Le Miscanthus en Élevage Laitier Robotisé : Une Alternative Durable et Performante pour la Litière

Face aux enjeux croissants d’autonomie, de confort animal et de gestion des effluents, de plus en plus d’éleveurs bovins recherchent des alternatives locales à la paille pour le paillage des bâtiments. Le miscanthus, une graminée pérenne cultivable notamment en Normandie, offre une solution durable et performante en litière malaxée pour les vaches laitières, particulièrement adaptée aux systèmes de traite robotisée. Ses qualités absorbantes, sa facilité d’entretien et son intérêt agronomique en font un choix judicieux pour les exploitations souhaitant gagner en efficacité tout en valorisant leurs surfaces.

Champ de miscanthus

Qu'est-ce que le Miscanthus et ses Avantages en Litière ?

Le Miscanthus (Miscanthus x giganteus) est une graminée pérenne rhizomateuse originaire d’Asie, adaptée au climat normand et reconnue pour sa très forte croissance, cultivée pour sa biomasse. Ses tiges peuvent atteindre jusqu'à 4 mètres de haut. Il peut être brûlé en tant que combustible en chaudière, ou utilisé comme matériau de construction isolant, en paillage horticole, en litière, voire même à faible dose, dans la ration des vaches pour forcer la rumination.

En litière malaxée, ce matériau assure un bon confort de couchage et ses utilisateurs affirment même avoir moins de problèmes sanitaires qu’en aire paillée classique. Avec un pouvoir absorbant deux fois plus important que la paille, le miscanthus séduit les éleveurs en manque de paille. C'est une litière souple et sèche. Le miscanthus est une graminée très intéressante pour les éleveurs en stabulation libre qui ne sont pas autonomes en paille. Adrien Solivo, éleveur dans le Loiret, témoigne : « C'est un produit sain. Nous n’avons plus de mammites d’environnement, et nous livrons du lait en qualité "A" tous les mois ». Les trayons peuvent parfois être un peu plus longs à nettoyer, mais les bouses ne collent pas aux mamelles comme on peut le voir en aire paillée classique. Les vaches sont plutôt propres, et elles ne se salissent que durant les deux dernières semaines avant le curage. Contrairement au fumier, la saleté n’adhère pas aux poils, et les vaches redeviennent propres dès que l’on renouvelle le miscanthus.

Contrairement au fumier classique, le miscanthus présente un atout indéniable : pas besoin de construire de fumière, ni de bâtiment pour stocker les bottes de paille. Les agriculteurs épandent directement ce « compost » sur les cultures ou peuvent le stocker aux champs hors des périodes d’épandage autorisées. Il n’y a pas non plus besoin d’être équipé de pailleuse, voire même de presse à balle ronde.

Le miscanthus : une plante qui offre de nombreux avantages (RTBF)

La Litière Malaxée au Miscanthus : Fonctionnement et Gestion

La litière malaxée repose sur le principe d'étaler la matière (miscanthus, copeaux, plaquettes de bois…) sur une couche de 25 à 30 cm puis de la brasser 1 à 2 fois par jour avec un outil à dent. De cette façon, pas de paillage quotidien ni de curage régulier : on vide le tout entre 3 et 8 mois selon les systèmes et la période d’utilisation (rappel : le curage doit être fait lorsque la litière atteint les 37°C). Pour Adrien Solivo, qui utilise le miscanthus depuis deux ans pour ses vaches laitières, la litière est vidée seulement trois fois par an alors que les vaches ne pâturent pas. Il remue la litière tous les matins avec un outil à dents (type canadien). Les vaches sont maintenues hors de l’aire paillée durant quatre heures, ce qui laisse le temps à l’humidité de s’évacuer. Contrairement à du compost, la litière ne fermente pas, ne chauffe pas et n’a pas d’odeur.

Pour que le système fonctionne bien, il faut un bâtiment très ouvert et ventilé afin que la litière puisse sécher et ne pas laisser les vaches se recoucher tout de suite après avoir remué. Les éleveurs du Gaec de l’enclos ont une stabulation des vaches laitières ouverte sur les deux longs-pans, avec une toiture en écailles et un filet brise-vent côté ouest, très ouvert tout en protégeant des entrées de pluie. L’aire de couchage est tout en longueur : 108 mètres de long sur 11 mètres de large, soit 1188 m2 pour 160 vaches traites. Dès qu’il y a un peu de soleil, le miscanthus sèche très vite. L’été dernier, la stabulation d’Adrien Solivo n’a pas été curée pendant près de sept mois alors que les vaches ne sortent pas. Le curage a lieu trois à quatre fois par an : tous les deux à trois mois en hiver et nettement moins souvent aux beaux jours.

Production et Coûts du Miscanthus

Implanter du miscanthus coûte cher, mais une fois en place, il est là pour longtemps (jusqu’à 20-25 ans, avec des rendements moyens de 11 t MS/ha dès la cinquième année). Pour 150 vaches laitières en litière malaxée, il faut compter environ 7 ha de miscanthus, explique Camille Lecuyer, conseillère à la chambre d’agriculture de Normandie. En dédiant une partie de la surface au miscanthus, la marge par hectare diminuera certes un peu, mais par rapport à un achat de paille, c’est économiquement plus intéressant.

Tableau comparatif des coûts litière miscanthus vs paille

CritèrePaille achetéeMiscanthus achetéMiscanthus produit sur 7 ha
Besoin litière (150 VL, 1200 m², pâturage 150j)255 t89 t
Prix de la litière (€/t brute livrée)85 €/t160 €/t56 €/t
Coût annuel d'achat de la litière21 700 €/an14 200 €/an5 000 €/an

Sur une ferme d’élevage, il n’y a pas beaucoup d’avantages à produire son propre miscanthus plutôt que de l’acheter. En le produisant, il devient rentable au bout de 7 à 9 ans seulement si la surface implantée substitue de la surface fourragère. En grandes cultures, la rentabilité est estimée à 5 voire 7 ans.

Le coût de production annuel pour 20 ans d'implantation (système sans chimie, rendement estimé à 11 t MS/ha et récolte à 85 % MS) a été détaillé :

  • Préparation du sol (3x déchaumeur + labour + 2x herse rotative) : 12,5 €/an
  • Implantation (rhizomes + location planteuse + acheminement rhizomes + tracteur) : 160 €/an
  • Désherbage mécanique : 8,5 €/an
  • Récolte ensileuse : 300 €/an
  • 2 tracteurs benne à 50 €/h : 100 €/an
  • Stockage : 150 €/an
  • TOTAL : 731 €/ha/an, soit 66 €/t MS

Le miscanthus peut être récolté dès sa deuxième année d'implantation. Il doit être coupé court (brins de 2 à 3 cm de long) en laissant l'éclateur pour atteindre le cœur spongieux des tiges car c'est là que se trouve le pouvoir absorbant de la plante. Et très important : il doit être ensilé bien mûr, à 80-85 % MS, sinon il chauffe.

Dans le Loiret, Adrien Solivo et Emmanuel Choiseau utilisent le miscanthus pour tous leurs animaux : les laitières, les taries, les veaux en niches individuelles et en cases collectives. Ils s’approvisionnent auprès de Novabiom, une entreprise spécialisée dans l’implantation et la vente de miscanthus. Le produit coûte environ 120 €/t, livré sur la ferme par Novabiom. Il en coûterait environ moitié moins si l’élevage s’approvisionnait directement auprès d’un producteur local. Ils pourraient également implanter quelques hectares de miscanthus. La culture de cette plante ne demande pas d’intrant et qu’un seul passage par an au moment de la récolte à l’ensileuse en hiver. Les rendements sont de l’ordre de 15 à 25 tonnes MS/ha. L’implantation coûte environ 3000 €/ha. Les frais de récolte sont d’environ 25 €/t. Le GAEC de l'enclos cultive aujourd’hui 9 ha de miscanthus, ce qui suffit normalement pour les vaches. Cette année, ils ont aussi récolté 16 ha chez un voisin (50 €/t), pour constituer du stock de sécurité.

Comparaison rendement miscanthus et autres cultures

Stockage du Miscanthus

En litière malaxée de miscanthus, il faut prévoir un espace de stockage assez conséquent. Contrairement à la paille qui peut être stockée en meule couverte dehors, le miscanthus devra être entreposé à l'intérieur et c'est un produit volumineux (1 t = 8 m3). Pour les 1 300 m² de la stabulation des vaches laitières d’Adrien Solivo, il faut environ 30 tonnes, soit trois camions de 90 m3 (la densité du miscanthus est très faible). Avec le recul, pour le Gaec de l’enclos, il leur semble primordial de maîtriser sa source d'approvisionnement, et de pouvoir stocker suffisamment de matériau pour passer un hiver humide.

Miscanthus et Confort Animal : Au-delà de la Litière

En optant pour le miscanthus comme litière malaxée, les éleveurs disposent d’une solution autonome, efficace et agronomiquement rentable pour remplacer la paille. Bien implantée et bien conduite, cette culture permet non seulement de réduire les coûts liés aux achats de paille, mais aussi d’améliorer les conditions sanitaires du troupeau et de produire un effluent concentré aux bonnes valeurs fertilisantes.

Le miscanthus offre un environnement sans stress, calme et tranquille aux vaches, qui leur permet d’exprimer leur comportement naturel. L'élevage Solivo-Choiseau a fait le choix d’une aire paillée plutôt que des logettes. Adrien Solivo déclare : « Nous étions auparavant dans un bâtiment en logettes intra bois et je ne reviendrais pas aux logettes aujourd’hui, ça fait trop de casse sur les animaux, trop de boiteuses et de gros jarrets. Sur une aire paillée, elles prennent leur aise et se couchent dans la position qu’elles veulent. »

Vaches laitières sur litière de miscanthus

Optimisation de la Litière Malaxée : Exemples d'Innovations

Dans le Loiret, Adrien Solivo et Emmanuel Choiseau ont construit un bâtiment très simple, peu coûteux et particulièrement économe en temps de travail. Cette stabulation de 10 mètres de large par 130 m de long est faite d’un toit monopente ouvert vers l’est. La face nord est bardée en bois jusqu’à 50 cm du sol. L’aire d’exercice de 7 mètres de large non couverte est nettoyée par hydrocurage (système de chasse d’eau).

La spécificité de ce bâtiment tient dans son surprenant système de chien électrique sur les 130 mètres de long de l’aire paillée. Toutes les deux heures, de jour comme de nuit, une sonnerie retentit et la barrière poussante avance d’un mètre par seconde depuis le mur du fond jusqu’à l’aire d’exercice. Les vaches sont priées de se lever rapidement pour quitter l’aire paillée. Une fois debout sur l’aire d’exercice, il ne faut que quelques secondes avant que toutes les vaches se mettent à bouser de concert ! Au bout de cinq minutes, la barrière montée sur poulie et actionnée par un unique moteur, revient à sa position initiale le long du mur et les vaches vont se recoucher. La barrière électrique est actionnée à 6 h et bloque l’accès jusqu’à 10 h le matin, le temps de faire la traite et que la litière s’aère suffisamment. Même chose le soir entre 16 h 30 et 21 h pour la traite et la distribution de la ration. Le reste du temps, ce chien électrique lève les vaches à 12 h, à 14 h 15, minuit, 2 h et 4 h. Selon Adrien, « Nous avons lu que dans son comportement normale, une vache se lève systématiquement toutes les deux heures pour aller manger, boire et se vidanger, y compris la nuit ».

Les animaux ont pris le rythme et ne semblent pas en souffrir particulièrement. Les éleveurs n’ont remarqué aucune baisse de lait ou fatigue anormale : « le troupeau est parfaitement rythmé et synchronisé. Au moment de la sieste, les seules vaches qui restent debout sont celles en chaleur. Par contre, il ne faut surtout pas s’amuser à changer les horaires de la barrière ! ». Les bovins dorment peu, car bien qu’ils restent plus de 12 h/j couchés, leur phase de sommeil profond est très courte : entre 30 à 60 minutes cumulées par tranche de 24 h, fractionnées en 8 à 10 fois (par tranche de moins de 10 minutes) et uniquement durant la nuit.

Après avoir hésité, les éleveurs ne regrettent pas de n’avoir pas investi dans des logettes. Le bâtiment a coûté 400 000 euros tout compris, c’est-à-dire avec la fosse à lisier, le système d’hydrocurage, la salle de traite 2*10 simple équipement, la laiterie, le tank, etc. Soit un coût de construction inférieur à 2 000 euros par place. L’ensemble est amorti sur 10 ans. Si c’était à refaire, Emmanuel Choiseau doublerait la surface de l’aire paillée, car aujourd’hui, chaque vache dispose d’environ 6,5 m² de couchage, l’idéal serait qu’elles aient 10 à 12 m² chacune. Il conserverait un bâtiment monopente très ouvert et aéré et ajouterait des ventilateurs.

Au Gaec de l’enclos, une barrière poussante, rarement électrifiée, fonctionne 4 fois par 24 heures, permettant à la litière de s'aérer. La maîtrise du compostage n’est pas encore optimale. Une fois, après curage, ils avaient mis de la chaux au fond de la litière pour bien assainir et assécher la litière. Maintenant que le Gaec est autonome en miscanthus, quand l’hiver est très humide, il pourra curer 4 fois au lieu de 3, « mais il faut trouver comment faire pour que ça ne chauffe pas. Car pour l’instant, chaque fois que l’on cure, on constate que 15 jours après, la litière fraîche chauffe trop ». Maintenant, quand le curage a lieu, « on en laisse sur les bords pour que la litière fraîche se réensème et composte plus vite », indique Nicolas Fleury. Peut-être faut-il laisser davantage de litière compostée pour réensemencer la litière fraîche ? Autre piste : limiter le nombre de vaches traites en hiver.

Le Miscanthus pour d'Autres Animaux et Applications

Adrien Solivo apprécie également le miscanthus pour les veaux : « je ne remue pas la litière des veaux et génisses que je cure rarement. J’ajoute seulement un peu de miscanthus quand ça commence à être sale. Le miscanthus absorbe un peu d’eau mais il a plutôt un effet drainant, comme un matelas de gravier. Les veaux sont toujours au sec, même en niches individuelles. »

Cette litière est connue en aviculture. Adrien est convaincu que le miscanthus peut convenir en litière pour beaucoup d’autres animaux ou dans les bétaillères. « J’ai quelques lapins en clapier par exemple, ça fonctionne très bien. J’ai même des génisses sur miscanthus que je n’ai pas curé depuis deux ans ! Donc, pour des animaux aux excréments assez secs comme les brebis ou les chèvres, je suis sûr qu’il n’y aurait pas besoin de vider la litière avant plusieurs années. De même, pour le paillage des stabulations de vaches allaitantes ou de jeunes bovins, dans les régions qui manquent de paille. Auparavant, nous avions essayé la sciure de bois, cela ne nous avait pas du tout convaincu : la sciure absorbe l’eau et nous avons rencontré des problèmes de mammites. »

La Traite Robotisée et le Miscanthus : Une Combinaison Gagnante

Les solutions de traite robotisée visent à produire un lait de haute qualité et à atteindre les objectifs des éleveurs. Elles optimisent l'efficacité de la main-d'œuvre, aident à l'amélioration de la santé des vaches et augmentent les rendements. L'élevage est un écosystème unique, dont les éleveurs comprennent les subtilités mieux que quiconque. Il en va de même pour leurs vaches : leurs habitudes, leurs préférences et leurs nuances individuelles sont une seconde nature. C'est précisément ce que l’on peut attendre d'un système de traite robotisée : il ne s'agit pas seulement d'efficacité, il s'agit de refléter les instincts et les actions des éleveurs.

Robot de traite dans une stabulation

Un système de traite robotisée offre aux vaches une liberté de choix et un environnement sans stress, calme et tranquille, qui leur permet d’exprimer leur comportement naturel. Chaque vache, et même chacun de ses trayons, est unique et doit donc être traité individuellement. Les performances des vaches sont optimisées lorsqu’elles sont en bonne santé. Les exigences en matière de santé doivent être respectées. Le lait est une denrée précieuse mais périssable et doit être manipulé avec soin pour en maintenir la qualité. Les solutions de traite robotisée offrent une liberté de choix et une flexibilité et contribuent au bien-être des vaches.

L’utilisation du miscanthus en litière malaxée s'intègre parfaitement avec les systèmes de traite robotisée en offrant des conditions sanitaires améliorées et un confort optimal pour les animaux, réduisant ainsi les risques de mammites et favorisant la production d'un lait de haute qualité. Le fait que les vaches se salissent moins, comme observé avec le miscanthus, est un atout majeur pour la propreté des trayons et la qualité du lait collecté par le robot. De plus, la réduction significative du temps de travail lié à la gestion de la litière (pas de paillage quotidien, curage moins fréquent) permet aux éleveurs de se concentrer sur d'autres aspects de la conduite du troupeau et de la gestion de l'exploitation, en accord avec l'objectif d'optimisation de l'efficacité de la main-d'œuvre des systèmes robotisés.

Au total, l’élevage d’Adrien Solivo et Emmanuel Choiseau détient près de 350 animaux pour une production annuelle d’1,8 million de litres de lait. La traite n’occupe qu’une seule personne à la fois. Il suffit de deux personnes (Adrien et une vachère) à l’année pour s’occuper de l’intégralité du troupeau. Adrien insémine et fait le contrôle laitier lui-même. Avec un système à la fois très simple et intensif (11 500 litres/VL), cette exploitation affiche une productivité record de près de 900 000 litres/UMO ! Ce bâtiment d'élevage très simple permet à Adrien Solivo et une salariée de produire 1,8 million de litres, démontrant une productivité impressionnante.

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