Le lierre grimpant est une plante très répandue qui a souvent mauvaise réputation, à tort. Découvrez ses caractéristiques et ses vertus médicinales. Bien que perçu par beaucoup comme un envahisseur destructeur, le lierre est une entité biologique complexe dont l'histoire, la morphologie et les propriétés thérapeutiques méritent une attention approfondie. En explorant ses mécanismes de survie et son rôle écologique crucial, nous pouvons redéfinir notre relation avec cette espèce emblématique de nos paysages.

Un peu de botanique : Origines et mécanismes de survie
Le nom de genre, Hedera, est une corruption du mot latin Hedea qui signifie : la corde, l’attache. Il appartient à la famille des Araliacées dont il est la seule espèce sauvage en Europe occidentale. Ailleurs dans le monde il y a plus de 50 genres et la majorité de ces plantes sont tropicales. Le comportement du lierre est le résultat d’une longue adaptation. Il est apparu sur terre à la fin de l’ère secondaire au Crétacé qui suit le jurassique, se termine par l’extinction des dinosaures, et précède le paléogène. Le climat était alors tropical ! Le groupe des angiospermes, les plantes à fleurs, s’étend alors grâce à une co-évolution avec les pollinisateurs comme les abeilles. Ces espèces ont en commun d’avoir une floraison automnale ou hivernale.
Le lierre a une remarquable aptitude à résister à la chaleur et la sécheresse et se plaît dans le paysage méditerranéen. Il fait des jeunes pousses deux fois par an : au printemps et à la fin de l’été, et c’est lors de la seconde pousse que se formeront les tiges florifères. Les feuilles vivent 3 ans et doivent leur brillance à la couche de cutine, une sorte de cire imperméable. Pour fleurir le lierre a besoin de suffisamment de photons d’où sa quête de lumière. Le lierre fleurit fin août en Méditerranée et jusqu’en novembre plus au nord. Sa fleur est de couleur vert jaunâtre avec 5 étamines et 1 style simple.
La synergie biologique : Le lierre n'est pas un parasite
Contrairement à l’image que l’on s’en fait, il y a une synergie entre le lierre et son arbre support. Le lierre apporte la fraîcheur et un compost remarquable à l’arbre qui le porte vers les cieux. Il abrite une faune si riche qu’il est l’un des éléments essentiels à la biodiversité, gage de bonne santé pour la forêt toute entière. Il régule par exemple les parasites. Il tapisse la plupart de nos sous-bois, ses graines y germent avec une grande facilité. Sa multiplication s’y fait également par bouturage successif des tiges. Ainsi, une seule graine va produire un pied de lierre capable de couvrir à lui seul des kilomètres carrés de sol.
Tant que l’arbre support est en bonne santé, tout se passe bien. Mais si celui-ci vient à avoir une faiblesse quelconque, grand âge ou maladie, les choses tournent mal. Le lierre met l’édifice sur lequel il grimpe à l’abri des intempéries. Grâce à lui, la ruine est protégée des pluies dévastatrices qui contiennent de plus en plus de polluants chimiques. Les pierres gorgées d’eau sont plus sensibles au gel qui les fait éclater et disloque ses joints. Il va aussi assainir le sol en évitant l’excès d’humidité, mauvais pour les fondations. Seul un excès d’humidité au niveau des racines gênera sa culture, un arrosage régulier et un ombrage adapté pendant sa première année de plantation suffisent à réussir sa mise en place.

Les vertus médicinales au fil de l'histoire
Concernant son utilisation en médecine, dans la tradition populaire, il sera aussi bien « le guérit tout » comme un grand nombre d’autres végétaux, qu’une plante associée à la magie et à la sorcellerie. Sa propriété la plus anciennement connue autrefois était de soigner les migraines. Tressée en couronne, la liane préservait soi-disant des contrecoups dus aux excès d’alcool. Pline l’Ancien préconise contre ces mêmes maux de tête l’association de rose et de feuilles de lierre en macération dans du vinaigre. Quand à Apuleius en l’an 163 après J.C., il utilise le lierre à des fins bien particulières. Il affirme que onze baies mûres bues avec de l’eau pulvérisent les calculs rénaux.
Pour les gaulois, le lierre est aussi une plante bénie des dieux. Dans les campagnes, on se servait du lierre comme d’un purgatif puissant. La macération de feuilles était utilisée pour soigner les cors aux pieds. Enfin le suc, ou gomme récoltée sur les troncs des vieux lierres dans les régions méridionales a la réputation d’être un excitant efficace. L’infusion de feuilles fraîches ou sèches soulage les affections chroniques des voies respiratoires. Les saponines fluidifient les sécrétions et favorisent leur élimination, l’expectoration et leurs effets antispasmodiques permettent d’apaiser certaines crises d’asthme et de soulager les toux associées à la coqueluche. Les feuilles du lierre peuvent provoquer des dermites de contact (falcarinol) chez certaines personnes mais c’est relativement rare.
SVT - Méthode - Réaliser une empreinte de feuille (lierre)
Applications contemporaines et pharmacologie
Pour Palaiseul, il est un calmant et un modérateur très efficace de la sensibilité des nerfs périphériques. Quand à son efficacité supposée pour lutter contre la cellulite, elle serait due en partie à l’hédérine. Décoctions et emplâtres à base de lierre sont très efficaces pour ce problème et sont utilisés dans de nombreuses préparations pharmaceutiques. Pour préparer une solution type, il est possible de mixer 100 g de feuilles lobées séchées avec 500 ml d’alcool à 70 degrés et laisser macérer 2 semaines en remuant tous les jours. Il est conseiller d’utiliser seulement 1,5 ml par jour dilués dans l’eau.
La recherche moderne confirme certains usages anciens tout en apportant une rigueur scientifique nécessaire. Des études comme celles de Bertrand (Au royaume secret du lierre), Metcalfe (Hedera helix L. J. Ecol.), Wyka et al. (The vertical form of the common ivy Hedera helix L. is associated with diverse and semi-natural forests in Central European highlands), et Small (Ivy (Hedera species) - virtues and vices of the world’s most popular ornamental vine) mettent en lumière les multiples facettes de cette plante. Il est crucial de souligner que la cueillette sauvage comporte des risques. Nous vous rappelons que vous pouvez découvrir ici les règles et précautions pour la cueillette. Vous pouvez tester nos plateformes au travers de la démo de la formation du cueilleur pour garantir une pratique respectueuse et sans danger pour votre santé.

Perspectives sur la culture et l'entretien
La culture du lierre, bien que simple, nécessite de comprendre ses besoins fondamentaux. Au-delà de sa capacité à coloniser, il demande une attention particulière lors de son installation. Une fois bien ancré, sa résilience est exceptionnelle. Il est important de considérer que le lierre, par sa structure, agit comme un isolant thermique naturel pour les structures qu'il recouvre. En hiver, son feuillage persistant limite les pertes de chaleur des murs, tandis qu'en été, il offre une ombre protectrice qui maintient une température plus fraîche, réduisant ainsi le stress thermique sur le bâti ou les troncs d'arbres.
Le choix des variétés et leur emplacement doivent être réfléchis en fonction de l'exposition. Bien que le lierre s'adapte à de nombreuses conditions, sa préférence pour des sols riches et une humidité modérée est constante. La gestion de sa croissance, notamment dans un contexte de jardinage ou de gestion forestière, permet de maintenir une esthétique harmonieuse tout en profitant des avantages écologiques qu'il procure. La taille régulière peut encourager une densité accrue, renforçant son rôle d'abri pour la faune locale, notamment pour les oiseaux nicheurs et les insectes pollinisateurs qui trouvent dans ses fleurs tardives une ressource de nectar essentielle avant l'hiver.
Interaction chimique et métabolites secondaires
La complexité du lierre ne se limite pas à sa structure physique, mais s'étend à sa composition chimique. Les saponines, mentionnées pour leurs effets sur les voies respiratoires, sont des métabolites secondaires que la plante produit comme mécanisme de défense contre les herbivores. Cette richesse chimique explique pourquoi le lierre a été au centre de nombreuses recherches pharmacologiques. L'hédérine, en particulier, fait l'objet d'études pour ses propriétés lipolytiques, ce qui justifie son intégration dans les soins cosmétiques destinés à traiter la cellulite.
La distinction entre les feuilles lobées, que l'on trouve sur les tiges stériles, et les feuilles entières ou ovales des tiges florifères (troncs âgés), est fondamentale. Cette variabilité morphologique s'accompagne souvent d'une concentration différente en principes actifs. Pour une utilisation thérapeutique, il est donc recommandé de privilégier les feuilles lobées, plus courantes et mieux étudiées. La prudence reste de mise lors de la manipulation, car le contact direct avec la sève peut induire des réactions cutanées chez les individus sensibles, une vigilance qui souligne la puissance des composés actifs présents dans cette plante commune.
Le lierre dans l'écosystème global
Considérer le lierre comme un simple ornement ou un parasite est une vision réductrice qui ignore sa place dans le cycle des nutriments et la dynamique forestière. En tant que plante sempervirente, il joue un rôle majeur dans la séquestration du carbone et la production d'oxygène tout au long de l'année. Sa capacité à fleurir alors que la plupart des autres espèces sont en dormance en fait une source de nourriture cruciale pour les insectes, comblant un vide dans le calendrier floral annuel.
À une échelle plus large, le lierre participe activement à la stabilisation des sols, prévenant l'érosion sur les pentes et dans les zones forestières dégradées. Son système racinaire dense aide à maintenir la structure du sol, favorisant l'infiltration de l'eau et limitant le ruissellement. En tant qu'élément du paysage, il tisse un lien entre les milieux anthropisés et les espaces sauvages, offrant des corridors écologiques vitaux pour le déplacement de la petite faune. Sa présence, bien loin d'être un signe de déclin d'un écosystème, est souvent un indicateur de la capacité d'adaptation et de la richesse de la biodiversité locale, capable d'intégrer des espèces pionnières et persistantes pour assurer la pérennité du milieu naturel.