Le Maraîchage Hors-Sol : Comprendre les Techniques de Culture Sans Terre

Cultiver des fruits, des légumes, des plantes, c’est placer une graine ou un plant dans le sol et lui apporter ensuite tout ce dont il a besoin pour une croissance optimale. Bien sûr, on peut cultiver dans des contenants emplis de terre et recréer ainsi les conditions présentes dans le sol. Mais savez-vous qu’il existe un autre type de culture dans laquelle la terre n’est pas nécessaire ? La culture hors sol se définit comme étant sans lien avec le sol en place issu de la roche mère qui l’a généré, dont l’évolution normale se fait sous l’effet des facteurs climatiques augmentés de la végétation qu’il porte et, le cas échéant, de l’action de l’Homme.

Schéma explicatif des différents types de cultures : pleine terre, potager surélevé et systèmes hydroponiques

Les principes fondamentaux de la culture hors-sol

Qu’appelle-t-on la culture hors sol ? Pas besoin d’aller chercher bien loin : la culture hors sol est le fait de cultiver ailleurs que dans le sol. En fait, c’est un système de culture où les racines ne sont pas en contact avec le sol, le substrat naturel sur lequel on marche. Les plantations peuvent se trouver aussi bien en terre dans un bac potager, un pot, une jardinière, qui possède un fond et donc qui, même s’il est posé au sol, n’a pas de contact avec celui-ci, ou bien sans terre et complètement isolées du sol, grâce à une solution nutritive spécifique.

Ce n’est d’ailleurs pas tant de terre dont une plante a besoin mais surtout d’eau et d’éléments nutritifs. Ainsi, dans la technique de culture hors sol, le substrat remplit son rôle de soutien mécanique à la plante et de support pour le transfert des aliments vers les racines. La culture hors sol fait appel à des milieux de cultures optimisés sans lien physique avec le sol, avec ou sans contenants ; parfois même sans substrat.

Hydroponie, aéroponie et aquaponie : les trois piliers

Les méthodes de culture hors-sol, qui regroupent l’hydroponie, l’aquaponie et l’aéroponie, possèdent de nombreuses caractéristiques susceptibles de séduire agriculteurs, agronomes et consommateurs.

L’hydroponie

L’hydroponie signifie cultiver dans l’eau. Les plantes se développent sur un substrat solide, neutre et inerte, comme les billes d’argile, le sable ou la laine de roche. Une solution aqueuse enrichie en éléments nutritifs apporte l’eau, l’oxygène et les minéraux nécessaires à la croissance des plantes. Lorsqu’on dit « cultiver dans l’eau », ce n’est pas aussi simple que ça : l’eau à elle seule ne contient pas assez de nutriments pour nourrir les végétaux. C’est pourquoi l’hydroponie utilise une solution nutritive.

L’aéroponie

L’aéroponie se distingue de l’hydroponie par l’absence de substrat. La solution nutritive est pulvérisée en permanence, directement sur les racines suspendues dans des containers spéciaux les maintenant dans l’obscurité. Cette approche maximise l’exposition à l’oxygène et permet une absorption rapide des nutriments.

L’aquaponie

Enfin, l’aquaponie désigne l’association entre l’hydroponie et l’aquaculture (élevage de poissons). Lorsqu’elles sont couplées, ces deux techniques deviennent complémentaires et permettent la création d’un cycle presque fermé : les déchets des poissons fournissent des nutriments aux plantes, et les plantes aident à filtrer l’eau, créant ainsi un système symbiotique.

Système hydroponique NFT (Technique du film nutritif) | Comment fonctionne un système hydroponiqu...

Avantages et intérêts agronomiques

Par rapport à l’agriculture classique, les systèmes hors-sol présentent plusieurs avantages majeurs :

  • Gestion sanitaire : L’absence de terre réduit le risque de maladie sur les fruits, les légumes et les plantes, car c’est souvent à l’intérieur de celle-ci que se cachent les germes et les parasites. On évite également les polluants présents dans les sols du fait de l’activité humaine.
  • Économie d’eau : La gestion de l’eau est un des points essentiels : on n’en fournit ni trop, ni trop peu. On évoque souvent une division par 10 de la quantité d’eau nécessaire par rapport aux cultures en pleine terre.
  • Productivité accrue : Les végétaux recevant exactement ce dont ils ont besoin, ils ont généralement une croissance plus rapide et plus efficace. Selon la FAO, le rendement végétal des cultures hors-sol est augmenté de 20 à 25% par rapport aux cultures classiques.
  • Adaptabilité urbaine : Ces techniques ne nécessitent pas de vaste espace et l’infrastructure peut être légère. Autant de caractéristiques qui leur permettent de s’insinuer dans les interstices de la ville, telles que les jardins, les toits, les balcons ou encore les façades.

Les défis techniques de la culture hors-sol

L’hydroponie ne présente bien sûr pas que des avantages. Ce système de culture nécessite une surveillance quotidienne et des connaissances afin de savoir quand et comment intervenir. Il faut être capable de mesurer avec précision, comprendre et réguler le pH, la température de l’air et de l’eau, ou encore la composition de l’air.

De plus, l’hydroponie nécessite l’utilisation d’un certain nombre de matériels spécifiques qui peuvent représenter un coût assez important : produits nutritifs, pompes, bacs de culture, systèmes d’éclairage. La marge d’erreur est réduite pour ce qui est de la fertilisation et de l’irrigation ; la moindre erreur de dosage et toute la culture peut être compromise. Enfin, la dépendance à l’électricité pour faire fonctionner les pompes et les systèmes d’éclairage soulève des questions sur la consommation d’énergie.

Choix des substrats et gestion des solutions nutritives

La culture hors sol permet l’utilisation d’une grande variété de substrats. Le substrat est un matériau qui se substitue au sol pour jouer le rôle de support de la plante. On peut les classer en trois grandes catégories :

  1. Substrats minéraux bruts : sables, graviers, pouzzolane.
  2. Substrats minéraux transformés : perlite, vermiculite, argile expansée, laine de roche.
  3. Matériaux organiques : fibre de coco, tourbes, dérivés du bois, fibres végétales facilement recyclables.

Contrairement au sol, le substrat est en général de faible volume et ne possède que très peu ou pas de réserve d’éléments nutritifs. L’inertie chimique et biologique du substrat le rend peu tamponné, ce qui impose un calcul précis des doses et des fréquences d’irrigation.

Infographie comparant les différents types de substrats utilisés en hydroponie

Perspectives et avenir de l’agriculture hors-sol

Le développement des cultures hors sol se fera en lien avec la raréfaction des terres cultivables du fait de l’urbanisation. Par ailleurs, l’agriculture urbaine sera largement utilisatrice de procédés de culture hors sol. À la « croisée des enjeux », l’agriculture urbaine est aujourd’hui à la croisée des chemins. L’hydroponie, qui en est l’un des modes de développement les plus actifs, n’échappe pas à l’examen critique.

Si ces techniques sont la cible de critiques concernant le goût des produits ou l’aspect « technologique » de la production, elles répondent à des réalités économiques, écologiques et sociétales pressantes. Dans un contexte de dérèglement climatique, elles permettent de maintenir une autonomie alimentaire locale, même dans des environnements hostiles ou urbanisés. À l’avenir, la combinaison de ces méthodes avec des énergies renouvelables et une meilleure maîtrise technique pourrait faire de la culture hors-sol un pilier de la transition agricole mondiale.

tags: #maraichage #hors #sol