Le Lierre dans les Sapins : Mythes, Réalités et Gestion d'une Coexistence

La question de la présence du lierre sur les arbres, et plus spécifiquement sur les conifères comme les sapins, fait débat depuis longtemps. Faut-il laisser le lierre sur les arbres ou au contraire faut-il s’en débarrasser ? Certains voient le lierre comme un bon partenaire, un allié de l’arbre et de la faune. D’autres le considèrent comme un parasite. La voie du milieu le présente comme un opportuniste utile. Tous lui reconnaissent des qualités esthétiques exceptionnelles.

Lierre grimpant sur un tronc d'arbre ancien

Nature du lierre : entre préjugés et réalité biologique

Le lierre n’est pas un parasite mais bien un végétal à part entière qui se suffit à lui-même. Il ne puise pas son énergie chez les autres. Il ne se sert de son hôte que comme “terrain d’escapade”, “ascenseur” vers plus de luminosité. Il grimpe vers les sommets grâce à ses racines crampons sans jamais abîmer les surfaces des plantes hôtes. Le procès du lierre semble avoir été rendu il y a bien longtemps. Dès 77 après Jésus-Christ, Pline l’Ancien assurait au livre XVI de son Histoire naturelle « Le lierre tue les arbres ». Ce cliché perdure encore aujourd’hui, malgré les efforts des spécialistes pour les démonter.

Le lierre n’enserre pas non plus les arbres à la manière d’un figuier étrangleur, car ses tiges qui grimpent sur un même tronc sont peu liées les unes aux autres. Les figuiers dits étrangleurs, eux, vivent dans la forêt équatoriale, où la compétition pour la lumière est beaucoup plus intense que dans la forêt tempérée. Le lierre existe sous deux formes complètement différentes : une forme rampante au sol qui donne par multiplication végétative de ses tiges des tapis denses et inextricables qui s’enracinent à l’aide de racines adventives au contact des tiges avec le sol ; une forme grimpante ou buissonnante dressée qui s’accroche sur un support à l’aide de racines-crampons et donne de véritables troncs collés au support.

L'interaction avec le support : une relation complexe

Le lierre puise l’eau et les sels minéraux par les racines de sa partie rampante qui, contrairement aux racines de la partie grimpante, ne sont pas transformées en crampons. Il pourrait donc être en compétition avec les arbres dans le sol pour ces ressources. Mais le lierre garde son feuillage toute l’année, et une étude a montré qu’il utilise l’eau surtout lors des journées douces de fin d’hiver et de printemps, quand les arbres à feuilles caduques n’en ont pas besoin parce qu’ils sont en repos hivernal.

Cependant, le lierre peut aussi fragiliser par son poids et ses enlacements quelque peu envahissants les sujets les plus jeunes et les espèces les plus frêles. En effet, dans sa quête effrénée de lumière, un lierre qui atteint la cime d’un arbre va peu à peu s’enrouler sur le branchage supérieur. Les branches peuvent ne pas y résister et casser. L’arbre ainsi surchargé et donc significativement plus lourd peut aussi être plus vulnérable en cas de vents violents ou de chute de neige, sans compter que les feuilles du lierre occultent également la lumière du soleil.

Schéma montrant les racines-crampons du lierre

Les bénéfices écologiques du lierre

L’esthétisme n’est pas le seul atout du lierre. Car en plus d’être beau, le lierre est utile à tout un écosystème. Il accueille un grand nombre d’insectes, arachnides et petits reptiles qui trouvent refuge sous son feuillage persistant. D’oiseaux qui nichent sur les lianes les plus robustes et se régalent des baies hivernales. Il offre également gîte et couvert à un grand nombre de butineurs, en particulier les abeilles.

La floraison du lierre se fait au mois d’octobre et ses fruits sont mûrs à la fin de l’hiver/début du printemps, à contre-temps de toutes les autres plantes. C’est le cas des abeilles domestiques et l’une des raisons pour lesquelles il est primordial de conserver du lierre grimpant sur des arbres ou des murs. Ce nectar et ce pollen qu’elles recueillent sur le lierre leur permettent de produire un miel qui cristallise trop vite pour que nous le mangions mais qui les nourrit, elles, tout au long de l’hiver. De la même manière, la Collette du lierre est une abeille sauvage qui lui est inféodée.

Gestion et contrôle : quand et comment intervenir ?

Si vous notez qu’un arbre recouvert de lierre est mourant ou mort, c’est qu’il l’était avant ou que le lierre n’a fait au plus qu’accélérer un processus déjà en marche, une fragilité déjà présente. Mais, le lierre peut effectivement être un fantastique habillage mais c’est aussi un manteau lourd qui alourdira son support. Fragilisé par le surpoids, un support “bancal” risque de finir par céder. Ne prenez par exemple pas le risque d’alourdir un arbre qui pourrait provoquer des dégâts en tombant.

Si vous souhaitez vous en débarrasser totalement, vous pouvez procéder de diverses manières. Détachez aisément à la main les plus jeunes lianes en commençant à la base et en montant sans vous presser aussi haut que vous le pouvez. Procédez de même mais au sécateur pour les lianes les plus épaisses, en prenant garde de ne pas blesser l’écorce. Vous pouvez également choisir une méthode plus simple et moins physique : l’hiver venu, sectionnez l’ensemble des lianes au sécateur au pied de l’arbre. Elles sècheront en quelques semaines et vous pourrez, dès le printemps suivant, les détacher plus facilement.

Faut il retirer le lierre des arbres en forêt?

Le lierre comme régulateur thermique et protecteur

Des études récentes sur l’usage des murs végétaux comme moyen d’isolation thermique et de réduire les demandes en air conditionné ont conduit à s’intéresser évidemment au lierre pour sa capacité à coloniser les murs. Ces résultats nous amènent à suggérer un effet positif thermique du lierre installé sur un arbre. Il protégerait le tronc des effets de froid excessif, rappelons qu’en hiver, les arbres sont en vie ralentie, mais aussi et peut-être surtout il rafraîchirait le tronc en cas d’épisode caniculaire en été et préviendrait de certains effets délétères de tels épisodes.

D’autres observations pointent aussi un effet protecteur de ce manteau envers certaines attaques ; ainsi en Angleterre des observateurs ont noté que pendant le pic d’épidémie de graphiose de l’orme, les arbres couverts de lierre étaient moins atteints car peut-être moins accessibles aux scolytes foreurs d’écorce qui transmettent la maladie. On pourrait aussi penser que cela protège les arbres contre les attaques des pics ou entretient contre le tronc la présence de toute une faune d’insectes dont une partie pourrait bénéficier à la protection des arbres.

Choix des variétés et mise en valeur paysagère

Si vous restez adepte des qualités esthétiques du lierre et préférez habiller vos arbres mal en point que les abattre, réfléchissez en amont à la faisabilité de votre projet. Si le lierre n’est pas déjà naturellement installé, donnez un coup de pouce à vos envies paysagères en plantant vous-même quelques variétés bien choisies et maîtrisez leur évolution à votre guise en taillant plus ou moins régulièrement, plus ou moins vigoureusement.

En climat froid, préférez le très rustique ‘Shamrock’ qui supportera des températures en-deçà de -20°C et illuminera le décor de son petit feuillage trilobé vert vif à moins que vous ne préfériez le feuillage plus imposant et la grande capacité de couverture du ‘Green Ripple’. Plus inattendu mais exceptionnellement vigoureux, le lierre de Colchide couvrira des zones ombragées entières de ses longues lianes et de ses grandes feuilles en forme de cœur.

Variétés de lierre adaptées au jardin

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