La Permaculture : Au-delà du Jardinage, une Voie vers la Transition Écologique avec Grégory Derville et les Initiatives Locales

Depuis plusieurs années, la permaculture rencontre un véritable engouement, aussi bien parmi les maraîchers professionnels qu’au sein des collectifs d’habitants désirant se réapproprier leur alimentation. Loin de se résumer à un système technique agricole, la permaculture est une manière de repenser les interactions entre les êtres humains et leur environnement dans l’objectif d’une société plus soutenable. Grégory Derville, dans son livre intitulé La Permaculture. En route pour la transition écologique publié aux Editions Terre vivante, souligne cette perspective élargie, invitant à considérer la permaculture comme une philosophie de vie, une science et une méthode.

La Permaculture : Un Engagement Face à l'Effondrement Écologique

Grégory Derville a toujours été intéressé par la nature. Il y a une dizaine d’années, en préparant son chapitre introductif sur le bilan écologique de la planète pour un cours intitulé « Environnement et politique » en Master de science politique à l’Université de Lille, il a constaté à quel point la situation est dramatique sur tous les plans, incluant la biodiversité, les pollutions, le climat et l’épuisement des ressources. Chaque année, lors de la réactualisation de ce cours, la situation s'avère de plus en plus accablante.

illustration de la crise écologique mondiale

Face à ce constat alarmant, un besoin d’engagement dans une démarche plus constructive s'est fait sentir. La découverte de la permaculture a immédiatement révélé une voie pour allier une analyse lucide de l’effondrement écologique en cours et un engagement résolu en faveur de solutions concrètes, simples et efficaces. Ces solutions peuvent être mises en œuvre par chacun à son niveau, partout sur la planète.

Dépasser les Stéréotypes : La Permaculture, bien plus qu'une Technique de Jardinage

Dans beaucoup de reportages et de livres qui lui sont consacrés, la permaculture est plus ou moins assimilée à un ensemble de techniques de jardinage, comme le paillis (mulch), les associations de plantes et les fameuses buttes. Or, Grégory Derville insiste sur le fait qu'elle est bien plus et surtout bien autre chose que cela. La permaculture, c’est à la fois une philosophie de vie, une science et une méthode. Elle offre une perspective holistique qui va au-delà des simples pratiques horticoles.

L'Engouement pour la Permaculture : Une Réponse à la Tristesse et à la Colère

Ces dernières années, on observe un véritable engouement pour la permaculture. Cette popularité s'explique par le sentiment de tristesse et de colère que nous sommes très nombreux à éprouver devant les ravages causés par le modèle productiviste et consumériste dans lequel nous vivons. Nous sentons bien que nous sommes largement dépendants de ce modèle dans notre vie quotidienne, et qu’en plus, nous contribuons aux dégâts que nous constatons, par nos choix de consommation, nos déplacements motorisés, et d'autres actions quotidiennes.

La Permaculture, c'est quoi quoi donc ?

Si la permaculture est tant appréciée, c’est sans doute parce qu’elle offre une perspective positive. Par ailleurs, elle met à notre disposition des principes et une méthode, le design permaculturel, qui sont très puissants. Ces outils peuvent transformer en profondeur notre façon d’habiter ce monde. Parmi ces principes, on retrouve la notion de n’intervenir que si c’est nécessaire, d'optimiser l’usage de l’énergie, de stimuler et d’utiliser les ressources biologiques qui nous entourent plutôt que de lutter contre la nature, et d’essayer d’envisager les problèmes comme des solutions.

Vers un Mode de Vie Durable : Le Rôle de la Permaculture Face aux Limites des Systèmes Actuels

La quasi-totalité des systèmes qui sont à la base de notre mode de vie, pour nous fournir en eau, en nourriture ou en énergie, pour nous déplacer, pour évacuer le contenu de nos poubelles, ne fonctionnent que parce qu’ils consomment d’immenses quantités de ressources (énergie, métaux, engrais). Ces ressources doivent en général être cherchées très loin, en piochant dans les stocks naturels bien plus vite qu’ils ne se reconstituent. De plus, ces systèmes génèrent des quantités impressionnantes de déchets qui sont impossibles à absorber par les écosystèmes locaux, voire par la biosphère toute entière, causant pollutions, particules fines et gaz à effet de serre.

Certains espèrent sauver notre mode de vie grâce aux progrès de la technique, en misant sur les technologies « vertes », le solaire, le moteur électrique. Cependant, nous n’aurons pas assez de matières premières pour les généraliser sur l’ensemble de la planète et dans la durée. Il faut donc se tourner plutôt vers ce que Philippe Bihouix appelle le low-tech, et plus généralement s’engager résolument dans une relocalisation massive de toutes les activités qui peuvent l’être. La permaculture offre précisément des outils théoriques et pratiques pour mettre en place ce programme. Quant à ceux qui pensent que c’est une utopie, la réponse est que ce qui est utopique, c’est de croire que le modèle productiviste et consumériste puisse éviter l’effondrement.

La Dimension Politique de la Permaculture : Autonomie et Sobriété Heureuse

La permaculture comprend en effet une dimension politique. Dans le dernier chapitre de leur livre Permaculture 2, Bill Mollison et David Holmgren, les « pères fondateurs » de la permaculture, jettent les bases d’un programme dont les implications politiques sont manifestes. On y trouve par exemple la « propriété communautaire de la terre et des ressources publiques » et un appel à l’autonomie des « groupes locaux » dans la prise des décisions qui les concernent. Au niveau individuel, la permaculture touche quantité de personnes qui y voient une manière concrète de mettre en œuvre la « Sobriété heureuse » chère à Pierre Rabhi.

schéma des principes de la permaculture et leurs implications sociales

Rompre avec l'Agriculture Industrielle : L'Inspiration de la Nature pour des Écosystèmes Jardinés

Nous vivons à l’ère de l’agriculture industrielle, caractérisée par la monoculture, la dépendance aux engrais, aux produits phytosanitaires, au machinisme, au pétrole, à l’industrie agro-alimentaire, à la grande distribution et aux marchés financiers. Cette agriculture, souvent appelée « productiviste », est en réalité incroyablement contre-productive : il faut aujourd’hui investir une dizaine de calories d’énergie fossile pour sortir des champs une seule calorie alimentaire. Ce que l’on dit moins, c’est que le principe même de l’agriculture de plantes annuelles pose problème.

Le modèle de production de nourriture dont nous avons besoin est aux antipodes de l’agriculture industrielle. La permaculture invite donc à observer attentivement la nature et à nous en inspirer pour concevoir et mettre en œuvre des « écosystèmes jardinés ». Grâce à ces écosystèmes, nous pouvons satisfaire l’essentiel de nos besoins fondamentaux : des nutriments bien sûr, mais aussi de l’énergie, des remèdes médicinaux, de la vannerie, des tissus, du bois d’œuvre, etc. Cette approche vise à créer des systèmes résilients et autonomes.

Initiatives Locales : La Permaculture au Cœur des Communautés

La permaculture ne se limite pas à des concepts théoriques ; elle se manifeste concrètement dans des initiatives locales qui transforment les territoires et les mentalités. À Auberville, par exemple, Marjolaine Combraque, animatrice culturelle, partage ses connaissances sur le potager collectif du village vacances. Sur ce site, le carré de petites pousses rassemble parfois trois générations. Les enfants, curieux de nature, savent déjà beaucoup de choses, comme l'apprécie Marjolaine. On y trouve de la mâche, de la lavande, du persil, de la coriandre, du thym, du romarin, des fraises, de la rhubarbe, et autour des légumes, de la paille. Une vacancière s'enquiert de la raison de la paille, et la réponse est claire : il faut éviter de laisser la terre à nu, cela n’existe pas dans la nature. Cette pratique illustre un principe fondamental de la permaculture : le respect des cycles naturels. Marjolaine Combraque, avec Amandine, 8 ans, et Maxime, 11 ans, est un exemple vivant de la transmission de ces savoirs.

photos d'un potager collectif en permaculture avec enfants

Non loin de là, à Angerville, un projet inspirant se développe également. Situé au cœur de la ville, à proximité de l’école élémentaire, ce site accueillait jadis l’entreprise Doyen. Élaboré sur le modèle de la permaculture, un mode d’agriculture fondé sur les principes de développement durable, se voulant respectueux de la biodiversité et de l’humain, ce jardin potager sert également d’outil pédagogique à destination des personnes en réinsertion. La principale activité des salariés est l’entretien et l’aménagement des espaces verts. Cependant, la coupe et la taille sont souvent perçues comme une « destruction de la nature ».

Dans le cadre de cette initiative, il est démontré que l'on peut valoriser ces déchets. C’est l’un des principes de la permaculture, rendre à la terre ce qu’on lui prend. Et en effet, à la SCOP d’Angerville, les déchets verts sont ramenés pour être transformés en buttes potagères qui serviront de terre pour cultiver les légumes. Ce faisant, la SCOP fait d’une pierre deux coups, permettant aux 15 salariés en réinsertion de se former aux métiers des espaces verts tout en s’initiant au travail de la terre. Éric Pouyanne, agissant pour la première année en tant que responsable principal, se réjouit de l’obtention toute récente du classement 2 étoiles du village, soulignant l'esprit d'équipe : « Ici, j’aime l’esprit d’équipe. Je suis responsable, mais s’il faut mettre le couvert, je le fais. » Ces exemples concrets témoignent de la capacité de la permaculture à transformer les pratiques et à créer des liens sociaux forts.

reportage sur le jardin pédagogique d'Angerville

tags: #maman #tout #derville #permaculture