Analyse et Enjeux de la Gestion des Déchets : Vers une Réduction de la Masse Évitée par le Compostage Particulier

La gestion des déchets constitue un défi majeur pour la société contemporaine. En France, chaque habitant produit en moyenne environ 500 kg de déchets par an. Ces volumes importants ont des conséquences pour l’environnement, car il faut collecter, trier, stocker ou recycler ces déchets. Si la production de déchets a augmenté ces dernières années, des solutions existent pour inverser la tendance. Les déchets ménagers et assimilés représentent l’ensemble des déchets produits par les ménages et les entreprises collectés par le service public de gestion des déchets. Si l’on exclut les déblais et gravats, ce chiffre tombe à 549 kg/habitant/an.

Schéma illustrant le cycle de vie des déchets ménagers et les étapes de la gestion publique

Dynamiques de production et disparités territoriales

Entre 2007 et 2015, la production de déchets a diminué, passant de 544 kg/habitant à 514 kg/habitant. On observe que la production de déchets a connu une baisse entre 2007 et 2015 avant de repartir à la hausse jusqu’en 2021. Cette évolution diverge par moments de la tendance de la consommation des ménages sur la même période. Entre 2007 et 2015, on note un découplage où la production de déchets a diminué alors que la consommation fluctuait avec une tendance plutôt stable ou légèrement à la hausse. À partir de 2015, les déchets recommencent à augmenter, suivant globalement la tendance de la consommation jusqu’en 2019. Cependant, entre 2019 et 2021, la quantité de déchets continue d’augmenter fortement alors que la consommation des ménages connaît une baisse marquée après avoir atteint un pic.

Les volumes les plus élevés se concentrent dans les zones touristiques littorales comme les Landes, la Corse-du-Sud (770 kg/hab/an), les Côtes-d’Armor (760 kg/hab/an), le Var (740 kg/hab/an), le Finistère (710 kg/hab/an) ou les Alpes-Maritimes (690 kg/hab/an). Les quantités collectées sont les plus élevées dans les zones littorales et touristiques, notamment dans le sud et l’ouest de la France.

La problématique des biodéchets et du gaspillage alimentaire

Le contenu de notre poubelle grise montre qu’une grande partie pourrait en réalité ne pas y être jetée. Les biodéchets englobent tous les déchets organiques : il s’agit à la fois des déchets alimentaires (restes de repas, épluchures, marc de café…) et des déchets de jardin (dits déchets verts). En France, la poubelle résiduelle des ménages (tout-venant) contient ainsi un tiers de biodéchets, soit 83 kg / an / habitant·e. Au total, 5,5 millions de tonnes de biodéchets finissent chaque année incinérés ou enfouis au lieu d’être compostés et valorisés.

Compost ► On reprend les bases pour avoir le plus beau compost

Incinérer des biodéchets est une aberration. Les biodéchets étant majoritairement composés d’eau, leur incinération consomme plus d’énergie qu’elle n’en produit. De plus, l’incinération contribue au changement climatique : pour chaque tonne de déchets incinérée, au moins une tonne de CO2 est émise. Mettre en décharge des biodéchets est extrêmement polluant. Lorsqu’ils sont enfouis, les biodéchets fermentent dans les fosses où leur décomposition ne s’effectue pas dans de bonnes conditions et conduit à d’importantes émissions de méthane, un gaz au pouvoir de réchauffement global entre 25 et 30 fois supérieur à celui du CO2.

En France, 63 kg de nourriture comestible sont gaspillés de la production à la consommation chaque année par personne. Au total, près de 10 millions de tonnes de nourriture consommable sont gaspillées chaque année en France selon l’Ademe. En 2023, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produites en France sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Parmi ces déchets, 5,9 millions de tonnes sont considérées comme non comestibles (os, épluchures, etc.). Les autres déchets s’apparentent au gaspillage alimentaire. Ils représentent 3,8 millions de tonnes, soit près de 40 % de l’ensemble des déchets alimentaires.

Stratégies de réduction et valorisation à la source

Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est facilité pour tous. Citoyen·nes et professionnel·les doivent ainsi pouvoir séparer leurs déchets organiques du reste des ordures ménagères. Pour ce qui est des citoyen·nes, ils et elles sont libres de mettre en place une solution dans leur foyer (composteur, lombricomposteur), mais la loi ne les y oblige pas. Parallèlement, 2 millions de composteurs domestiques ont été distribués dans l'Hexagone.

La tarification incitative consiste à faire payer l’usager en fonction des quantités de déchets qu’il produit. Réduire les déchets verts est également un levier clé. En 2013, les déchets verts produits par les ménages et par les collectivités représentaient 7 millions de tonnes, soit un peu plus de 105 kg par an et par habitant·e. Réutiliser les déchets verts au jardin permet de diminuer les arrosages, d’éviter les allers-retours à la déchetterie, et de limiter l’emploi d’engrais et herbicides.

Schéma comparatif entre le compostage domestique et les filières industrielles

Le compostage de proximité (domestique ou collectif) réduit l’impact carbone lié au transport. Le compostage industriel, quant à lui, traite plusieurs tonnes de biodéchets par an sur des plateformes spécialisées, permettant d'aboutir à un compost riche en azote et en carbone. La méthanisation permet de valoriser certains déchets organiques qui ne peuvent pas l’être autrement, comme les déchets de l’industrie agro-alimentaire ou les huiles usagées, en produisant du biogaz et du digestat.

Économie circulaire et cadre réglementaire

La transition vers une économie circulaire vise à passer d’un modèle « produire-consommer-jeter » à un système qui limite la consommation des matières premières, réduit les déchets et prolonge la durée de vie des produits. En France, cette transition progresse : la consommation intérieure de matières s’est stabilisée à 11,9 tonnes par habitant en 2023. Le traitement des déchets s’améliore avec 71 % de valorisation matière, même si le recyclage des déchets non minéraux non dangereux reste insuffisant.

Graphique montrant l'évolution du taux de valorisation des déchets en France

En 2022, 343 millions de tonnes de déchets ont été produites. Les déchets minéraux en constituent la majeure partie (70 %), suivis des autres déchets non dangereux (27 %) et des déchets dangereux (3 %). En 2022, 21,6 milliards d’euros sont consacrés à la gestion des déchets en France. Cette dépense est en hausse de 8,5 % par rapport à l’année précédente. Les entreprises sont le premier financeur de ce poste de dépense (42 %), devant les ménages (33 %) et les administrations publiques (25 %).

Enfin, la gestion des déchets radioactifs d’origine civile représente une part spécifique, avec 859 millions d’euros consacrés en 2022. Les échanges internationaux de déchets jouent également un rôle, avec un solde excédentaire de 4,5 milliards d’euros en 2021 pour la France. Les filières à responsabilité élargie du producteur (REP) continuent de se structurer, avec 19 filières opérationnelles en 2023, visant à optimiser la collecte et le traitement de flux spécifiques dans une perspective de durabilité accrue.

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