La gestion des pommes de terre de semence constitue le fondement de la rentabilité et de la pérennité d'une exploitation agricole. De la réception des plants à leur mise en terre, chaque étape nécessite une attention rigoureuse pour garantir un rendement optimal et une qualité sanitaire irréprochable.
La réception des plants : un diagnostic crucial
La prévention contre les maladies de présentation des pommes de terre commence dès la réception des plants. La première chose à faire à réception du plant, c’est de vérifier son état sanitaire, les écarts éventuels de calibre et endommagements. Pour cela, il est recommandé de prendre un échantillon de quelques dizaines de tubercules par lot de plants, de les laver et d’observer la présence de sclérotes noires de rhizoctone brun et de taches de gale argentée et/ou de dartrose.
C’est également l’occasion de détecter la présence éventuelle de parasites de quarantaine (pourriture brune, flétrissement bactérien…). Cependant, la probabilité de voir des symptômes externes flagrants est faible. En revanche, après coupe des tubercules, les premiers symptômes apparaissent sous forme d’un léger brunissement ou d’une légère vitrosité de l’anneau vasculaire. En général, ils sont plus marqués au talon c’est-à-dire au niveau de l’insertion du stolon sur le tubercule. Ces symptômes peuvent être aisément confondus avec d’autres problèmes physiologiques ainsi que l’action des défanants. En cas de doutes sérieux sur la présence de parasites de quarantaine sur tubercules coupés, seule une analyse en laboratoire peut permettre un diagnostic fiable.

Le plant doit être déchargé après observation du lot et acceptation par le producteur, qui doit conserver pendant 2 ans l’étiquette SOC fournie. Cette certification est une preuve d’un lot sain et qualitatif, qui respecte des normes, notamment sur les viroses, et valide surtout l’absence de parasites de quarantaines. Ces derniers peuvent faire l’objet d’un contrôle sanitaire aléatoire par les services de l’état.
Maîtrise de la germination et préparation du plant
La préparation du plant est une étape importante pour un bon démarrage de la culture. Il faut veiller à bien réchauffer les plants. Pour cela, l’idéal est de les sortir du stockage au moins deux semaines avant les plantations. Ils doivent être manipulés à des températures supérieures à 8°C. Il est possible d’aligner les sacs ou les pallox à l'abri de la pluie et des gelées matinales, en laissant des « allées » pour faciliter l'aération et l'éclairage des plants et limiter ainsi l'allongement des germes.
Influence de la lumière sur les germes : l’obscurité fait pousser le germe qui devient très long, fragile, peu coloré. Une pré-germination a rendu les germes petits trapus et bien ancrés sur le tubercule. Cette préparation consiste à amener au jour de la plantation un plant « optimum » qui va favoriser une levée régulière sur toute la parcelle avec des plantes qui seront toutes au même stade de développement.
Le réchauffement du plant permet d’atteindre le stade point blanc, stade minimum requis pour planter. En cas de germes, les traitements peuvent être réalisés seulement si les germes ne dépassent pas 2 mm (points blancs). Si les germes sont plus longs, un égermage est conseillé, mais attention aux variétés sensibles (Celtiane, Grenadine, Amandine…). La germination puise dans les réserves du tubercule. Il est donc essentiel de la maîtriser dès la réception afin de réaliser les plantations au stade « point blanc », gage d’un bon démarrage.
Gestion des maladies et traitements phytosanitaires
Alors que la surface cultivée en pomme de terre représente en France pas moins de 200 000 ha, la tendance est à la réduction du traitement de plants. L’économie du traitement est en fait un faux calcul. Si le plant et le sol de la parcelle sont indemnes de rhizoctone brun et de gale argentée, il est possible de faire une impasse de traitement pour des débouchés transformation, fécule ou marché du frais non lavé. Cependant, pour des pommes de terre destinées au marché du frais lavé, il ne faut pas prendre le risque d’altérer la qualité de présentation des tubercules.
Sur gale argentée, de nombreux essais ont été implantés depuis 2013. En cas de plant contaminé par le rhizoctone brun, tous les produits du marché autorisés pour cet usage appliqués sur le plant sont efficaces. On peut noter une grande régularité pluriannuelle du flutolanil (Rialto ou Iota P) et du fluxapyroxad appliqué sur le plant. L’application d’Amistar 3 l/ha ou de Sercadis 0,8 l/ha en raie de plantation donne une efficacité significativement inférieure à une application d’anti-rhizoctone sur le plant. En situation de plant et de sol contaminés par le rhizoctone brun, les seules solutions réellement efficaces sont de combiner un traitement de sol et un traitement de plant.
Meilleures pratiques pour l’application du fongicide postrécolte Stadium®
Il est important de garder à l’esprit que les recherches d’Agriculture et Agroalimentaire Canada ont révélé une certaine résistance de diverses espèces de Fusarium au fludioxonil et au thiophanate-méthyle dans différentes régions productrices. Lorsque vous choisissez un traitement de semences, tenez compte de l’éventail complet des maladies présentes dans votre région.
Optimisation de la cicatrisation (Subérisation)
La cicatrisation des blessures (ou subérisation) est un processus naturel influencé par la température, l’humidité et la disponibilité de l’oxygène. Lorsqu’un tubercule est tranché, il traverse une phase de cicatrisation en trois étapes : dépôt de lignine, dépôt de subérine, et formation de nouvelles cellules appelées suber. Ce n’est qu’à la fin de ce stade que la « peau » du tubercule est entièrement reconstituée, avec sa capacité protectrice originale.
L’usage d’une poudre inerte après l’application d’un liquide est un facteur qui peut améliorer les conditions pour la cicatrisation des blessures. Ce genre de produit peut aussi faciliter la subérisation chez les variétés de pommes de terre à faible poids spécifique ou à forte teneur en eau, lorsque l’on traite dans un milieu de travail humide ou que l’on plante en sol humide.
Les conditions du sol constituent également un aspect important. Pour se cicatriser dans le sol, les plantons ont besoin d’oxygène. Or, les zones tassées ou indurées, ou les semelles de labour dans le sol ou près du sillon de plantation manquent sévèrement d’oxygène disponible. Dans ces conditions, la subérisation est ralentie et cela augmente les risques de décomposition du planton causée par une mauvaise cicatrisation des surfaces coupées.
Innovations dans le stockage : le rôle de l'éthylène
Plus de tiges, plus de tubercules, plus de rendement commercialisable, plus de revenus. Plus la durée du traitement est longue, plus la réponse est importante. Ce procédé est sans danger pour les gestionnaires de stockage et les producteurs de semences. Le générateur Restrain maintient une concentration spécifique à un faible niveau tout au long de la période de stockage. L’éthylène est un gaz dynamique qui se répartit uniformément dans tout le stockage.
Pendant le traitement, le capteur mesure toutes les 30 minutes la température, l’humidité relative, la concentration de CO2 et la concentration d’éthylène. Cela permet au générateur d’ajuster continuellement l’éthylène à la concentration souhaitée. Une fois le traitement terminé, attendez 3 à 5 jours pour que l’éthylène se dégage avant de planter dans le sol.

Entretien des infrastructures et hygiène des locaux
Fin du printemps, quand les bâtiments de stockage pomme de terre sont vides, il convient de procéder à la désinfection des installations et des locaux. Afin d’obtenir une efficacité optimale dans cette opération, l’application du produit de désinfection devra s’effectuer après un parfait nettoyage du bâtiment. Le choix du produit devra quant à lui s’effectuer soigneusement en prenant en compte l’évolution de la réglementation concernant l’utilisation des produits anti-parasitaire.
Ne peuvent ainsi être utilisés pour la désinfection des locaux que les produits phytosanitaires comportant la mention « Traitement des locaux des P.O.V. » (Produits d’Origine Végétale) et possédant une homologation en cours de validité. Par ailleurs il convient de rappeler que crésyl ou formol ne doivent plus être utilisés. Après réception du plant, il faut le stocker dans un local propre et désinfecté, indemne de produit antigerminatif, à l'abri du gel et de la pluie, en évitant le stockage prolongé sans aération (sacs empilés, big bags assez hermétiques…).
Considérations physiologiques et environnementales
L’état d’un planton peut avoir un effet considérable sur sa performance. C’est pourquoi il est important de bien comprendre ce que sont l’âge physiologique du planton, son état, les maladies auxquelles il est sensible et d’autres caractéristiques d’un lot particulier ou d’une variété particulière de semence. Toute condition qui soumet la jeune culture à un stress entraîne un vieillissement physiologique de la semence. Un manque d’eau, une température élevée, une fertilité inadéquate du sol, le gel ou les maladies peuvent tous causer du stress et, par conséquent, accélérer le vieillissement des plantons.
Les meurtrissures subies par les plantons augmentent leur respiration, ce qui accélère leur vieillissement. Il est donc toujours préférable de réduire au minimum la chute des plantons - qu’ils soient sous forme de tubercules entiers ou tranchés. Une simple chute de plus de 15 cm suffit à meurtrir de façon importante un planton tranché. Des tubercules entreposés pendant l’hiver à une température constante de 3 à 4 °C et à une humidité relative de 90 % vieilliront plus lentement que les semences conservées à des températures plus élevées ou fluctuantes.
En ce qui concerne les pratiques de jardinage et d'autoproduction, il est souligné que les semences pour l’année d’après se trient « au potager », pied par pied, et non pas en ramassant tout, en vrac, pour ne trier qu’à la cuisine sur la seule grosseur du tubercule. Cette approche permet de sélectionner les plants les plus vigoureux et d'assurer une meilleure qualité sanitaire globale sur le long terme.