Dans le parcours complexe du développement humain, jalonné de défis et d'opportunités, l'influence d'autrui se révèle souvent déterminante. Le succès que présente la résilience n’est plus à démontrer, cependant d’où proviennent les règles pratiques du modèle de tuteur de résilience ? La réflexion sur les tuteurs de résilience provient de l’approche médicale de la résilience en santé publique, elle s’inscrit donc aussi dans l’approche psycho-dynamique. Plusieurs auteurs soulignent l’importance des tuteurs de résilience dans le développement d’un parcours de résilience individuelle. Un tuteur de résilience représente une ressource externe importante, comme le soulignent Bernard (2011), Cyrulnik (2003), Anaut (2005 ; 2015), Kone (2021) et Teneau (2021). C’est l’association d’avoir acquis des ressources internes et la présence de ressources externes comme le tuteur de résilience dans notre environnement, qui permet de créer une nouvelle dynamique chez l’individu face à sa situation. Autant dans un contexte organisationnel qu’individuel, les tuteurs de résilience sont des acteurs clés pour orienter des trajectoires de la résilience, une affirmation que Teneau (2021) met en évidence. La notion de tuteur de résilience renvoie notamment à l’idée du tuteur en tant protecteur de la jeunesse, de l’autorité et de l’adoption, comme le précisent Koninckx & Teneau (2010). Dans les situations de stress intense, de doute ou de découragement, certaines personnes jouent un rôle décisif dans notre capacité à rebondir. Ces personnes, que l’on nomme parfois tuteurs de résilience, peuvent être des professionnels de l’accompagnement, mais aussi des proches, des amis ou même des collègues bienveillants. En quoi ces tuteurs peuvent-ils nous aider à affronter les risques psychosociaux (RPS) ? Quel est leur rôle, leurs limites, et surtout, quels bénéfices concrets peuvent-ils nous apporter pour développer notre capacité de résilience et mieux gérer les épreuves ?
Les Fondations de la Résilience et le Rôle Catalytique du Tuteur
Quand l’équilibre intérieur ne suffit plus, les interactions sociales deviennent une source puissante de soutien et de transformation. C’est sur cette base que se construit la notion de tuteur de résilience. Un tuteur de résilience, c’est une personne de l’environnement social de l’individu qui, par sa posture, son écoute et son soutien, aide à favoriser un rebond personnel ou professionnel. Afin de se reconstruire dans un parcours de résilience, l’individu doit tisser des liens, faire confiance à autrui et rompre cette spirale d’isolement en acceptant sa situation douloureuse pour se diriger vers une transformation, selon Bernard (2011). Pour établir ce contact, des attitudes pro-sociales, c’est-à-dire d’ouverture et des qualités relationnelles, seront nécessaires, comme l'indique Bernard (2011). De plus, la mobilisation des capacités adaptatives et à penser de l’individu intervient au moment où il va pouvoir tisser de nouveaux rapports. Ces tuteurs de résilience peuvent correspondre à des membres de la famille, d’une communauté ou amis avec qui il y a un lien fort, comme l’explique Bernard (2011). Il est important de noter que la signification de ces tuteurs pour les individus doit être particulière et significative pour favoriser la résilience des individus, un point soulevé par Koninckx & Teneau (2010).
Ainsi, si ce lien est présent, la famille représenterait le premier environnement ressource de l’individu. En effet, ce sont les premiers à appréhender la souffrance liée à la situation de l’individu et ce sont les premiers aussi à pouvoir remédier à une reprise de son développement interne, d'après Bernard (2011). Ainsi, les individus résilients ont nécessairement dû développer des capacités relationnelles dans leur parcours et notamment une capacité à rechercher et à accepter le soutien, ce que confirme Bernard (2011). Cette capacité à rechercher et à accepter le soutien se rapproche des stratégies de coping de Muller et Spitz (2003) avec le soutien instrumental et le soutien émotionnel. La première représente vraiment la capacité à aller chercher du soutien auprès d’un tuteur de résilience ou d’un accompagnement spécialisé. Le rôle majeur des tuteurs de résilience et de l’environnement dans le développement d’une capacité de résilience résulte d’un processus évolutif, dynamique et varie selon les circonstances et l’environnement de l’individu, comme le décrivent Manciaux (2001) et Coutu (2002). De plus, tout individu peut devenir résilient à l’aide d’un accompagnement réalisé par ces tuteurs, une idée partagée par Anaut (2005 ; 2015). Ces différents comportements propres aux tuteurs de la résilience sont des éléments affinant notre compréhension d’un parcours d’accompagnement de la résilience.

L'Influence Transformative des Enseignants Tuteurs dans le Parcours Scolaire
Les enseignants peuvent avoir une forte influence sur les élèves, tant dans le sens positif que négatif. Les enseignants tuteurs de résilience ont l’art de valoriser les réussites, le don de mettre en valeur les aptitudes et centres d’intérêt de l’enfant pour le faire progresser. Jacques Lecomte rapporte de nombreux exemples d’adultes qui ont connu, dans leur enfance, un enseignant qui a changé le cours de leur vie. Par exemple, un enfant d’une école primaire qui n’aimait pas l’école avait été déclaré « responsable des animaux familiers » de l’école par un de ses enseignants qui avait repéré son amour pour les chiens. Cette responsabilité impliquait de prendre soin de divers animaux de l’école, d’écrire un petit manuel sur les soins à donner aux animaux, qui a été finalement relié et placé dans la librairie de l’école, et parler à toutes les classes des soins aux animaux. Cet exemple illustre concrètement comment la reconnaissance d'une passion peut transformer une expérience scolaire initialement négative en une source d'apprentissage et de valorisation.
Jacques Lecomte regrette que l’affectivité à l’école soit un tabou. Laisser entrer l’affectivité dans la salle de classe, c’est courir le risque des débordements, allant du phénomène du « chouchou » aux agressions pédocriminelles qui existent bel et bien. Pourtant, Jacques Lecomte cite Allen Larès, spécialiste de la violence des élèves à l’école : « Ce déni de l’affectivité se comprend à la lumière de la peur qui l’origine : la peur des “débordements” de l’affectivité. » Les enfants qui ont le malheur de vivre dans un désert affectif, qui ne reçoivent pas dans leur famille de retour positif sur leurs activités scolaires, ont besoin de trouver une personne qui les encourage dans leurs tâtonnements, les félicite pour leurs réussites et leur pointe comment dépasser leurs erreurs sans condamnation ni dédain. Jacques Lecomte invite les enseignants à dépasser le tabou de l’affectivité à l’école car, selon lui, le désir de plaire à l’enseignant est un tremplin sur lequel les élèves peuvent rebondir. D’autant plus que l’altruisme, le fait de donner à autrui, de lui faire plaisir, est à la fois une manifestation et une source de résilience.
Par le lien qu’il établit avec l’élève, l’enseignant permet à l’enfant de créer du sens, il l’invite à se projeter dans l’avenir, à donner une direction et une signification à son travail scolaire, voire à son existence. Car en agissant ainsi, l’enseignant ne fait pas qu’insuffler à l’élève le désir de lui faire plaisir, il permet aussi à ce dernier de découvrir que, contrairement à ce qu’il avait pu croire jusqu’alors (ce qu’on lui avait fait croire ?), il lui est possible d’obtenir de bons résultats ; contrairement à ce qu’il ressentait, il peut éprouver du plaisir à la découverte du savoir. Jacques Lecomte cite plusieurs sondages menés auprès d’élèves desquels il ressort qu’un enseignant est d’autant plus efficace dans sa fonction première qu’il sait dépasser celle-ci. L’enseignant ne peut se contenter d’être un simple transmetteur de connaissances, même auprès des enfants issus de la population générale. S’en tenir au rôle strict d’enseignant contient un message implicite, perçu par les enfants et les adolescents, à savoir : « La discipline que je vous enseigne est plus importante que vous-mêmes. » Or, la réalité démontre que la relation prime sur le contenu. Le titre d’un ouvrage est d’ailleurs on ne peut plus clair : « On n’apprend pas d’un prof qu’on n’aime pas. » Ce constat souligne l'importance capitale de la relation pédagogique.
Cette idée est renforcée par des études concrètes. Par exemple, D. Aspy et F. Roebuck ont choisi au hasard 25 enfants de six ans travaillant avec un enseignant à haut niveau d’interactions facilitantes et 25 autres enfants du même âge ayant un enseignant à bas niveau d’interactions facilitantes. D. Aspy et F. Roebuck ont constaté que de simples messages d’encouragement aidaient les jeunes à apprendre à lire plus rapidement ! Ceci est encore plus vrai chez l’enfant en souffrance. En effet, soulignent les auteurs, « la relation avec le professeur semble une condition sine qua non de l’apprentissage. Un professeur avec qui l’on ne s’entend pas ne donne pas envie de se confronter au travail ». D’où l’importance de certaines rencontres, comme l'exprime un témoignage : « Je vais dans un autre cours, toujours la même chose. Mais au fond, tout ceci n’a rien de bien extraordinaire. Humaine, tout simplement, ce qui n’est pas si extraordinaire, en fin de compte. » Un autre témoignage de Maria illustre cette connexion : « Dès que je franchissais le seuil de votre classe, ma vie ralentissait puis s’arrêtait. » Et surtout, le regard de l'enseignant, ce regard positif qui savait si bien dire : « Vas-y, tu peux ! Merci. » C’est ce cahier d’honneur et aussi de bonheur ! Il n’est pas rare que l’impact d’un enseignant soit tel qu’il suscite une, des vocations, comme nous venons de le voir avec l’exemple de Guy.
Témoignage des anciens élèves de l’école Joie de Vivre d’Apprentis d’Auteuil
Les Qualités et Attributs Essentiels d'un Tuteur Efficace
Un tuteur de résilience peut être un professionnel - coach, thérapeute, accompagnateur - ou un proche engagé. Mais au-delà des titres, ce qui définit un tuteur de résilience, ce sont des qualités humaines et relationnelles. Celles-ci incluent une empathie sincère, un respect profond du silence ou de la parole de l’autre, une capacité à valoriser, sans juger, une persévérance face aux échecs, et une posture réflexive, qui invite l’autre à « se penser par lui-même ». Le rôle du tuteur est donc de créer les conditions pour que l’individu développe ses ressources internes. Il ne s’agit pas d’apporter des réponses toutes faites, mais de stimuler la réflexion, la prise de recul, et l’autonomisation de la personne accompagnée. C'est pour Rogers l’attitude la plus importante.
Les recherches des Alumni Linkup et des membres du département R&D dans les numéros de la Revue Linkup nous éclairent davantage sur les caractéristiques idéales des tuteurs. Nos tuteurs scolaires sont de véritables super héros ! Reconnu pour observer et analyser son entourage afin de se préparer à toutes éventualités, il est ainsi important pour un super tuteur d’apprendre à connaître son élève, de s’intéresser à lui et de développer un lien de confiance. Pour ce faire, il est essentiel d’avoir un sens de l’observation aiguisé afin de déceler les forces, les défis et les intérêts de l’élève. Tout comme Spiderman, le super tuteur possède un « sens d’araignée », c’est-à-dire un sixième sens qui lui permet de tisser des liens, d’être créatif et proactif, en vue d’une réussite scolaire de son élève. Bien que plusieurs autres héros ne soient pas convaincus du sens de l’humour de Spiderman, nous croyons qu’un super tuteur qui fait preuve d’autodérision et d’un brin de légèreté sera capable de désamorcer des situations qui peuvent parfois être stressantes.
Superman est un super héros qui a les cinq sens très développés. Doté d’une super-force, d’une super-vision et d’un super-odorat, il bénéficie aussi d’une super-ouïe qui lui permet d’être à l’écoute et de détecter tous les détails importants. À l’image de ce super héros, le super tuteur comprend que chaque enfant est unique et a sa propre façon d’apprendre. Aussi, ce qui fonctionnera avec certains élèves ne fonctionnera pas pour d’autres. Superman est aussi doté d’une super-mémoire qui lui permet de se souvenir de ces détails. Superman est aussi reconnu pour sa super-intelligence qui lui permet de réaliser des opérations complexes et de faire plusieurs choses en même temps. De même, le super tuteur doit être bien organisé et préparé pour chacune des séances. Pour cela, il doit posséder une bonne capacité d’adaptation et être capable de s’ajuster rapidement. Le rôle de super tutrice/tuteur vous intéresse ? Ces comparaisons avec des figures emblématiques soulignent l'exigence et la polyvalence requises pour un tuteur efficace, qui doit allier compétences techniques et qualités humaines exceptionnelles.

Le Tuteur de Développement au-delà de la Figure Individuelle
Le concept de résilience a été critiqué, entre autres par le psychanalyste Serge Tisseron qui n’y voit pas une guérison du traumatisme mais un ensemble structuré de défenses qui, comme toutes les défenses, peuvent devenir un problème en soi. En fait, les défenses ne deviennent un problème que quand elles sont rigides, ce qui est le cas quand la victime d’un traumatisme s’enferme dans une identité de victime. Pour répondre à cette critique, il est important de dire que la notion de tuteur de résilience est presque plus intéressante que le concept de résilience proprement dit : en effet, le tuteur aide à grandir mais est appelé à disparaître. Par rapport au traumatisme, il ne s’agit pas d’une « prothèse » mais d’une « orthèse », un soutien temporaire qui favorise l'autonomie.
Après quoi, les théories les plus « classiques » de la résilience ne semblent pas envisager qu’il puisse s’agir d’autre chose qu’une personne. En sémiotique, on dirait que le tuteur est un adjuvant, or un adjuvant peut être une personne mais aussi une chose, un événement, un concept, un lieu, un peu n’importe quoi qui permette au sujet d’atteindre ses objectifs. Par exemple, un grand nombre de témoignages montrent le rôle des livres, de la lecture, comme adjuvants dans le processus de résilience. On parle également très fréquemment, en victimologie, du rôle d’une procédure judiciaire, de la justice. Ces éléments, qu'ils soient matériels, abstraits ou procéduraux, peuvent fournir le cadre et les outils nécessaires à la reconstruction, agissant comme des points d'appui pour l'individu en quête de sens et de stabilité.

Les Tuteurs dans des Contextes Spécifiques : Du Monde du Travail aux Cadres Institutionnels
Les tuteurs de résilience ne se limitent pas aux figures familiales ou éducatives ; ils opèrent dans une multitude de contextes, chacun présentant ses propres dynamiques et défis.
Tuteurs en Milieu Professionnel
Dans le cadre professionnel, le tutorat est un atout pour le développement des ressources humaines, touchant aux valeurs de l’entreprise, comme l'explique Välikangas (2010). Le tuteur participe activement à la formation de l’alternant. Le tuteur en entreprise assure également la liaison avec l’établissement de formation et l’entreprise. Le tuteur, s’il ne forme pas toujours directement l’alternant, s’assure de la répartition des rôles et du travail dans les équipes avec lesquelles celui-ci travaillera. Le tuteur est présent dans l’ensemble des activités de l’alternant. Ce suivi méticuleux permet au tuteur d’adapter la formation pratique de l’alternant. Il peut élargir son autonomie si celui-ci progresse ou ralentir la cadence quand cela est nécessaire, pour obtenir des bases professionnelles solides. Si la validation d’un diplôme passe d’abord par l’organisme de formation, le tuteur au sein de l’entreprise est responsable de l’évaluation de l’alternant en milieu professionnel. Les conditions de compétence professionnelle pour exercer ce rôle sont définies par convention ou accord collectif de branche, soulignant l'importance d'un cadre structuré pour ce type de soutien.
Tuteurs Professionnels en Accompagnement
Au-delà de l'entreprise, les professionnels travaillant sur le terrain - éducateurs, travailleurs sociaux, psychologues, enseignants, etc. - font partie de l’environnement de l’enfant ou de l’adulte vivant en situation de vulnérabilité. Ces tuteurs créent une relation d’aide, au moyen notamment d’ateliers, d’actions éducatives, visant à soutenir le processus de résilience chez un enfant, un adolescent, un adulte, une famille ou une communauté. Pour ce faire, ils doivent gagner la confiance de la personne accompagnée et l’aider à renforcer ses capacités et les ressources externes, en valorisant le soutien social et le sentiment d’appartenance à un ou plusieurs groupes (famille, pairs, école, etc.). Il existe de plus en plus de programmes qui cherchent à promouvoir la résilience chez les personnes et dans les environnements où elles évoluent. Des auteurs tels que Michael Ungar, Anna Forés, Jordi Grané et Cristina Castelli s’accordent à dire que de tels programmes permettent une réflexion en fonction des exigences de divers scénarios (aspects sociaux, éducatifs, économiques, politiques et environnementaux), et sont caractérisés par la personnalisation de l’approche, l’intergénérationnel, l’adaptabilité et la collaboration.
Le BICE (Bureau International Catholique de l'Enfance) fait de la résilience l’un des piliers de son travail de recherche et d’action depuis les années 1990. Il a mis au point, en partenariat avec l’Université catholique du Sacré Cœur de Milan, des formations « Tuteurs de résilience » qui donnent aux éducateurs qui entourent des enfants victimes de traumatismes des outils et méthodes pour favoriser le processus de résilience. Souvent, ces enfants n’ont pas d’espaces pour parler de leurs souffrances. Or, quand ils sont accompagnés sur la durée, par un professionnel formé, ils trouvent auprès de lui un soutien psycho-affectif sécurisant qui leur permet d’exprimer leurs émotions. Un professeur racontait avant une formation à Haïti que quelques jours auparavant, l’un de ses élèves s’était présenté en classe le corps couvert d’hématomes. Il pouvait à peine marcher. L’enfant qui n’avait pas de jouets avait voulu caresser la poule de la maison et sa mère l’avait roué de coups… Des histoires de ce type sont courantes, car la violence aujourd’hui emporte tout. Le travail du BICE consiste à sortir les adultes de cet état de fureur et de colère généralisé qui s’exprime dans toutes les relations, y compris bien sûr avec les plus petits. Ils doivent changer de regard sur les enfants, ne plus les considérer comme des sources de problèmes, mais comme des sujets de droit et des ressources. Dans ce contexte de violence et de dénuement complet, l’école doit être un refuge et savoir ouvrir de nouvelles voies.
Le Rôle des Tuteurs dans le Système Judiciaire
L'étude des radicalismes, et plus précisément des possibilités de réinsertion suite à une sanction pénale, nous force à considérer le rôle d’une procédure judiciaire, de la justice comme un potentiel tuteur. Qu’on commette une infraction au droit commun, aux règles de la famille ou à celles d’une communauté, la première sanction à l’égard du contrevenant devrait être de lui imposer de réparer les dommages causés par son infraction à la victime ainsi qu’à la société et/ou au groupe de référence. En pratique, on observe que peu de délinquants sont enclins à réparer, mais on pourrait ajouter à cette observation que les rares mesures réparatrices proposées par la justice s’inquiètent beaucoup de la société, presque pas de la victime et pas du tout de l’auteur (je pense par exemple aux travaux d’intérêt public). Idem dans les familles, dans lesquelles les parents imaginent rarement d’imposer à leurs enfants de réparer leurs « bêtises ».
Quand aucune réparation n’est possible, ou que le contrevenant s’y refuse, la solution a dû être, dans les cultures primitives, d’exclure le contrevenant qui, après son départ, seul ou accompagné d’autres membres de la communauté, avait trois possibilités : vivre seul (ou en petit groupe), rejoindre une autre communauté, ou en fonder une nouvelle. Il existe encore des mesures d’exclusion en Occident contemporain, telles que l’exil politique ou l’excommunication religieuse, mais sans doute l’esprit de telles mesures a-t-il un peu changé, en même temps que la taille des communautés augmentait et qu’apparaissaient les sociétés. Il en existe également en droit familial (par exemple l’exclusion du domicile conjugal pour les hommes violents) et dans l’éducation des enfants (exils très provisoires dans le cadre familial, renvois plus ou moins longs dans le cadre scolaire, définitifs dans les cas les plus graves). À côté des exclusions spatiales supposant un dedans et un dehors, existent des exclusions qu’on pourrait qualifier de morales. Quand on humilie quelqu’un, quand on lui fait honte, on peut l’amener à s’autoexclure. Et même s’il n’en arrive pas là, il vit quand même un isolement qui, faute de le pousser dehors, relève quand même bien de l’exclusion, une exclusion à l’intérieur pourrait-on dire.
Voyons quelques exemples concrets de ces formes d'exclusion. Premièrement, l’ostracisme : cette pratique consiste à ne plus adresser la parole à quelqu’un et à refuser de l’écouter quand il s’exprime. Elle date de la Grèce antique, mais elle se pratique encore, par exemple dans certaines familles. Deuxièmement, l’esclavage : privation définitive de liberté, il sanctionnait certaines infractions telles que, dans l’empire romain, le surendettement. J’aimerais croire que cela n’existe plus nulle part, mais cela n’a rien de certain. Troisièmement, la prison : privation provisoire de liberté, elle ne vous exclut pas à proprement parler de la société, mais bien de vos activités et relations. Nous sommes ainsi passés progressivement à une troisième catégorie de sanctions qu’il semble pouvoir qualifier de punition, et résumer par un principe : si la victime de l’infraction a subi une perte, l’auteur de l’infraction doit également en subir une. C’est peu ou prou la loi du talion : œil pour œil, dent pour dent. Les exemples sont innombrables : amendes, privations diverses, châtiments corporels, travaux forcés. Point important, la punition est un CDD : quand le contrevenant a « purgé sa peine », « l’affaire est close ». À nouveau, il existe beaucoup d’équivalents dans l’éducation des enfants : système de points (bons et mauvais), privations de dessert ou de télévision, fessées, recopiages, etc. Notons en passant que la punition peut inclure une dimension de réparation. Par exemple, quand les travaux forcés sont d’intérêt public. Ou encore quand un recopiage soutient l’étude. Il existe une catégorie de punition, heureusement en voie de disparition dans la plupart des cultures, qui occupe une place à part : on l’appelle souvent la flétrissure. Il s’agit d’un châtiment corporel qui marque le corps de façon durable et visible. Par exemple, couper la main d’un voleur. Ou encore, imprimer sur la peau une marque d’infamie, comme la célèbre fleur de lys marquée au fer rouge sur l’épaule droite des femmes de mauvaise vie, etc. Ce n’est plus tout-à-fait un CDD dans la mesure où, dans ce cas de figure, la punition est brève, mais l’exclusion définitive.
Une quatrième catégorie de sanction est à la punition ce que le CDI est au CDD : on ne sait pas quand cela se termine. On l’a qualifiée d’expiation par emprunt au vocabulaire religieux. Le principe est que le pardon est possible, mais que le contrevenant ignore quand il surviendra, ni même s’il surviendra un jour. Il est pertinent de souligner qu’il y a quelque chose de cela dans le casier judiciaire : on doit purger sa peine puis laisser passer un certain temps avant d’introduire une requête qui sera acceptée ou rejetée par un juge suivant des critères assez mal définis. On ne prétend pas que le principe du casier judiciaire soit mauvais (par exemple quand il empêche un pédophile d’accéder au métier d’enseignant), mais on constate régulièrement qu’il réduit considérablement les possibilités de réparation et/ou de réinsertion. Sans forcément le supprimer, peut-être faudrait-il le repenser, sachant que nous vivons dans une société moins réparatrice que punitive voire expiatoire ? Cette question interpelle la capacité de la justice à agir comme un véritable tuteur de développement et de résilience.
Témoignage des anciens élèves de l’école Joie de Vivre d’Apprentis d’Auteuil
Développer le Capital Psychologique et Gérer les Épreuves grâce au Tuteur
Les tuteurs de résilience jouent aussi un rôle important dans le développement des stratégies de coping - ces mécanismes d’adaptation face au stress et à l’échec. Dans les situations de burnout ou de découragement, l’accompagnement par un tuteur permet d’analyser les causes du mal-être, d’identifier des stratégies concrètes d’adaptation, de prendre du recul sur les émotions négatives, et de clarifier les objectifs personnels ou professionnels. On parle souvent d’un capital psychologique, composé de quatre éléments clés : l’auto-efficacité (croire en sa capacité à réussir), l’optimisme (percevoir les situations de manière positive), l’espoir (garder des objectifs clairs et motivants), et la résilience (la capacité à surmonter les épreuves). Ces éléments interagissent ensemble et se renforcent mutuellement. L’accompagnement agit comme un catalyseur pour développer ce capital psychologique, en permettant une meilleure gestion du doute, une prise de recul plus rapide, et des décisions plus cohérentes avec ses valeurs profondes.
Cependant, il faut aussi souligner que ces tuteurs de résilience peuvent eux-mêmes être mis à rude épreuve. À l’inverse d’un tuteur de résilience professionnel bénéficiant de supervision, les tuteurs de résilience non professionnels prennent sur eux une charge importante qui peut générer du stress, de la fatigue, voire un épuisement psychologique. Même animés de bienveillance, ces tuteurs peuvent ressentir une culpabilité, une perte de repères, de la fatigue chronique, ou encore un sentiment d’impuissance. Pour ces tuteurs, il est crucial de pouvoir exprimer leurs émotions, d’être eux-mêmes accompagnés, ou au moins soutenus. Sans cela, leur propre état psychologique peut se détériorer, et fragiliser la relation d’aide qu’ils souhaitent maintenir. Ces personnes de l’environnement quotidien, vers lesquelles le sujet peut s’orienter à la recherche d’un soutien, sont issues de l’environnement familial, social et culturel. Il s’agit de personnes qui décident consciemment de créer un lien de soutien, en accompagnant l’autre dans une situation d’adversité. Les tuteurs explicites stimulent le développement de la résilience, guident le processus de reconstruction, à travers une relation d’aide horizontale avec le sujet. L'efficacité du tuteur repose donc non seulement sur ses qualités intrinsèques et sa capacité à interagir avec l'individu, mais aussi sur le soutien et la reconnaissance qu'il reçoit lui-même, garantissant ainsi la pérennité et la qualité de son action.

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