Le Maraîchage Bio Sous les Arbres : Cultiver l'Avenir en Harmonie avec la Nature

L'agriculture moderne, confrontée aux défis du dérèglement climatique, à la nécessité de réduire l'emploi d'intrants et à une gestion plus rigoureuse de la ressource en eau, redécouvre des pratiques ancestrales. Au cœur de cette transformation, l'agroforesterie maraîchère, souvent désignée comme le "verger-maraîcher", se présente comme une solution durable et prometteuse. Cette approche, qui marie harmonieusement la production de légumes et de fruits sous le couvert d'arbres, vise à créer des écosystèmes agricoles résilients, productifs et respectueux de l'environnement. Longtemps mise de côté au profit d'une agriculture spécialisée, elle connaît aujourd'hui un regain d'intérêt significatif, portée par des agriculteurs pionniers et des programmes de recherche ambitieux.

Schéma d'un système agroforestier maraîcher

L'Agroforesterie Maraîchère : Un Concept Ancien Réinventé

Le principe de l’agroforesterie est de planter des arbres au sein d'une parcelle agricole ayant une autre production principale. Dans le cas du verger maraîcher, les arbres sont des fruitiers et la culture principale est le maraîchage. Cette méthode de culture encore méconnue se développe de plus en plus grâce à ses nombreux avantages. Avant que les arbres ne soient progressivement arrachés à partir de la sortie de la guerre, les associations entre arbres et cultures maraîchères étaient répandues. Allier arbres fruitiers et légumes était des mélanges typiques du pourtour méditerranéen. Pratiquée de manière traditionnelle jusque dans les années 1990 dans les exploitations arboricoles du pourtour méditerranéen, l’agroforesterie a progressivement disparu au profit d’une agriculture spécialisée et simplifiée. L’intensification des cultures a alors eu tendance à mettre le sol au second plan, pour se concentrer essentiellement sur la culture et le rendement.

Cependant, les importantes évolutions sociétales de cette dernière décennie auxquelles se sont agrégés les problèmes de dérèglement climatique ont modifié la donne. L’agroécologie a été placée au cœur des politiques publiques. Avec elle, l’agriculture biologique et les modes de production plus traditionnels et respectueux du sol, de l’environnement et de la biodiversité ont été encouragés. Ce retour répond à de nombreux enjeux auxquels l’agriculture doit désormais faire face : la réduction de l’emploi d’intrants, une meilleure gestion de la ressource en eau, l’adaptation aux dérèglements climatiques, mais aussi, dans certaines régions, un accès difficile au foncier.

Le maraîchage bio-intensif est un mode de production hérité des maraîchers parisiens du XIXème siècle. Il consiste à densifier les cultures dans l’espace et dans le temps, avec très peu de mécanisation et sans produit chimique de synthèse. Dans cet ouvrage, Christian Carnavalet faisait remonter à la surface les techniques de productivité développées par les maraîchers parisiens au XIX° siècle, à la suite de nombreux auteurs et agronomes nord-américains. Il les réactualisait à la lumière de nos connaissances scientifiques actuelles et des techniques développées depuis. Le modèle bio-intensif prôné par le maraîcher Québécois Jean-Martin Fortier dans son livre “Le jardinier-maraîcher” et ses formations en ligne, est une source d’inspiration revendiquée pour de nombreux projets.

De nombreux agriculteurs ont déjà intégré cette approche. Par exemple, près de 3000 m2 sont consacrés à la production maraîchère, au Clos de Villeneuve à Périgny. Les fruits et légumes y sont cultivés en plein-champ et sous serres pour proposer des produits de saison toute l’année. Sur une surface de 2 000 m2, le verger sera composé d’une centaine d’arbres fruitiers issus de variétés anciennes, dont des pommiers, des poiriers, des cerisiers, des pêchers, des figuiers. En complément de l’activité de maraîchage, qui assure la production de légumes, une production de petits fruits est également mise en place. Que ce soit pour la production maraîchère ou pour le verger, tous les fruits et légumes sont cultivés selon les principes de l’agriculture biologique.

Stéphane s’est installé en 2018 en agriculture biologique sur 15ha loués à un agriculteur conventionnel partant à la retraite. Pour l’équilibre de l’écosystème, la mise en place d’un projet agroforestier était une évidence. Le projet présenté a été développé en 2021. Stéphane a développé l’agroforesterie sur la zone maraîchère dans un premier temps à l’aide de crowfunding qui lui a permis la plantation de 450 arbres et arbustes dès 2019. Depuis son installation, Stéphane approche les 1000 arbres plantés sur ses 15ha. Avec cette seconde opération, il a planté 486 arbres de 11 espèces de feuillus différentes.

La ferme Cultures POP est au cœur du village de Cressonsacq. Le terrain est en location auprès d’une agricultrice à la retraite qui habite à côté et met à disposition une ancienne étable de 50 m² pour servir de stockage. Cultures POP est une ferme de 75 ares, avec 1 550 m² cultivés (hors allées), organisée en 6 jardins de 255 m². Son projet s’articule autour de trois axes : produire des légumes, un peu de fruits et d’aromatiques en maraîchage bio-intensif sur petite surface ; animer des ateliers de découverte de la micro-faune et du fonctionnement du sol ; organiser des événements occasionnels autour des « cultures » : une soirée artistique tout en dégustant des légumes.

Un autre exemple est la Ferme des Gogottes, située à Samois-Sur-Seine dans un cadre très agréable entre la forêt de Fontainebleau et le bord de Seine. La parcelle de 3 hectares comprend 17 rangs d’arbres fruitiers et arbustes. L'opportunité de créer des planches potagères au sein de ce verger a permis de pratiquer un maraîchage diversifié inspiré des techniques des maraîchers Parisiens du 19e siècle. La ferme en quelques chiffres, c'est 3 ha en agroforesterie dont 1 ha de maraîchage, plus de 250 arbres fruitiers, 14 jardins de 18 planches permanentes, un quinzième jardin pour les cultures de vivaces (artichaut, rhubarbe, aromates), plus de 250 planches permanentes cultivées à terme, deux grandes serres (1000 m²) et six tunnels chenilles déplaçables (700 m²).

Les Multiples Bénéfices de l'Association Arbres-Légumes

Cultiver des légumes sous des fruitiers présente de très nombreux avantages, aussi bien pour vos cultures que pour la ferme au sens large. Contrairement aux idées reçues, l’arbre n’est pas un obstacle physique ou physiologique pour les cultures. L’arbre constitue le partenaire idéal et indispensable d’une agriculture responsable, productive et durable et est un pilier essentiel pour atteindre l’objectif de produire suffisamment (alimentation, énergie) et de protéger l’environnement à la fois.

Amélioration de la fertilité et de la structure du sol

L'arbre apportant structuration du sol et matières organiques, la vie du sol, notamment microbienne, est améliorée, ainsi que la nutrition des plantes, qui acquièrent donc vigueur et résilience phytosanitaire. Les interactions entre arbres et cultures sont souterraines, lorsqu’elles se rapportent à la modification des ressources du sol. On observe une augmentation significative du carbone organique et de la concentration de certains éléments nutritifs du sol (N, P, K, Mg et Na) autour des haies âgées et hautes. Restitution d'éléments minéraux inatteignables par les cultures : les racines profondes des arbres y accèdent et les distribuent à la couche arable du sol sous forme de matières organiques. Les racines profondes des arbres permettent de structurer le sol. Son objectif [celui de Stéphane] est de lui ramener de la matière organique d’où la nécessité d’avoir un élevage. Il apporte les fientes de ses 200 poules de races différentes et beaucoup de compost fourni par un paysagiste qui lui donne ses coupes et du fumier d’un centre équestre; il laisse l’herbe sur place. La mise en place des arbres lui permettra d’avoir de la matière organique issue de ses tailles.

Sol vivant avec activité microbienne et racinaire

Gestion optimisée de l'eau

Le système racinaire de l’arbre est un avantage puisqu’il permet de structurer le sol et d’avoir une meilleure infiltration de l’eau, qui sera ensuite disponible pour les cultures. Le verger maraîcher permet une meilleure infiltration de l’eau de pluie dans le sol. Mais surtout, l’arbre pompe les eaux profondes et n’entre pas en concurrence avec les légumes de surface. On remarque en effet que l’eau près de l’arbre est surtout issue de la nappe phréatique tandis que si l’on s’en éloigne, après 2,5 m, elle est majoritairement issue des précipitations. Il est même possible qu’autour de l’arbre se mette en place un phénomène d’ascenseur hydraulique : l’arbre va faire remonter l’eau des couches profondes par ses racines et les rendre disponibles pour les cultures. Cette meilleure recharge automnale en eau des sols contribue à la résilience hydrique des parcelles. Une fixation des ions azotés dans le sol qui limite le lessivage est également un bénéfice grâce aux racines.

Accroissement de la Biodiversité et des Auxiliaires

L'intégration d'arbres dans les systèmes maraîchers permet l'accueil de la biodiversité. Le verger maraîcher permet une augmentation de la biodiversité qui vient se nicher dans les arbres (oiseaux, insectes, micro-organismes…). Par des corridors enherbés, des haies, des nichoirs et plein de petites mares, la microfaune et les oiseaux seront encouragés à investir la parcelle. L’expérience des « Fermes paysannes et sauvages » montre qu’un équilibre bénéfique aux cultures s’établit rapidement. La mise en place des arbres permettra également d’attirer des auxiliaires, favorisant ainsi une augmentation et une diversification des auxiliaires. Le plus gros apport de biodiversité se passe dans le sol ! La vie du sol est fortement stimulée par le réseau racinaire des arbres, ce qui va créer un sol vivant, fertile et résilient, capable d’apporter tous les nutriments et les minéraux dont ont besoin vos cultures légumières. Jean-Michel Leguen, maraîcher agroforestier depuis plus de 10 ans, a observé "une excellente biodiversité fonctionnelle qui régule toutes les maladies et les ravageurs" et n'utilise "aucun traitement sur [ses] cultures".

Protection Climatique et Confort de Travail

Les haies diminuent la vitesse du vent, protégeant ainsi cultures et sol. La protection des aléas climatiques est un avantage majeur. L’ombre des arbres protège les légumes des grandes chaleurs mais peut aussi limiter leur croissance. Un ombrage des cultures en été pour se protéger de la sécheresse est un bénéfice direct. Travailler à l’ombre des arbres en été est bien plus confortable qu’en plein soleil ! Jean-Michel Leguen a observé un écart de température de 25°C au sol entre une zone ombragée par un arbre et une zone en plein soleil. Grâce à cette différence, les cultures souffrent moins de la sécheresse, ont besoin de moins d’eau et sont moins sujettes à des maladies ou des ravageurs.

Arbres fruitiers protégeant des légumes du soleil

Diversification des Productions et des Revenus

L'intégration d'arbres dans les systèmes maraîchers présente des avantages sur le plan commercial (diversification). Cette association de cultures “sur deux étages” est une clé d’optimisation de votre production. Vous maximisez ainsi la captation de l’énergie solaire et produisez des fruits et légumes, créant une meilleure valeur ajoutée au m² sur votre ferme. Cela permet des revenus supplémentaires grâce à la vente de fruits. Stéphane, par exemple, a développé un projet de maraîchage et de grandes cultures avec l’élevage de poules pondeuses, la production de miel, d’huile et dernièrement de champignons. Son objectif était et reste de proposer une gamme de produits de la ferme variés pour la vente directe sur place « comme si les gens venaient chez l’épicier ».

Naviguer entre les Défis : Considérations pour une Intégration Réussie

Bien que peu nombreux, il peut arriver que l’installation d’un verger maraîcher sur une ferme pose quelques problèmes. Chaque projet de verger-maraîchage est unique, et la réponse simple n’existe pas.

Gérer la Concurrence Arbres-Cultures

Les interactions entre arbres et cultures sont aériennes, lorsqu’elles sont liées à la modification du microclimat, et souterraines, lorsqu’elles se rapportent à la modification des ressources du sol. Les mesures [du projet SMART] montrent une tendance à la concurrence entre arbres et cultures très proches (<1m50), sans que l’on sache s’il s’agit d’une compétition par la lumière ou par les racines, ou de façon plus indirecte. L’ombre des arbres peut limiter la croissance des légumes. Le risque est plus important au nord de Loire où l’ensoleillement est limité. Il faut alors privilégier des arbres isolés ou des arbres sur des porte-greffe très peu vigoureux (max 4 m de haut) afin de limiter la croissance des arbres et donc leur concurrence avec les légumes. On placera les haut sujets du côté Nord de la parcelle.

Concernant l'eau, la concurrence en eau n’est généralement pas à craindre mais il faut rester vigilant. L’irrigation en maraîchage est plus soutenue qu’en grande culture ce qui stimule la croissance racinaire des arbres dans l’horizon des légumes, accentuant ainsi fortement les phénomènes de compétition.

En termes d’espace disponible, les cultures annuelles ne sont pas souvent menacées par l’arbre dont les racines sont plus profondes. Cependant, certains effets négatifs peuvent aussi apparaître, tels que la minéralisation de l’azote et le prélèvement supplémentaire de cations échangeables par les arbres qui peuvent entraîner une augmentation de l’acidité des sols.

Prévenir les Risques Sanitaires

On peut notamment constater une augmentation des maladies fongiques (maladies causées par un champignon parasite) sur les légumes due à une atmosphère plus humide sous les arbres. Ce facteur doit être pris en compte dans le choix des variétés et la gestion de la ventilation.

Adapter les Pratiques Culturales et la Mécanisation

Un arrêt de l’utilisation de tracteurs et autres engins mécanisés peut survenir si l’espace entre les arbres ne le permet pas. Le travail du sol avoisinant, les années suivantes, favorise également la pousse des racines en profondeur. Il faut savoir que pour installer un verger maraîcher, il faut tout d’abord faire un choix : allez-vous planter vos arbres sur les planches de cultures ou sur les passe-pieds entre deux planches ? En plantant les fruitiers sur les planches, vous perdez un peu en surface de production pour les légumes, mais vous offrez un sol plus profond et un meilleur développement racinaire aux jeunes fruitiers. Par contre, il sera impossible ensuite de venir travailler votre planche avec un outil rotatif, les troncs d’arbres vous gêneront. En plantant les fruitiers entre les planches, vous pourrez toujours utiliser des outils mécanisés sur vos planches de cultures, comme d’habitude. Par contre, les arbres seront dans vos passe-pieds, ce qui peut gêner le passage sauf si vous prévoyez un passe-pied plus large sur les lignes d’arbres.

La densité est un point important car elle va directement influer sur le rendement des cultures. Autour du projet SMART, la chambre d’agriculture conseille un espacement de 10 mètres entre les rangs. Pour des arbres fruitiers de 3 m de hauteur, privilégiez des espaces de 11 m de largeur minimum pour vos planches maraîchères et de 16 m pour des arbres de 6 m. Toutefois, il faut veiller à répondre aux contraintes réglementaires de la PAC pour ne pas dépasser la densité de 100 arbres/ha pour que la parcelle reste agricole et ne pas passe pas en parcelle forestière.

L'Exigence de Temps et de Compétences

Un temps de travail supplémentaire à la taille et à l’entretien des arbres fruitiers est à prévoir. Attention donc à bien prendre en compte le temps d’entretien lors de votre projet de plantation. La compétence la plus importante pour un verger maraîcher avec une production fruitière sera la taille des arbres fruitiers. C’est un aspect qui vous sera indispensable à acquérir dès la 2ᵉ année après la plantation. Une autre compétence importante est la gestion des maladies et des ravageurs des fruitiers. En effet, ceux-ci sont plus sensibles que les cultures légumières et ont des ravageurs très spécifiques. Les connaître et savoir comment lutter contre sera un atout précieux pour la réussite de votre projet agroforestier.

La Question de l'Enherbement et des Adventices

La bande non cultivée sous les arbres peut agir comme réservoir de mauvaises herbes qui atteignent ensuite les parcelles cultivées. Un couvert herbacé semé sur le rang de type trèfle ou jachère fleurie est également possible ainsi qu’un enherbement spontané.

Mettre en Place un Verger-Maraîcher : Étapes et Bonnes Pratiques

Pour réussir l’installation d’un verger maraîcher, il est important de développer vos compétences. Un arbre ne fonctionne pas comme un légume ! C’est une plante vivace, que vous allez implanter pour 15 à 20 ans minimum. Il faut donc prendre quelques précautions lors de la plantation et savoir gérer l’entretien et la taille annuelle si vous espérez avoir de belles récoltes de fruits.

Conception et Planification du Projet

Pensez d’abord à valoriser la ressource disponible en gérant l’existant et en protégeant ce qui pousse naturellement avant de planter. Penser à l’écartement inter-rang et sur le rang, en fonction du type d’arbres de son futur gabarit. La densité est un point important car elle va directement influer sur le rendement des cultures. Lorsqu’un projet agroforestier est envisagé, une des questions à se poser est « quelle végétation spontanée je peux conserver ? » notamment pour les projets IAE avec bosquets ou haies. En effet, c’est la plus adaptée localement. La diversité doit être recherchée car elle permet d’espérer plus de pérennité à la plantation agroforestière.

En termes de surface, un verger maraîcher peut être planté très dense. Le plus courant est d’espacer les arbres de 10 mètres en tous sens. Il faut aussi laisser une zone non cultivée de 1 mètre de diamètre autour du tronc. Toutefois, certains maraîchers obtiennent de très bons résultats avec une densité plus élevée. C’est le cas de Jean-Michel Leguen, maraîcher bio intensif en Loire-Atlantique. Il a créé un verger maraîcher en 2012, avec une densité d’arbres de 5 mètres sur le rang et 6 mètres entre deux lignes d’arbres. Malgré cette très forte densité, il n’observe aucune baisse de rendement sur ses légumes. Il vous sera enfin nécessaire d’organiser vos cultures légumières pour optimiser au mieux vos surfaces, ombragées ou non. Plus elles seront proches des arbres et plus il faudra privilégier des cultures qui tolèrent un faible ensoleillement : salades, radis, fenouils, mâche… A l’inverse, plus vous serez loin des arbres plus vous pourrez mettre des légumes ayant besoin de davantage de soleil : courges, solanacées…

Choix des Arbres et des Porte-Greffes

François et Stéphane attirent l’attention sur l’importance de mettre des arbres jeunes (2 ans maximum), rustiques car il faut que les racines se développent directement sur place pour que les arbres soient mieux arrimés. Il faut éviter les arbres en godet où les racines sont contraintes. Les plants seront plus rustiques s’ils proviennent de pépiniéristes forestiers. Le choix des variétés se fait en fonction de la qualité gustative, de la fertilité et de la rusticité des variétés. Ces dernières ne doivent pas être alternantes et sans chute de prématurité. Peuvent aussi être pris en compte d’autres critères, comme la tenue en conservation, l’aptitude à la transformation, etc.

Cette étape est très importante car le porte-greffe va demeurer de manière pérenne dans le verger. Le choix du porte-greffe se fait en fonction de sa vigueur. Les porte-greffes “basse-tige” (appelés M9 et M26) sont peu vigoureux. Ils demandent une surveillance importante, notamment au niveau de l’enherbement et ont une durée de vie limitée. Le souci principal pour les arbres “basse-tige” demeure le tuteurage permanent : chaque arbre doit être soutenu par un poteau individuel ou par un système de palissage. Les porte-greffes “haute-tige” sont moyennement vigoureux. Ils sont sensibles à la concurrence de l’herbe et aux pathogènes et nécessitent parfois un tuteurage pendant une longue période initiale. Ils restent cependant intéressants car ils donnent des fruits au bout de 2-3 ans et ne dépassent pas 2-3 m, ce qui offre une cueillette à portée de main et une ombre limitée sur les légumes. Les porte-greffes fort en vigueur “haute-tige”, ou certains arbres “demi-tige”, sont plus résistants et autonomes et acceptent l’enherbement. Ainsi au sein du verger maraîcher, privilégiez les porte-greffes moyennement vigoureux qui ont l’avantage de prendre moins de place et de permettre une production plus précoce dans la vie de l’arbre.

Préparation du Sol Avant Plantation

Le travail du sol reste obligatoire [pour Stéphane] car ses sols sont agronomiquement pauvres après 20 ans de maïs conventionnel et se sont des limons battants donc très compactants. Le passage d’une sous-soleuse pour fissurer le sol et ainsi faciliter le passage des racines est indispensable. L’idéal est de préparer le sol (sans le travailler ! ) 6 mois avant la plantation en paillant l’emplacement avec du foin, de la paille, des feuilles, du carton ou des copeaux. Une bâche peut aussi être envisagée sur prairie. Le paillage doit faire au moins 1 m de large afin d’éviter la concurrence racinaire pendant les 2 à 3 premières années de l’arbre. Si la structure du sol est mauvaise (note de 3 ou plus), un travail du sol est nécessaire. Les paillages plastiques empêchent la pousse de la végétation spontanée et ne sont pas recommandés car souvent ils restent sur place et sont source de pollution.

Techniques de Plantation Optimales

Les arbres achetés en pot (ou en conteneurs) peuvent être plantés toute l'année mais la période s'étalant de début septembre à fin avril est plus propice à une bonne reprise. Les arbres achetés en racines nues doivent être plantés pendant la période de repos végétatif, c'est-à-dire entre novembre et mars, en évitant les périodes de fortes gelées : “A la sainte Catherine (25 novembre), tout bois prend racine”. Ameublissez bien le fond à l'aide d'une bêche. Privilégiez toujours de jeunes plants (moins de 2 ans) que des plants plus âgés qui reprendront plus lentement. Praliner les racines en les trempant dans un mélange boueux. Installer l’arbre dans le trou (attention de ne pas enterrer le point de greffe) en étalant les racines et reboucher le trou avec la terre excavée de surface mélangée à du terreau, du compost, et/ou engrais organique si besoin, tout en maintenant l’arbre bien droit.

Les arbres doivent être protégés contre la faune sauvage et les chevreuils principalement avec des Tubex par exemple qui ont un effet bioclimatique. Le coût de revient du piquet, de la protection et de la biodalle est d’environ 10€ par arbre. Contre le chevreuil, l’usage de Trico est également possible, il s’agit d’un répulsif (utilisable en AB) qui se met sur les troncs ou les protections d’un coup de pinceau.

Protection de jeunes arbres contre la faune

L'Importance Cruciale de la Taille de Formation et d'Entretien

Dès la 1ère année d’implantation, les arbres ou arbustes des haies doivent être taillés entre autre pour garder les parcelles mécanisables et que les engins puissent continuer à passer une fois qu’ils seront développés. Elle doit se faire sur des branches minces, tailler des branches de plus d’un centimètre de diamètre est une vraie blessure pour l’arbre. Sur les arbres de haut jet, il faut viser 2/3 de feuillage et 1/3 de fût à la base. Pour les haies, la 1ère année il est recommandé de rabattre à 10cm les aubépines et prunier et 50cm les troènes par exemple. Chaque arbre aura ses spécificités de taille, le passage d’une lame ne permettant pas de respecter ces spécificités n’est donc pas recommandé mais le travail d’entretien de 1ère année est primordial pour son bon développement. Les années suivantes la taille doit se poursuivre. Il est pertinent de regrouper les variétés et si possible en prenant en compte leur précocité. Vous pouvez faire le choix d’externaliser cette tâche en la confiant à un professionnel ou bien de le faire vous-même, moyennant un temps de formation. En effet, la taille demande une bonne maîtrise car ses effets peuvent être impactants. En règle générale, il est recommandé d'éviter les arbres sous forme de boule (dont la tige principale a été coupée) car cette forme ne favorise pas le développement des arbres. Une fois l’arbre planté, il faut encadrer la pousse par une taille de formation : le principal travail est d’accompagner l’arbre dans la formation de sa structure et de l’adapter à son milieu et à ce qu’on attend de lui (passage du tracteur, fruits sur les hauteurs ou non,…).

#2 TAILLE DE FORMATION - Tutoriel

Financement et Accompagnement : Les Aides Possibles

L’implantation d’arbres fruitiers n’est pas très coûteuse et peut être subventionnée. Un plant de fruitier très jeune, aussi appelé un scion, ne coûtera que 10 € au maximum. Il faut ajouter à cela un peu de main-d’œuvre et éventuellement des tuteurs et des manchons de protection contre les rongeurs, ce qui revient à un coût d’environ 13 € par arbre. N’hésitez pas à vous renseigner auprès de votre région ou département pour savoir s’il existe des aides à l’agroforesterie. Les vergers maraîchers ne sont pas toujours considérés comme de l’agroforesterie au regard des instances administratives qui attribuent les subventions, mais certaines régions les acceptent et financent les plants, les tuteurs et le paillage pour la plantation. Stéphane a bénéficié de 4860€ d’aide. François Delage de la chambre d’agriculture 64 l’a accompagné dans la réflexion et pour le montage de dossiers d’aides, un dossier agroforestier et un dossier concernant les infrastructures agroécologiques (IAE) plutôt sur la partie maraîchère.

Le Maraîchage Bio-Intensif Sous Arbres : Une Approche Systémique

Les pratiques culturales de la Ferme des Gogottes reposent sur les fondamentaux suivants : sol couvert par mulch ou par une végétation, apport de matière organique, sous forme de paillis, d’engrais verts ou de compost, plutôt que d’engrais, travail du sol réduit au minimum, les interventions se font manuellement plutôt que par le biais d’outils mécanisés, aucun produit chimique, intensité biologique : cultures denses et étagées, associations et successions de cultures, agroécosystème complexe : associer plantes cultivées, arbres et animaux, multiplier les niches écologiques, favoriser les interactions.

Travail du sol réduit ou minimal : le rôle de la vie du sol

Ce mode de production choisit de travailler le sol en surface surtout, privilégiant le labour «biologique», c’est à dire considérer que les micro-organismes, les racines des plantes et la faune du sol sont appelés à faire une bonne partie du travail. Le travail du sol est réduit au minimum, les interventions se font manuellement plutôt que par le biais d’outils mécanisés. Le matériel est peu mécanisé, le travail du sol est limité sans retournement avec motoculteur, utilisation de bâches tissées et de paillages pour gérer l’enherbement.

Les planches permanentes sont utilisées pour différentes raisons par ceux qui les pratiquent. Elles permettent d’obtenir un sol meuble en profondeur, nécessaire aux espaces optimaux, un meilleur ressuyage du sol et un réchauffement hâtif au printemps, une meilleure rétention de l’humidité dans le sol, une structure de sol rapidement en concentrant la surface qui reçoit les amendements de matière organique, et d'éviter les gros travaux de labour nécessaires au façonnage de nouvelles planches chaque année.

Exemple de planches permanentes en maraîchage bio-intensif

La fertilisation organique : compost, engrais verts

Ce système de production biologique intensif accorde une grande importance à la fertilisation organique du sol. Cette fertilisation organique passe par des apports en compost végétal et animal. Une forte proportion d’amendements est apportée au moment de la constitution des planches, et puis de manière régulière ensuite, selon les besoins des cultures. Comme tout principe de fertilisation, il s’agira de bien connaître son sol, pour faire les apports qui lui sont nécessaires.

Synergies avec l'élevage et d'autres productions

Stéphane a développé un projet de maraîchage et de grandes cultures avec l’élevage de poules pondeuses, la production de miel, d’huile et dernièrement de champignons. Ses sols sont agronomiquement pauvres après 20 ans de maïs conventionnel et se sont des limons battants donc très compactants, le travail du sol reste obligatoire. Son objectif est de lui ramener de la matière organique d’où la nécessité d’avoir un élevage. Il apporte les fientes de ses 200 poules de races différentes et beaucoup de compost fourni par un paysagiste qui lui donne ses coupes et du fumier d’un centre équestre. Cet exemple illustre la polyvalence et les synergies possibles au sein d'une ferme agroforestière.

Recherche et Expérimentation : Vers une Meilleure Compréhension des Interactions

Dans ce contexte [de renouveau de l'agroécologie], de nombreuses structures techniques se sont emparées du sujet en vue d’accompagner les agriculteurs dans la conception de ces nouveaux systèmes de production plus résilients, via leur participation à divers programmes : Smart, Marforest, Arbratatouille… Ces différents programmes visent à développer des connaissances sur les associations agroforestières entre arbres et cultures légumières en s’appuyant sur des expérimentations mais aussi sur des réseaux participatifs. L’échange d’expériences entre les différents partenaires, structures techniques, centres de recherche et agriculteurs est primordial.

Les programmes SMART, Marforest, Arbratatouille : Objectifs et résultats

Initiés en 2012 et pilotés par le Grab en lien avec différents partenaires, des projets de recherche ont pour but d’étudier la durabilité d’un système de production alliant des cultures d’arbres fruitiers et de légumes, avec une forte biodiversité sur une période d’au moins 15 ans. Le projet SMART a été lancé en 2014 et a développé des connaissances sur les associations agroforestières entre arbres fruitiers et cultures légumières, en s’appuyant sur un réseau de parcelles en France. Sur les 150 parcelles identifiées, une quarantaine d’entre elles a été sélectionnée pour constituer un réseau de suivi. Ces agriculteurs ont été sollicités pour savoir ce qui les intéressait de suivre au sein de leurs parcelles. Des suivis adaptés ont été conçus avec les producteurs puis utilisés en 2015 et 2016 sur leurs parcelles pour développer de la connaissance sur les 3 thématiques principales identifiées avec eux : biodiversité, interaction des arbres et des cultures, viabilité économique de ces systèmes. Les rendements des légumes ont été suivis à proximité et plus éloignés des arbres, dans une diversité de contextes.

Le projet Marforest, financé par l’Europe sur la période 2017-2020, a eu pour but d’étudier la faisabilité d’insertion de cultures en vergers bio d’abricotiers et d’amandiers en région méditerranéenne. Installées en 2018 sur les sites roussillonnais de la Sica Centrex et du lycée agricole de Théza, les deux parcelles expérimentales d’abricotiers et d’amandiers implantées respectivement en 2014 et 2018 ont successivement accueilli des cultures maraîchères d’été et d’hiver du type courge, patate douce, fenouil, mini-blette, brocolis, scarole… Basés sur les suivis des données technico-économiques des cultures, de gestion de la fertilité des sols et d’impact sur la biodiversité, les premiers résultats ont été présentés.

Panneau explicatif d'un projet de recherche agroforestier

Le programme Arbratatouille, initié en 2014 et piloté par Agroof Scop, repose sur une collaboration active entre agriculteurs et chercheurs. Son but est d'améliorer nos connaissances sur les interactions entre les arbres et les productions en vue de proposer des pistes de réflexion pour la conception et la gestion de systèmes agroforestiers. Les Terres de Roumassouze, un ancien lieu d'expérimentation de l'Inra, sont désormais un site pilote en matière d’agroforesterie où est né le projet de recherche participative Arbratatouille. Denis Florès et son épouse, installés en agriculture depuis 2000, y ont nettoyé 2,5 ha en vue d’installer une serre et un verger maraîcher en culture biologique tout en conservant les arbres de plus de 20 à 30 m de hauteur. Après dix années de pratique, ils possèdent aujourd’hui les parcelles en agroforesterie les plus mûres de France où il est possible de mesurer la valeur productive de ce mode de production.

Exemples d'expérimentations sur la faisabilité technico-économique

Aude Lusetti, responsable expérimentation maraîchage à la Sica Centrex, indique que "compte tenu des nombreux facteurs entrant en considération qu’il s’agisse des dates d’implantation, de récolte, des caractéristiques physiologiques de la culture légumière à cycle rapide ou pas, rampantes ou pas, de sa sensibilité aux maladies et ravageurs, il est trop tôt pour tirer des conclusions. Mais, ces premiers essais ont montré qu’il est possible d’obtenir de très bons résultats technico-économiques". Cela a été le cas pour la scarole, le fenouil ou encore les courges dont le pouvoir couvrant s’avère très intéressant en matière de contrôle des adventices. A contrario, les patates douces ont présenté des rendements faibles. Concernant les blettes et les fèves, les rendements étaient satisfaisants mais leurs dates de récolte trop tardives ont empêché l’application des argiles sur les arbres fruitiers et une replantation de cultures d’été. Ces constats ont conduits à revoir les futurs programmes de plantation pour récolter entre décembre et janvier mais aussi à s’intéresser aux arbres.

La ferme de La Durette, située dans la zone périurbaine d’Avignon, occupe 4 ha, avec six espèces rosacées fruitières et quarante espèces légumières en culture biologique. L’objectif est de voir la faisabilité et la rentabilité économique de ce mode de production à l’échelle d’une ferme gérée par des agriculteurs. La particularité de ce projet réside dans sa méthode d’évaluation qui place l’agriculteur au centre de l’expérimentation. D’ores et déjà, il ressort que les productions subissent peu de dégâts de ravageurs et de maladies et présentent de bons résultats agronomiques. En revanche, des phénomènes de concurrence liés à une promiscuité des cultures doivent être pris en compte. L’un des objectifs vise à voir sur le moyen à long terme si le verger-maraîcher est un système de culture plus résilient.

L'importance de l'échange d'expériences entre agriculteurs et chercheurs

L’ensemble des données collectées et l’expérience des partenaires et des agriculteurs a permis d’éditer un guide de 40 pages pour accompagner les porteurs de projet dans la conception et la conduite de leur verger-maraîcher. Ce guide propose un cadre de réflexion et de nombreux éléments techniques pour l’aide au choix des arbres fruitiers, et des témoignages de maraîchers expérimentés. Il ne prétend pas répondre à toutes les interrogations, car chaque système est unique et répond à ses propres contraintes techniques, mais aussi économiques ou sociales…

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