Le Maraîchage Biologique dans les Alpes-de-Haute-Provence : Un Territoire en Pleine Croissance et Riche en Diversité

La région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) se distingue par le dynamisme de sa filière de légumes biologiques, se classant au 7ème rang des régions maraîchères bio françaises en 2020 en termes de surfaces (bio et conversion, selon l’Observatoire de la Bio). Au cœur de cette dynamique, les Alpes-de-Haute-Provence émergent comme un acteur majeur, devenant même l'un des départements les plus "bio" de France en 2024, avec 640 fermes engagées en mode de production biologique, représentant 33% des surfaces agricoles du département. Cette forte implication témoigne d'une volonté collective de produire des produits de qualité, de saison, dans le respect de la terre.

Carte des régions agricoles des Alpes-de-Haute-Provence

Un Paysage Agricole Diversifié sous Influences Méditerranéennes et Montagnardes

Les Alpes-de-Haute-Provence, en tant que zone de transition entre la Provence littorale et le massif alpin, bénéficient d'une géographie et de productions agricoles d'une grande diversité, soumises à des influences à la fois méditerranéennes et montagnardes. Il en résulte des petites régions agricoles aux caractéristiques contrastées, chacune avec ses spécificités :

Le Val de Durance : Un Cœur Agricole ActifLe Val de Durance représente l'espace le plus peuplé et le plus actif du département. Ses terres riches et irriguées sont principalement consacrées aux cultures fruitières, légumières et céréalières. Cette région est un pilier de la production alimentaire du département, offrant un environnement propice à diverses cultures grâce à ses ressources en eau.

Le Plateau de Valensole : Terroir des Grandes Cultures et de la LavandeÀ l'est de la Durance, le Plateau de Valensole se distingue par le développement des céréales, principalement le blé dur, des oléagineux et, surtout, du lavandin. Le département est d'ailleurs le 1er producteur d’essence de lavandin et le 2ème pour l’essence de lavande sur le plan national, soulignant l'importance de cette culture emblématique.

Le Plateau de Forcalquier : Un Mélange de Tradition et de DiversitéSitué à l'ouest de la Durance, le Plateau de Forcalquier est le théâtre de diverses cultures, allant de la vigne (Coteaux de Pierrevert) aux fourrages, en passant par des productions légumières variées telles que les melons, les asperges et les salades, ainsi que les plantes à parfum. Cette diversité témoigne de l'adaptabilité des agriculteurs locaux et de la richesse de leurs terroirs.

Le Sisteronnais : Entre Élevage Ovin et VergersLe Sisteronnais, dans le prolongement de la vallée de la Durance, présente un relief accidenté. Les fonds de vallées sont occupés par des vergers, tandis que les reliefs sont pâturés par l'élevage ovin. L'agneau de Sisteron, produit de renommée, contribue à la notoriété de l'abattoir de Sisteron, le premier de France sur les ovins et d'une dimension européenne, ce qui souligne l'importance économique de cette activité.

La Montagne de Haute-Provence : Territoire Pastoral par ExcellenceCouvrant près des deux tiers du département, la Montagne de Haute-Provence est un territoire pastoral où le mouton constitue la principale production. Le nord du département concentre l'essentiel de l'élevage de bovins. Dans les hautes vallées de l'Ubaye et du Verdon, la transhumance valorise de larges espaces, illustrant une pratique agricole ancestrale et respectueuse de l'environnement montagnard.

Chiffres Clés de l'Agriculture dans les Alpes-de-Haute-Provence

Le département compte 2 060 exploitations agricoles, dont environ 1 200 sont des exploitations dites « professionnelles », ce qui représente 11 % des exploitations de la région PACA. Au total, le département génère environ 3 000 emplois agricoles à temps plein, avec 1 900 emplois de dirigeants et 460 salariés permanents. La forêt est majoritaire sur le territoire avec un taux de boisement de 60 %. Les surfaces agricoles couvrent 190 000 ha, soit 27 % du département, dont plus de la moitié sont des surfaces toujours en herbe et moins d’un quart, soit 20 600 ha (23%), sont irrigables. Ces surfaces sont particulièrement orientées vers la production de grandes cultures, notamment les plantes à parfum. L’élevage est la deuxième orientation majeure, avec une exploitation sur quatre spécialisée dans l’élevage d’ovins et de caprins. La surface agricole utilisée (SAU) moyenne est de 74 ha (hors pâturage collectifs), un chiffre légèrement supérieur à la moyenne régionale de 31 ha, en raison de la prédominance des grandes cultures et de l’élevage.

Infographie sur les chiffres clés de l'agriculture biologique en PACA

Accompagnement et Soutien de la Filière Maraîchère Bio

Pour accompagner cette filière en plein développement, le Réseau Bio de PACA joue un rôle essentiel. Que les maraîchers soient déjà installés en bio, en conversion ou en devenir, le Réseau Bio de PACA est là pour les soutenir. Cet accompagnement peut prendre diverses formes, allant de suivis techniques collectifs ou individuels portant sur la santé des plantes, la fertilisation et la planification, à la participation à des formations et des journées techniques. Le réseau propose également la réalisation d'analyses de terre, l'accès à des commandes groupées à tarifs préférentiels, l'adhésion à des collectifs de maraîchers, la réception de documents techniques tels que des fiches techniques, des référentiels de prix et des guides de fournisseurs, ainsi que le suivi de leur Newsletter. Les maraîchers sont encouragés à contacter leur Conseiller·e / animateur·rice pour bénéficier de ces services. Au niveau régional, Catherine MAZOLLIER, Chercheuse au Groupement de Recherche en Agriculture Biologique (GRAB), est la référente technique en maraîchage bio, apportant une expertise précieuse à l'ensemble de la filière.

CLIP Bio Réflexe en Provence Alpes Côte dAzur

Agribio 04 : Un Acteur Clé du Développement Biologique Local

Agribio 04 est un acteur phare du développement de l'agriculture biologique dans les Alpes-de-Haute-Provence. L'association, forte de 120 adhérents, a pour objectifs de défendre, promouvoir et développer l’agriculture biologique sur le territoire. Agribio 04 anime des projets de territoire cohérents, innovants et collectifs, répondant aux besoins des producteurs et productrices bio face aux nombreux enjeux actuels et futurs. L'association travaille en réseau, étant adhérente au réseau des CIVAM (Centre d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural) et de la FNAB (Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique), ce qui assure une meilleure coordination des actions de développement de l'agriculture biologique et une représentation efficace des intérêts des producteurs au niveau national et européen. Cette collaboration en réseau est cruciale pour le dynamisme et la pérennité de la filière biologique.

L'Installation de Nouvelles Fermes Biologiques : Un Exemple Concret

L'engagement des maraîchers dans les Alpes-de-Haute-Provence se traduit par l'installation de nouvelles fermes dédiées à la production biologique. Un exemple marquant est celui d'une ferme située sur la commune de Mison, sur le plateau dit "du Soleilhet", aux portes de la Provence et des Alpes du Sud. Après plusieurs années de formations et de salariat dans différentes fermes, les fondateurs de cette exploitation ont acquis 4 hectares de terres agricoles pour produire des légumes bio toute l’année.

Ce projet d'installation illustre les défis et les étapes nécessaires à la création d'une ferme biologique. Les fondateurs ont dû faire face à de nombreuses démarches : chercher de la terre agricole, candidater à la Safer, puis tracer le terrain, chiffrer le projet, amener plusieurs dizaines de tonnes de matière organique pour enrichir le sol, démonter puis remonter des serres, creuser des tranchées pour installer l’irrigation, planifier les cultures et les rotations, planter plus de 1 000 arbustes pour les haies, et s’équiper en matériel. Toutes ces étapes sont essentielles pour produire dans de bonnes conditions les 35 variétés différentes prévues pour la première année d’installation sur 1,5 hectare.

Photo d'une jeune pousse de légume dans un champ bio

Les premières récoltes de légumes sont attendues dans quelques mois. Pour la première année, la vente est privilégiée sur les marchés et dans les magasins de producteurs, avec l'intention d'organiser des paniers les années suivantes, une fois l'activité bien établie. Cultiver de bons légumes toute l’année et vivre de cette activité est l'objectif principal des porteurs de projet. Il est important de noter que le terrain acquis était précédemment cultivé en grandes cultures, ce qui signifie que le projet est parti presque de zéro. La création d’une entreprise agricole de toute pièce, de l’achat du terrain aux acquisitions d’équipements et de matériel de production, induit de nombreux coûts à l’installation. Bien que les fondateurs prévoient de recevoir la Dotation Jeune Agriculteur (DJA), un soutien supplémentaire est nécessaire pour rendre la ferme plus efficace rapidement et assurer sa pérennité. L'adresse postale de l'exploitation est 4 rue basse des remparts, un détail qui témoigne de l'ancrage local et de la volonté d'intégration dans le tissu économique et social du territoire.

Reportage sur l'installation de jeunes agriculteurs bio

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