Stratégies et Optimisation du Maïs Fourrage : De l’Implantation à la Valorisation Animale

La sécurité de l’approvisionnement : maximiser le potentiel de la plante dès l'implantation. Le maïs fourrage apporte une sécurité au niveau alimentaire, puisqu’il est généralement produit sur l’exploitation. Son potentiel de rendement dépend des conditions de semis, de végétation et de récolte. Ce sont des étapes clés qui vont conditionner 8 mois d'alimentation du bétail. Il convient donc de les réaliser parfaitement. La moitié du rendement final est en général fixée dès que le semis est réalisé.

Schéma illustrant le cycle de développement du maïs fourrage et les étapes clés de l'implantation à la récolte

Les fondamentaux de la culture fourragère

Les "cultures fourragères" font référence aux plantes cultivées spécifiquement pour servir de nourriture pour le bétail, notamment les bovins, les ovins, les caprins et autres animaux d'élevage. Ces cultures sont conçues pour fournir une source de nourriture nutritive et abondante pour le bétail, afin de répondre à leurs besoins en matière de croissance, de production laitière et d'autres utilisations agricoles. Les cultures fourragères peuvent varier en fonction des régions, des conditions climatiques et des préférences alimentaires du bétail. Les cultures fourragères sont une composante essentielle de l'industrie agricole, car elles permettent de fournir une alimentation équilibrée et abordable aux animaux d'élevage. La réussite de leur développement dépend de facteurs tels que le choix de la culture, la préparation du sol, l'irrigation adéquate, la gestion des ravageurs et les techniques de récolte appropriées.

Le maïs fourrage est cultivé dans toutes les régions françaises (à l’exception de l’extrême Sud-Est) et parfois jusqu’à plus de 900 m d’altitude. Que la récolte du maïs soit faite en grain ou en fourrage, le développement de la plante est le même, seul le stade de récolte diffère. Cependant, l’intérêt pour la partie « tige + feuilles » et pour la composition chimique globale de la plante est plus important en production de fourrage qu’en production de grain. Le cycle de développement du maïs est bref et intense. Le cycle de végétation d’un maïs à destination de fourrage dure de 5 à 6 mois. Toute la partie aérienne de la plante participe au rendement, à la valeur alimentaire, à la conservation et en définitive à l’alimentation de l’animal.

Dynamique de développement et composition chimique

Le rendement n’est donc pas le seul critère. La maîtrise du taux de MS (matière sèche) à la récolte est importante tant pour la conservation que pour la composition chimique et participe à la valeur alimentaire du fourrage. Après la floraison, le rendement plante entière suit l’augmentation du rendement grain. Tant que l’offre climatique et la qualité de la surface foliaire (surface verte, efficace pour la photosynthèse) de la plante le permettent, le rendement progresse. En règle générale, le rendement plante entière est à son maximum à 35 % MS plante entière.

Le taux de MS plante entière est piloté par le rendement et la maturité du grain qui évoluent rapidement. La teneur en amidon de la plante entière passe en moins de deux mois de quelques pourcents trois semaines après la floraison, à environ 30 % de la MS à maturité fourrage. Parce que l’absorption d’azote par la plante est limitée après la fécondation, la teneur en M.A.T. (Matières Azotées Totales) dans la plante évolue par dilution. La valeur énergétique, exprimée en UFL, est relativement stable entre 28 et 35 % MS plante entière.

Le progrès génétique au service de l'éleveur

Comme en maïs grain, le progrès génétique existe en maïs fourrage. Le progrès génétique se mesure aussi par une plus grande régularité de rendement en conditions difficiles de végétation. Les variétés d’aujourd’hui sont plus rustiques car elles sont plus régulières. Le progrès génétique concerne également la valeur énergétique, principalement en lien avec l’amélioration de la digestibilité de la partie tige + feuilles.

Les cultures fourragères font face à des défis significatifs en raison du changement climatique. Les variations dans les précipitations, les températures extrêmes et les conditions météorologiques instables peuvent avoir un impact majeur sur la disponibilité et la qualité des cultures fourragères, ce qui a des répercussions sur la production animale et la sécurité alimentaire. Les cultures fourragères pourraient devenir moins productives ou perdre de la valeur nutritionnelle en raison du stress thermique. Toutefois, les agriculteurs peuvent s'adapter en adoptant plusieurs techniques : ils peuvent opter pour des variétés de cultures fourragères résistantes à la chaleur, à la sécheresse et à d'autres conditions climatiques extrêmes. La gestion efficace de l'irrigation peut aider à atténuer les effets de la sécheresse et des précipitations irrégulières.

Les méteils : une alternative stratégique

Les méteils fourragers sont des associations de céréales et de protéagineux. Ils offrent une solution stratégique pour répondre aux défis croissants posés par les aléas climatiques tout en améliorant la durabilité et l’autonomie des élevages bovins en réduisant la dépendance aux importations. En associant les avantages nutritionnels des céréales et des protéagineux, les éleveurs peuvent assurer une alimentation équilibrée et de qualité pour leurs animaux, tout en contribuant à la gestion durable des ressources agricoles.

Fibres et amidon : le maïs en plat unique ?

Le maïs ensilé plante entière apporte de l’énergie sous 2 formes : l’amidon et les parois végétales. Ces dernières apportent aussi des fibres, et donc de la structure à la ration. En fonction de la variété choisie, il est possible d’utiliser le maïs fourrage avec une complémentation minime. Le choix de la variété dans la ration dépend de son profil :

  • Typé fibres : avec une proportion d’amidon digestible élevée, qui peut être utilisé dans tous types de rations. Certaines exploitations l’utilisent en « plat unique », simplement complémenté avec un correcteur azoté, et un peu de paille. Ce cas de figure est aujourd’hui peu répandu (2% des rations françaises selon les panels).
  • Typé équilibré : avec un équilibre entre amidon et fibres digestibles.
  • Typé amidon : avec un apport d’amidon renforcé, parfait pour des rations avec de l’herbe.

Comment optimiser la ration de ses vaches ?

Maîtrise de la récolte et de la conservation

La récolte est une étape importante pour que la quantité et la qualité du maïs fourrage, élaborées au champ, arrivent sans déperdition dans l’auge de l’animal. Le respect des bonnes pratiques est une garantie de réussite. Le stade de récolte détermine le rendement, le taux de MS et la composition chimique de la plante récoltée. L’objectif est une récolte entre 30 et 35 % MS. Le stade de récolte est un compromis entre la teneur en grains et la qualité des tiges.

Pour définir la date optimale de récolte, ARVALIS-Institut du végétal a mis au point une méthode se basant sur l’observation du remplissage des grains. L’amidon dans les grains est présent sous trois formes : amidon laiteux, amidon pâteux, amidon vitreux. La répartition de ces trois formes renseigne sur l’état de maturité des plantes. L’impact de l’état de l’appareil végétatif reste modéré. La finesse de hachage a deux objectifs apparemment contradictoires : hacher fin pour faciliter le tassement du silo et laisser des brins assez longs pour la mastication des vaches. Les gros morceaux (plus de 20 mm) sont indésirables, ils ne doivent pas dépasser 1% du volume. Ils traduisent un défaut de réglage de l’ensileuse, gênent le tassement et provoquent des refus à l’auge.

L’ensilage est une méthode naturelle de conservation des fourrages à la ferme, mettant en œuvre des bactéries lactiques qui transforment, en milieu humide, en absence d’oxygène, des glucides solubles en acide lactique. L’abaissement du pH empêche l’activité néfaste d’autres microorganismes, tant que l’anaérobiose est maintenue. La composition du maïs est particulièrement favorable au bon déroulement de l’ensilage : la teneur en matière sèche est en général assez élevée pour éviter l’écoulement de jus, la teneur en sucres du maïs est toujours suffisante pour mener à bien les fermentations lactiques, le pouvoir tampon du maïs est faible.

Méthodes de stockage et préservation de la qualité

Les cultures fourragères peuvent être stockées de plusieurs manières pour assurer un approvisionnement alimentaire continu pour le bétail, par exemple :

  • Ensilage : Les cultures fourragères sont récoltées à un stade précoce, hachées, compactées dans des silos hermétiques et fermentées. Cela crée une réserve nutritive riche utilisée pendant les périodes de pénurie.
  • Foin : Les cultures sont séchées jusqu'à une faible teneur en humidité, puis stockées dans des granges bien ventilées. Le foin peut être utilisé tout au long de l'année.
  • Affouragement direct : Les cultures coupées sont directement fournies aux animaux dans les étables.
  • Conservation en vrac : Certaines cultures peuvent être conservées en tas à l'air libre, couvertes pour les protéger des intempéries.
  • Ensachage : Les cultures sont ensachées pour créer des réserves facilement transportables et stockables.
  • Enrubannage : Cette méthode combine certaines caractéristiques de l'ensilage et du foin. Les cultures sont coupées et enroulées dans des balles denses avec un film plastique étanche pour préserver la qualité nutritive en évitant la pénétration d'air.

Schéma comparatif des différentes méthodes de conservation : ensilage, foin et enrubannage

La conservation est un aspect très bénéfique de la gestion des fourrages et des pâturages, en particulier dans les systèmes agricoles où l'on élève du bétail. Elle consiste à préserver et à stocker les cultures fourragères sous forme de foin ou d'ensilage, qui peuvent ensuite être utilisés pour nourrir le bétail pendant les périodes où le fourrage frais est rare ou indisponible. La conservation des fourrages est essentielle pour garantir un approvisionnement régulier et fiable en aliments nutritifs pour les animaux tout au long de l'année.

Stratégies de rationnement pour les vaches laitières

Le maïs fourrage est avant tout une source d’énergie pour les bovins. Dans une ration pour vache laitière, il peut apporter jusqu’à 80 % de l’énergie nécessaire à l’entretien et à la production. Le maïs fourrage n’est jamais distribué seul aux vaches laitières, parce qu’il est déficitaire en protéines, en minéraux et en vitamines. Pour être bien valorisé, il doit donc au minimum être associé à un correcteur azoté, minéral et vitaminique de manière à couvrir les besoins de production et assurer un bon fonctionnement digestif.

La ration des vaches laitières doit en même temps être appétante, pour que l’ingestion d’éléments nutritifs couvre les besoins, et assurer un bon fonctionnement digestif. Autrement dit, la ration doit avoir une « fibrosité » suffisante ; en pratique, nous avons mis en évidence qu’une bonne ration pour vache laitière contient entre 22 et 28 % d’amidon. On devra donc éventuellement associer au maïs une source de fibres (fourrage ou concentré) de façon à respecter la teneur en amidon. 22 % d’amidon dans la ration permet une bonne digestion des fibres végétales dans le rumen. Mais l’ingestion peut être limitée par l’encombrement des fourrages. Ce type de ration convient pour les niveaux de production faibles et moyens. Au-delà de 28 % d’amidon dans la ration, des signes avant-coureurs de l’acidose peuvent apparaître.

Gestion des risques au stade de récolte tardif

La teneur en amidon des ensilages de maïs augmente en moyenne de 48 g/kg MS entre les stades 28 et 33 % de MS plante entière, au détriment de la teneur en NDF qui diminue de 44 g/kg MS. Cet amidon vitreux est mal valorisé par les vaches laitières. Un essai à la station ARVALIS de La Jaillière (44) a comparé les performances laitières de deux ensilages de maïs récolté aux stades 33 et 39 % de MS, incorporés dans des rations avec deux niveaux d’enrubannage d’herbe de bonne qualité. Il montre que le potentiel énergétique du maïs récolté tardivement est élevé, en raison de son fort taux d’amidon, mais que son niveau réel de valorisation est d’autant plus diminué que la ration est pauvre en fibres NDF.

Pour un maïs à 12 t MS/ha, c’est l’équivalent de 1 t MS/ha. Au-delà de la baisse de valorisation du maïs récolté tardivement, les risques de mauvaise conservation et de dérive de la qualité de hachage et d’éclatement des grains sont nettement plus élevés au stade 39 % de MS.

Engraissement et systèmes d'élevage

Concernant les jeunes bovins, l’ensilage de maïs, associé à une céréale et à un correcteur azoté, a été la base du développement de l’engraissement depuis des décennies. On peut dire que la vitesse de croissance moyenne sur la période d’engraissement d’animaux de race à viande varie proportionnellement à la densité énergétique des rations. Pour les jeunes bovins à l'engraissement, le seuil maximal de teneur en amidon dans la ration est de 35 %.

Les cultures fourragères jouent un rôle crucial dans l’agriculture moderne, en particulier dans les systèmes d’élevage. En tant que source principale de nourriture pour les ruminants, elles contribuent non seulement à la production animale mais aussi à la durabilité environnementale. Cultiver ses propres fourrages permet aux éleveurs de réduire leur dépendance aux aliments importés, souvent coûteux et soumis à la volatilité des marchés. Les légumineuses, comme le trèfle et le sainfoin, fixent naturellement l’azote atmosphérique grâce à leurs racines symbiotiques, enrichissant ainsi le sol en éléments nutritifs. Les fourragères pérennes, en particulier les mélanges multi-espèces, préviennent l’érosion des sols, augmentent leur teneur en matière organique et favorisent la biodiversité. Certaines cultures fourragères permettent aux agriculteurs de bénéficier de l’aide couplée de la Politique Agricole Commune (PAC). Cette subvention est accordée pour encourager les pratiques agricoles durables et écologiques. Les fourragères sont une solution durable pour nourrir vos animaux, protéger et enrichir les sols en améliorant la biodiversité.

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