L'Hortensia en Bretagne : Entre Symbole Touristique et Ambiguïté Botanique

L'hortensia est la fleur emblématique de la Bretagne. Rose ou bleue, l'été, elle agrémente de nombreux jardins, dans les terres et en bord de mer. Mais savez-vous d'où elle vient ? En Bretagne, les hortensias sont partout. Ces généreuses boules aux couleurs flamboyantes ornent également de nombreuses cartes postales, elles illustrent aussi le calendrier de La Poste. On les trouve dans de nombreux jardins de particuliers, dans les parterres des villages, dans les parcs des villes, le long des routes, etc.

Paysage breton typique orné d'hortensias en fleurs

Les Origines Asiatiques d'une Icône Européenne

L'hortensia, hydrangeas pour les botanistes avertis, est originaire d'Asie. L'arbuste compte autant d'espèces que de couleurs : rose, bleue, rouge, orange, blanc, violet, mauve, etc. L'hortensia est originaire de la Chine et du Japon. Il est arrivé en Europe au XVIIIe siècle, d'abord en Angleterre puis en France. Même si l'image de l'hortensia fait intimement partie du paysage breton, fascinant les visiteurs par ces masses de fleurs ici d'un bleu magnifique, là d'un nuancier de rose et de mauve, ce n'est pas une plante endémique. En effet, du moins pour les plus connus, les hydrangeas macrophylla et serrata, ils sont tous d'origine asiatique et plus précisément, selon l'espèce, d'une large bande débutant au pied de l'Himalaya allant jusqu'à de nombreuses îles de l'archipel japonais.

En Europe, comme en France, la connaissance de l'hortensia se fera progressivement grâce au Français Philibert Commerson (1727-1773) qui est le premier botaniste à décrire la plante. Il la découvre lors d'une prospection sur l'île de la Réunion et prélève, pour le mettre en herbier, un échantillon dans « des jardins de Bourbon en avril & mai 1771 ». Cette plante avait été introduite du Japon par un Hollandais au cours du XVIIIe siècle. Il travailla avec son ami Pierre Poivre, alors intendant des Isles de France et de Bourbon (aujourd'hui île Maurice et île de La Réunion). Ils étudièrent la richesse de la flore présente ainsi que l'acclimatation des nouveaux végétaux. En 1771, Commerson récolta des échantillons de cette nouvelle plante introduite dans le Jardin de Pamplemousse. Il la nomma initialement Peautia coelestina et fit parvenir l'ensemble au Jardin du Roi à Paris.

Quant à l'introduction d'un pied vivant en Europe, la seule certitude est que Joseph Banks (1743-1820) - directeur du futur jardin botanique royal de Kew - peut présenter début 1789, un hortensia en tant que plante vivante et en 1803, ce pied produira plus de 80 fleurs. Selon Louis Bosc, naturaliste français (1759-1828), les pieds qui arriveront en France sont d'origine anglaise.

L'Installation en Bretagne : Du Jardin Botanique au Paysage Vernaculaire

En Bretagne, le premier enregistrement connu de l'existence de l'hortensia est celui du Jardin botanique de la marine à Brest. Antoine Laurent, responsable dudit jardin, dans son catalogue des plantes publié en 1809, indique qu'il possède comme plantes vivantes dans ses collections Hortense et Hydrangée. Il s'agit donc de l'hortensia et sans doute Hydrangea arborescens originaire d'Amérique du Nord. La question de l'origine et de la date d'entrée de l'hortensia au jardin botanique de Brest reste entière.

La première diffusion de l'hortensia en Bretagne fut sans nul doute restreinte et liée à l'intérêt qu'une partie de l'aristocratie terrienne lui portait. Au début du XIXe siècle, la diffusion reste peu importante et l'hortensia orne les abords d'un certain nombre de châteaux et manoirs de la pointe finistérienne. L'hortensia va très vite sortir des institutions scientifiques, du microcosme des botanistes et de quelques spécialistes, pour devenir une plante ornementale à caractère commercial pour les horticulteurs fleuristes. Considéré comme gélif, l'hortensia n'est guère utilisé dans le jardin du moins dans la Région parisienne. Il devient de « bon ton » pour une certaine société d'en posséder dans son orangerie ou d'en présenter en fleurs dans ses salons lors des réceptions. Ainsi « Les élégantes du premier Empire se contentaient d'arroser un myrte ou de cueillir la fleur de l'oranger, jusqu'au moment où l'apparition de l'hortensia tournant toutes les têtes, vint donner le signal de l'engouement pour les ‘dons de Flore’, ainsi qu'on s'exprimait en 1810 ».

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'arrivée du chemin de fer et le développement des stations balnéaires sur les côtes bretonnes occupées durant la saison estivale par une partie de la grande bourgeoisie des villes, vont modifier progressivement les paysages. Dans les jardins qui sont alors créés autour des villas, l'hortensia trouve sa place grâce en partie aux paysagistes parisiens qui viennent exercer leurs talents en Bretagne ou en Normandie. Non seulement, ils citent l'hortensia pour orner les jardins, mais le recommandent pour agrémenter ceux proches du bord de mer. Le paysagiste français Édouard André, dans son ouvrage paru en 1879, cite l'hortensia « parmi les beaux arbres et arbustes dont j'ai relevé la nomenclature […] dans les jardins du littoral breton et des îles de la Manche ».

La Percolation vers les Campagnes et l'Appropriation Mentale

Mais qu'en est-il dans les bourgs, villages et hameaux du centre Bretagne, de tous ces lieux qui ne se trouvent pas sur le chemin des stations balnéaires ? Nous sommes encore très loin d'une présence de l'hortensia dans les campagnes bretonnes. La percolation vers l'habitat vernaculaire sera très lente et se fera surtout dans la seconde moitié du XXe siècle, c'est-à-dire après la Seconde guerre mondiale. L'avantage de l'hortensia réside dans sa pérennité d'une année sur l'autre et dans sa facilité de multiplication par boutures au printemps, par marcottes ou rejetons.

L'hortensia est resté pendant des décennies une plante de jardin, de bourgs et de villages avant une appropriation mentale essentiellement dans le dernier demi-siècle portée par un courant touristique amplifié par des supports promotionnels, la photographie et la carte postale couleur. L'hortensia va changer de statut. Ce survol rapide montre toute la part d'ambiguïté portée par l'hortensia dans sa relation avec la Bretagne. L'hortensia est lié à la partie bâtie du parc et du jardin, comme accompagnement de la pierre, - granite, schiste, gneiss, ardoise - qu'il révèle, qu'il réveille en mettant en valeur le côté austère des minéraux.

Hortensias devant un mur en pierre de granite

L'hortensia semble avoir cette capacité de pleinement s'intégrer à l'essence même du territoire dans une forme de discrétion. L'inflorescence de forme naturelle en boule, formant une sphère, occupe un volume aux contours harmonieux, non agressifs, porteurs de douceur. Par leurs caractères complémentaires, plante et pierre, sont en harmonie. Avec des variations subtiles, la couleur des inflorescences ne capte pas toute l'attention, ne tue pas les autres taches colorées du bâti, mais en exacerbent les nuances, sans uniformiser la perception et donner une lecture unique à l'association pierre-hortensia.

L'Hortensia, Symbole de la Bretagne Touristique

En 2016, l'Institut culturel de Bretagne souhaite que la Bretagne soit représentée par une plante symbole. Après une consultation ouverte, l'ajonc est plébiscité, mais viennent juste derrière la bruyère et l'hortensia. L'hortensia est une image de la Bretagne, une image essentiellement touristique, parfois devenue obsolète. Si l'hortensia est ou fut l'un des symboles de la Bretagne ou d'une Bretagne, ce n'est pas pour autant une plante symbolique des Bretons, de la culture bretonne, de sa langue, porteuse de valeur, pour sa société actuelle ou future.

Néanmoins, l'hortensia continuera de croître en terre bretonne car il a trouvé un climat et un sol qui lui sont encore favorables. Naturellement, le rustique hortensia a pris racine en Bretagne où il pousse plus volontiers qu'ailleurs, grâce au climat tempéré (et arrosé) de la région.

Lieux de Conservation et Circuits de Découverte

Dans le Morbihan, un circuit bordé de massifs vivement colorés nous emmène à la découverte de 530 variétés d'hortensias. À Ploërmel, à 30 minutes au sud de Rennes, l'hortensia règne en maître. C'est là que débute le Circuit des hortensias, un sentier de randonnée de trois kilomètres, bordé de plus de 5 000 hydrangeas (leur nom scientifique). Ce lieu de promenade et d'exposition, qui suit l'ancienne voie ferrée jusqu'aux rives du Lac au Duc, est né en 2000 de la rencontre de deux passionnés : un élu chargé de l'urbanisme et un pépiniériste.

Ploërmel et son Circuit des Hortensias, unique en Europe !

Le site est agrée par le Conservatoire Nationale des Collections Végétales Spécialisées depuis novembre 2003. Fruit d'une rencontre entre une municipalité et un pépiniériste passionnés, le Circuit des hortensias est aujourd'hui une collection unique en Europe dans sa conception. Au bord de l'eau, à l'ombre d'arbres centenaires, ces ombelles de dentelle, robes de mariée et autres inflorescences sont la haute couture de la botanique. Une exposition de photos en plein air est à découvrir toute l'année sur les bords du lac au Duc.

Techniques de Culture et Variétés

Fleuris de mai à octobre, les hortensias changent de couleurs selon la nature du sol. Le célèbre bleu de Bretagne témoigne d'une terre acide et riche en aluminium ; le rouge, lui, s'obtient dans les terres plus neutres. L'hortensia aime les sols acides, riches et frais. Qu'ils soient à fleurs plates, rondes ou paniculées, une trentaine de variétés d'hydrangea illuminent les zones d'ombre du jardin de l'été jusqu'au gelées.

Les hydrangeas arborescents sont des plantes d'Hortensias de couleur blanches qui font parties des plus rustiques, avec en prime une taille qui peut atteindre jusqu'à 2m. Proportionnellement, ces plantes possèdent des fleurs d'un diamètre de plus de 20cm. Certaines variétés possèdent une évolution de couleurs remarquable comme les variétés 'Vanille Fraise' ou 'Diamant rouge'.

Schéma explicatif de l'influence du pH du sol sur la couleur des hortensias

Pour la plantation, il est conseillé de bien travailler le sol, d'ajouter un peu de compost bien décomposé ou d'engrais organique. Si vous plantez en terrain neutre ou calcaire, pour obtenir les couleurs bleues, il faudra faire des apports de terre de bruyère ou de tourbe mélangées à votre terre pour moitié, et ensuite, de temps à autre, rajouter du sulfate d'alumine.

Entretien et Conseils Botaniques

A l'automne, vous pouvez supprimer les fleurs séchées pour l'esthétique. En fin d'hiver, supprimer également le bois mort et taillez les pointes afin de démultiplier les branches et ainsi d'augmenter le nombre de fleurs. Si vous rabattez la plante très courte, vous aurez très peu de fleurs l'été suivant. À l'achat, dans le choix de vos hortensias, bien regarder la taille adulte de la plante ! Cette démarche vous évitera bien des travaux d'élagage.

Les HYDRANGEA macrophylla sont des arbustes caducs de la famille des hydrangeacées originaires du Japon. Ces arbustes préfèrent des sols riches, humifères, profonds et frais ne se desséchant pas trop durant l'été. Dans les régions froides l'hiver, n'hésitez pas à pailler la souche afin de la préserver. La couleur des fleurs dépend plus ou moins de l'acidité du sol et de la teneur en Alumine. Dans un sol au PH inférieur à 5.5, les fleurs auront une tendance à aller vers le bleu, et pour un PH supérieur à 6.8 une tendance à aller vers le rose. Les blancs restent blancs. À têtes plates ou à têtes rondes, les HYDRANGEA macrophylla ont ces mêmes comportements. En sols plutôt secs, préférez les expositions ombre ou mi-ombre.

Enfin, la vocation maritime, combinée au climat, ont fait de la Bretagne une terre de prédilection pour les hortensias. Une partie des plantes à la vente sont originaires d'Asie, mais la plupart sont des sélections réalisées en Europe ou aux États-Unis. Très surprenant, beaucoup ont été créées dans des contrées bien moins propices telles que la Suisse ou l'Allemagne qui nous ont fourni des cultivars exceptionnels. Contrairement à la grande distribution qui travaille essentiellement sur des plantes compactes et hyper florifères, le travail de pépiniériste est de proposer d'abord de la diversité, permettant d'adapter les plantes en fonction de l'espace dans les jardins mais aussi de la nature du sol.

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