La Clématite des haies (Clematis vitalba), souvent surnommée « vélier », « véhier », « villé », « vélie », « veuillet » ou « vieille » en Franche-Comté, est une liane grimpante d’une polyvalence remarquable, particulièrement prisée en vannerie. Loin d'être une simple plante ornementale, elle est reconnue pour ses qualités exceptionnelles qui la distinguent des autres lianes de nos régions, comme le lierre grimpant et la vigne vierge. Sa présence sur le territoire français depuis des millénaires témoigne de son importance et de sa reconnaissance pour divers usages, notamment la création d'objets tressés.

Identification et Caractéristiques Distinctives de la Clématite
La clématite est très facile à reconnaître une grande partie de l’année en raison de ses pompons blancs. Ces « pompons » sont en réalité des graines entourées de poils soyeux qui peuvent presque faire penser à du coton qui se balade dans les haies. Ces éléments visuels rendent son identification aisée pour les cueilleurs et les promeneurs. La Clématite des haies se présente sous deux aspects différents selon son environnement. Dans les milieux buissonnants bas comme les haies ou les friches, elle forme des tapis ou des dômes enchevêtrés, inextricables, recouvrant le moindre support qui dépasse. En milieu arboré, elle grimpe aux arbres et forme des rideaux de « vraies » lianes, des spécimens qui retiennent particulièrement l'attention pour la vannerie en raison de leurs propriétés. Ces tiges, qui peuvent faire penser à des cordages grossiers, peuvent atteindre plus de quinze mètres de long avec un diamètre de quatre centimètres, soit deux fois la largeur d’un pouce. Elles n’ont donc rien à envier aux lianes tropicales en termes de taille et de robustesse.
Critères de Sélection des Lianes pour la Vannerie
Pour la vannerie, plusieurs critères sont essentiels pour choisir la liane idéale. La clématite excelle dans la plupart de ces domaines, ce qui en fait un matériau de choix pour les artisans.
Longueur et Homogénéité
Pour la plupart des ouvrages de vannerie, on recherche des brins, des tiges ou des sections dont la longueur est comprise entre 1 et 3 mètres. La clématite peut être très longue, certaines tiges pouvant parfois garder une grande homogénéité sur 4 voire 5 mètres, ce qui est extraordinaire. Idéalement, sauf indication contraire pour une partie spécifique d’un panier, il faut chercher des brins dont le diamètre est relativement semblable sur toute leur longueur pour assurer une finition uniforme.
Souplesse et Résistance
Évidemment, la souplesse est l’un des critères fondamentaux de la vannerie. Étant donné que l’on applique des mouvements sinusoïdaux, de rotation, de bifurcation, parfois d’angle droit aux brins, il vaut mieux qu’ils puissent le supporter. La clématite est extrêmement souple. Sans préparation ni traitement, même une tige épaisse de 5-6 mm de diamètre peut supporter un tour autour du doigt sans problèmes. Le niveau de souplesse dépend de la partie du panier concernée. Certaines étapes ne nécessitent pas d’utiliser des végétaux extrêmement souples (l’ossature par exemple) tandis que d’autres rendent obligatoire une sélection minutieuse de tiges particulièrement souples.
Jusque-là, une plante pourrait respecter l’ensemble des critères précédents et pourtant ne pas être adaptée à la vannerie. Il faut ajouter la résistance à toutes les qualités mentionnées. La clématite est d’une résistance à toute épreuve, ce qui garantit la durabilité des ouvrages tressés.
Esthétique et Rendu Visuel
La dimension esthétique est subjective, car tous les goûts sont dans la nature. Mais quand même, il y a des impondérables. Il faut que l’apparence, la forme et les couleurs de la tige donnent envie de la tresser et de l’ajouter à un panier. Le rendu esthétique de la clématite est particulièrement satisfaisant en raison de la régularité des tiges et de leur couleur jaune-blanche. Cette teinte naturelle contribue à l'aspect authentique et élégant des créations.
vannerie sauvage : ficelle de clématite
Avantages de la Clématite en Vannerie
La clématite présente de nombreux avantages qui en font un choix privilégié pour les vanniers, qu'ils soient amateurs ou professionnels.
Utilisation Polyvalente
Il est possible de réaliser l’ensemble d’un panier uniquement en clématite, car elle peut servir à la fois pour l’ossature et le corps du panier. Ses tiges très épaisses peuvent également être utilisées, à la place d’autres bois comme le châtaignier, pour la structure (arceaux, bordure, anse). Cette polyvalence réduit le besoin de combiner différentes essences, simplifiant ainsi le processus de création.
Facilité de Stockage et de Réhumidification
La clématite peut être compactée en cerceaux de quelques dizaines de centimètres de diamètre, ce qui facilite considérablement son utilisation et permet même de faire de la vannerie dans un appartement. Il est en effet plus facile de stocker des cerceaux de 20 cm de diamètre que des tiges de 4 mètres. De même, pour la réhumidification, si la matière a séché, il suffit d’une grande casserole pour la réhumidifier, puisque les tiges sont compactées en cerceaux. Cette facilité de manipulation et de conservation est un atout majeur pour les artisans.
Préparation et Traitement
Pour obtenir une teinte claire et faciliter l'écorçage, la liane peut être bouillie dans une grande marmite pendant environ une heure et demie. Après la cuisson, enlever son écorce devient un jeu d’enfant. Cependant, il est également possible d'enlever l'écorce sans cuisson, ce qui donne à la liane un aspect « brut » et confère au panier un cachet plus rustique. Le liber, ensemble de fibres végétales situées sous l’écorce d’un arbre, est récupéré après trempage des végétaux et constitue une fibre idéale pour fabriquer des cordelettes et des cordes.
Inconvénients et Précautions
Malgré ses nombreuses qualités, la clématite présente quelques inconvénients mineurs qui nécessitent une certaine attention de la part du vannier.
Temps de Préparation et Nœuds
Un inconvénient potentiel est le temps de préparation lié à l’écorçage, bien que la cuisson puisse simplifier cette étape. La dureté de ses nœuds impose une certaine précaution quant à leur manipulation. Si une opération un peu sensible qui exige une grande souplesse est nécessaire, elle sera difficilement réalisable sur un nœud. Heureusement, les nœuds ne représentent qu’un faible pourcentage de la longueur de la tige, ce qui permet de les contourner ou de les gérer avec des ajustements mineurs dans le tressage.
Autres Lianes Utilisées en Vannerie
En comparaison avec la clématite, d'autres lianes de nos régions sont également utilisées en vannerie, chacune avec ses propres caractéristiques.
Le Lierre Grimpant (Hedera helix)
Le lierre grimpant ne requiert pas de préparation préalable, comme l’écorçage ou le nettoyage des aiguillons. Son rendu esthétique est intéressant et donne un cachet rustique au panier, avec des dégradés naturels de gris, marron et vert. Le seul « inconvénient » du lierre grimpant réside dans la variabilité des formes prises par la plante. Le lierre qui entoure les arbres est souvent inapproprié pour la vannerie. Il faut plutôt chercher des murs, des grillages ou des haies en processus de colonisation par le lierre, qui va tomber en formant des espèces de cascades, ou le lierre au sol dans la forêt qui trace en formant de longues tiges homogènes. Comme la clématite, il est possible de réaliser à la fois l’ossature et le corps du panier avec le lierre.
La Vigne Vierge (Parthenocissus)
La vigne vierge est souvent connue pour sa capacité à recouvrir et habiller les maisons. Elle peut être longue, moins que la clématite mais tout de même, une longueur tout à fait honorable qui peut atteindre plusieurs mètres tout en restant relativement homogène. Lorsque l'on se trouve sur des spots à vigne vierge, les quantités de tiges sont astronomiques, ce qui simplifie la récolte. Elle ne nécessite quasiment pas de préparation, sauf si l'on souhaite atténuer quelque peu ses nœuds. Cependant, la vigne vierge est nettement moins souple que le lierre grimpant ou que la clématite. Elle l’est tout de même, mais ne peut pas concurrencer sur ce terrain les deux premières qui sont de petits bijoux de souplesse. Les nœuds ne sont pas très homogènes et peuvent parfois altérer la qualité du tressage. Il est possible de les tailler légèrement pour rendre l’ensemble de la tige plus lisse et homogène. Réaliser l’ensemble d’un panier uniquement en vigne vierge peut s'avérer moins aisé.

Biologie et Écologie de la Clématite des Haies
La clématite vigne-blanche (Clematis vitalba) est une liane fascinante, dont la biologie et l'écologie expliquent en grande partie ses propriétés uniques et son succès dans divers environnements.
Anatomie et Architecture Mécanique
Une fine écorce jaunâtre qui se détache en lanières recouvre les tiges de clématite. Chacune d’elles est formée d’une succession de segments ou entre-nœuds séparés par des renflements à peine marqués ou nœuds. Les tiges grimpent jusqu’au sommet des arbres supports et, souvent, retombent en draperies de tiges plus minces vers le sol quand elles ont atteint la cime, ou bien se servent de celle-ci comme d’un escalier pour accéder à une autre cime proche plus haute.
La clématite des haies fabrique bel et bien du bois, mais celui-ci est très léger car criblé d’une multitude de « trous », des vaisseaux conducteurs de sève. Ce « secret du bois à fumer » réside dans sa forte densité de vaisseaux disposés en douze faisceaux, six petits et six grands en alternance, qui le traversent tout en long. La clématite construit comme un arbre des cernes année après année, même s’ils sont le plus souvent très étroits et indistincts, sauf chez les individus croissant très vite. Cet aspect dit « poreux » correspond au sein de chaque cerne à deux générations successives de vaisseaux conducteurs : ceux élaborés au printemps avant même le débourrage des bourgeons (le feuillage est caduque) ont une section de 100 à 300 microns, tandis que ceux de plein été ne mesurent que 30 à 50 microns. Cette disposition et structure poreuse est retrouvée chez le chêne pédonculé (bois de printemps versus bois d’été) et caractérise les arbres qui ont stocké des sucres dans le tronc, permettant de développer de gros vaisseaux de printemps avant même l’émergence des feuilles et donc le démarrage de la photosynthèse. Chez la clématite, ces vaisseaux représentent près de 65% du volume total du bois, contre seulement 40% chez le chêne (ou 50% chez les ormes). Une moelle occupe le centre de ces tiges ligneuses et présente parfois une cavité centrale interrompue par un diaphragme au niveau des nœuds, d’où l’importance pour fumer de couper un tronçon correspondant à un entre-nœud.
Croissance et Adaptation
Comme toutes les lianes, la clématite est confrontée à un problème clé : faire monter la sève brute (eau et sels minéraux extraits du sol) sur de grandes longueurs et souvent à des hauteurs importantes. Le système de vaisseaux offre de ce point de vue une capacité de circulation extraordinaire de l’eau et des éléments en solution. L’autre défi concerne la capacité à prélever des éléments minéraux indispensables pour la vie lianescente, qui suppose une production de biomasse considérable, comme en témoignent les masses de feuillage et de tiges engendrées par ces plantes. L’azote semble bien être un élément clé dans ce contexte pour la synthèse de protéines et constitue un facteur limitant pour la croissance exubérante.
La clématite tend à s’installer dans des milieux récemment perturbés comme les clairières en forêt, les trouées dues à des chutes d’arbres, ou les lisières. La brusque exposition du sol à la lumière provoque une transformation de la matière organique azotée en azote minéral sous forme de nitrates. D’ailleurs, l’éclairement constitue un facteur clé pour sa survie et son maintien : en dessous de 5% de lumière incidente, la clématite régresse et disparaît, d’où l’urgence pour elle d’atteindre la cime des arbres porteurs pour accéder à la lumière avant que ceux-ci ne l’étouffent de leur ombre. Sa progression récente dans nombre de haies et son caractère très invasif dans certains pays où elle a été introduite traduisent notamment l’eutrophisation globale. La clématite des haies fréquente donc une large gamme de milieux, compte tenu des exigences ci-dessus, auxquelles il faut ajouter un environnement assez chaud et une acidité limitée du sol (elle évite les sols trop acides et pauvres en éléments minéraux). On la trouve dans toutes sortes de milieux buissonnants (fruticées) : ceux associés aux cycles des forêts, les friches dont les vignes abandonnées, les haies, les creux dans les dunes littorales.
Développement et Flexibilité
La flexibilité appréciée de la clématite ne vaut que pour les tiges adultes et résulte de transformations successives depuis la jeune plante. La première année qui suit la germination, la plante élabore une pousse avec une tige mince anguleuse, creusée de six sillons latéraux, mais très raide, sans aucune souplesse. Elle élabore plusieurs entre-nœuds successifs jusque tard en automne et des bourgeons de renouvellement se forment aux aisselles des feuilles. L’hiver suivant, la partie supérieure de la plante meurt et repart au printemps suivant depuis ces bourgeons. Souvent étalée au sol ou couchée, elle tend à taller, c’est-à-dire à s’enraciner et élaborer de nouvelles pousses.
Vers l’âge de quatre à dix ans, elle entre dans une phase d’allongement considérable des pousses pour lesquelles le caractère de liane commence à s’affirmer. Vers 10-15 ans, la floraison commence. Les nouvelles pousses ne durent souvent qu’une saison mais se ramifient de plus en plus, aboutissant à des systèmes inextricables avec souvent plus de dix ordres successifs de ramification. À partir de ce stade, la clématite se « recentre » sur son appareil souterrain et développe alors un important réseau de tiges souterraines qui vont persister longtemps et émettent de nouvelles pousses, formant ainsi ces colonies opulentes enchevêtrées.
Quand une pousse « chercheuse » qui explore l’environnement rencontre un support, elle subit une transformation anatomique profonde qui la rend flexible. Cette métamorphose implique la perte de tissus de soutien qui conféraient la rigidité initiale et surtout la formation de tissus secondaires et de fibres via l’activité d’une assise génératrice, un cambium. Les botanistes s’appuient sur deux paramètres pour caractériser l’architecture mécanique de ces tiges : la rigidité en flexion (la résistance offerte si l’on tente de plier une tige) et l’élasticité (module de Young).
Cette capacité à produire des tiges ligneuses souples surprend encore plus quand on replace les clématites dans leur contexte de parentés au sein de la famille des Renonculacées. La majorité de celles-ci sont des plantes vivaces avec des rhizomes souterrains et des tiges dressées annuelles sans tissus secondaires (bois). Or, la majorité des clématites fabriquent des tiges ligneuses, même si chez certaines (comme la clématite dressée), ce caractère ne concerne que les tiges souterraines. Pour autant, aucune n’a développé d’axes ligneux qui se soutiennent seuls au-dessus de 1m, il n’y a pas de forme buissonnante chez les clématites.
La forte augmentation de l’élasticité correspond à la stratégie de la majorité des lianes tropicales ou tempérées : les jeunes tiges raides se tiennent par elles-mêmes le temps de rechercher un espace vide éclairé et d’atteindre un support avant de s’assouplir. Cela leur permet d’éviter les chocs et ruptures quand la plante hôte support « bouge » lors des coups de vent notamment. Cette élasticité est acquise via une organisation des fibres en un faisceau commun qui optimise la résistance à la pliure. Ce dispositif économise aussi la fabrication de tissus de soutien plus rigides et coûteux en énergie et en matériaux.

Caractère Invasif
Toutes ces caractéristiques de développement et de nutrition permettent à la clématite une expansion incroyable tant en hauteur qu’à l’horizontale. Elle colonise de manière durable ses milieux de vie et tend à former des peuplements étendus et volumineux. Avec ses tapis, ses draperies et ses enchevêtrements de tiges, elle finit par recouvrir la végétation environnante d’un manteau lourd et continu. Ce caractère dominant s’exprime surtout dans les pays où elle a été introduite et où elle s’est naturalisée, son potentiel de développement y devenant alors sans limites. Le cas d’école le plus connu concerne la Nouvelle-Zélande. Sa naturalisation y a commencé à partir des années 1940 et depuis elle a colonisé toutes les régions boisées de basse altitude, surtout le long des cours d’eau. Elle est devenue l’espèce invasive la plus médiatisée dans ce pays et concentrait près de 40% des plaintes par rapport aux espèces invasives à la fin des années 90. Son développement y est tellement exubérant qu’elle atteint la canopée des grands arbres indigènes ; son feuillage dense intercepte la lumière et le poids considérable de ses tiges finit par écrouler les arbres supports. Des études ont montré qu'« Ammonium can stimulate nitrate and nitrite reductase in the absence of nitrate in Clematis vitalba » (R. A. Bungard et al.) et que les « Effects of irradiance and nitrogen on Clematis vitalba establishment in a New Zealand lowland podocarp forest remnant » (New Zealand Journal of Botany, 1998, Vol.). L'anatomie de la tige de Clematis vitalba L. a été étudiée par Markus Sieber et Ladislav J. Kucera (IAWA Bulletin n.s., Vol.), et son architecture mécanique et son développement ont été explorés par S. Comparative study on the ontomorphogenesis of herbaceous and shrubby Clematis species based on the evo-devo concept par Nina V. Chubatova & Olga A.
Récolte et Conservation des Végétaux pour la Vannerie
La qualité du produit final en vannerie dépend grandement de la récolte et de la conservation adéquate des matériaux.
Période de Récolte
Les végétaux ligneux (arbustes) se cueillent en période d’aoûtement, les feuilles et pailles, elles, sont récoltées fin août. L’aoûtement débute graduellement à partir du mois d’août, lors de la baisse de la température et de la durée quotidienne d’ensoleillement. Les végétaux commencent alors à se préparer pour la saison froide. Les fibres des arbres s’endurcissent afin de survivre aux températures hivernales : on appelle cela la lignification. Pour la clématite, la récolte est généralement optimale en automne et en hiver, de septembre à janvier.
Lieux de Cueillette et Techniques
Les lieux de cueillette les plus propices sont les abords de ruisseaux ombragés par le couvert d’arbres, en face nord. Si vous cueillez plusieurs saisons d’affilée dans les mêmes bosquets, vous améliorerez la qualité de vos rejets. Il est conseillé de cueillir avec intelligence, dans le respect du végétal et du lieu (terrain privé, domaine public, réserve).
Pour les ligneux comme le cornouiller, le noisetier, l’orme champêtre ou le robinier faux-acacia, il est préférable de choisir des rejets de 1 à 5 ans, sans fourches ni blessures causées par des insectes, des animaux ou des intempéries. L’idéal est de cueillir des végétaux en adéquation avec le projet envisagé.
Préparation Immédiate et Stockage
Si vous voulez vanner rapidement les ligneux cueillis, laissez-les juste reposer quelques jours sur le sol, à l’ombre, avant de les tresser : c’est ce qu’on appelle le ressuyage. Ils sont alors plus aptes aux contraintes du tressage : moins cassants, plus malléables, plus caoutchouteux.
Si, au contraire, vous voulez stocker vos ligneux pour l’hiver, ne les posez pas directement sur le sol. Placez-les sur une caissette en bois, voire une palette. Avant de les utiliser, suivant leur essence et leur section, vous pouvez réhydrater les ligneux en les plongeant dans un bac rempli d’eau, en posant des cailloux dessus afin de maintenir les bottes sous le niveau d’eau. Mais cette technique demande d’anticiper énormément, car la réhydratation peut prendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Laisser trop longtemps dans l’eau risque de les faire pourrir, et le risque de décollement de l’écorce lors du travail n’est pas négligeable.
Plus simple pour conserver les rejets : débarrassez-les de toutes les feuilles restantes et répartissez-les dans différents contenants (de grosses poubelles sans couvercle font très bien l’affaire) dans lesquels vous aurez versé 15 à 20 cm d’eau afin d’immerger leurs pieds.
Le saule est le seul que je fais sécher complètement botté, en triant les bottes par calibres et par couleurs. Si vous faites sécher au soleil vos feuilles et pailles (notamment le saule et la folle avoine), elles seront alors d’un joli blond, voire elles blanchiront. Si vous souhaitez garder des tonalités vertes, faites-les sécher à l’ombre. Le lieu idéal pour sécher vos cueillettes est un grenier ou une remise sèche et ventilée, à l’abri des intempéries, du soleil direct et des nuisibles. Les ultraviolets ont tendance à décolorer les végétaux.
Les feuilles d’iris, d’hémérocalle et de carex, les rouleaux de clématite et de petite ronce violette seront suspendus en hauteur. Faites des bottes de 5 cm de diamètre que vous accrochez à un fil, par végétaux, par nuances de couleurs, par année de récolte.
Certains végétaux comme la clématite ou le lierre rampant peuvent être conservés tels quels après cueillette. Mais vous apprécierez de les conserver préparés. Pour cela, faites-les cuire environ une heure et demie pour la clématite et une demi-heure pour le lierre. Cela permet, juste après avoir coupé le feu, de les débarrasser de leur écorce et, au besoin, de les fendre dans la longueur à la main, en les maintenant pincés avec les genoux. Vous avez alors les deux mains libres pour travailler.
Les racines entières, fendues, brutes ou cuites, et écorcées, voire teintées, sont à conserver en rouleaux dans des cageots. Grâce à leurs qualités communes - souplesse et légère élasticité -, les racines de résineux et de feuillus, brutes ou nettoyées, feront de bons liens de couture pour la bordure, l’assemblage de pièces d’écorce (patronage) et la décoration. Les racines entières (diamètre conservé) peuvent aussi servir de liens, le tout est d’harmoniser avec la taille de la vannerie. Les plus longues, dont le diamètre est conséquent (de 5 à 6 mm, voire plus), se suffiront à elles-mêmes pour des vanneries aléatoires : vide-poche, corbeille, abat-jour. Le liber et les racines sont nettement plus faciles à stocker et à travailler que les ligneux.
Le Tressage « en Vert » ou « en Frais »
Il est possible de tresser directement après la cueillette - vanner « en vert » ou « en frais » -, sauf s’il s’agit d’une vannerie destinée à la vente. Dans ce cas, il est nécessaire de garantir sa solidité dans le temps. Pour cela, on cueille, on met au repos les brins pendant 3 à 7 jours (c’est le ressuyage), puis on tresse le panier sur une semaine pour laisser sécher l’ouvrage et ainsi le tasser tout au long de sa réalisation. Il est bien entendu possible de partir au bois le matin et de rentrer le soir avec un panier réalisé entièrement dans la forêt, mais ce n’est pas l’idéal pour la qualité structurelle (en séchant, les brins prennent du jeu) ou pour la vente. Après tressage et nettoyage de la vannerie, les chutes de brins d’au moins 20 cm de long pourront servir pour de petites créations (pot à crayons, bijoux, etc.) et sont stockées dans de grands sacs en papier. Après cueillette, les ligneux restent actifs plus ou moins longtemps suivant les essences, les seigneurs de la reprise étant le saule et le peuplier. Le rejet de ligneux ne meurt donc pas lors du coup de sécateur mais bien des jours plus tard, et ce même si on le coupe en période hivernale.
