la mutilation (et même l’auto-mutilation). Mais bon, on est en 2009 et depuis on a fait bien pire. Quoiqu’il en soit, le film envoie un message clair : en 1984, il était plus facile de vivre avec des cheveux bouclés. Trois coups de brosse sur cheveux secs, deux barrettes, et vous pouviez sortir avec Johnny Depp. Et je ne vous parle même pas des tenues. Ah, c’était le bon vieux temps.
Le film continue d'inspirer, même des décennies plus tard. Le saviez-vous ? Les frangins Matt et Ross Duffer, créateurs et réalisateurs de la série à succès Stranger Things, ont toujours été des grands passionnés de films d’horreur. Et plus particulièrement de ceux des années 80-90. C’est donc pour cette raison qu’ils ont décidé de s’inspirer de Wes Craven et son tueur fétiche dans Les Griffes de la nuit pour leur quatrième saison. En effet, si l’on y prête attention, Vecna, le nouveau et grand méchant de la saison, ressemble étrangement à Freddy Krueger. Que ce soit physiquement, avec son visage déformé et ses longs doigts crochus capables de tuer, ou encore au niveau de ses pouvoirs. De son côté, Freddy pénètre dans les cauchemars des adolescents tandis que Vecna s’introduit dans leurs pensées pour s’en prendre à eux. À l’occasion, VL souhaitait vous faire (re)découvrir ce classique du 7ème art horrifique qui continue encore d’inspirer le cinéma d’aujourd’hui.
Les Remakes et la Postérité
Un remake du premier opus est prévu pour début 2010, et pour la première fois, Freddy sera interprété par un autre acteur : Jackie Earle Haley. La légende va en prendre un coup… À force de voir Robert Englund pendant des années sous les traits de Freddy Krueger, c’était un peu comme retrouver un vieux pote, là ce sera comme faire la connaissance du nouveau collègue qui a pris la place du vieux parti à la retraite. Nancy, Kris, Quentin, Jesse et Dean habitent Elm Street, au cœur d'une banlieue résidentielle semblable à des milliers d'autres - paisible, proprette et sans histoire… Mais depuis quelques temps, ces cinq jeunes sont hantés chaque nuit par le même cauchemar oppressant : un homme à la voix caverneuse surgit des ténèbres. Vêtu d'un t-shirt rouge et vert lacéré, il dissimule sous un vieux chapeau son visage atrocement brûlé et défiguré.
Chaque magazine ou journal ayant son propre système de notation, toutes les notes attribuées sont remises au barème de AlloCiné, de 1 à 5 étoiles. Un excellent remake qui ne dénature en rien l'original, bien au contraire. Les effets spéciaux vintages des années 80 sont ici exploités à merveille et rendent l’ouvrage bien plus crédible. Freddy n'en est pas plus effrayant pour autant, malgré l’atmosphère glauque et nauséabonde, on frissonne avec parcimonie et les scènes gores se délestent malencontreusement de tout côté effrayant. En revanche, les transitions entre le rêve et… Un film qui reprend tout ce qu'il y avait de bon et d'inventif dans la saga Freddy, les éléments principaux etc… Vraiment excellent ce remake du célèbre tueur aux griffes : FREDDY !!! Le nouveau freddy est parfait et reprends bien la psychologie du tueur. Cela redonne du neuf et de la fraîcheur à la série de film. L'action est super ainsi que le suspense. Ce film mérite d'être dans la série. Enfin un vrai retour aux sources du 1er volet et au revoir l’humour débile de toutes ses suites. Je trouve cela excellent que le film ne suit plus la véritable histoire du tueur car dans celui-ci, il se fait passer pour un violeur d'enfant (plus sombre et repoussant) alors qu'il est supposé être un tueur d'enfant (archi revue) et il ne les tue pas dans une cave mais bien dans une vieille chaufferie abandonnée ! Jackie Earle Haley… Victime un jour… Au départ, ce nouveau film sur Freddy devait être un prequel, mais l'idée a été abandonnée. De même, quinze versions du script ont été écrites. Warner Bros. Ces tentatives de réinterprétation témoignent de la puissance durable du personnage et de l'histoire, qui continuent de fasciner et d'effrayer les spectateurs du monde entier.