Le Maraîchage Sol Vivant et le Semoir Chinois : Une Approche Novatrice pour une Agriculture Durable

Le Maraîchage Sol Vivant (MSV), un mouvement agricole né en 2012, s'est donné pour mission de baser la fertilité des cultures sur la vie et la santé du sol. Cette approche vise à limiter au maximum les perturbations du sol, réduisant ainsi la nécessité d'un travail du sol intensif, afin d'en préserver et d'en accroître la fertilité. Le MSV se caractérise par une activité biologique des sols optimale, une porosité adéquate et un flux efficace de nutriments. Au-delà de la création de sols fertiles et riches, le MSV contribue activement à la séquestration du carbone dans les sols, en limitant son relargage et en augmentant le stock interne du sol. Cette philosophie est d'ailleurs intégrée à la formation CS production légumière, où les cours, visites et travaux pratiques sont axés sur le MSV et le bio intensif.

Maraîchage Sol Vivant

Les Fondations du Maraîchage Sol Vivant : Sept Clés pour Réussir

L'établissement d'un projet maraîcher en MSV, et sa pérennisation, repose sur sept clés fondamentales à réunir dès le début et à entretenir tout au long de la carrière de l'agriculteur.

1. Motivation et Alignement Personnel

La motivation est un pilier fondamental pour maintenir l'énergie nécessaire dans ce métier exigeant, physiquement difficile et souvent chronophage. Il est essentiel de conserver sa motivation face aux pertes de cultures, aux aléas climatiques ou aux déboires commerciaux, et de savoir rebondir. Avant de se lancer, il est crucial de prendre un moment pour aligner ses rêves, son projet personnel, son projet professionnel et ses capacités physiques. Beaucoup de porteurs de projets démarrent avec des idéaux sur l'agriculture et surestiment leurs capacités à tout entreprendre de front, comme la rénovation d'une maison, le montage de serres, la mise en place de canaux de commercialisation, l'installation d'un verger et l'élevage de poules, le tout simultanément dès la première année.

Poursuivre ses envies d'autonomie et de production agricole est une source de motivation indéniable. Cependant, il est fortement recommandé de prendre le temps d'observer des projets d'installation existants afin de se rendre compte d'un calendrier type et du temps de réalisation des différentes tâches. Il ne s'agit pas de mettre ses rêves en veilleuse, mais d'adapter leur réalisation à ses capacités et au respect de son temps personnel. Il est important de se réserver du temps les week-ends, même la première année, pour explorer d'autres pratiques ou maintenir ses relations et ses passions.

L'alignement entre le projet personnel (vie de famille, temps pour soi, amis et hobbies) et le projet professionnel (salaire juste, production d'alimentation de qualité pour le territoire, épanouissement par le travail) est une autre dimension primordiale.

2. Capacité d'Anticipation et de Réaction face aux Imprévus

Il est crucial de réagir correctement lorsqu'un événement inattendu pourrait avoir un impact important sur les cultures. Un exemple serait une invasion de limaces sur une série de plantations, l'annonce d'un gel exceptionnel, des récoltes trop abondantes ou un chantier d'implantation plus long que prévu qui bousculent le planning. Dans ces divers cas, ne pas faire l'effort de réagir en conséquence face à l'imprévu peut avoir des répercussions significatives sur la réussite de la culture concernée. L'anticipation est la clé principale pour améliorer son organisation et la vision de son travail : une bonne planification, des quantités pré-calculées pour les commandes de plants, des dates de séries préétablies, etc.

3. Maîtrise des Ordres de Grandeur du Maraîchage

Savoir estimer les ordres de grandeur du maraîchage permet de mieux se projeter sur l'ampleur des tâches à venir, et ainsi de mieux s'organiser. Par exemple, l'arrosage d'un semis au démarrage nécessite 15 mm d'eau. Avec 2 l/h par goutteur et 9 goutteurs/m², cela représente 50 minutes d'arrosage au goutte-à-goutte. Concernant l'estimation de la rentabilité, un exemple concret pourrait être : 2 kg de haricots récoltés en 1 heure, vendus 8€/kg, génèrent un revenu de 16€/h. Ces calculs simples, mais essentiels, aident à la planification financière et opérationnelle.

4. L'Importance du Réseau et de l'Entraide

Le maraîchage est une activité extrêmement chronophage, mais également attrayante pour de nombreux curieux. Il est aisé de s'entourer de personnes impliquées et de profiter de nombreux échanges de bons procédés. Cela peut prendre la forme de coups de main familiaux ou amicaux contre des légumes, de wwoofing en échange de la découverte de l'agriculture, de stagiaires contre un apprentissage, de journées d'immersion avec des groupes d'étudiants contre de la pédagogie, de chantiers participatifs avec des moments conviviaux, d'échanges de coups de main réciproques entre collègues, ou encore de prêt de matériel coûteux de voisin contre des légumes ou de l'argent. La création de ces dynamiques renforcera également l'entreprise lors de périodes difficiles (problèmes de santé, casse matérielle, surcharge temporaire d'activité). Un lien fort avec ses clients ou les membres d'une AMAP (Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne) peut constituer un des piliers pour traverser les zones de turbulences.

5. Prise de Décision Éclairée et Tempestive

Ne prendre que les meilleurs choix n'est bien sûr pas possible. Cependant, il est indispensable d'acquérir une attitude permettant de prendre des décisions en prenant le temps de bien s'informer auprès de connaisseurs, sans trop tarder. Un exemple typique de mauvaise décision est de choisir de remettre à plus tard le bâchage d'une parcelle, ce qui engendre une cascade d'opérations supplémentaires à réaliser. Autre choix malheureux : ne pas faire réparer un tracteur et faire toutes les récoltes et les déplacements de matières organiques à la brouette pendant plusieurs mois. Le maraîcher peut alors se retrouver avec des problèmes de dos, alors qu'un garage agricole aurait probablement pu éviter une telle déconvenue.

6. Gestion Efficace de la Charge de Travail et Commercialisation

Le surmenage est souvent évoqué dans le milieu agricole. Il peut être lié à deux paramètres : la surcharge de travail et l'organisation du temps face à cette charge. Pour gérer sa charge de travail, il est nécessaire de vérifier la cohérence entre le chiffre d'affaires visé, le type de vente envisagée et la charge de travail réellement effectuée. Pour ce faire, il est utile de comparer avec les modèles d'autres exploitations maraîchères. La création de prévisionnels de culture, en variant les quantités et les prix de vente pour atteindre le chiffre d'affaires souhaité, est également essentielle. Quelques connaissances de base en tableur Excel peuvent s'avérer très utiles pour cette partie de prévisionnel et de planification. Il est important de garder à l'esprit qu'il n'est jamais possible de tout faire comme on le voudrait, d'où l'importance de prioriser.

La commercialisation peut devenir rapidement et surtout dans un premier temps extrêmement chronophage pour le maraîcher. Se retrouver à faire plusieurs marchés par semaine pour ne vendre que 100 € par marché est évidemment beaucoup moins efficace que de réussir à tout regrouper en une ou deux ventes. Ainsi, il faut dimensionner son AMAP, son marché ou son autre système de vente en fonction de cet objectif et se donner les moyens de l'atteindre.

Pour améliorer son organisation et la vision de son travail, la clé principale est l'anticipation. Ensuite, il est intéressant de prendre note de ce qui est réalisé tout au long de l'année (rendement, décalage de séries, problèmes d'enherbement et/ou de ravageurs, restes ou manques en quantités lors des ventes, etc.). Ces notes constituent une base utile à la prise de décision et à l'amélioration de la planification de l'année suivante. Au niveau de la production, il s'agit de noter tout ce qui a été réalisé, dans quelles conditions et surtout quel a été son ressenti.

7. Compréhension Approfondie de l'Agronomie des Sols Vivants

L'agronomie des sols vivants diffère de celle de l'agriculture classique. Le Maraîchage Sol Vivant peut facilement reconstruire biologiquement les sols grâce à des outils tels que les apports de matières organiques, les plantes (couverts végétaux, enherbement spontané et prairie) et l'irrigation. Même si les sols sableux ont moins de réserve utile que les sols argileux et si les cailloux déforment les carottes, c'est avant tout la nutrition du sol et l'activité biologique qui créent la fertilité des sols. Avec une bonne nutrition (et donc une bonne activité biologique) et une irrigation adaptée, la plupart des légumes poussent dans n'importe quels sols.

Agronomie des sols vivants

Le Non-Travail du Sol et ses Nuances

Le non-travail du sol, au cœur du MSV, implique une limitation maximale des perturbations du sol pouvant réduire sa fertilité. Cependant, cette pratique connaît des nuances. Par exemple, certains maraîchers vont jusqu'à ne pas retirer un rumex à la bêche, car cela travaille le sol. Le réseau MSV préconise de ne pas travailler le sol, sauf pour une phase de remise en vie avec des intrants massifs. Mais si les semis sont trop souvent ratés à cause d'un mauvais contact sol-graine, il faudra peut-être privilégier un itinéraire avec travail au rotavator sur quelques centimètres, puis un ou plusieurs binages de la culture. Si un marquage des planches permanentes ou un rebuttage est nécessaire, le sol sera évidemment travaillé. Dans des cas particuliers où le sol est extrêmement compact et sans porosité biologique, le travail du sol s'impose pour ne pas s'infliger la non-réussite de la culture.

Un sol déjà travaillé ou peu poussant est un sol que l'on peut travailler une dernière fois pour faire un intrant massif carboné. La faim d'azote qui en résulte peut être palliée par un apport azoté calculé en conséquence de l'apport plus carbonné.

Comprendre la Biologie du Sol et le Rôle des Adventices

Gérard Ducerf nous apprend que certaines conditions sont propices à la germination des adventices. Le MSV, avec ses pratiques, tend à modifier ces conditions. En MSV, les vivaces prolifèrent davantage par leur capacité à résister aux paillages en établissant leurs rhizomes. Il n'est pas nécessaire d'être vigilant pour des cultures bâchées ou fortement paillées. En revanche, les semis avec peu de compost (< 5 cm) nécessitent plus de vigilance : mieux vaut éviter la montaison des adventices les deux années précédant le semis. Il faut aussi savoir qu'il n'y a aucune situation irrattrapable en cas de production de graines massives en utilisant des cultures bâchées, des grosses épaisseurs de paillages ou des couverts végétaux très puissants. C'est probablement en développant des stratégies de cultures en couverts permanents que notre regard sur les adventices va évoluer. Pourrait-on aller jusqu'à travailler directement avec les couverts spontanés ?

Les installations sur prairie ont été nombreuses ces dernières années et ont montré des problèmes de taupins ou de tipules dans des cas de nappes affleurantes. C'est un parti pris souvent constaté dans le réseau MSV, en particulier au Nord de la France.

Couverts végétaux

L'Irrigation : Un Levier Essentiel en MSV

C'est un manque à gagner énorme que de se passer de système d'irrigation en MSV, car la réussite des semis et des plantations est conditionnée à une bonne hygrométrie du sol et de l'air. De plus, les périodes sèches seront mieux traversées grâce à l'irrigation. Enfin, l'irrigation permet de décupler les rendements et donc tout le travail déjà réalisé sur la culture. En bref, l'irrigation est ce qui permet de passer d'un revenu qui remboursera les charges, à un revenu qui paiera un salaire.

Il est aussi absurde de faire souffrir les plantes que de les gaver d'eau et d'engrais. Chaque plante a des conditions optimales de croissance. Limiter l'irrigation permet d'augmenter le taux de sucre et de faire baisser la température des serres pour ralentir la croissance des légumes, comme les radis et la salade qui poussent trop vite et se conservent mal. Mais de manière générale, les stress engendrent des baisses de rendements, des montaisons et des sensibilités accrues aux ravageurs.

Mesure du pH et Santé du Sol

La mesure du pH en laboratoire est une moyenne regroupant la nature du sol, la rhizosphère et l'humus du sol. Les mesures de pH au champ donnent une information sur le pH de l'eau libre de la parcelle. C'est ce qui explique que la mesure du pH soit extrêmement variable (dépendant de l'humidité, de la composition de l'échantillon, etc.). Une information intéressante tout de même est que les rhizodépositions et la biologie du sol tendent vers un pH de 6,5 - 7, qui est précisément le pH de confort du végétal.

Les sols maraîchers sont souvent des "anthroposols", c'est-à-dire des sols construits par la main de l'homme, année après année. Le MSV peut facilement reconstruire biologiquement les sols grâce aux outils que sont les apports de matières organiques, les plantes (couverts végétaux, enherbement spontané et prairie) et l'irrigation.

Le Semoir Chinois : Un Outil Adapté au Maraîchage Sol Vivant

Bien que non explicitement détaillé dans les informations fournies, le "semoir chinois" est un outil qui s'inscrit parfaitement dans la philosophie du Maraîchage Sol Vivant. Sa conception permet un semis précis et régulier, souvent sans travailler le sol en profondeur, ce qui est cohérent avec les principes du non-travail du sol.

Ce type de semoir, généralement manuel, est apprécié pour sa simplicité et son efficacité. Il permet de semer une grande variété de graines, des plus petites aux plus grosses, avec une profondeur et un espacement constants. Cela est crucial en MSV, où un bon contact sol-graine est essentiel pour la réussite des semis, particulièrement dans des conditions de non-travail du sol où le lit de semence n'est pas ameubli mécaniquement.

Le semoir chinois, par sa légèreté et sa maniabilité, permet de semer sur des planches permanentes sans compacter le sol, préservant ainsi la structure et la porosité créées par l'activité biologique. Il est particulièrement adapté aux petites et moyennes surfaces, souvent caractéristiques des fermes maraîchères en MSV.

L'utilisation d'un semoir chinois peut contribuer à réduire la charge de travail physique du maraîcher, en automatisant une partie du processus de semis, qui peut être fastidieux et chronophage s'il est réalisé entièrement à la main. Cela s'aligne avec l'objectif de gestion efficace de la charge de travail et d'optimisation du temps.

De nombreuses actions sont menées pour améliorer les techniques sur le terrain, les faire connaître par les agriculteurs mais aussi pour tisser des liens entre les adhérents du réseau MSV. Dans ce contexte, l'expérimentation et le partage d'expériences autour d'outils comme le semoir chinois sont essentiels pour faire progresser les pratiques du MSV.

Semoir chinois pour maraîchage

Idées Fausses et Réalités Biologiques

"On a besoin d'un hiver froid pour tuer la vermine", "Un poireau a besoin d'être coupé pour bien pousser", "les champignons sont dangereux", "les taupins sont un fléau sur prairie"… Toutes ces expressions ont toujours un fond de vérité. Globalement, l'agriculture a peur de la biologie et de la vie parce qu'elle ne la comprend pas. Face à chaque problématique, il est nécessaire de replacer les bons ordres de grandeurs, définir sa place dans le cycle biologique et comprendre sa fonction. C'est le seul moyen de comprendre les problèmes et de les résoudre.

La nature n'est pas toujours celle que l'on imagine pour nos cultures. Avez-vous déjà vu un melon sauvage dans le parc d'à côté ? Le légume n'est pas, ou plus, une plante sauvage. Il nécessite des conditions spécifiques, souvent optimisées par l'intervention humaine, pour atteindre son potentiel de production.

Pour le bâchage, si la bâche est posée depuis au moins 3 mois poussants (mais que vous n'avez pas pu avoir 6 mois poussants), vous pouvez planter et semer. Par exemple, poser la bâche fin mars et semer des carottes fin juin sur un lit de compost ou de broyat.

Le Réseau MSV : Un Moteur de Développement

Le réseau MSV est un acteur clé dans la diffusion et l'amélioration des pratiques du Maraîchage Sol Vivant. De nombreuses actions sont menées pour améliorer les techniques sur le terrain, les faire connaître par les agriculteurs, mais aussi pour tisser des liens entre les adhérents. Les structures du réseau MSV financent chacune leurs propres projets. Selon ses appétences et ses compétences, il est possible d'aider ces structures sur certains de leurs projets. Pour les professionnels désireux d'échanger sur des sujets techniques, le réseau offre un cadre propice à la collaboration et au partage de connaissances.

tags: #maraichage #sol #vivant #semoir #chinois