La connaissance rime avec pouvoir. Dans le paysage politique et social contemporain, peu de symboles possèdent une résonance aussi profonde et universelle que la devise nationale française. « Liberté, Égalité, Fraternité » ne constitue pas seulement une suite de mots gravée sur les frontons de nos édifices publics ; ce sont les trois valeurs fondamentales qui définissent la société française aujourd'hui, et la vie démocratique de manière générale. Comprendre cette devise, c'est plonger dans les racines mêmes de notre modernité politique et interroger les défis qui persistent dans une société en constante mutation.

Les piliers d'une démocratie vivante
La liberté, ou le droit de vivre librement, libre de toute oppression ou restrictions infondées de la part des autorités, est une valeur fondamentale de nos sociétés démocratiques. Elle garantit l'autonomie de l'individu face aux structures de pouvoir. Il en va de même pour l'égalité. Il ne s'agit pas uniquement de traiter d'égal à égal les personnes. Tout le monde doit être égal devant la loi, un principe qui constitue le socle de la justice républicaine.
La fraternité, quant à elle, occupe une place singulière dans ce triptyque. Elle n'a pas de rapport avec le genre (« frère » est la racine du mot) ou les organisations fraternelles sociales des universités américaines, mais plutôt avec l'idée que nous devrions tou.te.s être solidaires les un.e.s envers les autres. L'association de ces trois concepts définit un ensemble de valeurs et un mode de vie avec lequel la plupart d'entre nous sommes d'accord. La démocratie permet à chacun de s'exprimer, et pas seulement aux riches et aux puissants. Cependant, cet équilibre est fragile. Une fois au pouvoir, les dirigeants autoritaires affaiblissent les mécanismes de contrôle qui les obligent à rendre des comptes. La protection de ces valeurs nécessite une vigilance constante, car elles sont le rempart contre l'arbitraire.
Genèse historique : d'une lutte révolutionnaire à un idéal national
Si cette devise a trouvé ses origines en France, les valeurs prônées n'étaient pas nouvelles. L'idée selon laquelle les personnes doivent se traiter les uns les autres de manière égalitaire et avec respect, et que les souverains doivent traiter leurs sujets de la même façon, est en fait très ancienne. Les notions de liberté, d'égalité et de fraternité n’ont pas été inventées par la Révolution. Le rapprochement des concepts de liberté et d’égalité est fréquent sous les Lumières, en particulier chez Rousseau et chez Locke.
Cependant, il faut attendre la Révolution française pour les voir réunies en triptyque. Retournons en France, où ces valeurs sont nées d'une lutte, quand le peuple a cherché à se libérer du joug de la monarchie oppressive. À partir de 1793, les Parisiens, rapidement imités par les habitants des autres villes, peignent les façades de leurs maisons de cette inscription : « Unité, indivisibilité de la République ; liberté égalité ou la mort ».

Il est intéressant de noter que l'inclusion du terme fraternité ne s'est pas faite sans critique. En réponse, Olympe de Gouge, journaliste française, a rédigé la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, soulignant les limites de l'inclusion de l'époque. Cette devise n'était pas la seule à être utilisée pendant la révolution ; elle a été vue comme une sorte de « fourre-tout » qui intègre les droits fondamentaux et les libertés des citoyens français, principalement ceux des hommes. La fraternité laisse aussi suggérer l'importance du sentiment d'appartenir à une lutte commune chez les Français, unis par leurs croyances et leur nationalité.
L'évolution institutionnelle : de l'Empire à la République
Comme beaucoup de symboles révolutionnaires, la devise tombe en désuétude sous l'Empire. Elle fait son retour lors de la Révolution de 1848, qui la définit comme un principe de la République, inscrit dans la constitution. Boudée par le Second Empire, elle finit par s'imposer sous la IIIe République, malgré quelques résistances, y compris au sein des Républicains : la solidarité est parfois préférée à l'égalité, qui implique un nivellement social, tandis que la connotation religieuse de la fraternité ne fait pas l'unanimité. La devise est finalement inscrite sur le fronton des édifices publics le 14 juillet 1880, scellant son statut officiel dans le paysage urbain et mental de la France.
Les symboles de la République CP - CE1 - CE2 - CM1 - CM2 - Enseignement moral et civique
La devise à l'épreuve de la modernité et de la diversité
Aujourd'hui, « Liberté, égalité, fraternité » est toujours la devise de la République française. Elle signifie encore aujourd'hui la même lutte contre les inégalités, les divisions et abus de pouvoir, qu'à l'époque de la révolution. Ceci étant dit, la culture française est bien plus complexe qu'à l'époque. Marc-Olivier Padis, du think tank Terra Nova, explique qu'aujourd'hui « les mots sont les mêmes mais la signification a changé ».
La France est devenue beaucoup plus mixte depuis l'époque où cette devise a vu le jour, et l'égalité est la valeur qui a sans doute subi le changement de sens le plus important. Ce changement de sens suit le cours de l'histoire de la France, car les inégalités persistent dans de trop nombreux domaines : inégalités économiques, géographiques, raciales, religieuses.
La devise est très importante aux yeux de nombreux Français.e.s et représente une source de fierté, englobant les valeurs d'une France moderne et diverse. Mais les personnes lui prêtent des sens différents. Beaucoup pensent que les valeurs d'égalité, liberté et fraternité s'appliquent dans leur véritable forme à tous les individus. D'autres, cependant, et notamment les membres du Rassemblement national et autres mouvement d'extrême droite, n'appliquent ces valeurs qu'aux citoyen.ne.s français.es, créant une tension permanente sur l'universalité du message.
Les changements culturels et démographiques influencent aussi la façon dont la devise est comprise. Nombreux sont celles et ceux qui pensent que la laïcité est aussi une valeur centrale en France, et qu'elle fait partie intégrante de la devise et de ses valeurs. Par conséquent, quand ils soutiennent des mesures d'interdiction du port de voile ou autres signes religieux, ils.elles ne voient aucune violation des valeurs de la devise. L'incertitude économique pourrait bien perdurer et la France devenir encore plus diverse, de bien des manières, ce qui continuera de forcer une réinterprétation constante de ce triptyque historique.

Perspectives sur les droits humains et l'engagement citoyen
Le sens de la devise porte encore en lui cette lutte pour les libertés et les droits, pour l'égalité et la non-discrimination. Les grands mouvements commencent par le partage d'informations. Nos articles de vulgarisation aident à comprendre les questions les plus urgentes en matière de droits humains, afin qu'ensemble nous puissions défendre ce qui compte vraiment.
Dans un contexte où les gouvernements peuvent parfois abuser de leur pouvoir, le rôle de la société civile est crucial. Notre équipe d'experts juridiques a contribué à créer de nouveaux pouvoirs permettant de couper les financements de l'UE lorsque les gouvernements abusent de leur pouvoir, mais l'UE doit en faire plus. La défense de la liberté, de l'égalité et de la fraternité dépasse les frontières nationales ; elle est devenue un enjeu européen et mondial. Chaque citoyen est invité à joindre sa voix à cette lutte pour préserver l'intégrité des institutions démocratiques. La pérennité de notre devise ne dépend pas seulement de sa gravure sur la pierre, mais de son incarnation quotidienne par chacun d'entre nous, dans le respect des droits humains et la promotion d'une solidarité sans frontières.