L'écorce, cette enveloppe la plus externe des végétaux ligneux, est bien plus qu'une simple couche superficielle. Les botanistes la nomment rhytidome (de Rhytis = faux-pli ou ride) pour sa partie la plus visible, mais au sens botanique, l'écorce est l'ensemble des tissus corticaux produits par le cambium cortical. Ce cambium produit l'écorce vivante sur sa face interne et l'écorce imperméable (ou suber) sur sa face externe, dont les cellules meurent dès qu'elles sont chargées de subérine, substance cireuse qui lui confère son caractère imperméable. Cette structure complexe joue un rôle fondamental dans la survie des arbres, protégeant le bois des variations de température, du gel, de la sécheresse, et participant aux échanges gazeux grâce aux lenticelles.
La configuration de l'écorce et son évolution dans le temps varient selon les espèces. Dans certains cas, elle s'épaissit et se fissure sous l'effet de l'étirement, comme sur bon nombre de conifères. Dans d'autres cas, elle tombe chaque année pour faire place à une écorce neuve et lisse, à l'instar du Prunus serrula dont l'écorce brun cuivré et brillante se desquame en bandes circulaires. L'homme a d'ailleurs fait de multiples usages de l'écorce, de l'isolation à la médecine traditionnelle.

Le Tuteurage : Un Soutien Essentiel aux Jeunes Arbres
Le tuteurage est souvent perçu comme accessoire, voire inutile, alors qu'il joue un rôle déterminant lors des premières années de vie d'un arbre. Après la plantation, le système racinaire est encore fragile. En zone ventée, les mouvements répétés du tronc agitent la motte, cassent les jeunes radicelles et ralentissent fortement l'enracinement, pouvant même entraîner l'installation penchée de l'arbre. Un bon tuteur, solide et suffisamment épais, évite ces désordres. On privilégie un piquet robuste plutôt qu'un simple bambou, en l'enfonçant profondément dans le sol, placé légèrement en biais comme une jambe de force pour assurer une meilleure résistance.
L'attache doit être réalisée avec un lien souple, jamais rigide, et installée sans serrer afin de ne pas blesser l'écorce. Un léger jeu est nécessaire pour laisser vivre le tronc. Ce soutien est temporaire mais essentiel, une à deux années suffisant généralement pour que l'arbre s'ancre correctement. Un tronc doit pouvoir bouger légèrement pour se renforcer, c'est pourquoi un tuteurage trop long ou trop serré peut devenir contre-productif. Il faut aussi veiller à ce que le tuteur ne frotte jamais contre le tronc. Des attaches spécifiques en caoutchouc, réglables, permettent de maintenir l'écart et d'accompagner la croissance sans étranglement. L'ensemble reste peu coûteux au regard des bénéfices : une bonne reprise, un port droit et une structure solide pour les années à venir. Dans les jardins exposés au vent, le tuteurage n'est donc pas un luxe mais une assurance, un petit geste à la plantation qui évite de grands problèmes plus tard.

Quand le Lien de Tuteurage Disparaît : Le Recouvrement par l'Écorce
Malgré les bonnes pratiques, il arrive que le lien de tuteurage soit oublié ou mal ajusté, entraînant son recouvrement progressif par l'écorce de l'arbre en croissance. Ce phénomène, bien que parfois long à se manifester, a des conséquences néfastes sur la santé et la vitalité de l'arbre.
Causes du recouvrement du lien :
- Oubli ou négligence : La cause la plus fréquente est l'oubli de retirer ou de desserrer le lien après la période de tuteurage nécessaire (généralement 1 à 2 ans). Le lien, initialement souple, devient alors une contrainte permanente.
- Lien inadapté : L'utilisation de liens rigides, non biodégradables ou qui ne se dégradent pas avec le temps, favorise leur intégration dans l'écorce.
- Absence de surveillance : Un manque de vérification régulière de l'état du tuteurage et des liens ne permet pas d'intervenir avant que le recouvrement ne s'installe.
- Croissance rapide de l'arbre : Certaines espèces à croissance très rapide peuvent "engloutir" le lien plus vite que prévu si la surveillance n'est pas adéquate.
Conséquences du recouvrement du lien :
Lorsque le lien est enserré par l'écorce, il agit comme un garrot, perturbant gravement la circulation de la sève élaborée dans le liber, la partie interne vivante de l'écorce.
- Étranglement et nécrose : Le lien serré comprime les tissus vasculaires, empêchant la sève élaborée (produite par la photosynthèse dans les feuilles) d'atteindre les racines. Cette interruption de flux entraîne un affaiblissement, puis une nécrose (mort des tissus) au-delà de la constriction.
- Affaiblissement structurel : L'étranglement peut créer un point de faiblesse mécanique, rendant l'arbre plus vulnérable aux vents forts et aux intempéries. Le tronc peut même se casser à cet endroit.
- Retard de croissance et nanisme : Les racines, privées de nutriments essentiels, se développent mal, ce qui impacte la croissance globale de l'arbre, son développement foliaire et sa fructification. Les fruits de ces arbres peuvent même changer de goût.
- Porte d'entrée pour maladies et parasites : La blessure causée par le lien crée une porte d'entrée pour les champignons pathogènes, les bactéries et les larves d'insectes nuisibles. Le cancer noir, par exemple, causé par un champignon pathogène, peut provoquer l'apparition de taches violettes sur l'écorce qui se transforment progressivement en fissures.
- Risque de mort de l'arbre : Dans les cas les plus sévères, l'interruption complète de la circulation de la sève peut entraîner la mort de l'arbre si le problème n'est pas résolu en temps opportun.
Impacts de la taille et de la transplantation sur les racines des arbres / Claire Atger
Les Dégâts sur l'Écorce : Au-delà du Tuteurage
Le recouvrement d'un lien de tuteurage n'est qu'une des nombreuses causes de dommages à l'écorce, qui peuvent avoir un impact négatif sur la santé et la fructification des arbres. Une écorce abîmée est un signe préoccupant. La réparation de l’écorce endommagée nécessite que le cambium sous l’écorce continue de se produire suffisamment et que la plaie ne se dessèche pas ou ne s’infecte pas.
Autres causes importantes de fissures et de décollement de l'écorce :
- Gelées : La sève de la plante se dilate lorsqu'elle gèle. La peau, incapable de résister à la pression du jus congelé, éclate et s'écaille, formant des fissures de gel qui mettent souvent plus de temps à guérir.
- Brûlures solaires ou thermiques : Des taches brunes sur le tronc sont souvent le premier signe. Elles sont souvent le résultat d'une exposition au premier soleil printanier brillant ou d'un changement brusque de température après l'hiver, entraînant une perturbation de la structure des tissus de l'ectoderme et provoquant fissures et crevasses.
- Surcharge mécanique : Une récolte massive en été ou une épaisse couche de neige sur un arbre en hiver exercent une forte pression sur son écorce, provoquant des fissures. Les dommages mécaniques causés par les tondeuses, les brosses ou la taille peuvent également endommager les bords de l’écorce et créer une entrée à la pourriture ou aux champignons.
- Rongeurs et insectes : Les dommages causés par les rongeurs (lapins, moutons, etc.) ou les insectes peuvent entraîner une desquamation ou de profondes blessures le long du tronc, ce qui peut affaiblir la structure de l'arbre.
- Maladies fongiques et bactériennes : L'infection d'un arbre par des maladies telles que le cancer noir peut provoquer la formation de fissures et la dégradation de l'écorce.
- Utilisation excessive d'engrais : Une fertilisation excessive stimule une croissance trop rapide de l'arbre, ce qui peut entraîner la fissuration de l'écorce qui ne peut pas suivre le rythme.
- Conditions environnementales défavorables : Les arbres qui poussent sur des sols où les eaux souterraines sont trop proches de la surface, qui sont mal taillés, qui ont une très faible résistance à l'hiver, ou qui sont plantés trop souvent, sont plus exposés à ces problèmes. Des phénomènes naturels tels que la sécheresse et les inondations peuvent également provoquer des fissures dans l’écorce et entraîner un assèchement supplémentaire du bord de la plaie.
Reconnaître des signes tels que l’écorce lâche, la décoloration foncée autour d’une blessure et une tache creuse ou pourrie est crucial pour agir rapidement. Lorsque l’écorce se détache ou s’écaille complètement, cela peut signifier que le bois sous-jacent est endommagé ou même commence à se décomposer.

Stratégies de Traitement et de Prévention
Corriger la situation et prévenir les dommages à l'écorce, y compris ceux liés à un lien de tuteurage, est essentiel pour la santé à long terme de l'arbre. Si ce problème n'est pas résolu en temps opportun, les bactéries pathogènes, ainsi que les larves d'insectes nuisibles, s'accumulent dans les fissures, ce qui peut nuire à la croissance de l'arbre.
Traitement des dommages existants :
- Enlèvement du lien de tuteurage : Si un lien est la cause du problème, il doit être retiré délicatement dès que possible.
- Nettoyage de la blessure : Retirez les tissus morts avec un grattoir en fer, en travaillant soigneusement pour ne pas endommager les tissus sains. Si l'écorce décolle anormalement sur un arbuste, il est souvent préférable de supprimer la branche atteinte, coupant bien en dessous de la plaie, voire à quelques centimètres du sol, ou même de rabattre l'arbuste au complet.
- Désinfection : Trempez ensuite un chiffon dans de la bouillie bordelaise ou utilisez du sulfate de cuivre à 5% et humidifiez l'écorce de l'arbre. Pour les fissures causées par un cancer noir, désinfectez la zone touchée avec de la bouillie bordelaise, du sulfate de cuivre ou une solution de permanganate de potassium. Stérilisez régulièrement tout outil de coupe dans de l’alcool isopropylique (alcool à friction).
- Protection de la plaie : Après 2 à 3 heures, la plaie sur l'écorce doit être traitée avec du vernis de jardin (mélange de cire d'abeille, de soufre et d'essence pour briquets dissous au bain-marie). Pour les grandes fissures (plus de 10 cm de large), après avoir enlevé l'ancienne écorce, une couche d'un mélange d'argile et de bouse de vache doit être posée sur la plaie. La zone huilée est ensuite enveloppée d'une pellicule plastique, fixée au tronc avec une corde pour empêcher le mélange de se dessécher. Le Nitrol, une huile pour machine, peut également aider à guérir les fissures de l'écorce en quelques mois. N’appliquez pas de peinture ou pâte d’émondage: cela pourrait aggraver les choses! Laissez mère Nature faire son œuvre.
- Traitement spécifique :
- Coups de soleil : Traitez comme décrit ci-dessus.
- Rongeurs : Au début du printemps, coupez court les plantes atteintes. Traitez les zones endommagées avec une solution faible de permanganate de potassium, puis lubrifiez avec du vernis de jardin.
- Insectes : Établissez le degré de dommage en perçant soigneusement le bois avec un couteau. S'il y a des zones saines et dures en dessous, l'arbre peut être sauvé. Retirez l'écorce ancienne et endommagée avec un grattoir, puis traitez le tronc avec des médicaments tels que Canfidor, Calypso ou Antizhuk. Si des fissures profondes sont visibles, injectez le médicament avec une seringue. Après quelques jours, le tronc doit être blanchi à la chaux.
- Gelées : Il est préférable de commencer le traitement en été. Retirez toute écorce endommagée ou morte, traitez les fissures avec du sulfate de cuivre à 5%, puis graissez la zone avec du vernis de jardin. Si la plaie est grande, la tige de l'arbre peut être tirée avec un fil solide pour accélérer le processus de guérison.
- Cancer noir : Si le degré d'endommagement de l'écorce ne permet pas d'éliminer la zone malade, il est recommandé de détruire la plante pour éviter la propagation du champignon.
Prévention des dommages à l'écorce :
- Blanchiment des troncs : Blanchissez le tronc des arbres deux fois par saison (en automne et au printemps) avec une solution de chaux. La concentration pour les jeunes arbres doit être inférieure à celle des plantes matures.
- Protection hivernale : Au début de l'hiver, isolez le tronc de l'arbre avec de la toile de jute ou un matériau spécial. Cela le protégera des gelées hivernales et des coups de soleil printaniers.
- Sillonnement (scarification) : Sur les jeunes plantations (4 ans après la plantation), effectuez des coupes longitudinales d'une profondeur ne dépassant pas 2 mm sur l'écorce avec un couteau tranchant désinfecté. Cette procédure n'est pas répétée plus d'une fois tous les 5 ans et aide à prévenir la fissuration du bois.
- Protection contre les rongeurs : Enveloppez le tronc avec un matériau de toiture ou du fil de fer barbelé en hiver. Des branches épineuses ou un mélange d'acide carboxylique, de bouse de vache et d'argile peuvent également être efficaces.
- Prévention des dommages mécaniques : Récoltez rapidement les arbres fruitiers et secouez la neige accumulée sur les branches en hiver pour réduire le stress mécanique. Évitez de clouer ou visser directement dans l’écorce d’un arbre, ces blessures créent des portes d’entrée pour les parasites et les maladies.
- Tuteurage approprié : Utilisez des liens souples et non rigides pour le tuteurage, en veillant à ne pas les serrer et à les retirer après 1 à 2 ans. Maintenez une surveillance régulière. Utilisez des bandages solides et respirants et évitez les matériaux trop noués qui pincent le cambium.
- Choix de l'espèce et de l'emplacement : Planter un arbre est un acte engageant pour de nombreuses années. Pour éviter les erreurs et les contraintes futures, il est essentiel de choisir une espèce adaptée à la taille du jardin et à son environnement. Faites attention aux jeunes arbres comme les saules à talonnard et les pommiers étoilés, ces espèces sont sensibles aux dommages et ont besoin de temps pour renforcer leurs parois.
- Taille douce : Taillez à temps et empêchez que les branches lourdes ne relèvent la blessure lors de futures tempêtes. La taille douce garantit une bonne santé aux arbres tout en les préservant.
- Paillage : L'écorce de pin décorative constitue un excellent paillage d'écorce pour les massifs. Une épaisseur de 7 à 10 cm d'écorce de pin garantit une protection optimale du sol en conservant l'humidité, en limitant le développement des mauvaises herbes et en protégeant les racines du gel hivernal et des fortes chaleurs estivales. Cependant, l’écorce de pin acidifie légèrement le sol en se décomposant et ne convient pas à tous les types de plantes.
L’écorce endommagée ne guérit pas toujours complètement, mais avec la bonne approche, vous pouvez augmenter les chances de guérison et rendre l’arbre plus robuste. Si les dégâts sont importants ou si l’arbre a de la valeur, faites appel à un professionnel d’un arboriste spécialisé dans la restauration de l’écorce et pouvant vous conseiller sur la densité et la sécurité du tronc à long terme. La santé de nos arbres et leur protection contre de futurs dommages sont de notre responsabilité.
