Guide exhaustif sur le porte-greffe et les techniques de multiplication : Fondements et pratiques arboricoles

L’arboriculture fruitière repose sur un pilier fondamental : la maîtrise de la relation entre le porte-greffe et le greffon. Un porte-greffe est un végétal (sauvageon, franc ou cultivar) sur lequel on implante un greffon. Si l’on sème un pépin de notre pomme préférée et qu’il grandit, l’arbre ne donnera pas votre pomme préférée comme fruit. Ainsi, pour sauvegarder les variétés fruitières sélectionnées nous pratiquons le greffage. Le greffage est une technique de multiplication qui consiste à mettre en étroite union deux végétaux. Le premier, celui que l’on souhaite voir se développer, s’appelle le greffon et le second, la plante support, celle qui s’enracine, le porte-greffe. Pour réussir le greffage, il faut parvenir à accoler le cambium des deux plantes.

Schéma illustrant la zone de jonction entre le porte-greffe et le greffon, mettant en évidence l'alignement du cambium

Le rôle crucial du porte-greffe dans le développement de l'arbre

Le porte-greffe (PG) est un facteur important du développement de l’arbre. Son choix est une étape cruciale dans la création ou la rénovation d’un verger, car il va définir la taille adulte de votre arbre, sa rapidité de mise à fruit, sa longévité et son adaptation au type de sol. Pour assurer son rôle, le point de greffe (zone de jonction entre le porte-greffe et la variété) doit être au-dessus du sol.

Un porte-greffe issu de semis va être beaucoup plus fort et donner pendant beaucoup plus longtemps des fruits (100 ans). Par contre, la mise à fruit n’aura lieu que quand l’arbre aura dépassé ses 8 ans (en moyenne). À l'inverse, les porte-greffes faible vigueur produisent des fruits rapidement et sont faciles à cueillir sans échelles à condition d’assurer des interventions régulières (taille, arcures, entretien des palissages). Leur usage en bio est possible sur sol vivant, très riche en matière organique et sans carence. Ils nécessiteront un suivi très rigoureux, surtout au niveau des besoins en eau, et ne supportent pas la concurrence de l’herbe.

Évolution des porte-greffes et adaptation climatique

Les porte-greffes ont accompagné l'évolution des vergers de pommiers. Le M 9 a favorisé les vergers à densité élevée. Le M 9, sélectionné à partir du Paradis jaune de Metz, était le porte-greffe le plus diffusé jusque très récemment dans les vergers de pommiers en Europe occidentale. Il s'est imposé en raison des qualités agronomiques conférées aux variétés greffées : très bonne rapidité de mise à fruits, calibre et productivité élevée et régulière.

Aujourd'hui, une nouvelle donne, portée par des évolutions climatiques et environnementales, entraîne une variabilité plus importante des conditions de culture. Cette variabilité est due à une fréquence plus élevée des aléas climatiques (gel printanier, grêle, canicule), à des contraintes hydriques plus importantes au cours des années par manque ou excès d'eau, à l'utilisation plus régulière du désherbage mécanique, au développement de l'agriculture biologique et à l'utilisation de moyens de protection de biocontrôle. Dans un contexte climatique où les évènements extrêmes deviennent la norme, les PG moyenne vigueur et semi-nanifiant constituent un compromis intéressant. Leur mise à fruit peut être rapide (4 ans généralement) et ils ne nécessitent pas toujours de tuteurs.

Analyse des porte-greffes pour le pommier et le poirier

Le choix du porte-greffe doit être fait en fonction de vos attentes et des contraintes de votre sol. Concernant le pommier, plusieurs options se distinguent :

  • M9 : Très faible vigueur qu’on utilise en verger palissé à haute densité avec un bon suivi de fertilisation.
  • M26 : Faible vigueur que je conseille sur sol vivant et riche (type sol maraicher). Ancrage racinaire supérieur à M9 mais l’arbre nécessitera un tuteur.
  • MM106 : Vigueur moyenne. Celui que j’utilise le plus car c’est à mon avis le meilleur compromis et extrêmement fiable en production. Très bonne croissance et ancrage. Résistant au puceron lanigère.
  • Bittenfelder : Vigueur forte. Spécialement adaptée à la conduite haute-tige, aux prés-vergers, aux systèmes agroforestiers et aux conditions difficiles en général (sols dégradés ou sableux, conditions venteuses, sécheresse). C'est le meilleur choix pour la conservation des variétés.

Pour le poirier, les spécificités sont différentes :

  • BA29 : Porte-greffe cognassier de vigueur moyenne. Enracinement traçant mais robuste. Mise à fruit rapide. Peu sensible aux chocs de transplantation.
  • Farold 87 Daytor : Porte-greffe poirier de vigueur moyenne. Très bon ancrage. Mise à fruit rapide. Supporte bien les périodes de sécheresse et les conditions froides.
  • Kirchensaller : Porte-greffe poirier forte vigueur. Il est au poirier ce que le Bittenfelder est au pommier. Bonne résistance aux carences et très bon ancrage.

Tableau comparatif des types de sols adaptés par porte-greffe

Techniques de multiplication végétative : Marcottage et bouturage

Toutes les techniques de multiplication végétative utilisées pour les fruitiers consistent à prélever des fragments d’un végétal et à faire en sorte qu’ils deviennent des plantes autonomes conformes au plant-mère. Il est important de partir de plants-mères sains, indemnes de viroses.

Le marcottage

Dans le cas du marcottage, on cherchera en premier lieu à obtenir des racines sur la portion enterrée de tiges, et ce n’est qu’ensuite que les plants devenus autonomes seront sevrés du plant-mère.

  • Marcottage annuel en cépée : Les pied-mères sont rabattus très court en fin d’hiver. Au printemps, ils développent des jeunes pousses que l’on butte successivement avec de la terre améliorée. En automne, on sectionne les pousses enracinées. Cette méthode est la plus commune pour la multiplication des groseilliers épineux et des sujets porte-greffe clonaux de pommiers et pruniers.
  • Marcottage annuel à long bois : Les pied-mères sont plantés en oblique. En début d’année, les tiges de l’année précédente sont couchées dans une rigole et maintenues par des crochets. On butte ensuite en plusieurs fois jusqu’à former une butte de 35-40 cm de haut.

Le bouturage

Le bouturage de bois sec a la préférence des pépiniéristes en raison de sa simplicité. Après la chute automnale des feuilles, les boutures de rameaux sont prélevées puis mises en jauge dans un mélange de sable et tourbe dans une cave fraîche. En mars, les boutures sont plantées en lignes, enterrées de moitié ou aux deux-tiers.

Marcottage

L'affranchissement et la gestion des racines

Lorsqu’on parle d’affranchissement, on désigne le processus où la variété greffée développe ses propres racines. Lorsque le niveau du sol est au-dessus du point de greffe, ce sont les racines de la variété et non du porte-greffe qui vont se développer en priorité. De plus en plus utilisé dans les systèmes en permaculture, on parle d’arbres « sur leur propre racines » (SPR).

Si l’on veut éviter l’affranchissement, il suffira de planter sur une légère butte et éviter les apports trop importants de mulch. Une mise en garde toutefois : la vigueur des arbres affranchis correspondra au potentiel de la variété et non pas du porte-greffe. Les variétés faiblement vigoureuses devront être plantées à des distances faibles, tandis que les variétés très vigoureuses devront être plantées à 8m à moins de pratiquer des tailles en vert.

Considérations sur le greffage et l'entretien des vergers

Le greffage est incontournable pour multiplier arbres fruitiers et plantes. Pour réussir, il faut garder ses outils de taille affûtés, comme le sécateur, outil indispensable pour le jardinier et l’arboriculteur. L'usage d'un mastic polyvalent, comme le Lac Balsam, est recommandé pour protéger les plaies de taille ou les greffes. Véritable écorce artificielle, ce mastic constitue une barrière physique qui protège le bois sous-jacent de l’entrée des champignons lignivores et des bactéries.

Arquer les charpentières permet de garantir une bonne structure de départ et de réaliser la forme fruitière choisie. C’est avec les tailles et les arcures qu’on arrive à faire une bonne formation des fruitiers, dans les règles de l’art. Enfin, il est crucial de rappeler que si votre arbre est déjà en place, il est trop tard pour changer son porte-greffe ; d’où l’importance de bien le choisir dès l’achat en fonction de la vigueur, du type de sol et de la rusticité climatique.

Illustration montrant l'arcure des branches charpentières pour optimiser la mise à fruit

Diversité des porte-greffes pour les autres espèces fruitières

Au-delà des pommiers et poiriers, le choix du porte-greffe reste primordial pour le reste du verger :

  • Prunier : Le Myrobolan est un choix de vigueur forte, idéal pour les sols dégradés, tandis que le Saint Julien INRA 2 convient bien aux sols argileux et humides.
  • Cerisier : Le Colt est le porte-greffe le plus polyvalent en Bretagne. Il supporte les sols lourds et l'asphyxie racinaire. Le Gisela 6, quant à lui, est parfait pour les petits jardins et les zones urbaines grâce à sa faible vigueur et sa mise à fruit rapide.
  • Plaqueminier (Kaki) : Le Diospyros lotus est le porte-greffe de choix pour la plupart des situations. Cependant, certaines variétés de kaki PCNA sont incompatibles avec ce porte-greffe, nécessitant alors l'utilisation d'un intermédiaire de greffe composé d'une variété PCA.
  • Pêcher et Abricotier : Le Montclar offre une croissance très rapide et une excellente compatibilité, bien qu'il faille éviter les sols humides. Le Rubira commence à intéresser les arboriculteurs pour sa résistance à la bactériose et au crown gall.

En respectant ces principes agronomiques et en adaptant le choix du porte-greffe aux spécificités de chaque terrain, il devient possible de créer des vergers durables, résilients face aux changements climatiques et productifs, tout en conservant la diversité des variétés fruitières qui font la richesse de nos terroirs.

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