
Le noisetier, ou Corylus avellana, est un arbuste omniprésent dans les paysages européens, que ce soit dans les haies sauvages ou aux abords des forêts. Son histoire est profondément entrelacée avec celle de l'humanité, ayant contribué à l'alimentation des hommes préhistoriques comme en témoignent les traces retrouvées dans des sépultures néolithiques. Au-delà de ses qualités nutritives, le noisetier a acquis une place de choix dans les croyances populaires et les pratiques divinatoires, suscitant à la fois fascination et parfois des idées reçues, notamment concernant sa relation avec la faune, comme les serpents.
Étymologie et Nomenclatures : Un Arbre aux Multiples Appellations
L'arbuste que nous appelons aujourd'hui "noisetier" porte une riche histoire linguistique. Le terme "aveline", datant du XIIIe siècle, désignait déjà une espèce de grosse noisette, et trouve son origine dans le latin nux avellana, signifiant "noix d'Abella", une ville de Campanie réputée pour ses noisettes. Cette forme avellane ou avelaine a persisté jusqu'au XVIe siècle.
Le nom "coudrier", souvent confondu avec le noisetier alors qu'ils désignent le même arbuste, provient de l'ancien français coudre, issu du bas-latin corulus et du latin classique corylus. L'étymologie de corylus est d'ailleurs liée au grec korys, qui signifie "casque", une référence à la forme particulière de la noisette enchâssée dans sa bractée lacérée. Le terme "noisette", attesté dès 1225-1230, est un diminutif de "noix".
D'autres noms traditionnels du noisetier abondent, reflétant sa présence et son importance dans diverses régions : Abélanié, Algouanié, Conrère, Courière, Colère, Colieure, Coudrière, Neuhy (Wallonie), Neûzi, Ninsolé, Noiselier, Nozié, Nougié, et Oulonié. Cette diversité de noms souligne l'intégration profonde du noisetier dans le patrimoine culturel et linguistique.
Botanique et Caractéristiques de l'Arbuste
Le noisetier, membre de la famille des Bétulacées, est un arbuste volontaire qui peut atteindre jusqu'à quatre mètres de haut. Il est caractérisé par son écorce fine se détachant en lamelles le long de ses multiples troncs. Ses feuilles, dentées et poilues, sont facilement reconnaissables à leur acumen, une pointe à leur extrémité.
Une particularité notable du noisetier est sa floraison précoce, qui se manifeste bien avant l'apparition des feuilles, généralement de janvier à mars. Les fleurs femelles sont discrètes, de petites fleurs rouges posées à même les rameaux. Les fleurs mâles, en revanche, sont plus remarquées, regroupées en de longs chatons dotés. Le fruit, l'amande comestible de la noisette protégée par un péricarpe ligneux, est prêt à régaler nos papilles dès septembre.
Le noisetier prospère sur presque toute l'Europe, évitant cependant les températures extrêmes des sommets et se faisant plus rare sur le pourtour méditerranéen. Sa croissance est d'une extrême rapidité, ce qui lui a valu d'être un symbole de vie et de fertilité chez les Celtes. Aujourd'hui, la France cultive environ deux mille hectares de noisetiers dans le Sud-Ouest, mais cela ne couvre qu'à peine 10% de la consommation nationale, le reste étant importé principalement de Turquie, d'Italie ou d'Espagne.
La noisette est un aliment d'une valeur nutritive exceptionnelle, particulièrement riche en matières grasses (60%), et apporte 657 calories pour 100 grammes, un véritable record. Elle est également une source importante de magnésium, de vitamines B1 et E, mais contient peu de vitamine C. Sa très forte teneur en vitamine E lui promet une carrière brillante parmi les fruits à coque, aux côtés des noix, châtaignes et amandes.
Vertus Médicinales et Usages Traditionnels

Historiquement, le noisetier a joué un rôle non négligeable dans la médecine traditionnelle. Les auteurs Henri Ferdinand Van Heurck et Victor Guibert, dans leur Flore médicale belge (1864), ont souligné les propriétés thérapeutiques du coudrier. Ils notaient que l'huile douce et agréable, obtenue par expression des noisettes, était bonne à manger et servait à préparer des émulsions. Une huile empyreumatique extraite du bois était utilisée comme odontalgique et vermifuge. L'écorce était reconnue comme fébrifuge, et le pollen était préconisé contre l'épilepsie.
Au-delà de ces usages, la noisette a aussi été une ressource alimentaire cruciale. Alfred Chabert, dans ses Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie (1897), rapporte que le noisetier était le seul fruit sauvage récolté pour en tirer de l'huile dans certaines régions montagneuses, où des paysans n'en consommaient pas d'autres pendant l'hiver.
Croyances Populaires et Symbolisme
Le noisetier et son fruit sont profondément enracinés dans les croyances populaires et le symbolisme à travers l'Europe. Un vieux dicton, "De Saint-Jean la pluie / Fait la noisette pourrie", lie les conditions météorologiques de la Saint-Jean à la récolte de noisettes, soulignant l'importance de ce fruit dans la vie rurale.
Fécondité et Abondance
Les superstitions concernant la noisette sont souvent liées à la fécondité. Sa forme ronde et sa double enveloppe rappellent l'enfant dans le ventre de sa mère. De nombreuses coutumes nuptiales intègrent les noisettes comme symbole d'abondance, jetées sur les mariés à la sortie de l'église, à l'instar du riz. En Bretagne, il était courant de déposer une corbeille de noisettes près de la couche nuptiale. Dans la Nièvre, on servait noix et noisettes aux repas d'accordailles, et en Haute-Saône, on en offrait aux fiancés. On disait même en Basse-Bretagne qu'un garçon se mariant une année de récolte abondante aurait de nombreux enfants.
Des usages liés à la fécondité du bétail existaient également. Le matin de la Saint-Jean, des bergers de la Vienne brûlaient les feuilles de branches de noisetier et touchaient chaque bête avec les verges pour faire prospérer les troupeaux. Dans l'Orne, frapper trois fois le flanc d'une vache avec une baguette de noisetier était censé assurer sa fécondité après avoir été menée au taureau.
Baguettes Divinatoires et Magie

La principale source de célébrité du noisetier dans le folklore est sans doute son utilisation pour les baguettes divinatoires. Ces branches légères étaient appelées caducée, verge d'Aaron, bâton de Jacob, ou encore verge luisante, ardente, transcendante, tremblante. Elles étaient censées tourner d'elles-mêmes dans la main pour indiquer des sources cachées, des trésors ou des mines.
Selon Adolphe de Chesnel dans son Dictionnaire des superstitions (1856), la manière la plus commune de se servir de la baguette divinatoire était de prendre une branche fourchue de noisetier d'environ quarante-huit centimètres de long. On saisissait les deux branches de la fourche dans les mains, sans trop serrer, la paume tournée vers la terre et la pointe allant en avant, la baguette étant parallèle à l'horizon. La marche devait être douce.
Jacques Aymar, paysan du Dauphiné au temps de la régence du duc d'Orléans, devint célèbre pour cette pratique, prétendant découvrir non seulement les eaux, mines et trésors cachés, mais aussi les cadavres de personnes assassinées et leurs meurtriers. Malgré un scepticisme initial, ses "miracles" émerveillèrent la cour, bien que sa renommée s'estompa lorsqu'une de ses opérations fut sérieusement suivie et échoua.
Au XIXe siècle, alors que la superstition semblait s'effriter, des récits de sourciers talentueux, comme le jeune Romain Ortigué dans les Hautes-Pyrénées en 1850, continuaient de fasciner, attribuant à la baguette de coudrier la découverte de nouvelles sources et de trésors enfouis.
Le noisetier était considéré par les Celtes comme un symbole de vie et de fertilité. Son bois était utilisé par les druides comme support d'incantation et pour tailler des tablettes gravées de glyphes de l'alphabet oghamique, faisant de lui un "arbre intercesseur des dieux". La baguette de sourcier, ou furcelle, nécessairement en bois de noisetier, était censée entrer en résonance avec les ondes émises par les eaux souterraines et les nœuds métallifères, agissant comme un capteur et un attracteur d'informations du monde souterrain.
Le symbolisme du noisetier s'étend également à la connaissance et la sagesse. Un mythe irlandais raconte qu'un saumon ayant mangé neuf noisettes magiques fut imprégné de science et de sagesse. Ce saumon, capturé par Finn mac Coll ("fils du noisetier"), transmit indirectement cette connaissance universelle à Finn, faisant de lui un devin omniscient.
Noisetier et "Malin" : Une Réputation Sulfureuse
Malgré ses vertus et son symbolisme positif, le noisetier a parfois été associé à des connotations plus sombres. En certaines régions d'Allemagne, des chants folkloriques opposaient le sapin (constance) au coudrier, tandis que la noisette était parfois vue comme un fruit de science nécessitant patience et constance pour en atteindre les fruits, sa dure écale cachant l'amande douce. Cependant, en Italie au XVe siècle, la noisette pouvait être décrite comme un "fruit chaud" menant "tout droit là où est le bordel". Les rapprochements entre la forme de la noisette et certaines parties du corps, comme le clitoris, ont pu contribuer à des associations avec la débauche.
L'ambiguïté entre "sourcier" et "sorcier", si proches orthographiquement et liés au même arbre, a pu créer des confusions. La "baguette du diable" ou le balai de la sorcière ont été parfois imaginés fabriqués à partir d'une branche de coudrier, associant ainsi le noisetier à des pratiques jugées maléfiques. Un conte populaire relate comment le diable, transformé en minuscule vermisseau, fut enfermé dans une noisette. Brisée par un forgeron, la noisette libéra le diable en mille étincelles, implantant une part diabolique dans le cœur des hommes.
Cependant, il est essentiel de souligner que, fondamentalement, le coudrier n'a rien à voir avec ces connotations négatives. Ce sont les interprétations et les actions humaines qui ont parfois projeté une ombre préjudiciable sur cet arbre. Des procès de sorcellerie de 1596 mentionnent l'usage d'une "baguette du diable" pour augmenter la production de lait des vaches. Mais d'autres sources indiquent simplement qu'une vache battue avec une branche de noisetier pouvait être plus prolifique, sans aucune connotation diabolique. En Wallonie, "quérir les noisettes" désignait un rite propitiatoire consistant à fesser légèrement vaches, jeunes filles et femmes avec une verge de coudrier, sans aucune méchanceté. Le noisetier était même utilisé contre les sorcières pour forcer ces dernières à rendre la fécondité aux animaux et aux plantes.
Le noisetier est aussi associé au transport et au voyage. La coque de la noisette aurait servi de nacelle à Hercule revenant du jardin des Hespérides. Shakespeare, dans Roméo et Juliette, décrit la reine des fées Mab arrivant sur un carrosse fait d'une noisette, renforçant l'image du noisetier comme élément magique et de passage entre les mondes.
Noisetiers et Serpents : Mythes et Réalités de la Coexistence
Comment se débarrasser des vipères, couleuvres ou autre serpent dans votre jardin ?
L'idée que les noisetiers attirent les serpents est une préoccupation courante pour de nombreux jardiniers. Il est crucial de dissiper les mythes et de comprendre la réalité de cette coexistence. Les serpents ne sont pas spécifiquement attirés par le noisetier en tant qu'espèce végétale, mais plutôt par l'environnement et les conditions qu'un noisetier, comme d'autres arbustes ou arbres fruitiers, peut créer.
Ce qui attire réellement les serpents
Les serpents ne viennent pas "grignoter" les fleurs ou les fruits. Leur présence est dictée par la recherche de proies, d'abris, de chaleur et d'humidité.
Les proies : C'est le facteur le plus important. Les noisetiers, surtout s'ils sont dans des haies champêtres avec d'autres essences, créent un habitat riche en biodiversité. Les feuilles tombées, les fruits non ramassés, les gros paillis et la végétation dense maintiennent un sol frais et discret, attirant une foule d'insectes, de larves, de limaces, d'escargots, de rongeurs (souris, rats, musaraignes), de batraciens, d'oiseaux et de lézards. Tous ces petits animaux constituent le régime alimentaire principal des serpents, qui voient ces zones comme un véritable "restaurant" continu.
Les abris et cachettes : La végétation dense et peu travaillée, les branchages morts, les tas de bois, les murets de pierres sèches, les tuiles ou tôles ondulées qui emmagasinent la chaleur, offrent des refuges idéaux et des abris au cœur sec où les serpents peuvent se cacher des prédateurs (hérissons, rapaces) et des intempéries. Une bordure opaque, par exemple, peut devenir un couloir parfait pour les serpents.
La chaleur et l'humidité : Les serpents, en tant que reptiles, sont des animaux à sang froid qui ont besoin de sources de chaleur pour réguler leur température corporelle. Les zones ensoleillées, les terrasses et les murs chauds, ainsi que les endroits où l'humidité stagne (comme les poches végétales épaisses), sont très appréciés. Les noisetiers peuvent contribuer à créer des microclimats qui répondent à ces besoins.
Les serpents en France
Il est important de rappeler que la France abrite une dizaine d'espèces de serpents, et beaucoup sont inoffensifs. Parmi les 3500 espèces recensées dans le monde, une dizaine vivent en France. En 2010, une étude anglaise a montré un déclin significatif de 11 populations sur 17 espèces étudiées.
En France, il est crucial de pouvoir faire la différence entre une couleuvre et une vipère. Les couleuvres, généralement inoffensives, ont les pupilles rondes, tandis que les vipères, dont la morsure peut être dangereuse, ont les pupilles verticales. Les serpents ne perçoivent pas les sons mais captent les vibrations du sol. Les couleuvres et les vipères sont diurnes, bien que ces dernières puissent être actives au crépuscule ou la nuit.
Les serpents affectionnent les écotones, c'est-à-dire les zones de transition entre deux milieux, comme les haies, les lisières de bois ou les murs de pierres sèches. On les rencontre le plus souvent dans les zones sèches, embroussaillées et les coteaux rocheux. Certaines couleuvres vivent aux abords des étangs et des mares, où elles s'alimentent jeunes.
Leur régime alimentaire évolue avec leur croissance : les jeunes se nourrissent de petits insectes, de larves et d'escargots, tandis que les adultes chassent des rongeurs, batraciens, oiseaux, poissons et autres reptiles.
Comment coexister intelligemment

La présence de serpents dans un jardin n'est pas toujours synonyme de danger. La plupart préféreront la fuite à la confrontation. Il n'est pas nécessaire d'arracher les noisetiers ou autres arbres fruitiers, mais plutôt d'adopter des pratiques d'aménagement et d'entretien intelligentes pour limiter les rencontres près des zones de vie :
- Gérer la végétation : Évitez les zones de végétation trop touffues et les couvre-sols épais près des accès à la maison. Taillez vos noisetiers et autres arbustes pour ne pas créer de "petites grottes végétales" au pied. Créez des respirations entre les massifs plutôt qu'une bordure continue au pied d'un mur.
- Ramasser les fruits et déchets végétaux : Pour les arbres fruitiers (citronniers, orangers, pommiers, cerisiers), ramassez chaque semaine les fruits tombés, surtout en période de forte production. Cela réduit l'attrait pour les rongeurs et autres proies.
- Entretenir la pelouse : Tondez régulièrement votre pelouse pour ne pas laisser de hautes herbes qui servent de cachettes. Réglez la hauteur de coupe au maximum et tondez par temps chauds afin que les serpents puissent s'échapper.
- Aménager des abris éloignés : Aménagez des abris (tas de bois, tuiles, compost) dans des endroits chauds mais éloignés des accès principaux de la maison (au moins 5 mètres). Soyez vigilant lors du retournement de votre compost, qui peut devenir un lieu de ponte.
- Favoriser la faune utile : Les serpents sont des auxiliaires du jardinier, régulant les populations de rongeurs et d'insectes. N'utilisez pas d'insecticides.
- Créer des zones ouvertes : Les serpents craignent les milieux ouverts. Permettez-leur de se réfugier dans des haies champêtres composées de diverses essences locales (aubépine, prunellier, noisetier) qui offrent nourriture et zones de nidification, mais maintenez des zones dégagées près de votre habitation.
- Connaissance et relativisation : La grande majorité des serpents en France ne sont pas venimeux. Sur les 12 espèces recensées, on ne compte que 4 vipères. Les morsures sont rares et un décès est enregistré en moyenne chaque année. Il est important de savoir où l'on vit et de relativiser le danger.
En somme, le noisetier en lui-même n'est pas un aimant à serpents, mais un environnement mal entretenu autour de lui peut le devenir. En gérant intelligemment son jardin et en adoptant une approche respectueuse de la biodiversité, il est tout à fait possible de coexister paisiblement avec ces reptiles, qui sont des acteurs importants de l'équilibre écologique.