Pour comprendre d’où vient le concept de mauvaise herbe, il faut remonter une dizaine de milliers d’années en arrière, aux débuts de l’agriculture. Avant de cultiver des plantes pour les manger, les humains consommaient des plantes sauvages. La notion de mauvaise herbe n’avait certainement aucun sens. Concrètement, une personne appellera « mauvaise herbe » les plantes qu’elle n’utilise pas, que ce soit pour manger, pour décorer, etc. Il veut la désherber car il pense qu’elle nuit aux plantes qu’il a semées.

Le rôle écologique des plantes adventices
Pourtant, le pissenlit indique généralement un bon sol pour les cultures, riche en nutriments. Pour les écosystèmes, les mauvaises herbes ont généralement un rôle de « remplissage des trous » laissés par les humains. Lorsqu’un coquelicot s’installe dans un champ, c’est qu’il a la place de s’installer mais aussi que le sol est suffisamment nutritif pour lui. Et cela profite ensuite à l’écosystème sur différents niveaux. Le sol, par exemple, se retrouve couvert d’une végétation alors qu’il était nu. Cela évitera l’érosion et que le sol se retrouve en coulées de boue dans les rivières et les fleuves.
Autre point positif, le coquelicot, comme toutes les plantes, produit la plus grande partie de son poids à partir du CO2 de l’air. Au jardin, les plantes sauvages qui accompagnent les plantes cultivées se trouvent toute l’année. Ce sont souvent des espèces annuelles adaptées au labour, elles se développent à partir d’une graine et produisent de nouvelles graines en quelques mois, avant un nouveau labour. Les mauvaises herbes ont quand même un défaut, c’est qu’elles ont beaucoup de qualités ! Elles poussent souvent plus vite que les plantes cultivées, elles sont plus résistantes aux maladies et elles peuvent entrer en concurrence pour l’eau avec les plantes cultivées.
Le jardin, une réserve de biodiversité
Les plantes comme bio-indicateurs du sol
Le nombre d’espèces de mauvaises herbes que l’on peut avoir dans un jardin dépendra souvent de la gestion des sols de la parcelle. À chaque type de gestion, certaines mauvaises herbes particulières vont pousser. Un jardin peut facilement compter plusieurs dizaines d’espèces de plantes sauvages.
- Le rumex à larges feuilles (Rumex obtusifolius) : C'est une mauvaise herbe bien connue des jardiniers ou des agriculteurs. Il pousse dans des sols où l’acidité est bonne pour les plantes cultivées mais où l’excès de fertilisants et de tassement nuisent au bon développement des organismes du sol et des autres plantes.
- Le chénopode blanc (Chenopodium album) : Il pousse dans des sols qui peuvent être légèrement acides, où il n’y a pas assez de matières végétales en décomposition. Le sol n’est alors pas très stable.
- Le lierre terrestre (Glechoma hederacea) : Il pousse dans des sols où l’acidité est bonne pour les plantes mais, au contraire du chénopode blanc, se trouve dans des jardins où il y a un peu trop de matières végétales en décomposition par rapport à ce que les organismes vivants du sol parviennent à manger.
- La cardamine hérissée (Cardamine hirsuta) : Elle pousse sur des sols légèrement acides où les matières mortes se décomposent vite mais où il manque justement de la matière à décomposer pour stabiliser le sol.
- La vergerette du Canada (Erigeron canadensis) : Elle pousse au soleil sur des sols aux conditions d’humidité et d’acidité bonnes pour les plantes mais sur des sols souvent tassés et manquant de matières en décomposition.
Analyse des espèces indésirables classiques
Chiendent, pissenlit, pâquerette, oxalis, ortie… Certaines espèces végétales n’ont aucune utilité dans la production agricole ou maraîchère et sont considérées par bon nombre de jardiniers comme des mauvaises herbes, qui envahissent et concurrencent leurs cultures. Mais tout est une question de point de vue car pour les insectes et les pollinisateurs ce sont des herbes mellifères, sources de nourriture précieuse.
1. Le chiendent (Elymus repens)
Le chiendent est une mauvaise herbe reconnaissable à ses feuilles fines et allongées, légèrement coupantes. Originaire d’Europe et d’Asie, le chiendent appartient à la famille des graminées. Cette mauvaise herbe reconnaissable à ses feuilles fines et allongées, légèrement coupantes et ses petites fleurs vertes en été, a de puissants rhizomes qui peuvent transpercer ou étouffer les racines des autres plantes, notamment le gazon. S’il faut bien admettre que le chiendent a tout d’une herbe indésirable, cette plante herbacée vivace est également connue pour ses propriétés médicinales ou sa capacité à lutter contre l’érosion des sols.

2. Le pissenlit (Taraxacum)
Également appelée « dent de lion » en raison de la forme de ses feuilles, le pissenlit est une plante à tige creuse qui fleurit de mai à novembre. Considéré comme une mauvaise herbe de la famille des Astéracées, le pissenlit est une plante à racine pivotante dont les graines facilement transportées par le vent se répandent un peu partout. On distingue facilement ses fleurs jaune vif, dans une pelouse et c’est souvent ce qui pose problème. Mais n’oubliez pas que le pissenlit est l’une des fleurs parmi les plus nectarifères et mellifères. Elle offre également des vertus médicinales, principalement utilisée pour traiter les troubles du foie et de la vésicule biliaire.
3. Le mouron rouge (Anagallis arvensis)
Le mouron rouge est une petite plante annuelle rampante et tapissante (10 cm) appartenant à la famille des Primulacées. Ses petites feuilles vertes, de forme ovale, se propagent rapidement, au détriment d’autres plantes et cultures, qui se retrouvent privées de leur dose d’eau et d’azote. Cette herbe indésirable affectionne particulièrement les potagers. Vous la reconnaîtrez à ses petites fleurs rouges, qui forment ensuite des fruits remplis de graines.
4. La bourse-à-pasteur (Capsella bursa-pastoris)
La bourse-à-pasteur (famille des Brassicacées) est une plante herbacée annuelle qui se reproduit par graines et pousse un peu partout. On la reconnaît à sa tige dressée, ses quelques feuilles et ses grappes de petites fleurs blanches. Cette herbe indésirable au jardin cache une autre facette : elle est délicieuse en salade, avec son petit goût piquant ! En Chine elle est même cultivée comme légume. Ses feuilles sont riches en protéines, en vitamines et en sels minéraux.
5. La moutarde des champs (Sinapis arvensis)
Plante herbacée annuelle, la moutarde des champs est parente du colza et appartient à la famille des Brassicacées. Sa tige érigée velue atteint entre 30 et 80 cm et produit des fleurs jaunes de janvier à décembre. Elle est considérée comme une plante indésirable lorsqu’en s’installant parmi les cultures, elle capte leur eau et les éléments nutritifs dont elles ont besoin.
6. L’oseille crépue (Rumex crispus)
Plante sauvage vivace appartenant à la famille des Polygonacées, le Rumex crispus présente des tiges très coriaces et dressées et des fleurs vertes puis pourpres en longues grappes. La racine pivotante de cette herbe indésirable s’enfonce en profondeur dans la terre. Le rumex se développant dans les terres très (trop) fertilisées et compactées, la solution pour ne pas voir cette herbe indésirable s’installer au jardin est d’opter pour des engrais organiques comportant moins d’azote et de potasse.
7. L’ortie (Urtica dioica)
Avec ses feuilles dentées couvertes poils urticants, l’ortie est automatiquement classée dans la catégorie des mauvaises herbes. Ce membre de la famille des urticacées pousse abondamment, un peu partout. L’ortie est certes une herbe considérée comme mauvaise mais elle a aussi de nombreux atouts. Elle est très riche en vitamine C, en protéines et en minéraux. Elle est aussi utilisée pour fabriquer le purin d’ortie, un excellent engrais azoté et un remarquable accélérateur de compost.

8. Le liseron des champs (Convolvulus arvensis)
Dans la famille des Convolvulacées, demandez le liseron des champs, une mauvaise herbe rampante ou grimpante qui peut mesurer jusqu’à 150 cm. D’apparence charmante avec ses feuilles en forme de cœur allongé et ses fleurs en forme de trompettes roses qui s’ouvrent au soleil, le liseron des champs est en fait une herbe indésirable au jardin, qui enroule ses tiges autour des autres plantes et les prive de lumière et d’eau. La voir pousser révèle souvent une terre trop riche en matière organique et trop compactée.
9. La renouée du Japon (Fallopia japonica)
Dans la liste des cent plantes les plus invasives de la planète figure… la renouée du Japon ! Cette plante herbacée vivace (famille des Polygonacées) possède des rhizomes qui se dispersent et créent sans cesse de nouvelles pousses. Ce sont eux qu’il faut extraire pour vous débarrasser de la renouée du Japon.
10. L’égopode (Aegopodium podagraria)
Les racines profondes et ses rhizomes traçants de celle qu’on appelle également « herbe aux goutteux » en font une mauvaise herbe redoutée, qui envahit rapidement l’espace. Reconnaissable à ses nombreuses fleurs blanches qui apparaissent en été et à ses feuilles très découpées, l’égopode (famille des apiacées) mesure de 60 cm à 1 m de hauteur.
Perspectives scientifiques et nutraceutiques
Les mauvaises herbes, appelées joliment « herbes folles », sont des adventices, ces plantes sauvages considérées comme nuisibles qui poussent dans un endroit sans y être désirées. En France, plusieurs centaines d’espèces sont répertoriées, dont quelques dizaines dans nos jardins. Nombre d’entre elles recèlent des trésors de bienfaits, qu’ils soient nutritionnels, aromatiques, médicinaux ou plus simplement utilitaires.
La famille des Poacées est bien représentée, notamment avec les chiendents. En décoction, les rhizomes ont des propriétés traditionnellement diurétiques, favorisant l’élimination rénale de l’eau. Leur rhizome peut être séché et moulu, puis utilisé en bouillie, comme de la farine. Les orties sont des plantes nitrophiles très communes, des ordinaires aux propriétés extraordinaires. L’Agence européenne du médicament reconnaît l’usage traditionnel des orties pour soulager les troubles urinaires et les douleurs articulaires modérées.
Moins connu, le pourpier ou porcelane (Portulaca oleracea) est jeté au compost par maints jardiniers. Plante du régime crétois par excellence, le pourpier est riche en acide α-linolénique, acide gras essentiel de la série Oméga 3. Ces effets bénéfiques sur la santé en cas de troubles métaboliques contribuent à la réduction des risques cardio-vasculaires et lui confèrent un caractère nutraceutique.
Gestion durable des adventices au jardin
Il n’existe pas de définition stricte de ce qu’est une mauvaise herbe et beaucoup de plantes que nous qualifions de mauvaises herbes ou plantes adventices, sont des plantes sauvages intéressantes ou des plantes bio-indicatrices dans d’autres contextes. Il est donc intéressant d’identifier correctement ces plantes pour ainsi en reconnaître les mauvaises herbes.
Les mauvaises herbes poussent de deux façons en se propageant soit par leurs racines, soit par leurs graines. Lors de l’identification des mauvaises herbes, il est important d’établir quels types se propagent par les racines pour les combattre de manière appropriée. Déchiqueter ou tondre ces mauvaises herbes en petits morceaux ne les détruit en rien, et il est fort probable que ces actions aggravent le problème en multipliant le point de départ de croissance de ces plantes. La meilleure approche à long terme pour se débarrasser de ces mauvaises herbes est de les affaiblir par un binage et une taille régulière. La clé est de les attaquer avant qu’elles ne fleurissent, ou du moins avant que les fleurs n’arrivent à maturité.

Inventaire des espèces invasives en milieu herbacé
Parmi les principales mauvaises herbes que l'on rencontre dans nos pelouses françaises, on retrouve :
- Digitaire sanguine : Annuelle d'été à croissance dense, se reproduisant par graines et enracinement au niveau des nœuds.
- Panic pied-de-coq : Graminée semi-couchée résistant à la sécheresse, se développant dans les sols humides et riches.
- Eleusine pied-de-poule : Rosette prostrée préférant les zones sèches, sols compactés et gazons tondus ras.
- Euphorbe maculée : Croissance en tapis dense sur sols secs et sablonneux.
- Luzerne lupuline : Ressemble au trèfle, se rencontre dans les zones pauvres en nutriments et en friche.
- Renouée des oiseaux : Se développe dans les sols compactés, en particulier dans les zones piétinées.
- Céraiste commune : Vivace formant un tapis dense, favorisée par la tonte rase.
- Lierre terrestre : Plante vivace et rampante de la famille de la menthe, se reproduisant par ses tiges.
- Oxalis : Vivace et turgescente, tolérant un large éventail de sols et de conditions.
- Plantain lancéolé et majeur : Vivaces formant des rosettes basales, très résistantes.
- Petite oseille : Souvent dans les pelouses avec un pH bas, un mauvais drainage et faible fertilité.
- Trèfle blanc ou rampant : Dominant dans les zones pauvres en azote et tolérant les tontes rases.
- Véronique filiforme : Préfère les zones d'ombre, humides et fraîches.
- Souchet comestible : Préfère les sols sablonneux et les zones humides.
- Lamier embrassant : Préfère les sols fertiles, riches et frais du début du printemps à l'automne.
L'interprétation du sol par les adventices
Jamais une plante n’est là par hasard, mais elle répond au contraire à un besoin (un manque, un excès, un déséquilibre, un blocage, un tassement…). L’objectif est d’apprendre à mieux connaître les adventices fréquemment rencontrées au potager naturel. Non pas pour chercher à tout prix à les éradiquer, mais plutôt pour comprendre les raisons de leur présence et mettre en œuvre les actions en découlant ou simplement l’accepter.
La datura commune (datura stramonium) apparaît fréquemment dans les sols pauvres en matières organiques, fraîchement retournés. Le datura peut également indiquer un sol pollué. Capable de fixer des métaux lourds (bore, cuivre, cadmium, plutonium) ; sa raison d’être est alors de dépolluer le sol. La renoncule rampante, elle, signalant un sol lourd, humide, souvent argileux et tassé. Une forte colonie de renoncule rampante doit nous inciter à drainer le terrain.
Enfin, le chénopode blanc, tout comme l’amarante, indique un sol riche en humus. Il fait partie des adventices fréquemment rencontrées au jardin, et plus particulièrement au potager lorsque la terre vient d’être travaillée. Quelques réserves toutefois : ces plantes sont bénéfiques certes, mais il existe une contrepartie avec parfois une toxicité chez les plantes à alcaloïdes. Il faut toujours bien savoir reconnaître les plantes car des intoxications sont régulièrement signalées, par exemple à cause d’une confusion entre l’ail des ours et le colchique. La prudence est donc de mise lors de la cueillette.