Le lierre grimpant (Hedera helix), une plante de la famille des Araliacées, est souvent mal compris, voire stigmatisé, alors qu'il offre une multitude de bienfaits, notamment pour la végétalisation des façades et le soutien de la biodiversité. Loin d'être un parasite, cette liane robuste et adaptable est un atout précieux pour nos environnements urbains et naturels.

Comprendre le Lierre : Croissance, Fixation et Nutrition
Le lierre est une plante de la famille des Araliacées qui se fixe sur un support vertical selon ce qu’elle a à disposition. Les fleurs, hermaphrodites, apparaîtront selon les endroits de fin août à fin octobre, ce qui place le lierre dans la catégorie des plantes les plus tardives en la matière. Plante grimpante particulièrement efficace, le lierre va se déployer jusqu’à ce que ses petites racines, faisant office de crampons, trouvent une accroche et s’y fixent. Ces racines se lignifient alors tout en gonflant légèrement pour affermir leur prise. Le lierre a donc la capacité de facilement coloniser un milieu sans être pour autant exigeant en entretien.
Contrairement à une idée reçue tenace, les crampons du lierre lui servent uniquement de point d’ancrage et non à se nourrir du support sur lequel elles se fixent. Ce n’est donc pas une plante parasite car elle se nourrit bien, à travers ses feuilles, grâce à la photosynthèse. Sur un tronc d’arbre, où l’on voit le plus souvent le lierre évoluer, ce dernier ne cause en effet aucun dégât. Il est d’ailleurs à souligner que le lierre reste toujours à l’intérieur du houppier, n’empêchant jamais son arbre hôte de réaliser sa propre photosynthèse. Si l’arbre sert de support de croissance au lierre pour qu’il puisse croître et trouver assez de lumière pour fleurir et se reproduire, le lierre protège quant à lui l’arbre des variations de températures, notamment hivernales. Les feuilles du lierre se renouvellent environ tous les trois ans mais au printemps.
Le Lierre : Un Allié Indispensable de la Biodiversité
Le lierre est une plante essentielle à nos jardins et à la biodiversité en général. Sa floraison tardive, en automne (septembre à novembre), en fait une des dernières ressources en nectar et en pollen pour de nombreux insectes, à un moment où les autres fleurs se raréfient. Il est essentiel pour bon nombre de pollinisateurs qui préparent tardivement leur hiver, comme les abeilles domestiques faisant leur stock pour l’hiver, des insectes migrateurs comme certains syrphes, et certains papillons comme le Vulcain. Des papillons préparant leur hibernation, comme les Paons du jour et le papillon citron, y trouvent également leur compte. Le citron (Gonepteryx rhamni) réalise même tout son cycle de vie sur le lierre. On ne compte pas moins de plusieurs centaines d’espèces d’insectes profitant de cette ressource. Une espèce d’abeille sauvage, la collète du lierre (Colletes hederae), lui est même inféodée et a besoin du lierre pour survivre.
Tout savoir sur le lierre grimpant avec Julien de @LaMinuteNaturenet
Il en va de même pour ses baies, qui sont les seules à être disponibles en plein cœur de l’hiver, à une saison où la nourriture est rare. Bien plus efficaces et naturelles que des boules de graisse pour aider les oiseaux, ces derniers ne peuvent cependant pas en consommer à outrance. En effet, les fruits du lierre grimpant sont passablement toxiques et ne se décomposent pas entièrement dans le système digestif des passereaux, les principaux animaux qui en sont friands. En réalité, seuls les graines ne se décomposent pas, mais la pulpe des fruits est quant à elle digérée alors qu’elle est justement riche en lipides (32%) et en protéines (5%). Vous pourrez y observer le ballet incessant des merles, grives, pigeons ramiers et rouges-gorges durant le mois de février. Loin de nuire, ce manteau feuillu joue un rôle de refuge pour les troglodytes mignons ou encore les hérissons.
Le feuillage dense du lierre, persistant en hiver, est un abri pour la faune. Il sert de refuge ou de lieu de nidification à divers animaux : oiseaux, petits mammifères, insectes, chauves-souris. Même les chauves-souris y trouvent leur compte, alors que l’on pensait pendant longtemps que le lierre obstruait pour elles les cavités qu’elles affectionnent. Si la chose est vraie durant la belle saison, le lierre n’arrête pas sa mission de maintien de la biodiversité à l’automne. Les hérissons, quant à eux, y trouvent un refuge hivernal, et particulièrement dans les jardins où les cachettes naturelles manquent. Son écorce et son feuillage sont l'habitat d'une grande diversité d’insectes et d’arachnides. On considère qu'un arbre de taille conséquente orné depuis un certain temps par un lierre grimpant abrite près de 700 organismes vivants ! La fouine et la martre viennent s'y mettre à l'affût lors de leurs parties de chasse, alors que l'écureuil, le muscardin ou le lérot y trouvent une nourriture bienvenue faite d'insectes divers ou d'escargots venus s'abriter sous le frais feuillage.
Le Lierre en Façade : Une Solution Écologique et Économique
Le lierre est très utile pour masquer les imperfections sur les façades et éviter une rénovation coûteuse. Le lierre permet de végétaliser des façades entières sans aménagement onéreux, ni à l’installation ni à l’entretien. Le lierre poussant de manière verticale, le coupler à des plantes à croissance plus horizontale comme les arbres, semble une évidence. En réalité, ce binôme entre plantes grimpantes et arbres a de nombreuses ramifications, allant jusqu’à une plus-value économique étonnante, la modification des couloirs de vents, la protection contre les UV, la limitation de l’impact des fortes précipitations, sans compter l’influence esthétique ou encore le phénomène de captage de la pollution.

Les murs végétalisés permettent d’améliorer le confort thermique et phonique à l’intérieur des bâtiments. Utilisé en végétalisation de façade, le lierre est particulièrement intéressant pour sa capacité à réguler la température de manière constante, indépendamment de la saison ou des conditions extérieures, en orientant ses feuilles vers le soleil tout en laissant passer de l’air entre elles et le bâtiment. Il assure une couverture thermique conservant le frais en été et la chaleur en hiver. Et contrairement aux préjugés, le lierre n’attire pas l’humidité, au contraire ! Il assèche les murs car ses ventouses absorbent l’humidité alentour, car, comme toutes plantes, le lierre a besoin d’eau pour se développer.
Le lierre est également un allié anti-pollution. Il a une capacité d’absorption des particules qui équivaut à 6 grammes par an et par mètre carré (Dunnett et Kingsbury 2004). Afin que le lierre puisse absorber autant de particules qu’un arbre adulte, il ne suffit alors que de 23 mètres carrés de façade. Il semblerait également, et ce n’est pas là chose anodine en milieu urbain, que les feuilles de lierre soient plus chargées en plomb et en cadmium que ne l’est le reste de la plante. Tout comme les renouées du Japon absorbent les métaux lourds, le lierre aurait donc aussi cette propriété intéressante à son arc.
Précautions et Entretien du Lierre en Façade
Bien que le lierre offre de nombreux avantages, il est important de prendre certaines précautions. Le lierre grimpant est toxique pour les animaux et les enfants, comme de nombreuses autres plantes. Il est également un allergisant de contact pour les personnes sensibles et peut provoquer des lésions eczématiformes, des irritations ou des érythèmes.
Le lierre n’abîme pas la maçonnerie si celle-ci est de bonne qualité. Ses petites racines-crampons, qui sont des racines adventives, se contentent d’adhérer en surface et ne pénètrent pas dans la maçonnerie. Elles n’endommagent pas un mur qui est en parfait état. Cependant, le lierre ne convient pas à un mur dont les joints sont en mauvais état ou fragilisés. Un entretien régulier reste donc indispensable.
De croissance rapide, il peut être nécessaire de le contenir. La taille se pratique essentiellement pour limiter la végétation ou étoffer un jeune sujet en l'incitant à se ramifier. Elle se pratique à tout moment de l'année hors période de gel. Sur un mur, rabattez les lierres de temps en temps pour limiter leur épaississement. La plante sera ainsi plus touffue, avec des rameaux plus nombreux, ce qui la rendra plus belle. Si vous souhaitez végétaliser votre façade, n’hésitez pas à prendre contact avec les gestionnaires d’opérations locales comme « Verdissons nos murs ». Le lierre peut poser des problèmes de colonisation de fenêtres ou de façade d’un tiers. Il faut dès lors le contenir régulièrement par la taille ou apposer une cornière munie d’un angle à 75°.

Seuls les arbres affaiblis, sénescents ou malades peuvent se briser ou tomber au sol du fait du poids du lierre ou de sa prise au vent trop grande. De la même manière, si le lierre est trop dense sur un arbre et qu’il est couvert de neige, cela augmente le risque de casse. Pour les arbres robustes, le lierre n’est pas un problème.
Variétés de Lierre et leurs Utilisations
Le lierre, ou Hedera, appartient à la famille des Araliacées et comporte de très nombreuses espèces et variétés. Le genre Hedera est divisé en 11 espèces et de nombreuses variétés et cultivars, certains nains, d'autres géants, à feuilles de couleurs unies ou panachées, délicates et fines, ou au contraire imposantes et coriaces. Il déploie ainsi un feuillage persistant et divisé en 3 à 5 lobes quand il est juvénile et simple à l'âge adulte. Il offre une belle variété de couleurs : du vert tendre au vert foncé, mais aussi panachée de crème, d'or ou encore d'argent.

Parmi les espèces et variétés populaires, on trouve :
- Hedera helix : C'est la variété la plus commune, aux feuilles lobées d’un vert très foncé. Elle résiste jusqu’à -15°C, voire -20°C.
- Hedera canariensis ‘Gloire de Marengo’ : Cette variété présente de grandes feuilles vert foncé largement marginées de crème. Elle est moins rustique (-8°C maximum).
- Hedera helix 'Saggitifolia' : Avec ses petites feuilles à trois lobes étroits bien marqués, elle résiste jusqu’à -15°C, voire -20°C.
- Hedera helix 'Golden Kolibri' : Ses feuilles sont larges, grisâtres marginées de blanc crème, puis de jaune doré en vieillissant. Un peu moins rustique (-10 à -15°C).
- Hedera colchica : Ce lierre a de grandes feuilles vert brillant et est très rustique, supportant la sécheresse et des températures de -25°C à -30°C.
- Hedera hibernica : Avec son feuillage persistant, dense, vert foncé, violacé et nervé, cette variété est très rustique et supporte des gels de -20°C.
- Hedera helix ‘Arborecens’ : C'est un lierre arbustif qui est planté régulièrement dans différents jardins, parcs et squares.
Le lierre peut être utilisé de multiples façons dans le jardin et en aménagement paysager :
- Sur une façade : C’est son principal usage. Il peut recouvrir une seule façade ou toute la maison. Son rôle peut être purement décoratif, mais en général, le lierre est utilisé pour ses hautes propriétés isolantes.
- Sur une haie, une palissade : Très compact, il constitue un parfait écran contre les vis-à-vis et les courants d'air.
- En couvre-sol : Pour unir un sous-bois et un jardin ou pour créer des bordures de massifs de fleurs. Le lierre recouvre facilement des zones ingrates, empêche la pousse des mauvaises herbes et préserve la pédofaune de la chaleur et de l’évaporation de l’eau.
- En couverture de toit : Idéal pour couvrir le toit d’une pergola et offrir de l’ombre à un salon de jardin.
- En pot : Pour une jardinière belle tout l'hiver, le lierre à petites feuilles étoffe les compositions. Il constitue également rapidement une petite topiaire économique.
Plantation et Entretien du Lierre
Le lierre est une plante très rustique et d’une vigueur exceptionnelle. Il pousse rapidement dans le jardin et s’adapte bien à la culture en pot à l’intérieur. Peu exigeante, cette liane tout terrain pousse dans toutes les régions de France et est idéale pour couvrir les murs, les clôtures ou les sols.
Où planter le lierre ?
- Exposition : Le lierre peut s’adapter à toutes les expositions, même si, d’une manière générale, il n’aime pas beaucoup les zones très ensoleillées et chaudes. Il leur préfère les zones mi-ombragées. Ce mélange d’ombre et de soleil durant la journée est particulièrement bénéfique aux variétés panachées.
- Sol : Peu exigeant sur la qualité du sol, le lierre s’accommode d’un sol ordinaire, léger, qui reste frais tout en étant bien drainé. Bien implanté, il supporte des périodes de sécheresse.
Quand planter les lierres ?
Plantez de janvier à décembre, hors période de sécheresse et de gel. En région froide (climat montagnard et continental), préférez une plantation de la fin de l'hiver à la fin de l'été.
Comment planter le lierre en pleine terre ?
- Creusez un trou de 3 fois la taille de la motte près du support sur lequel le lierre va grandir.
- Mélangez la terre d'excavation avec des graviers pour faciliter le drainage et du compost mûr ou une fumure organique pour encourager la reprise.
- Placez votre plant de façon à ce que la motte de votre plan de lierre affleure au niveau du sol. Comblez.
- Tassez et arrosez régulièrement, mais sans excès, de manière à ce que le sol soit toujours frais durant les premiers mois.
- Bon à savoir : un treillis espacé de 5 à 10 cm d’une façade permettra au lierre de mieux respirer. Cela réduit aussi les risques de développement des nuisibles.
Comment planter le lierre en pot ?
- Choisissez un grand pot percé en son fond.
- Déposez des billes d’argile au fond du pot et commencez à le remplir de terreau universel ou de plantation.
- Procédez comme pour une plantation en terre en faisant affleurer la motte du plant et en terminant de remplir le pot.
Arrosage
- En pleine terre : Arrosez les semaines qui suivent la plantation et paillez généreusement de manière à ce que la terre reste fraîche. Une fois bien établi, le lierre résiste bien à la sécheresse.
- En pot : Durant la période de végétation, arrosez régulièrement pour maintenir le substrat frais. Dès l'automne, réduisez les arrosages mais veillez à ce que le substrat ne se dessèche pas. Un lierre qui a soif a le bord des feuilles qui se dessèchent et celles-ci finissent par tomber.
Fertilisation
- En pleine terre : La décomposition du paillis suffit à son caractère frugal. Si vous ne paillez pas, apportez un peu de compost en début d'automne.
- En pot : Apportez un engrais type plantes vertes tous les mois d’avril à septembre. Rempotez les jeunes lierres chaque année au début du printemps.
Taille
Le lierre est une plante grimpante qui supporte les tailles sévères. La taille se pratique essentiellement pour limiter la végétation ou étoffer un jeune sujet en l'incitant à se ramifier. Elle se pratique à tout moment de l'année hors période de gel. Surveillez votre lierre et taillez-le régulièrement pour éviter qu’il ne s’étende plus qu’il ne devrait. Sur un mur, rabattez les lierres de temps en temps pour limiter leur épaississement.
Multiplier le Lierre
Le lierre est facile à multiplier, notamment par marcottage et bouturage.
Marcottage
- Choisissez un rameau jeune, d’une trentaine de centimètres et proche du sol.
- Couchez-le au sol et couvrez-le de terre en faisant ressortir son extrémité.
- En automne, sevrez la marcotte du pied mère et transplantez-la à son nouvel emplacement.
Bouturage
- Prélevez de jeunes tiges d’une dizaine de centimètres en fin d'été.
- Éliminez les feuilles de la base et conservez celles de la partie supérieure.
- Prenez des petits pots, remplissez-les de terreau de bouturage puis plantez-y les boutures.
- Maintenez cette terre humide.
- Des petites feuilles vont rapidement apparaître, signe de reprise. Attendez le printemps pour transplanter en bac ou en pleine terre.
Attaques et Maladies du Lierre
Le lierre est très rustique et peu sensible aux maladies. Toutefois, il peut souffrir des conditions de cultures : ses feuilles noircissent en cas de sur-arrosage, se dessèchent quand l'air est trop sec, pâlissent face à un soleil trop intense en été. En intérieur, évitez de le placer derrière une vitre exposée au soleil pendant cette période. Si votre variété panachée verdit, elle est soit suralimentée, soit en manque de lumière. Éliminez les parties vertes et stoppez les apports d’engrais.
Le lierre est une plante rustique qui résiste très bien seule aux attaques des insectes. Cultivé à l'intérieur ou en atmosphère confinée, il peut parfois être attaqué par des pucerons, des cochenilles farineuses (petites pustules blanches) ou il peut être envahi par des araignées rouges qui décolorent les feuilles. Il vous suffit de pulvériser une solution d’eau savonneuse pour en venir à bout ou de sortir votre pot et de laisser faire les insectes auxiliaires comme les coccinelles !
- Bon à savoir : un lierre trop arrosé présente un feuillage jauni et des tiges noircies.
- Les feuilles de mon lierre en pot brunissent, que puis-je faire ? Nous vous conseillons de le rempoter dans un pot un peu plus grand et de tailler les extrémités des tiges. Emballez le tout dans un sac plastique transparent et étanche afin de simuler l’effet d’une serre. Sortez la plante quelques jours après l’apparition de nouvelles feuilles.
Histoire et Symbolisme du Lierre
De la famille des Araliacées, l’Hedera tire son nom du latin haerere : être attaché. Les vertus du lierre sont connues depuis si longtemps qu’il porte avec lui son lot de symboles et de légendes. Il figure même dans la mythologie grecque où le Dieu Dionysos, fils de Zeus, fut protégé par la plante lors d’une apparition orageuse de ce dernier. Dès lors, Dionysos garda une couronne de lierre toujours sur lui. Pour les Romains, le lierre était associé à Bacchus, le dieu de la vigne, aux buveurs et aux poètes. La légende raconte qu’un jour, Lyerre, un jeune danseur du dieu Bacchus, dansa si longtemps qu’il s’écroula par terre. Pour lui rendre grâce, le dieu de la vigne l’enlaça d’une liane grimpante qui le souleva. Au Moyen-Âge, on conférait au lierre des vertus de protection contre les envoutements. Dans le langage des plantes, le lierre est le symbole de l'attachement… ce qui en fait un cadeau original et rempli d’anecdotes ! Le lierre grimpant sur les murs les habillent et les protègent des intempéries. S'accrochant avec des crampons, il n'endommage pas les jointures des briques. Il est de ce fait le symbole de l'attachement, et souvent associé à l'expression "je meurs ou je m'attache".
La Nature n’en finit plus de nous le démontrer : les solutions face aux problématiques telles que le réchauffement climatique sont inévitablement multiples. Le lierre est une plante fréquente dans la région, aux vertus et aux propriétés reconnues depuis longtemps et autrefois beaucoup utilisée. Le lierre, une plante essentielle à nos jardins, est à réhabiliter !