L’Alsace, terre de contrastes et de traditions, entretient une relation singulière avec le monde végétal. Au cœur de cette identité, le géranium occupe une place de choix, presque mythique. À Colmar, cette passion se manifeste chaque printemps par des événements emblématiques, tels que les marchés aux géraniums, qui marquent le début de la saison des beaux jours. Ces rendez-vous ne sont pas seulement des occasions commerciales ; ils sont le reflet d'une culture où le fleurissement des façades et des balcons participe à la valorisation du patrimoine bâti alsacien, caractérisé par ses célèbres maisons à colombages.

Les origines d’une passion régionale
Les Pélargoniums, souvent appelés communément géraniums, connaissent un grand succès en Europe à partir du début du XIXe siècle. Originaire d'Afrique australe, cette plante a été découverte par les explorateurs hollandais à partir du XVe siècle et introduite progressivement en Europe. Grâce à leur intégration dans les collections botaniques, les Pélargoniums ont suscité un engouement sans précédent en Alsace dès les années 1840. Strasbourg et Mulhouse ont rapidement organisé des expositions où ces végétaux tenaient une place d'honneur, soulignant leur importance esthétique et botanique.
L'influence du géranium a dépassé les jardins pour imprégner l'art et l'industrie. Les florissantes industries de l’impression textile et du papier peint alsaciennes appréciaient tout particulièrement la création de dessins floraux inspirés par cette plante. On retrouve d'ailleurs des traces de cet engouement dans des objets d'art, comme cette assiette en céramique à décor de géraniums et de chèvrefeuille signée Théodore Deck. Plus surprenant encore, le géranium est devenu un symbole culturel fort, apparaissant même comme un élément fragile et significatif dans « La Grande Illusion », chef-d'œuvre du cinéma mondial réalisé par Jean Renoir en 1937.
Le rôle des marchés aux géraniums à Colmar
Chaque année, à l'arrivée du printemps, la ville de Colmar célèbre cette tradition avec ferveur. À Colmar, toute cette matinée du 8 mai, une vente de géraniums était organisée sur le parking du Parc Expo. Lors de cet événement, 10 000 géraniums et plantes de saison ont été vendus par trois horticulteurs de la région, attirant une foule nombreuse venue fleurir balcons et jardins. L'objectif est clair : préparer l'embellissement des espaces de vie pour la belle saison.
Ces marchés sont essentiels, car les beaux géraniums se méritent. Les fleurs importées parfois de très loin ne sont souvent pas de bonne qualité et peu adaptées au climat local. C'est pourquoi le plaisir de se promener chaque printemps dans les serres des producteurs alsaciens est une étape incontournable pour les passionnés. Lors de ces ventes, comme celle organisée par la ville, les agents des espaces verts de Colmar proposent parfois du rempotage gratuit pour les géraniums et plantes, offrant ainsi des conseils précieux aux habitants. Michel, jardinier aux espaces verts de la ville de Colmar, résume bien la philosophie locale : « C'est tout simple. Une plante qui annonce les beaux jours et qui s'invite sur les balcons et dans les jardins en Alsace, entre avril/mai jusqu'aux premières gelées. »
Reportage région : direction le port de Colmar
Tradition, esthétique et mythologie alsacienne
Le succès du géranium en Alsace repose sur sa belle floraison, ses couleurs variées et les bons soins des Alsaciennes. Dans les années 1980, la trilogie « enduit blanc, volets verts et géraniums rouges » est devenue emblématique de l'Alsace. Bien que certains considèrent cette abondance florale comme un excès, voire un penchant vers le kitsch, la tradition demeure ancrée. Certaines légendes locales suggèrent même qu'un curé aurait planté des géraniums rouges à l'issue de la Première Guerre mondiale, faisant du fleurissement un geste patriotique.
Il est difficile de comprendre pourquoi le géranium habite à ce point la mythologie alsacienne, mais il est certain que le cadre de vie en est transformé. Avec l'aide de ses habitants, chaque quartier, ville et village se rend accueillant, et le patrimoine bâti se met en valeur. Cette dynamique est soutenue par le Ministère du Tourisme qui organise, à partir de 1959, le concours national des Villes et Villages Fleuris, auquel l'Alsace participe activement. Bien que personne n'impose de fleurir ses façades, les habitants sont fortement encouragés à suivre le mouvement, transformant l'enthousiasme individuel en une compétition collective harmonieuse.
Conseils de culture et pratiques durables
Pour réussir son fleurissement, il convient de comprendre les besoins de la plante. Le géranium aime la croissance : plus elle a de soleil, mieux elle se porte. Cependant, la plante ne supporte pas le gel. Autrefois, les Alsaciennes rentraient leurs géraniums dans leurs caves où ils résistaient sans aide jusqu'au printemps. Cette tradition n’est malheureusement plus en vigueur, la pratique moderne consistant souvent à acheter des géraniums chaque printemps et à les jeter en fin de saison.
Aujourd'hui, la filière horticole régionale se tourne vers des pratiques plus durables. Les serres du Lycée horticole « Les Jardins Plixbourg » à Wintzenheim illustrent ce renouveau avec des productions diversifiées, le chauffage des serres au bois et des méthodes de culture respectueuses de l'environnement. Des passionnés comme Marylène et Michel Martin témoignent de cette évolution en entretenant des jardins exceptionnels avec des méthodes naturelles, associant plantes vivaces et plantes annuelles pour créer un paradis vert.

Une ville en fête : le printemps à Colmar
Le géranium n'est qu'une facette de la vitalité printanière à Colmar. Il y a comme un air de printemps qui souffle sur la ville, propice à la fête et au jardinage. À l'occasion de la dixième édition de « Colmar fête le printemps », le centre-ville se pare de ses plus belles couleurs. Les marchés installés place des Dominicains et place de l'Ancienne douane offrent des décors fleuris où une soixantaine de chalets attendent les visiteurs.
Ces festivités incluent également des expositions-ventes au Koïfhus, dédiées aux arts décoratifs comme la poterie, la céramique et les œufs décorés. La musique et la présence d'animaux de la basse-cour renforcent cet esprit de renouveau. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, la ville propose chaque année un concours de décoration florale (maisons fleuries) dont la participation est gratuite. C'est une invitation à tous ceux qui ont la main verte et qui aiment décorer leur habitation de fleurs et plantes colorées à contribuer à la beauté collective de la cité.
L’évolution des mentalités et le futur du fleurissement
La perception du fleurissement a évolué au fil des décennies. Si l'esthétique classique du géranium rouge reste une référence, on observe aujourd'hui une diversification des pratiques. Le mélange des genres, associant des plantes vivaces aux annuelles, permet une gestion plus écologique et durable des espaces verts. Les collectivités locales, en lien avec les Conseils Régionaux, continuent de promouvoir ces initiatives de labellisation, incitant les citoyens à repenser leur rapport à la nature urbaine.
L'Alsace, en tant que responsable de traitement, recueille dans ses formulaires d'information des données qui sont enregistrées dans un fichier informatisé par son Service Relations Clients, la finalité étant d’assurer la création et la gestion de votre compte, ainsi que des abonnements et autres services souscrits. Si vous y avez consenti, ces données peuvent également être utilisées pour l’envoi de newsletters et/ou d’offres promotionnelles par L'Alsace, les sociétés qui lui sont affiliées et/ou ses partenaires commerciaux. Cette gestion moderne de l'information accompagne le développement des services liés à la vie locale, incluant les programmes horticoles et les événements communautaires qui font la renommée de Colmar.
L'avenir du fleurissement à Colmar semble donc passer par un équilibre entre le respect des traditions - comme le maintien de la vente annuelle de géraniums - et l'adoption de méthodes de jardinage plus respectueuses de la biodiversité. La transmission de savoir-faire, du rempotage gratuit aux conseils prodigués par les jardiniers municipaux, reste le pilier central permettant de perpétuer cette tradition alsacienne tout en l'adaptant aux défis environnementaux contemporains. Que ce soit à travers les concours de maisons fleuries ou les marchés de printemps, l'engagement des habitants demeure le moteur principal de l'attractivité de Colmar.