Les mauvaises herbes représentent un problème récurrent qui menace la productivité et la durabilité des cultures de blé à chaque récolte. Ces espèces indésirables végètent simultanément avec les cultures et sont parmi les principaux facteurs responsables des pertes de productivité agricole. Leur gestion et leur contrôle sont essentiels pour éviter des baisses de production significatives. Si les herbicides ont longtemps été l'outil de contrôle préféré des producteurs, leur utilisation répétée a malheureusement conduit à l'émergence d'espèces résistantes, réduisant leur efficacité et augmentant les coûts de gestion.

Les principales adventices limitantes du blé en hiver
Plusieurs mauvaises herbes hivernales posent des défis majeurs aux agriculteurs. Parmi les plus limitantes figurent le navet, le ray-grass et l'égilope cylindrique, chacune ayant des caractéristiques et des problématiques de résistance spécifiques.
Le navet (Raphanus raphanistrum) : Une dicotylédone tenace
Le navet est une espèce de couvre-sol automne/hiver largement utilisée dans certains systèmes agricoles, notamment dans le sud du Brésil, en raison de sa capacité à s'établir rapidement, à recycler les nutriments et à améliorer les caractéristiques physiques du sol, en plus de supprimer la croissance d'autres mauvaises herbes (Balbinot Jr et al., 2007). Cependant, malgré ces qualités souhaitables, le navet est aussi la principale mauvaise herbe dicotylédone présente dans les cultures d'hiver, concurrençant et réduisant la productivité finale des cultures (Bianchi et al., 2011).
Pendant de nombreuses années, les herbicides inhibiteurs de l'enzyme acétolactate synthase (ALS) ont été l'outil principal pour gérer le navet, grâce à leur grande efficacité, leur sélectivité pour les cultures d'hiver et leur faible coût (Vargas et Roman, 2005). Néanmoins, l'utilisation continue du même mécanisme d'action a sélectionné des plantes résistantes (Walsh et al., 2007). La présence de navets résistants à l'ALS rend la gestion de cette mauvaise herbe difficile, particulièrement en post-levée du blé. Les alternatives se limitent alors souvent à des molécules moins sûres pour la culture, comme les auxiniques, ou nécessitent des applications à des stades très précoces pour les inhibiteurs du photosystème II.
Pour les biotypes résistants, il est crucial d'éviter les herbicides inhibiteurs de l'ALS et d'opter pour une rotation des mécanismes d'action, principalement en dessiccation où davantage d'alternatives sont disponibles. L'utilisation d'herbicides de pré-émergence est également importante pour réduire la pression de sélection. Malheureusement, en pratique, le choix des herbicides est souvent guidé par le coût et l'efficacité, et les auxiniques, répondant à ces deux critères, sont devenus la principale méthode de gestion en post-levée du navet résistant à l'ALS dans les céréales d'hiver. Si les pulvérisations d'auxine persistent à cette intensité, des biotypes de navets résistants à ces herbicides pourraient être sélectionnés, comme cela a déjà été observé en Australie. Un effort maximal est donc nécessaire pour préserver l'efficacité de ce groupe d'herbicides.
Les altises s’attaquent au navet.
Le ray-grass (Lolium spp.) : Une graminée très concurrentielle
Le ray-grass est une autre mauvaise herbe hivernale significative. Bien qu'il puisse être utilisé comme espèce fourragère et pour fournir de la paille dans le système de plantation directe, sa présence dans les céréales d'hiver compromet la qualité et la quantité du produit récolté (Roman et al., 2004; Vargas et al., 2005). Il s'agit d'une adventice à croissance rapide et très concurrentielle des blés et des orges, souvent sujette aux résistances aux différents modes d'action.
L'émergence de biotypes résistants et la difficulté de contrôle contribuent à l'aggravation du problème. L'utilisation continue d'herbicides inhibiteurs de l'ACCase et de l'ALS a sélectionné des plantes de ray-grass résistantes aux inhibiteurs de l'ALS dès 2010. Pour compliquer davantage la situation, des cas de résistance multiple du ray-grass aux herbicides inhibiteurs de l'ACCase et de l'EPSPS ont été enregistrés en 2011 ; aux inhibiteurs d'ALS et d'ACCase en 2016 ; et aux inhibiteurs d'EPSPS et d'ALS en 2017 (Heap, 2017). En 2017, l'infestation par le ray-grass résistant au glyphosate au Brésil a dépassé quatre millions d'hectares, la plupart des zones étant situées dans le Rio Grande do Sul.
Le ray-grass est une graminée annuelle ou bisannuelle de 70 à 120 cm. Il se reconnaît aisément à son aspect glabre, ses feuilles vert sombre à l'aspect brillant, la base de sa gaine souvent rougeâtre, sa ligule membraneuse courte et tronquée, et ses oreillettes obtuses. Cette adventice fleurit à la fin du printemps, et ses épis portent des groupes d'épillets n'ayant qu'une seule glume, insérés parallèlement au rachis.
Cinq éléments de sa biologie sont indispensables pour une stratégie de désherbage adaptée : l'époque et la profondeur optimales de germination, le mode de levée, la quantité de semences produites par la plante et leur capacité de dormance.

Les cas de résistances multiples du ray-grass ont un impact direct sur la gestion, nécessitant l'utilisation d'herbicides ayant des mécanismes d'action différents de ceux pour lesquels des résistances sont déjà documentées. Pour contrôler le ray-grass avant le semis (dessiccation) en cas de résistance aux EPSP, il est nécessaire d'ajouter des herbicides inhibiteurs de l'ACCase ou des applications isolées de paraquat, paraquat+diuron ou glufosinate d'ammonium. Lors de l'utilisation de ces produits, il faut respecter la phase d'application, car ils contrôlent efficacement les jeunes plants de ray-grass, de préférence au début du tallage.
En cas de résistance multiple aux EPSP et aux inhibiteurs de l'ALS, le paraquat, le paraquat+diuron et le glufosinate peuvent être utilisés en dessiccation, ou le glyphosate associé à des herbicides inhibiteurs de l'ACCase. En post-levée, l'utilisation d'iodosulfuron-méthyl et de pyroxsulame, tous deux inhibiteurs de l'ALS, doit être évitée. Pour les cas de résistance multiple aux EPSP et aux inhibiteurs de l'ACCase, les herbicides à action totale comme le paraquat, le paraquat+diuron et le glufosinate sont également disponibles pour la dessiccation. Dans certains cas de résistance à l'ACCase, le ray-grass peut présenter une résistance à un seul groupe chimique. Par conséquent, si le ray-grass n'est pas contrôlé par les aryloxyphénoxypropionates (Fop), il peut être sensible aux cyclohexanediones (Din) et vice versa. Cependant, une connaissance préalable de l'historique des applications dans la zone est nécessaire pour recommander ce type de gestion, ainsi que le respect de l'intervalle entre l'application de l'herbicide et le semis, pour éviter d'endommager la culture. En post-levée, l'association clodinafop-propargil doit être évitée dans les zones où l'on soupçonne une résistance à l'ACCase.
Lorsque le ray-grass est résistant à l'ALS et à l'ACCase, la gestion du dessèchement suit les mêmes recommandations que pour le ray-grass résistant à l'ACCase. Cependant, en post-levée, les outils de contrôle sont limités, et les inhibiteurs d'ALS ou d'ACCase ne peuvent être utilisés que s'il existe une connaissance préalable des groupes chimiques résistants et si le biotype présent dans la zone présente un mécanisme simple ou croisé pour ce mécanisme d'action.

Un nouvel herbicide de pré-levée, le pyroxasulfone, est en phase d'enregistrement et, en tant que mécanisme différent de ceux actuellement utilisés, il aidera à la gestion du ray-grass résistant. Le pinoxadem est également en phase d'enregistrement ; il est sélectif pour le blé et l'orge dans les applications de post-levée, agissant comme un inhibiteur de l'ACCase mais dans un nouveau groupe chimique, celui des phénylpyrazolines (Den's). Ces herbicides seront précieux pour la gestion du ray-grass résistant à l'ALS et à l'ACCase lorsque le mécanisme de résistance n'est pas la métabolisation de l'herbicide.
Un autre facteur inquiétant est la perte de la molécule de paraquat en raison de problèmes juridiques liés à sa toxicologie. Sans cet herbicide, dans les cultures présentant des biotypes à résistances multiples aux EPSP et à l'ACCase, la seule molécule disponible en dessiccation sera le glufosinate d'ammonium. Cela, en plus des limitations concernant le stade d'application, pourrait favoriser la sélection de ray-grass résistant.
L'égilope cylindrique (Aegilops cylindrica) : Une menace étrangère
L'égilope cylindrique est une mauvaise herbe agricole de la famille des graminées (Poaceae) qui constitue un problème sérieux pour le blé d'hiver. Elle affecte les producteurs par une combinaison de rendements réduits, de nettoyage coûteux des semences et d'augmentation des coûts de contrôle. Au Canada, cette adventice a été détectée à quelques endroits au sud de l'Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique, et ces détections ont été éradiquées ou sont actuellement sous contrôle officiel.
Originaire d'Asie occidentale et d'Europe du Sud-Est, l'égilope cylindrique a été introduite aux États-Unis dans des semences contaminées dans les années 1880 et est depuis devenue l'une des mauvaises herbes les plus difficiles à contrôler dans les États de l'Ouest. Pour l'œil non averti, elle ressemble aux graminées communes. C'est une graminée annuelle d'hiver, de 40 à 60 cm de hauteur, ressemblant au blé. Cependant, contrairement au blé, l'égilope cylindrique possède des épis cylindriques étroits et des poils régulièrement espacés s'étendant à partir de ses limbes foliaires. Ses épis sont composés d'une série d'épillets, chacun contenant en moyenne deux graines.
L'égilope cylindrique se propage principalement en contaminant les semences de blé. Ses graines peuvent également être disséminées par les véhicules et la machinerie agricole, les vêtements et les chaussures, ainsi que par le déversement de céréales le long des voies de transport. Au Canada, l'égilope cylindrique est réglementée comme un organisme nuisible en vertu de la Loi sur la protection des végétaux et figure sur la liste des mauvaises herbes nuisibles interdites de l'Arrêté de 2016 sur les graines de mauvaises herbes, qui s'inscrit dans la Loi sur les semences. Si vous pensez avoir aperçu cette mauvaise herbe, il est crucial de la signaler à l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA).
Les défis de la résistance aux herbicides
La résistance aux herbicides est un problème majeur qui complique la gestion des mauvaises herbes. Elle consiste en la capacité inhérente et héréditaire d'un biotype de plante adventice à survivre et à se reproduire après l'application de la dose recommandée d'un herbicide donné, qui serait normalement mortelle pour la population d'origine (Heap & Lebaron, 2001; Gazziero et al., dans Agostinetto, D. ; Vargas, L, 2014).
Deux types de résistances sont observés : la résistance croisée et la résistance multiple. La résistance croisée se produit lorsque le biotype est résistant à plus d'un groupe chimique au sein du même mécanisme d'action herbicide. Pour les cas de navet résistant à l'ALS et de ray-grass résistant aux EPSP, ALS et ACCase, l'augmentation de la dose n'améliore pas significativement le contrôle. Des études ont montré que des doses extrêmement élevées d'herbicides sont nécessaires pour contrôler ces biotypes résistants, rendant leur utilisation irréalisable et coûteuse. Par exemple, des travaux réalisés par Cechin (2016) ont montré que des doses 33 fois et 274 fois supérieures à celles recommandées pour l'herbicide iodosulfuron-méthyle étaient nécessaires pour contrôler les navets résistants à l'ALS. De même, des études à l'Université fédérale de Pelotas (UFPel) et à Embrapa Trigo ont révélé que l'application de 16 fois la dose commerciale de certains herbicides n'a pas contrôlé les plantes résistantes, rendant impossible leur application sur des plantes résistantes aux inhibiteurs de l'ALS.
Les cas de résistances multiples sont devenus plus fréquents ces dernières années, ce qui est très préoccupant. Cette situation réduit les alternatives de gestion chimique pour ces populations et augmente les pertes de productivité des cultures dues à la présence de mauvaises herbes. En plus des difficultés de contrôle, les coûts de gestion augmentent en raison de la nécessité d'appliquer des herbicides ayant des mécanismes d'action différents. Des pratiques telles que la rotation des mécanismes d'action sont importantes pour prolonger la durée d'utilisation des herbicides et retarder l'évolution de la résistance.
Le problème des mauvaises herbes : Une perspective historique et agronomique
Le problème des mauvaises herbes est consubstantiel à l'agriculture, apparue lorsque les hommes ont commencé à favoriser les plantes qu'ils désiraient récolter. De tout temps, ces herbes indésirables ont été perçues comme une entrave à la production. La parabole du bon grain et de l'ivraie (ou zizanie) est, en Occident, la plus célèbre histoire de mauvaise herbe, illustrant la difficulté de se débarrasser de ces "herbes malignes".
Dès l'Antiquité, les ouvrages d'agriculture mentionnaient des listes de mauvaises herbes. C'est au début du XIXe siècle qu'apparaissent des classifications fonctionnelles, distinguant notamment les plantes vivaces de celles annuelles, qui nécessitent des moyens de lutte différents.
Adaptation des mauvaises herbes au milieu et au système de culture
Les espèces présentes sur un terrain sont adaptées à son milieu naturel (climat et sol), dont elles peuvent être des indicatrices (Fried et al., 2008 ; Fried, 2010). Par exemple, les matricaires sont indicatrices de sol limoneux, tandis que la prêle indique des sols humides. Une modification radicale du milieu, comme le drainage ou le chaulage, peut ainsi réduire en quelques années l'infestation par des espèces inféodées aux anciennes conditions.
Mais les mauvaises herbes sont aussi, et surtout, adaptées au système de culture (Fried et al., 2009 & 2012). Les espèces qui se reproduisent par graines ne peuvent le faire que si leur cycle peut s'accomplir entièrement à l'intérieur de celui de la culture. Le labour et les façons superficielles avant le semis détruisent les adventices levées, tandis que la moisson empêche de mûrir les graines qui ne le sont pas encore. La répétition d'une même culture favorise la multiplication des mauvaises herbes adaptées à son cycle. Inversement, la succession d'espèces cultivées de cycles différents fait que chaque espèce adventice ne peut pas grainer tous les ans. C'est l'une des raisons d'être des rotations, que l'on a cru pouvoir ignorer grâce aux herbicides chimiques sélectifs, mais que les préoccupations environnementales et la multiplication des souches résistantes remettent au premier plan.
La modification des techniques culturales entraîne également une modification de la flore adventice. En Europe occidentale, le passage au non-labour ("Techniques culturales simplifiées") a permis l'infestation par des Bromes, auparavant négligeables car très sensibles à l'enfouissement par le labour, comme toutes les espèces dont les graines persistent relativement peu de temps dans le sol.
Les nuisances causées par les mauvaises herbes
De nos jours, les agriculteurs considèrent comme nuisibles les adventices qui réduisent la quantité récoltée par leur concurrence avec l'espèce cultivée. Cette concurrence peut s'exercer sur différents facteurs : l'eau, les nutriments et la lumière. C'est la lumière qui est en jeu lorsque les herbes "surmontent le grain nouvellement levé". La concurrence pour la nutrition minérale, en particulier l'azote en agriculture biologique, est également un facteur limitant (Core-Hellou et al., 2011).
Mais il n'y a pas que la quantité ; la qualité est aussi affectée. Des graines étrangères mêlées à la récolte peuvent dégoûter les animaux, comme le souligne l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1757). L'humidité d'adventices encore vertes peut faire fermenter ou moisir les grains avec lesquels elles sont récoltées, ce qui peut être grave si cela produit des mycotoxines. Certaines productions exigent une propreté particulière de la récolte pour des raisons techniques et de conformité.
De plus, certaines espèces de mauvaises herbes abritent des maladies ou parasites dont elles permettent la multiplication ou le maintien d'une année sur l'autre.
L'ambivalence des mauvaises herbes : Amies ou ennemies ?
La notion de "mauvaise herbe" qualifie intrinsèquement de nuisibles des espèces végétales. Cependant, ces plantes peuvent être à la fois mauvaises et bonnes. Hill & Ramsay (1977) ont listé les rôles positifs des mauvaises herbes :
- Protéger le sol contre l'érosion en le couvrant.
- Abriter des auxiliaires des cultures.
- Par leurs racines profondes, ouvrir la voie à celles des cultures et faciliter le drainage.
- Remonter à la surface des oligo-éléments.
- Dans les agricultures de subsistance, servir de fourrage ou de plantes médicinales.
- Être indicatrices des conditions du sol, permettant une meilleure gestion.
- Constituer une ressource alimentaire pour la biodiversité (papillons, autres insectes, oiseaux).
Au XVIIIe siècle, cette ambivalence a conduit à adopter le terme neutre d'"adventice", désignant "les plantes qui croissent sans avoir été semées" (Diderot, 1776). Avant d'être décrétées "mauvaises" par les hommes, ces herbes sont d'abord tout simplement des plantes qui se disséminent par divers mécanismes (Benvenuti, 2007).
Dissémination des mauvaises herbes : Un défi persistant
Les mauvaises herbes se reproduisent, se répandent et se perpétuent de différentes façons qui compliquent le problème de leur éradication.
- Transport par l'eau : Le ruissellement et les inondations peuvent transporter de grandes quantités de graines, voire des plantes entières.
- Transport par les animaux : Les graines de certaines espèces s'accrochent au pelage d'animaux (Römermann et al., 2005) ; d'autres résistent à la digestion et se retrouvent dans les déjections, rejetées à un autre endroit que là où les animaux les ont ingérées (Pleasant & Schlather, 1994).
- Transport par le fumier : Le fumier contient des graines que le passage dans le tube digestif du bétail n'a pas détruites.
- Contamination des semences : Des semences mal triées ont toujours été une source importante de dissémination des mauvaises herbes d'un champ à un autre, y compris entre continents (Ancien et Nouveau Monde).
- Machinerie agricole : Des graines de mauvaises herbes, mêlées à de la terre, sont transportées d'un champ à un autre par les pneus ou les outils de travail du sol. Mais ce sont surtout les moissonneuses-batteuses qui, si elles ne sont pas nettoyées en sortant du champ, sont les principaux outils disséminateurs. Lorsque la moisson coïncide avec la maturité des graines d'adventices, une machine peut en contenir, et donc transporter, des dizaines de milliers (McCanny & Cavers, 1998 ; Boyd & White, 2009). Des moissonneuses-batteuses équipées de systèmes de triage de ces graines, qui étaient ensuite brûlées, ont existé et sont à nouveau proposées par certains constructeurs. Tout ce qui roule sur la terre ou la travaille peut transporter des graines.

La fusariose de l'épi : Une autre menace pour le blé
En Amérique du Nord, la fusariose de l'épi est sans contredit la maladie la plus importante chez le blé et l'orge. Elle est causée par différentes espèces de Fusarium, dont l'espèce principale et la plus agressive est Fusarium graminearum. Ce champignon peut affecter toutes les parties de la plante et une gamme variée d'hôtes, notamment les cultures céréalières (blé, orge, avoine, seigle), le maïs et les graminées fourragères.
Symptômes et impact
La fusariose de l'épi entraîne des pertes de rendements dues à la stérilité des fleurs, à la baisse de qualité des grains, à la réduction du prix de vente des grains fusariés et déclassés. Mais surtout, elle est responsable de la production du désoxynivalénol, communément appelé la vomitoxine ou Don. C'est une mycotoxine produite par les Fusarium qui est impropre à la consommation humaine et animale.
Les symptômes sont caractéristiques :
- Grains de blé de printemps : Grisâtres (décolorés) ou rosés. Cette coloration rose est due à la présence du mycélium et des spores du champignon. Les grains gris semblent déshydratés tandis que les grains bruns sont sans symptôme. Sous le champignon, une légère dépression peut laisser entrevoir un début de pourriture, souvent située dans la zone du germe du grain.
- Épis de blé de printemps : Présence d'épillets décolorés sur les épis verts, parfois avec une coloration orange sur les épillets décolorés, qui est en fait le mycélium et les spores du champignon. Les épis affectés peuvent avoir un faible développement. Le dessèchement prématuré d'un ou plusieurs épillets par épi est observable. Les épillets infectés sont stériles, avec parfois présence de périthèces, d'un mycélium blanc à orange à rose et de sporodochies (coussinets de spores asexuées) orange. Les grains sont ratatinés ou momifiés, légers et blanchâtres à rose.

Cycle de vie et conditions favorables
Fusarium graminearum survit dans le sol, les débris végétaux, les grains infectés, les mauvaises herbes et plantes indigènes sous la forme de périthèces et de sporodochies. Lorsque les conditions sont chaudes (25 à 32 °C) et humides, les périthèces libèrent des ascospores qui sont transportées par le vent et les éclaboussures d'eau sur les fleurs, les glumes et les épis. Les infections et la colonisation des épis de blé sont fréquentes et sérieuses lors de l'anthèse (floraison). Les anthères et le pollen servent de nourriture au champignon. Les épillets blanchis apparaissent 3 à 5 jours après l'infection lorsque la température est chaude et humide.
Stratégies de lutte contre la fusariose de l'épi
Pour lutter contre la fusariose de l'épi, il faut adopter une approche intégrée :
- Utiliser des semences traitées avec des fongicides.
- Choisir des cultivars peu sensibles à la fusariose de l'épi.
- Assurer une fertilisation équilibrée.
- Favoriser la rotation des cultures avec des plantes non hôtes comme le soya.
- Employer un système de production permettant l'enfouissement des résidus de cultures.
- Récolter à maturité.
- Éviter de cultiver le blé et le maïs à proximité l'un de l'autre.
- Sécher rapidement les grains humides et leur assurer une bonne ventilation.
Gestion intégrée des adventices dans le blé
La gestion du désherbage du blé et de l'orge est essentielle pour maîtriser les adventices. Face à la concurrence exercée par les mauvaises herbes et l'apparition de résistances, il est impératif d'adopter plusieurs méthodes alternatives pour limiter et contrôler leur émergence et leur résistance.
Désherbage chimique : Une utilisation raisonnée
Le désherbage chimique reste nécessaire pour maîtriser les adventices, mais son efficacité dépend d'une utilisation raisonnée et ajustée aux besoins de l'agriculteur.
- En phase pré-levée : L'application est réalisée avant l'émergence complète du blé et de l'orge. Cette méthode permet de réduire la charge initiale des adventices sans affecter le développement de la culture. Les herbicides disponibles pour la dessiccation du navet sont le 2,4-D, le metsulfuron-méthyl, le MCPA, le dicamba, le glyphosate, le glufosinate d'ammonium, le paraquat et le paraquat + diuron. Alors que les quatre premiers contrôlent essentiellement le navet et d'autres feuilles larges, le glyphosate, le glufosinate d'ammonium, le paraquat et le paraquat + diuron sont des herbicides à action totale, contrôlant à la fois les feuilles larges et les graminées. En pré-émergence, seul le métribuzim est homologué pour lutter contre le navet. La flumioxazine est un outil important qui peut être utilisé dans cette modalité d'application pour lutter contre la chevaline au début de l'hiver, et l'herbicide peut contribuer à réduire la population future de navet en post-levée.
- En phase post-levée : Le traitement intervient après l'apparition des premières feuilles du blé et de l'orge, ce qui permet de cibler les adventices les plus développées. Ce choix s'effectue selon l'état de la culture et le stade de développement des adventices pour assurer une bonne efficacité sans compromettre la vigueur du blé. Les herbicides homologués pour la lutte contre le navet en post-levée sont le metsulfuron-méthyl, le pyroxsulame, l'iodosulfuron-méthyl, la bentazone, le métribuzim, le 2,4-D, le dicamba et le MCPA. Le metsulfuron-méthyl, le pyroxsulame et l'iodosulfuron-méthyl sont des inhibiteurs de l'ALS. Tandis que le metsulfuron contrôle uniquement les feuilles larges, le pyroxsulame et l'iodosulfuron-méthyl contrôlent à la fois les graminées et les feuilles larges. La bentazone et le métribuzim, herbicides inhibiteurs du photosystème II, peuvent être appliqués pour la gestion du navet en post-levée, en veillant à effectuer les applications dès les premiers stades de croissance de la plante adventice. Les herbicides auxiniques 2,4-D, dicamba et MCPA sont efficaces pour lutter contre le navet, mais la prudence concernant l'utilisation de ces herbicides se situe au stade d'application de la culture.
Toutefois, l'usage répété d'un herbicide au même groupe HRAC favorise le développement des résistances chez certaines adventices. Pour limiter ce risque, il est recommandé d'associer les modes d'action des herbicides, en se référant aux groupes HRAC, et d'adopter d'autres techniques culturales.
Désherbage mécanique : Une alternative durable
Utilisé en tant que méthode alternative et complémentaire du désherbage chimique, le désherbage mécanique est une méthode efficace et durable qui permet de préserver la qualité du sol et d'éviter la dépendance aux herbicides. Son efficacité dépend du choix des outils, du stade de croissance des adventices et des conditions environnementales.
- La herse étrille : Permet de déraciner les jeunes adventices et de les ramener à la surface du sol pour qu'elles se décomposent. Il est recommandé de laisser le sol sécher après le désherbage afin que les mottes de terre perdent leur humidité, ce qui évite le risque de réenracinement des adventices.
- La houe rotative : Agit en profondeur grâce à ses disques rotatifs, perturbant la levée des mauvaises herbes. En frappant le sol à grande vitesse, elle soulève les premiers centimètres de terre, mettant en surface les graines d'adventices germées.
- Le binage : Est capable d'arracher et d'éliminer les adventices situées entre les rangs des parcelles, ce qui permet aux cultures de mieux exploiter les ressources du sol et évite la concurrence des mauvaises herbes. Pour cela, le sol doit être plat, compacté et suffisamment drainé. Cette technique a aussi l'avantage de pouvoir combiner les méthodes mécaniques et chimiques, optimisant ainsi l'efficacité du désherbage.

Pratiques agronomiques pour une gestion durable
La rotation et la diversification des cultures jouent un rôle important dans la régulation des adventices. Cela favorise une répartition optimale de la surface du sol et limite la prolifération des mauvaises herbes. En tenant compte des conditions climatiques et du cycle des adventices, l'optimisation de la densité et de la date de semis permet aux cultures de mieux couvrir le sol. Un semis réalisé au bon moment favorise une implantation optimale des cultures.
- Labour occasionnel : Tous les trois ou quatre ans pour réduire le stock semencier.
- Déchaumage et faux-semis : À la fin de l'été ou au début de l'automne pour faire germer les graines de ray-grass avant de les détruire.
- Décalage de la date de semis : Permet d'esquiver une partie des levées et facilite les faux semis.
- Rotation des cultures : L'introduction de cultures d'été permet de casser le cycle du ray-grass et de diminuer progressivement la pression de cette adventice sur les cultures d'hiver.
Phases critiques d'intervention
Le cycle de développement des adventices suit plusieurs phases, depuis la germination jusqu'à la floraison. Chaque stade influence la capacité des mauvaises herbes à coloniser les cultures du blé et de l'orge et à compromettre la production. Les périodes critiques d'intervention correspondent aux moments où les adventices sont les plus vulnérables :
- Début de cycle (avant stade 3 feuilles du blé/orge) : Lors de la levée, c'est le moment idéal pour intervenir, les adventices étant les plus sensibles.
- Stade tallage du blé/orge : Le blé et l'orge produisent de nouvelles tiges, renforçant leur couverture végétale. Les adventices non maîtrisées auparavant continuent de se développer et deviennent plus résistantes.
- Stade floraison (montaison en graine du blé/orge) : Il est nécessaire de mettre en place des stratégies préventives pour éviter que les adventices n'atteignent leur maturité et n'envahissent durablement la parcelle.
Enjeux environnementaux et perspectives
L'impact environnemental du désherbage représente un enjeu majeur. L'utilisation répétée des produits phytosanitaires peut altérer la biodiversité des sols et affecter l'écosystème. L'association du désherbage mécanique et l'application raisonnée des herbicides permettent de diminuer les risques de résistances. L'efficacité du désherbage, qu'il soit chimique ou mécanique, dépend de plusieurs paramètres tels que la période et le stade d'intervention, la gestion du sol, les conditions environnementales et les techniques utilisées. L'adoption de ces différentes pratiques permet de préserver la biodiversité et la fertilité des sols. En privilégiant des méthodes naturelles comme le désherbage mécanique, l'optimisation des intrants permet de réduire la dépendance aux produits phytosanitaires et la pollution des sols, d'améliorer la structure du sol et de garantir une gestion efficace des cultures.