Les Pays de la Loire constituent un territoire singulier au sein du paysage agricole français. Forts d'une surface agricole utile (SAU) qui couvre 2,2 millions d'hectares, soit 68 % du territoire régional - une proportion bien supérieure à la moyenne nationale de 52 % -, la région se distingue par une combinaison rare de climats favorables et de reliefs propices. Avec 22 500 exploitations agricoles recensées en 2021, la région se hisse au 5e rang national pour la valeur de sa production agricole, illustrant une vitalité économique portée par une grande diversité de filières, du végétal spécialisé à l'élevage.

Les racines de la viticulture ligérienne
La viticulture représente une composante essentielle de l'identité agronomique ligérienne. Avec 30 950 ha de vignes en 2024, dont 29 690 ha en production, les Pays de la Loire concentrent environ 4 % des surfaces viticoles métropolitaines dédiées aux raisins de cuve. La majeure partie de cette richesse est protégée par des labels de qualité : 23 340 ha sont cultivés sous Appellation d’Origine Protégée (AOP).
La localisation du vignoble est historiquement ancrée dans deux départements majeurs : le Maine-et-Loire, qui concentre environ 20 450 ha, et la Loire-Atlantique, avec environ 9 350 ha. La Vendée (920 ha) et la Sarthe (235 ha) complètent ce panorama de manière plus confidentielle. Cette distribution géographique influence directement les profils organoleptiques des vins produits. En pays nantais, les vins blancs dominent très nettement, représentant près de 80 % des volumes. À l'inverse, dans le secteur Anjou-Saumur, le paysage est plus varié : en 2024, les vins rosés et rouges y constituent 60 % des volumes produits, côtoyant les vins blancs. À ces bassins principaux s'ajoutent les vignobles des fiefs vendéens ainsi que les appellations Jasnières et Coteaux du Loir pour la Sarthe.
Défis climatiques et mutations structurelles
Malgré son importance, le vignoble régional traverse une période de turbulences. La récolte 2024 s'inscrit parmi les plus faibles de la décennie. En effet, au gré des accidents climatiques et/ou sanitaires, les volumes et la qualité des vendanges varient assez fortement, en particulier au cours des toutes dernières campagnes. Les années 2008, 2012, 2016, 2017, 2019, 2021 et 2024 ont en commun d’avoir été des campagnes marquées par des épisodes météorologiques fortement préjudiciables aux vignobles.
Aux phénomènes gélifs récurrents, sont venus s’ajouter une nouaison difficile, de la coulure, du filage - phénomène particulièrement marqué en 2024 -, de la grêle localisée et une maîtrise phytosanitaire devenue complexe. Dans ce contexte, la région représente en 2024 près de 3,6 % de la production nationale de vins et 2 % de la valeur nationale vinicole. Parallèlement, une érosion des surfaces viticoles est constatée au cours des dernières décennies. Cette situation résulte avant tout d’une diminution des surfaces en Loire-Atlantique, et dans une moindre mesure en Vendée, alors qu’elles se maintiennent dans le Maine-et-Loire et en Sarthe. Cette restructuration s'accompagne d'une concentration accrue, avec une forte diminution du nombre d’exploitations cultivant la vigne.
Effets du changement climatique sur le cycle de l’eau
Performance économique et encadrement des filières
La viabilité économique des exploitations spécialisées en viticulture (OTEX 35) témoigne d'une résilience certaine. Au cours des campagnes 2020 à 2023, ces structures ont dégagé un résultat courant moyen annuel avant impôts (RCAI) compris entre 45 et 65 k€ par ETP non salarié (ETPNS), avec une pointe moyenne à plus de 70 k€ enregistrée en 2021. En 2024, 75 % des volumes vinicoles régionaux bénéficient d’une AOP, signe de la montée en gamme des producteurs.
La structuration de cette filière est assurée par l'interprofession des vins du Val de Loire, née de la volonté des vignerons et négociants du Pays Nantais, de l’Anjou, du Saumurois et de la Touraine de défendre et développer leurs 31 appellations et l'IGP Val de Loire. Il est à noter que la région voisine, le Centre-Val de Loire, appartient également à ce grand bassin viticole, qui compte au total 22 AOP différentes. Le Bureau Interprofessionnel des Vins du Centre (BIVC), créé en 1994, complète ce maillage institutionnel dédié à la promotion des vins de qualité.
Le végétal spécialisé et la pression péri-urbaine
Au-delà de la vigne, l'agriculture ligérienne se distingue par une diversité de productions végétales totalisant 37 % de la valeur des productions régionales. Le végétal spécialisé est une filière qui emploie une proportion de main-d’œuvre salariée importante relativement à d’autres activités agricoles. Depuis 2010, l’emploi salarié progresse de 12 % sous l’effet notamment de l’agrandissement des exploitations agricoles. Avec 29 300 salariés en équivalents temps plein (ETP), les Pays de la Loire restent une région où la part des actifs agricoles demeure supérieure à la moyenne nationale.
Parmi les fleurons de ce secteur, le maraîchage occupe une place stratégique. C’est sur les exploitations maraîchères de la région qu’est produit la quasi-totalité du muguet commercialisé le 1er mai sur l’ensemble du territoire français. Par ailleurs, la façade maritime apporte sa contribution unique, entre la production du renommé sel de Guérande et une activité ostréicole significative.

Toutefois, cette agriculture subit la pression directe de l'urbanisation. Le fort développement des agglomérations de Nantes et Saint-Nazaire, couplé à l'activité touristique sur le littoral, pèse sur les terres agricoles. La surface agricole utile, forte de 457 000 ha aujourd'hui, se réduit chaque année d’environ 2 500 à 3 000 ha. Cette pression péri-urbaine contraint les exploitations à une constante évolution.
Mutations des structures d'exploitation
La physionomie du monde agricole ligérien est en mutation profonde. Depuis 2010, le nombre d’exploitations a reculé de 18 %. Conséquence directe de cette rationalisation, la superficie moyenne des exploitations - hors micro-exploitations - a augmenté : elle est passée de 79 ha en 2010 à 91 ha en 2021. Cette évolution s'accompagne d'une montée en puissance de l'agriculture biologique. En 2020, avec près de 3 980 exploitations en agriculture biologique - soit 15,1 % de l’ensemble des exploitations ligériennes - et plus de 234 000 hectares cultivés en bio et conversion, les Pays de la Loire se positionnent au quatrième rang national en surface bio. Cette pratique couvre 11,3 % de la SAU ligérienne, contre 9,5 % en moyenne au niveau national.
Le paysage agricole ligérien, entre bocage et plaines ouvertes, reste dominé par l'élevage, qui représente 63 % de la valeur des productions. La région s'impose d'ailleurs comme la première productrice de viande bovine en France. Cette spécialisation, couplée à une surface boisée parmi les plus faibles de l'Hexagone (15 % contre 31 % en moyenne nationale), confère aux Pays de la Loire une empreinte agricole très marquée, où la vigne et le maraîchage, bien que plus localisés, assurent une valeur ajoutée indispensable à l'équilibre économique régional.
tags: #maraichage #et #viticulture #en #pays #de