La Composition Chimique et les Multiples Vertus du Lierre Grimpant (Hedera helix)

Le lierre grimpant (Hedera helix), souvent perçu à tort comme une plante nuisible, est en réalité une espèce végétale aux caractéristiques remarquables et aux nombreuses vertus, tant écologiques que médicinales. Cette liane commune en Europe, en Afrique du Nord et au Proche-Orient, dont le nom de genre, Hedera, est une corruption du mot latin Hedea signifiant « la corde, l’attache », appartient à la famille des Araliacées. Il est la seule espèce sauvage de cette famille en Europe occidentale, bien que plus de 50 genres de cette famille, majoritairement tropicaux, existent ailleurs dans le monde.

Lierre grimpant sur un mur

Le comportement du lierre est le fruit d'une longue adaptation, ayant émergé à la fin de l'ère secondaire, au Crétacé, une période caractérisée par un climat tropical. Sa remarquable aptitude à résister à la chaleur et à la sécheresse explique sa prédominance dans les paysages méditerranéens. Il effectue deux pousses par an, au printemps et à la fin de l’été, cette dernière étant propice à la formation des tiges florifères. Ses feuilles, dont la brillance est due à une couche de cutine, une cire imperméable, ont une durée de vie de trois ans. La floraison du lierre, vert jaunâtre avec cinq étamines et un style simple, se produit de fin août en Méditerranée jusqu’en novembre plus au nord, nécessitant une quantité suffisante de photons pour s'épanouir.

Un Allié de la Biodiversité et de l'Environnement

Contrairement à l'idée reçue, le lierre n'est pas un parasite des arbres. Il établit une synergie avec son support, utilisant les arbres uniquement comme un soutien pour atteindre la lumière. Il apporte fraîcheur et un compost remarquable à l'arbre, tout en régulant les parasites. Le lierre abrite une faune si riche qu'il est l'un des éléments essentiels à la biodiversité, contribuant à la bonne santé de la forêt.

Oiseaux nichant dans le lierre

Sa capacité à tapisser les sous-bois et à se multiplier facilement par bouturage successif des tiges, en plus de la germination de ses graines, lui permet de couvrir de vastes étendues de sol. Il est important de noter que le lierre ne devient problématique que pour les arbres déjà fragilisés par l'âge ou la maladie. Pour les arbres en bon état sanitaire, il se révèle même un allié bénéfique, bien qu'il soit déconseillé de le planter au pied de jeunes arbres de moins de cinq ans pour ne pas entraver leur croissance. Il est préférable de le laisser s'installer naturellement sur des arbres matures.

Le lierre présente également des avantages pour les constructions. Il protège les murs dont les joints sont en bon état des intempéries, notamment des pluies contenant des polluants chimiques. En s'accrochant aux aspérités sans les endommager, il prévient la dégradation des pierres par le gel et assainit le sol en évitant l'excès d'humidité, néfaste pour les fondations. Il est important de ne pas confondre le lierre avec la vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia), une espèce exotique envahissante qui perd ses feuilles en hiver, contrairement au lierre qui conserve son feuillage persistant toute l'année.

En milieu urbain, le lierre est un dépolluant efficace, absorbant les particules fines grâce à son feuillage persistant qui lui permet de réaliser la photosynthèse même en hiver. Sa floraison tardive (de septembre à novembre) est cruciale pour les derniers pollinisateurs de la saison, attirant papillons, mouches, guêpes et abeilles. La fructification tardive et longue du lierre fournit également une source de nourriture et un refuge pour les oiseaux dans ses rameaux aériens. Il tolère toutes les expositions, même très ombragées, et est peu sensible aux maladies et ravageurs.

Le lierre, ses avantages...

La Phytothérapie et la Composition Chimique du Lierre Grimpant

Le lierre grimpant est une plante très répandue qui a souvent une mauvaise réputation, à tort. Découvrez ses caractéristiques et ses vertus médicinales. En phytothérapie, le lierre grimpant est utilisé pour dégager les voies respiratoires et apaiser la toux. L'Agence européenne du médicament reconnaît les extraits de lierre grimpant comme un « usage médical bien établi comme expectorant en cas de toux productive (grasse) ».

Les principes actifs du lierre grimpant sont principalement des saponines, des sortes de « savons naturels », notamment les hédérasaponines. Parmi ces saponines, l'alpha-hédérine, l'hédérasaponine-C, l'hédéracolchiside-E et l'hédéracolchiside-F ont démontré des activités antioxydantes et anti-inflammatoires aiguës. Le lierre contient également des stérols, des acides phénoliques comme l'acide rosmarinique, et des flavonoïdes tels que la rutine. La présence d'hédérine est également associée à son efficacité supposée contre la cellulite.

Structure chimique d'une saponine du lierre

Usages Médicinaux Traditionnels et Modernes

Dans la tradition populaire, le lierre était considéré comme un « guérit tout » et était associé à la magie et à la sorcellerie. Sa propriété la plus anciennement connue était de soigner les migraines. Pline l'Ancien recommandait une macération de rose et de feuilles de lierre dans du vinaigre pour les maux de tête. Au Ier siècle après J.-C., Apuleius affirmait que onze baies mûres, bues avec de l'eau, pulvérisaient les calculs rénaux. Les Gaulois le considéraient comme une plante bénie des dieux, et dans les campagnes, il était utilisé comme un purgatif puissant. La macération de feuilles était aussi employée pour soigner les cors aux pieds, et le suc récolté sur les vieux troncs avait la réputation d'être un excitant efficace.

Aujourd'hui, l'infusion de feuilles fraîches ou sèches soulage les affections chroniques des voies respiratoires. Les saponines fluidifient les sécrétions et favorisent leur élimination, l'expectoration, et leurs effets antispasmodiques permettent d'apaiser certaines crises d'asthme et de soulager les toux associées à la coqueluche. Plusieurs sirops à base de lierre grimpant sont commercialisés en France pour la toux grasse chez l'adulte et l'enfant de plus de 2 ans. Des études ont montré l'efficacité d'extraits de lierre dans le traitement de la toux pédiatrique et des maladies bronchiques inflammatoires. Des combinaisons de thym et de lierre ont également été étudiées pour leurs effets synergiques dans le traitement de la bronchite aiguë avec toux productive.

Infusion de feuilles de lierre

Des recherches ont également mis en évidence des activités antivirales (notamment contre l'entérovirus 71), antimutagènes et inhibitrices des enzymes élastase et hyaluronidase, contribuant à son efficacité dans le traitement de l'insuffisance veineuse et de la cellulite. Les Grecs buvaient du vin dans lequel des feuilles de lierre avaient macéré pour se protéger des empoisonnements.

Formes d'Utilisation et Posologie

Le lierre grimpant est surtout utilisé sous forme d'extraits entrant dans la composition de produits de phytothérapie, dont la posologie est calculée en fonction de leur concentration en principes actifs. On utilise essentiellement les jeunes feuilles et le bois des vieux troncs pour la fabrication de ces extraits normalisés.

Voici quelques modes d'utilisation traditionnels et des indications de posologie, en rappelant la nécessité de consulter un professionnel de santé pour une utilisation sécurisée :

  • Infusion de feuilles (ou décoction) : 4 à 6 g de lierre grimpant par litre d'eau. Cette infusion n'est pas à prendre de façon prolongée sous peine de risquer la cirrhose hépatique.
  • Infusion ou décoction de baies : 4 à 8 g par litre d'eau. En raison de la toxicité des baies, il est impératif de ne pas dépasser 8 g.
  • Poudre de feuilles : 1 à 2 g dans du miel, du sucre ou un liquide approprié.
  • Poudre de baies : 0,5 à 1 g de poudre dans du miel, du sucre ou un liquide approprié.
  • Décoction pour lotions, compresses : une poignée de feuilles pour un litre d'eau.
  • Macération contre la gale : une poignée de feuilles pour un litre de vinaigre. En lotions, matin et soir, pendant 5 à 10 jours.
  • Contre la migraine : mixer 5 ou 6 feuilles de lierre grimpant, mettre le jus sur des compresses de gaze, les maintenir sur les deux tempes. Pline l’Ancien préconise contre ces mêmes maux de tête l’association de rose et de feuilles de lierre en macération dans du vinaigre.
  • Rage de dents - gargarismes : faire bouillir 25 g de feuilles de lierre coupées en morceaux dans un verre de vin rouge pendant 3 minutes. Retirer du feu, ajouter une demi-cuillerée à café de gros sel ou 3 cuillerées à soupe de vinaigre.
  • Pommade à 10 % de lierre : pour diverses applications.
  • Contre les brûlures, douleurs rhumatismales et sciatique : feuilles fraîches en application, à renouveler dès qu'elles se dessèchent.
  • Contre les rhumatismes, les névrites et la cellulite douloureuse : une décoction de 200 g de feuilles fraîches pour un litre d'eau à faire bouillir 10 minutes, ou des bains locaux ou enveloppements humides chauds d’eau à laquelle on aura ajouté 2 cuillerées à soupe d’alcoolature par litre.
  • Contre les rhumatismes et les névralgies (en massage hors crises inflammatoires importantes) : une pommade constituée de 5 g d’alcoolature de Lierre, 10 gouttes d’essence d’Origan, 20 g de Lanoline et 40 g d’Axonge ou de Vaseline.
  • Préparation pour la cellulite : mixer 100 g de feuilles lobées séchées avec 500 ml d’alcool à 70 degrés et laisser macérer 2 semaines en remuant tous les jours. Il est conseillé d’utiliser seulement 1,5 ml par jour dilués dans l’eau. Des décoctions et emplâtres à base de lierre sont très efficaces pour ce problème et sont utilisés dans de nombreuses préparations pharmaceutiques.

Précautions d'Usage et Contre-Indications

La cueillette sauvage comporte des risques et il est essentiel de connaître les règles et précautions pour la cueillette. Toutes les parties de la plante contiennent des saponosides (hédérine), qui sont toxiques en cas d'ingestion massive. Les feuilles du lierre peuvent provoquer des dermites de contact (falcarinol) chez certaines personnes, bien que cela soit relativement rare.

La prise de lierre grimpant peut également provoquer, dans de rares cas, des nausées, des vomissements, de la diarrhée, voire de la confusion. Les enfants qui consomment des baies de lierre grimpant présentent des symptômes d'intoxication similaires. Le lierre grimpant contient de l’émétine, une substance qui peut provoquer des contractions de l’utérus, rendant son usage déconseillé chez la femme enceinte.

L’Agence européenne du médicament déconseille l’usage des extraits de lierre terrestre chez les enfants de moins de deux ans. Une toux qui persiste ou qui récidive chez un enfant âgé de deux à quatre ans exige une consultation médicale rapide avant l’administration de tout traitement. Les personnes souffrant d'ulcère ou de brûlures d'estomac peuvent voir leurs symptômes aggravés par la prise de produits à base de lierre grimpant.

Avertissement sur la toxicité des baies de lierre

Études Scientifiques et Références

De nombreuses études scientifiques ont étayé les propriétés médicinales du lierre grimpant.Des travaux de Hofmann, Hecker et Volp (2003, 2010) ont examiné l'efficacité de l'extrait sec de feuilles de lierre chez les enfants atteints d'asthme bronchique. Schmidt, Thomsen et Schmidt (2012) ont étudié la pertinence de l'extrait de lierre pour le traitement de la toux pédiatrique. Les activités antioxydantes de saponines isolées du lierre ont été démontrées par Guelcin et al. (2004), tandis que Gepdiremen et al. (2005) ont mis en évidence leur activité anti-inflammatoire aiguë. Song et al. (2014) ont révélé l'activité antivirale de l'hédérasaponine B contre l'entérovirus 71. Elias et al. (1990) ont exploré l'activité antimutagène de certaines saponines, et Facino et al. (1995) ont étudié les activités anti-élastase et anti-hyaluronidase des saponines et sapogénines du lierre, soulignant leur contribution à l'efficacité dans le traitement de l'insuffisance veineuse.

Des revues systématiques comme celle de Holzinger et Chenot (2011) ont évalué l'efficacité du lierre grimpant pour les infections aiguës des voies respiratoires supérieures. Fazio et al. (2009) ont étudié la tolérance, la sécurité et l'efficacité de l'extrait d'Hedera helix dans les maladies bronchiques inflammatoires. Les effets synergiques d'une combinaison de thym et de lierre ont été examinés par Wagner (2009) et Kemmerich et al. (2006) pour la bronchite aiguë avec toux productive.

Enfin, l'efficacité des saponines de Hedera helix L. appliquées localement pour le traitement de la liposclérose (cellulite) a été abordée par Maffei Facino, Carini et Bonadeo (1990) et Gul et al. (2018) ont étudié la formulation de Hedera helix L. dans des formes posologiques topiques. Des études sur l'impact environnemental du lierre, comme celles de Coombes et al. (2018) sur la protection des pierres de construction contre le gel, ou de Sternberg et al. (2010) sur l'absorption des particules de poussière en milieu urbain, soulignent son rôle bénéfique.

Le lierre, ses avantages...

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