
Le territoire de Grand Poitiers s'engage résolument dans une démarche de relocalisation et de dynamisation de sa production maraîchère, portée par une ambition forte de garantir une alimentation saine, durable et accessible à tous ses habitants. Face à une demande croissante en produits locaux de qualité et une dépendance significative aux denrées importées, la communauté urbaine met en œuvre des stratégies concrètes pour renforcer son autonomie alimentaire et sa résilience face aux crises.
La Ceinture Verte : Un Projet Coopératif pour une Agriculture Locale
Au cœur de cette dynamique se trouve "La Ceinture Verte", une coopérative agricole innovante qui a pour objectif de fournir, d'ici le printemps 2024, des légumes et fruits locaux en circuits courts aux 195 000 habitants de Grand Poitiers. Ce modèle, déjà éprouvé dans six agglomérations françaises, vise à créer un maillage dense de fermes maraîchères sur le territoire.
Une Structure Collaborative et Solidaire
"La Ceinture Verte Centre Vienne" est une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) par actions simplifiées à capital variable, créée en octobre 2024. Une SCIC est une entreprise coopérative qui associe des personnes physiques ou morales autour d'un projet commun d'intérêt général. Elle permet de fédérer les acteurs locaux de l'agriculture, les citoyens, les associations et les entreprises, qui sont prêts à participer au capital et au pilotage de cet outil au service de la relocalisation de notre alimentation. La gouvernance de la SCIC La Ceinture Verte est plurielle, avec des décisions prises selon différents collèges de vote (« Fondateurs », « Partenaires », « Producteurs », « Collectivités », « Investisseurs solidaires ») et selon le principe « une personne = une voix ». Cela assure que les maraîchers restent indépendants tout en étant membres de la SCIC et en participant à sa gouvernance.

Un Appel aux Investisseurs et aux Producteurs
Pour concrétiser ses ambitions, "La Ceinture Verte" a besoin de fonds, avec un objectif total de 200 000 euros pour aménager les premières fermes maraîchères. Un appel aux investisseurs privés a été lancé en janvier, permettant à chacun de devenir sociétaire à partir d'un minimum de 100 euros. Cet investissement solidaire permet non seulement l'installation de fermes maraîchères sur le territoire, mais offre également la possibilité de bénéficier d'une défiscalisation de 25 %. La coopérative recherche également activement des candidatures de producteurs désireux de s'engager dans cette aventure locale.
Les Premières Étapes et Perspectives de Développement
Les trois premières installations maraîchères sont prévues entre Poitiers et Migné-Auxances, sur un terrain de dix hectares appartenant à Grand Poitiers, situé près de la Zone d'Activité Aliénor d'Aquitaine. Ces futurs maraîchers pourront mutualiser des bâtiments pour le stockage, le lavage et le pré-conditionnement des fruits et légumes, optimisant ainsi leurs opérations. À terme, si le projet est mené à son terme, ce sont 20 fermes qui verront le jour sur une zone bien plus large, contribuant significativement à la production légumière locale. Deux premiers projets sont à l'étude, sur des terrains appartenant à Grand Poitiers dans la Zone d’Activités Économiques (ZAE) Aliénor d’Aquitaine, et sur une ancienne ferme légumière sur la commune de Jaunay-Marigny, pour l’installation de trois exploitations à l'horizon 2026-2027.

Les Défis de la Gestion de l'Eau
Un enjeu majeur pour le développement du maraîchage est la gestion de l'eau. Le projet de la Ceinture Verte aurait besoin de 20 000 m3 d'eau entre avril et octobre. Une demande de pompage dans la nappe du bassin du Clain a, pour l'instant, reçu une réponse défavorable. Il est donc maintenant envisagé un sondage, un forage expérimental pour voir si la création d'une réserve de substitution (une bassine) est possible, afin d'assurer un approvisionnement en eau suffisant et durable pour les cultures.
Révolutionner la gestion de l'eau : Découverte de l'hydrologie régénérative avec @samuelbonvoisin
Le Projet Alimentaire Territorial (PAT) : Un Cadre Stratégique
Le projet de "La Ceinture Verte" s'inscrit pleinement dans le cadre du Projet Alimentaire Territorial (PAT) de Grand Poitiers, adopté en décembre 2021. Le PAT définit une stratégie et des actions pour relocaliser l'alimentation et vise à réduire la dépendance du territoire à des denrées importées d'autres régions, afin d'accroître sa capacité à résister à des crises de diverses natures. Il a pour objectif de garantir aux habitants « une alimentation saine, durable et accessible à tous ». Le PAT vise en particulier à relocaliser la production légumière tout en préservant du foncier agricole, en favorisant l’installation de maraîchers et en confortant les circuits courts.
Une Démarche Concertée et Intercommunale
Entre 2019 et 2021, Grand Poitiers et les Communautés de communes du Haut-Poitou et des Vallées du Clain (collectivités adjacentes) ont animé une démarche de mise en réseau des acteurs de l'agriculture et de l'alimentation. Cette démarche visait à favoriser la co-construction et la mise en œuvre partagée d'un Projet Alimentaire Territorial (PAT) pour la période 2022-2026. Le périmètre de ce PAT recouvre 83 communes et concerne 263 870 habitants. Le PAT concerne 30 % de la Surface Agricole Utile (SAU) du département de la Vienne et 3,5 % de la SAU de la région Nouvelle-Aquitaine.
Un Territoire Majoritairement Céréalier
L’agriculture pratiquée sur ce territoire est très majoritairement consacrée aux grandes cultures : céréales à paille (blé tendre et orge), maïs (grain et ensilage) et oléagineux (colza et tournesol), au détriment de l’élevage (vaches allaitantes, caprins, ovins et vaches laitières…) qui tend à diminuer. Les cultures légumières représentent moins de 1 % des terres agricoles cultivées sur le territoire, et les fruits sont également très peu présents. C'est précisément cette lacune que le PAT et des initiatives comme "La Ceinture Verte" cherchent à combler.

Accompagnement à la Conversion et à l'Installation
Pour soutenir le développement du maraîchage local, Grand Poitiers propose un accompagnement collectif et individuel à la conversion vers des pratiques plus durables, notamment l'agriculture biologique.
Diagnostic de Conversion Bio
Un diagnostic de conversion bio est proposé, incluant une visite de l'exploitation et un entretien avec le producteur à l'aide d'un questionnaire spécifique. L'objectif est de définir son projet de conversion et d'évaluer la faisabilité technique de sa conversion (atouts, contraintes) par rapport aux cahiers des charges de l'agriculture biologique, aux contraintes de l'exploitation et aux débouchés. La restitution de ce diagnostic permet de répondre aux interrogations spécifiques du producteur, de lever les freins et d'échanger sur la suite à donner, y compris des simulations économiques.
Simulation Technico-Économique
Une simulation technico-économique individuelle est également réalisée, proposant un système de production en bio prenant en compte les spécificités de chaque exploitation (par exemple, type de sol, projet du producteur). Cet accompagnement vise à sécuriser les transitions vers des modèles agricoles plus respectueux de l'environnement et économiquement viables.
Le Maraîchage sur Sol Vivant (MSV) : Une Approche Écoresponsable
Le maraîchage sur sol vivant (MSV), également appelé agriculture régénératrice, est une technique de culture privilégiée qui se concentre sur la santé des sols et le respect des écosystèmes. Ce modèle présente de nombreux avantages :
- Fertilité des sols : En mettant l'accent sur la conservation de la matière organique, le MSV favorise la fertilité et la durabilité des sols, créant un environnement optimal pour les cultures.
- Conservation de l'eau : Le MSV vise à n'utiliser que le nécessaire en eau pour la culture des végétaux. Les couverts végétaux et les résidus de culture sont utilisés comme paillis naturel, évitant ainsi l'évaporation prématurée de l'eau tout en régulant son infiltration dans le sol.
- Biodiversité et écosystème : Cette approche favorise la biodiversité en créant un cadre propice à la vie végétale et animale. Les insectes pollinisateurs et les micro-organismes du sol peuvent ainsi effectuer leur travail en toute quiétude sur les parcelles.
- Qualité des cultures : Les plantes, fleurs, fruits et légumes issus du maraîchage sur sol vivant possèdent des qualités nutritives et gustatives supérieures aux cultures issues de l'agriculture classique.

La Préservation de la Ressource en Eau : Une Priorité
Grand Poitiers s'engage activement dans la préservation de la qualité de l'eau potable, assurant l'alimentation en eau de 13 de ses 40 communes, soit 50 000 abonnés ou 143 000 habitants. Plusieurs des ressources en eau utilisées sont vulnérables aux pollutions diffuses et sont dites « prioritaires », impliquant la mise en place d'actions spécifiques.
Le Programme Re-Sources
La collectivité porte à l'échelle des aires d'alimentation des captages sensibles aux pollutions diffuses la démarche régionale Re-Sources depuis 2009. Cette démarche se traduit opérationnellement par la mise en œuvre et l'animation d'un plan d'action adossé à un contrat territorial, bénéficiant du soutien financier de la Région Nouvelle-Aquitaine et de l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne. Deux programmes d'action sont mis en place sur les Aires d'Alimentation des Captages de Fleury (eau souterraine, depuis 2009, 2 communes concernées, 26,5 km² dont 89 % de SAU, soit 50 agriculteurs) et de la Varenne (eau superficielle, depuis 2022, 115 communes concernées, 2109 km² dont 84 % de SAU, soit 1900 agriculteurs).
Mise à Disposition de Matériel Agricole
Dans le cadre des programmes Re-Sources, Grand Poitiers souhaite accompagner le développement des pratiques favorables et durables pour la ressource en eau en mettant à disposition de matériels auprès des CUMA (Coopératives d'Utilisation de Matériel Agricole) du territoire concerné, en partenariat avec la FCUMA 86. L'objectif est de permettre aux agriculteurs de tester du matériel avant d'envisager un investissement collectif ou individuel. Le matériel envisagé répond aux thématiques suivantes : semis et destruction des couverts végétaux (semoir SD et rouleau FACA) et désherbage mécanique (herse étrille, bineuse). Les locations et l'accompagnement sont entièrement pris en charge par la collectivité, avec une convention d'engagement établie entre la CUMA, le fournisseur et Grand Poitiers.
Développement de Cultures à Faible Intrant : Chanvre et Miscanthus
Grand Poitiers promeut également des cultures moins gourmandes en eau et en intrants, contribuant ainsi à la protection des captages d'eau potable.
- La filière chanvre : Depuis 2021, Grand Poitiers porte un projet de développement de la filière chanvre dans la Vienne, de sa production à son utilisation, en partenariat avec l'association régionale Chanvre Nouvelle-Aquitaine et la Région Nouvelle-Aquitaine, avec le soutien financier de l'Agence de l'eau Loire-Bretagne. Le chanvre est une plante d'avenir, peu gourmande en eau, qui ne nécessite pas de traitement, améliore la structure des sols et garantit le maintien des revenus des agriculteurs. En 2023, 23 hectares ont été cultivés sur l'aire d'alimentation du captage de la Varenne, produisant près de 35 tonnes de paille et 6,7 tonnes de graines. La paille sert à isoler les bâtiments, tandis que les graines sont transformées en huile, broyées en farine ou consommées.
- Le miscanthus : Depuis 2021, Grand Poitiers souhaite développer la culture du miscanthus sur les territoires Re-Sources pour une protection durable de la ressource en eau et une valorisation économique. Une étude menée conjointement avec Eaux de Vienne en 2018 a mis en avant le miscanthus comme l'espèce la plus adaptée au mode de travail agricole et au contexte pédoclimatique local, répondant aux enjeux de la qualité de l'eau et ayant des débouchés locaux. Il s'agit d'une culture pérenne (cycle cultural de 15 ans) avec un fort pouvoir couvrant limitant le transfert des polluants au captage et nécessitant peu ou pas d'intrants. En 2023, 26 hectares de miscanthus ont été financés et accompagnés techniquement sur les zones à enjeu eau de Grand Poitiers.

Les Structures Existantes et les Synergies à Créer
Le territoire bénéficie déjà de plusieurs filières et opérateurs partenaires de la démarche Re-Sources, tels qu'OCEALIA, CORAB, NEOLIS, TERRENA, COC, etc. Un renforcement de ce partenariat est prévu dans le cadre des contrats territoriaux pour étudier le potentiel de développement des cultures à bas niveau d'intrant (prairies, luzerne, lupin, soja, pois d’hiver, féverole, lin…) à une échelle inter-bassins. Des essais sont prévus durant la durée des contrats pour mettre en valeur ces cultures à bas niveau d'intrants et collecter des données sur le territoire. Malgré ces initiatives, des difficultés subsistent, notamment la prise en compte des enjeux eau dans les filières de qualité (rémunératrices pour les producteurs), et de nombreuses synergies restent à créer sur ces vastes territoires.
Engagements Solidaires et Accès aux Produits Locaux
Des associations de consomm'acteurs ont établi des engagements solidaires et réciproques avec des agriculteurs de proximité sous forme de contrats. Ces associations ont également permis de développer l'accès au panier bio pour tout type de revenus, notamment par l'attribution de paniers solidaires pour des quotients familiaux inférieurs à 1 200 €/mois. La distribution de paniers de légumes s'effectue sur toute l'année, avec des récoltes proposées par Robert Sangely d'avril à décembre, et par les jardins du Domaine de Malaguet et l'association l'Eveil (chantier d'insertion) de janvier à mars. Les contrats sont annuels et les paiements peuvent se faire en 3 fois, mais les produits ne sont accessibles qu'aux amapiens à jour de cotisation. Ces initiatives locales sont essentielles pour garantir une distribution équitable et un soutien direct aux producteurs.
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