L'évolution des pratiques en élevage laitier est constante, et la recherche de solutions alliant bien-être animal, efficacité économique et durabilité est au cœur des préoccupations. Parmi les approches innovantes, la logette à litière compostée, et plus largement les aires de couchage malaxées et compostées, se présentent comme des alternatives prometteuses aux systèmes traditionnels. Cette méthode, qui gagne en popularité, offre des avantages significatifs en termes de confort pour les animaux et de gestion des effluents.

Pourquoi une litière est-elle indispensable, même sur un matelas confortable ?
La question de la nécessité de la litière dans une logette surélevée, même si celle-ci est pourtant pourvue d'un confortable matelas en caoutchouc, est souvent posée. La station d'essais de la DLG (Société Allemande d'Agriculture) a réalisé une étude comparative de différentes litières sur tapis KEW+. Le résultat de l'essai est net : la litière joue un rôle crucial dans le confort et l'hygiène des animaux.
La paille défibrée, par exemple, a la meilleure capacité d'absorption, ce matériau absorbe quatre à cinq fois son propre poids en eau, et c'est l'option la plus inoffensive pour l'épiderme de la vache. Il est essentiel d'être vigilant avec les copeaux de bois et la sciure, qui, selon leur provenance, peuvent provoquer des échardes et des irritations. Quant au mélange paille et chaux ou paille et poudre asséchante, il nécessite un suivi précis des préconisations du fabricant. Les quantités nécessaires varient selon le type de litière.
La logette creuse : une alternative économique et confortable
La difficulté grandissante de certains éleveurs pour trouver de la paille et les enjeux sociétaux sur le bien-être animal méritent de se pencher sur les avantages de la logette creuse. « Nous avons suffisamment de recul aujourd’hui pour dire qu’en matière de confort, rien n’égale les logettes creuses. Dans la logette creuse, il n’y a plus de béton sur la couche de l’animal », précise un technicien.
D'un point de vue de la conception, certaines règles sont à respecter : le seuil de la logette doit faire 20 cm de haut. Le fond est en général rempli de marne ou de sable de bonne qualité, il ne faut pas utiliser de remblais ou de matériaux blessants. Puis, un substrat filtrant indemne de matières grossières est déposé sur une épaisseur de 10 à 15 cm. Ce substrat peut être un compost issu d'un séparateur de phase qui remanie le lisier. L'installation permet d'obtenir un produit pressé à 24 % de matière sèche. Très absorbant, ce compost peut être utilisé comme litière et permet de garder les vaches très propres. La phase solide étant issue de ses propres vaches, l'environnement microbien n'est pas perturbé.
Avantages économiques de la logette creuse
Le coût est un facteur déterminant pour les éleveurs. Pour une logette standard, en partant d'un terrain nu, le coût de la place est de 500 euros, ce qui correspond au béton, tubulaires et matelas. Avec la logette creuse, l'économie du matelas et du béton permet d'arriver à un coût de 150 euros par place.
À côté, l'investissement dans un séparateur de phase, d'une pompe et d'une pré-fosse s'élève à 35 000 euros pour 100 vaches. Bien évidemment ces investissements doivent être réfléchis en fonction des attentes concernant la gestion du couchage, la qualité et l'efficacité des épandages : « Pour l'éleveur qui ne veut que du lisier et qui a besoin de substrat pour remplir ses logettes, c'est une bonne solution. »
Le Miscanthus comme litière : une option durable et performante
La litière de Miscanthus est une solution de plus en plus plébiscitée par les professionnels (éleveurs, aviculteurs, horticulteurs, viticulteurs, paysagistes…). Possédant de nombreux avantages permettant d'allier bien-être des animaux et facilité d'utilisation, la litière de Miscanthus intègre également l'approche du développement durable.
Confortable, non-appétente, mécanisable et limitant les problèmes respiratoires chez certains animaux, le paillis de Miscanthus trouve une utilisation incontestable comme litière animale. Il a de plus un pouvoir absorbant trois fois supérieur à la paille de blé. La litière de Miscanthus est confortable et saine et est bénéfique pour le bien-être des volailles. Elle est homogène et simple à mettre en place (mécanisation possible), possède un grand pouvoir absorbant et est produite sans engrais ni pesticides. Très absorbante et ne chauffe pas. Il est possible de demander un devis de litière de Miscanthus à votre producteur dans la Loire SCEA Mayore pour toute commande.

Les litières malaxées et compostées : un concept innovant et des défis à relever
Réhabiliter les couchages libres dans les grands troupeaux et proposer des litières malaxées et compostées, tel a été le thème présenté par le groupe de travail Eurodairy lors du colloque international organisé par le RMT bâtiments d'élevage de demain, en février à Lille. S'agit-il d'un retour en arrière ou d'un nouveau concept innovant ? Les exigences sur la qualité du lait ainsi que l'augmentation des risques de mammites avec des aires paillées mal maîtrisées ont aussi contribué à cette évolution.
Quand la paille n'est pas disponible ou trop coûteuse, la conduite d'aires de couchage libres avec des matériaux de litière pouvant être malaxés peut s'envisager. Depuis le milieu des années 2000, certains élevages aux États-Unis, Pays-Bas, Israël, Italie ou Autriche ont en effet remplacé la paille longue par des copeaux, de la sciure de bois, de la paille hachée…
« Le principe général est d'apporter une certaine quantité d'un matériau sain, absorbant, neutre et le plus sec possible et de le malaxer quotidiennement avec un outil (vibroculteur, herse rotative, cultivateur) pour le mélanger avec les pissats et bouses », explique Jean-Luc Ménard. De premières expériences pointent leur nez en France, avec huit réalisations et dix projets répertoriés début 2017. Celles-ci se révèlent intéressantes même si elles restent à optimiser.
Deux approches pour la gestion des litières compostées
La première approche consiste à opter pour une litière de grande dimension (25 m²/VL) avec l'objectif de limiter l'entretien. Sur les deux élevages qui ont retenu ce choix, un compost de déchets verts est apporté sur un sol naturel compacté. Les éleveurs apportent une moindre quantité de matériau (5 cm de litière au départ) et assurent un malaxage le plus limité possible, avec un curage une fois par an. Le brassage et l'aération du compost permettent d'intégrer les bouses et d'assécher le compost. Une bonne ventilation s'avère aussi primordiale ; en plus de filets brise-vent amovibles, ces bâtiments sont équipés de brasseurs d'air horizontaux.
« Le premier bilan indique toutefois des difficultés de gestion de l'hygiène et de la propreté des animaux sur les périodes hivernales humides, expose Jean-Luc Ménard. En France, cette conduite n'est pas optimale. » Une accumulation de la litière sur une année nécessite des adaptations plus complexes comme on le voit aux Pays-Bas, avec des quantités de litières beaucoup plus importantes et la mise en place de systèmes de soufflerie ou d'aspiration de l'air sous la litière, ce qui renchérit le coût initial de ce type de couchage, déjà élevé du fait d'une grande surface par vache.
Du miscanthus en litière bovine
La seconde conduite s'appuie sur une conception identique à celles des aires paillées traditionnelles (7-9 m²/VL, sous-sol naturel compacté, ventilation naturelle) mais en remplaçant la litière par un matériau sain, sec et absorbant qui peut être malaxé avec un matériel simple. Un élevage utilise notamment du miscanthus broyé du commerce sur sept centimètres d'épaisseur initiale, et sans autre apport complémentaire. L'entretien journalier effectué à la herse rotative prend dix minutes par jour et le curage est réalisé trois fois par an.
« L'éleveur préfère le miscanthus aux copeaux dépoussiérés (gros volumes et coût élevé 120 €/t) ou à la sciure fine (couchage boueux, gros volume à stocker). Mais il faudrait sans doute effectuer des apports complémentaires au cours de l'accumulation afin de maintenir l'état de la litière avant curage. » Autre exemple de ce type de conduite sur un élevage qui a utilisé pendant deux ans de la sciure, malaxée deux fois par jour au vibroculteur. Après l'apport initial de dix centimètres de sciure, des apports complémentaires hebdomadaires sont réalisés. « Par rapport à l'aire paillée, les éleveurs se disent très satisfaits avec de bons résultats sanitaires et en qualité du lait, un travail quotidien allégé et des curages moins fréquents (tous les trois mois). Par contre, le coût de la sciure peut se révéler prohibitif selon sa disponibilité, ce qui les a contraints à revenir à regret à une conduite classique en aire paillée. La paille broyée, plus accessible, pourrait être une alternative, d'autant qu'elle a un pouvoir absorbant supérieur à la paille classique. »
Expériences internationales et régulations
Depuis le 1er janvier 2015, l'utilisation de compost industriel à base de déchets verts comme litière a été interdite aux Pays-Bas par l'industrie laitière, en raison des concentrations élevées de spores aérobies thermophiles présentes dans le lait cru des vaches élevées sur ce type de litière.
Depuis 2009, près de 70 étables sur litière de compost ont vu le jour aux Pays-Bas. La conception, la nature et la gestion de la litière varient d'une étable à l'autre. « Parmi les dix fermes participant à notre projet de recherche, cinq utilisent des copeaux de bois, indique Paul Galama, du centre de recherche de Wageningen. Elles compostent cette matière avec les bouses et l'urine de l'étable. La chaleur dégagée par le processus de compostage favorise l'évaporation de l'humidité. Quatre d'entre elles contrôlent le processus de compostage à l'aide d'un système d'aération qui libère ou aspire l'air au travers de la litière. » D'après les chercheurs, le coût annuel pour une étable à litière compostée de 15 m²/VL, complétée par l'aire d'exercice pour l'accès à l'alimentation, est supérieur à celui d'une étable à logettes.
En Autriche également, une cinquantaine de fermes utilisant des copeaux de sciures et de bois en couche de 20 à 25 cm (soit 1,8 à 2,5 m³/VL) ont été suivies de 2011 à 2013. L'ajout de copeaux intervient toutes les deux à sept semaines. La quantité totale de substrat utilisé pour six mois d'hiver oscille entre 5 et 8 m³/VL, avec une surface de 10-12 m²/VL. « Une nouvelle litière ne doit pas être mise en place en plein hiver en raison d'un démarrage de décomposition ralenti par le froid, souligne Joop Lensink de l'ISA de Lille. Le curage se fait idéalement deux fois par an, au printemps et en automne, lorsque la couche atteint environ 60 centimètres. »
Impact sur le bien-être animal et la santé du troupeau
Des études comparatives ont été menées pour évaluer l'impact des litières compostées sur le bien-être animal. « Nous avons comparé 138 vaches dans sept fermes avec litières compostées à 175 vaches de neuf élevages avec logettes. Dans les deux systèmes, la propreté des vaches se montre équivalente. Il ressort aussi que les litières compostées ont un impact positif sur le logement et le bien-être des vaches, ainsi que sur les boiteries et blessures aux tarses. » Ces résultats soulignent l'intérêt de ces systèmes pour améliorer les conditions de vie des animaux.
