Le lierre (Hedera helix), plante ligneuse grimpante à grandes feuilles persistantes, est apprécié pour sa capacité à couvrir rapidement les surfaces nues et son feuillage persistant. Cependant, il peut aussi devenir un véritable envahisseur, soulevant un débat de longue date sur son impact réel sur les arbres et les structures. Alors que certains le considèrent comme un allié précieux de la biodiversité, d'autres le perçoivent comme un parasite nuisible. Une voie du milieu le présente comme un opportuniste utile, mais tous lui reconnaissent des qualités esthétiques exceptionnelles. Cette plante, tout sauf ordinaire, est une espèce caractéristique des forêts de feuillus caducs en Europe centrale, où son aire de répartition naturelle s'étend de la péninsule ibérique aux îles Britanniques et au sud-est de la Scandinavie. Elle est même naturalisée dans le sud-est des États-Unis depuis le XVIIIe siècle.

Une Plante aux Multiples Facettes : Caractéristiques et Comportements
Le lierre est une liane arbustive de la famille des Araliaceae, l'une des rares à vivre à l'état naturel sous nos climats tempérés. Sa longévité est remarquable, pouvant atteindre 400 à 500 ans, voire millénaire dans des conditions favorables. Sa croissance est rapide, jusqu'à un mètre par an, ses tiges poussant droites plutôt qu'en s'enroulant. Il grimpe grâce à des racines adventices qui se transforment en crampons, sans gêner les plantes ou arbres colonisés. Le lierre est tolérant à l'ombre et résistant au froid, avec des feuilles vertes alternes dont la forme change avec l'âge : de trilobées à ovales. Après une dizaine d'années, il atteint sa forme mature et, après une vingtaine d'années, il porte des fleurs en ombelles (septembre-octobre) et produit des baies mûres en hiver et au printemps.
Le lierre se plaît dans les forêts, ruines ou carrières, et est très fréquent en zones urbaines, où il colonise façades de maisons, cimetières et coins ombragés des parcs. Bien qu'il puisse jouer un rôle de couvre-sol là où il ne trouve aucun support, sa tendance naturelle est de s'élever vers la lumière pour fleurir.

Il est important de noter que les feuilles de lierre fraîches ou sa sève peuvent provoquer des inflammations allergiques en cas de contact avec la peau. Les baies, quant à elles, sont toxiques, en particulier pour les enfants, et peuvent entraîner diarrhées, nausées et vomissements.
Le Lierre et les Arbres : Un Débat Ancien
La question de savoir si le lierre est inoffensif ou nuisible pour les arbres fait l'objet d'un débat persistant, avec des préjugés tenaces. Historiquement, Pline l'Ancien affirmait dès 77 après Jésus-Christ que « Le lierre tue les arbres ». Cependant, la littérature spécialisée ne mentionne généralement pas ce problème, ou considère que le lierre est inoffensif pour la plupart des arbres et ne représente un danger que pour quelques-uns. De nombreuses hypothèses négatives ne sont pas fondées, comme le prouvent les études scientifiques.
Le Lierre n'est pas un Parasite
Le lierre n'est pas un parasite mais un végétal à part entière qui se suffit à lui-même. Il ne puise pas son énergie chez les autres et ne se sert de son hôte que comme « terrain d'escapade », un « ascenseur » vers plus de luminosité. Il grimpe vers les sommets grâce à ses racines crampons sans abîmer les surfaces des plantes hôtes. Contrairement aux parasites comme le gui, qui s'enracinent directement sur les branches, le lierre utilise les arbres uniquement comme support pour grimper vers la lumière.
Les racines de lierre grimpant le long des troncs sont des racines adhérentes qui, sur les arbres âgés, n'adhèrent que superficiellement, ne pénètrent pas dans le bois, n'étranglent pas l'arbre et ne le privent pas de nutriments. Les racines souterraines du lierre, en revanche, servent à l'ancrer dans le sol et à lui fournir de l'eau et des nutriments.
Effets sur la Lumière et l'Air
Le lierre pousse de préférence sur des individus de grande taille, avec des couronnes étalées, s'implantant principalement là où la plupart des rayons du soleil parviennent pour sa photosynthèse. La photosynthèse de l'arbre se déroule principalement sur les branches fines et sur les côtés de la couronne, tandis que le lierre pousse principalement sur le tronc et les grosses branches porteuses. Ainsi, il n'entre que rarement en concurrence avec l'arbre hôte pour la lumière. Il n'est pas prouvé que le lierre prive l'arbre de lumière et d'air lorsqu'il pousse sur le tronc.
Cependant, la situation est légèrement différente pour les arbres plus petits ou les jeunes arbres dont la couronne n'est pas étalée, car le lierre peut envahir toute la couronne, ce qui peut entraîner la mort de l'arbre. Même si l'arbre meurt, le squelette mort de l'arbre reste un support pour le lierre pendant des années. Plus la couronne d'un arbre est clairsemée, plus il est facile pour le lierre de grimper. En revanche, les couronnes denses créent beaucoup d'ombre et ralentissent la croissance du lierre. Les conifères sont nettement moins souvent envahis par le lierre que les feuillus à grande couronne.

La Question de l'Étranglement et du Poids
On craint souvent que les tiges grimpantes du lierre n'étranglent l'arbre. Le lierre pousse généralement d'un seul côté du tronc porteur, vers le haut, et non pas en s'enroulant autour du tronc comme le chèvrefeuille, qui peut étrangler son hôte. Dans les forêts, le lierre pousse souvent d'un seul côté des troncs, car la lumière pénètre principalement d'un seul côté, poussant ainsi à l'opposé de la lumière. Des vérifications par les cernes annuels n'ont jamais confirmé une limitation de la croissance en épaisseur due au lierre.
Cependant, le lierre peut aussi fragiliser par son poids et ses enlacements les sujets les plus jeunes et les espèces les plus frêles. Un lierre qui atteint la cime d'un arbre va peu à peu s'enrouler sur le branchage supérieur. Les branches peuvent ne pas y résister et casser. L'arbre ainsi surchargé et significativement plus lourd peut être plus vulnérable en cas de vents violents ou de chute de neige, sans compter que les feuilles du lierre occultent également la lumière du soleil.
Concurrence pour l'Eau et les Nutriments
Le lierre puise l'eau et les sels minéraux par les racines de sa partie rampante, qui ne sont pas transformées en crampons, contrairement aux racines de la partie grimpante. Il pourrait donc être en compétition avec les arbres dans le sol pour ces ressources. Cependant, une étude a montré qu'il utilise l'eau surtout lors des journées douces de fin d'hiver et de printemps, quand les arbres à feuilles caduques sont en repos hivernal et n'en ont pas besoin.
Inversement, il est prouvé qu'un arbre couvert de lierre pousse souvent mieux que ses voisins exempts de lierre, car le feuillage du lierre ne possède pratiquement pas de substances inhibitrices de décomposition et exerce donc une influence positive sur le renouvellement des substances dans le sol, contribuant à l'enrichissement des sols en apportant sa part de nutriments.
Les Bienfaits Multiples du Lierre pour la Biodiversité
Malgré les préoccupations, le lierre apporte bien d'autres services aux arbres et à toute la nature, qui excusent largement les quelques désagréments dont il pourrait être responsable.
Un Refuge et une Source de Nourriture
Le lierre est utile à la biodiversité : il nourrit les abeilles en fin de saison, abrite oiseaux et insectes en hiver. Son feuillage persistant accueille un grand nombre d'insectes, d'arachnides et de petits reptiles qui y trouvent refuge, ainsi que des oiseaux qui nichent sur les lianes les plus robustes et se régalent des baies hivernales. Plus le lierre est vieux, plus il est riche en biodiversité.

Comme il fleurit tardivement (septembre-octobre), il constitue une source de nourriture importante pour de nombreux insectes butineurs (coléoptères, punaises, papillons, abeilles, guêpes, syrphes) qui sont bien contents de pouvoir compter sur lui pour faire leurs dernières réserves de provisions, à une période où peu d'autres plantes fleurissent. Ce nectar et ce pollen leur permettent de produire un miel qui les nourrit tout au long de l'hiver. La Collette du lierre est une abeille sauvage spécialisée qui lui est inféodée.
Les fruits du lierre, mûrs entre janvier et avril, servent de nourriture à de nombreuses espèces d'oiseaux (plus de 17) comme le bruant zizi, le rouge-gorge, le rougequeue à front blanc, l'étourneau sansonnet, le merle noir, la fauvette à tête noire et les grives, à une époque où les baies sont rares.
Habitat pour la Faune et la Flore
Le lierre recouvre les troncs d'un entrelacs dense qui s'épaissit avec l'âge, créant ainsi des possibilités de nidification protégées. Des études ont montré que de nombreuses espèces d'oiseaux, comme le grimpereau des bois, la fauvette à tête noire, le merle noir, la grive musicienne, le troglodyte mignon, le roitelet huppé, le roitelet à triple bandeau, l'orite à longue queue, le pigeon ramier et le geai des chênes, utilisent le lierre comme site de reproduction. Les oiseaux y trouvent également des abris pour dormir pendant l'hiver.
Il abrite également près de 50 espèces de champignons et une multitude de petits organismes qui aident l'arbre à lutter contre des parasites gênants, comme les araignées qui débarrassent l'arbre d'insectes nuisibles.
Protection contre les Variations Climatiques
Le lierre est un bon isolant. Tout comme il protège les sols en rampant, il protège les troncs des excès climatiques en les recouvrant. Gel mais aussi rayons ardents, grêlons ou pluies violentes ont ainsi moins d'emprise sur le végétal recouvert. Il protège les troncs d'arbres comme le hêtre, le frêne ou le charme par son ombrage contre les coups de soleil (brûlure de l'écorce), en particulier lorsque les arbres ont grandi à l'ombre d'autres arbres et sont soudainement dégagés. Il peut également protéger les troncs des fissures causées par le gel en hiver, car il atténue les variations de température.
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Contribution à la Qualité de l'Air et au Climat
Les plantes ligneuses, dont le lierre fait partie, stockent le CO2 et peuvent donc apporter une contribution précieuse au climat et à la régulation climatique dans les villes. De plus, elles libèrent de l'oxygène, ce qui améliore la qualité de l'air. La présence accrue de lierre en zone urbaine est une contribution précieuse à la protection du climat et des insectes. Le lierre est un dépolluant atmosphérique très efficace.
Des études récentes soulignent l'importance du lierre en tant que bio-indicateur du changement climatique en Europe centrale. Une augmentation significative des peuplements à certains endroits est interprétée comme une indication de l'augmentation des hivers doux.
Gestion et Entretien du Lierre
Malgré ses nombreux avantages, une gestion attentive du lierre est parfois nécessaire, surtout en milieu urbain ou pour les jeunes arbres.
Quand et Comment Gérer le Lierre sur les Arbres ?
Si le lierre est rarement responsable de l'affaiblissement de son support, il peut parfois fragiliser les sujets les plus jeunes et les espèces les plus frêles par son poids. Dans ce cas, plutôt que de songer à l'arracher, il est préférable de contrôler sa croissance. Taillez-le à hauteur d'homme (une hauteur de 2 m facilite l'entretien) et renouvelez cette taille chaque printemps, en le désépaississant régulièrement avec une cisaille.
Il est déconseillé de laisser le lierre envahir la couronne des jeunes arbres et des arbres affaiblis dont l'écorce est endommagée. Bien que les racines du lierre ne pénètrent pas dans l'écorce, les champignons peuvent trouver un climat parfait sous le lierre. Si la couronne d'un arbre est envahie, le propriétaire peut tailler le lierre à la base de la couronne sans le retirer complètement, ce qui lui permet de continuer à remplir ses fonctions importantes dans l'écosystème.
Mieux vaut intervenir en hiver ou au début du printemps : le feuillage est moins dense, les tiges sont plus visibles, et les racines aériennes se décollent plus facilement.

Élimination du Lierre : Méthodes et Précautions
Depuis l'interdiction des herbicides efficaces sur le lierre, seule la méthode mécanique fonctionne vraiment. Si vous souhaitez vous en débarrasser totalement, voici quelques méthodes :
- Coupe des tiges principales : Coupez la branche principale à la base, le plus près possible de la terre, à l'aide d'un sécateur, d'une cisaille à long manche ou d'une hachette (selon l'épaisseur des rameaux). Cette étape « tue » l’alimentation du lierre.
- Détachement progressif : Détachez le lierre doucement, en commençant par le haut où les tiges sont moins résistantes, en prenant garde de ne pas abîmer le support. Pour les lianes les plus jeunes, détachez-les aisément à la main. Pour les plus épaisses, utilisez un sécateur.
- Élimination des racines : Le lierre repousse très vite à partir d'un simple morceau de racine. Il faut absolument enlever les racines en profondeur. Creusez avec une pelle (ou une pioche si la terre est trop dure) tout autour de la racine et arrachez-la à la main, en veillant à retirer chaque morceau visible. Si vous vous contentez de décrocher le lierre en surface, il reviendra à vitesse grand V.
- Méthodes alternatives : Pour le lierre rampant, vous pouvez l'arroser avec de l'eau bouillante, éventuellement additionnée d'un peu d'eau de Javel, ou du lait de chaux concentré. Vous pouvez également couvrir les racines avec plusieurs kilos de gros sel de mer pour étouffer les racines restantes.
- Surveillance et suivi : Si le lierre repousse au bout de quelques semaines, surveillez-le de près et taillez-le à la base dès les premières repousses. Le suivi est essentiel.
Précautions :
- Mettez des gants pour protéger vos mains des insectes cachés sous le feuillage et de la sève toxique.
- En hiver, sectionnez l'ensemble des lianes au sécateur au pied de l'arbre. Elles sécheront en quelques semaines et vous pourrez, dès le printemps suivant, les détacher plus facilement. Pour les parties hautes et inaccessibles, coupées de leur racine, elles se dessécheront et se détacheront peu à peu.
- Ne laissez pas le lierre sur un mur en pierre ou en brique pleine si vous souhaitez l'enlever sans traces.
Choisir et Installer le Lierre pour Embellir le Jardin
Si vous êtes adepte des qualités esthétiques du lierre et préférez habiller vos arbres mal en point que les abattre, réfléchissez en amont à la faisabilité de votre projet. Le lierre peut être un fantastique habillage, mais c'est aussi un manteau lourd qui alourdira son support. Un support « bancal » fragilisé par le surpoids risque de céder. Ne prenez pas le risque d'alourdir un arbre qui pourrait provoquer des dégâts en tombant.
Si le lierre n'est pas déjà naturellement installé, vous pouvez planter vous-même quelques variétés bien choisies et maîtriser leur évolution par une taille plus ou moins régulière et vigoureuse.
Sur de vieilles souches et quelques vestiges de troncs, pour une couverture rapide, choisissez une variété de lierres communs, très couvrants et poussant rapidement, en fonction de votre zone géographique.
- En climat froid : Préférez le très rustique 'Shamrock' qui supportera des températures en deçà de -20°C et illuminera le décor de son petit feuillage trilobé vert vif. Ou bien le 'Green Ripple' avec son feuillage plus imposant et sa grande capacité de couverture.
- Pour les zones ombragées : Le lierre de Colchide, exceptionnellement vigoureux, couvrira des zones entières de ses longues lianes et de ses grandes feuilles en forme de cœur, apportant romantisme et luminosité à un coin délaissé du jardin.
