L’identification des plantes sauvages qui croisent notre chemin est une aventure qui commence souvent par une interrogation sensorielle. Il arrive fréquemment que, lors d’une promenade, une odeur familière nous happe sans que nous puissions immédiatement mettre un nom sur la source. C’est le cas de cette « mauvaise herbe » qui sent la menthe, une découverte olfactive qui a marqué bien des esprits, tout comme elle a marqué le mien il y a longtemps. À 20 ans, j’avais décidé de passer mes vacances d’été avec mon amie en partant en 2 CV. Le thym, par exemple : quelle différence avec celui des bordures de potagers en Île-de-France ! Son infusion avait un exotique goût de citron. Et la lavande, bien sûr, qui reste l’une des plus belles découvertes de ma vie. Elle poussait dans les lieux les plus secs - contrairement aux menthes habituelles, qui aiment avoir les pieds dans l’eau.
Identification botanique et caractéristiques physiques
L’identification précise de cette plante, que l’on confond souvent avec la menthe, repose sur l’observation de critères botaniques rigoureux. Il s’agissait en fait de calament népéta, une vivace de la famille des Lamiacées (la même que la menthe) que l’aridité n’effraie pas, caractéristique de la région méditerranéenne. Le calament népéta (Clinopodium nepeta) est une plante vivace de 20 à 80 cm couverte de poils et d’aspect un peu dégingandé.

Nous sommes à la Toussaint. Il fait gris depuis des jours et aujourd’hui il pleut des cordes. Je sors quand même dehors pour chercher la plante qui sera celle dont je vous parlerai dans mon article de cette semaine. Longeant le canal sous mon parapluie, un peu nostalgique des beaux jours, je suis consciente que cette pluie est une bénédiction après des mois de sécheresse. Depuis les semaines qu’elle est revenue, la nature s’est transformée. L’herbe a repoussé, les bords de chemins sont verts pétants et tant de plantes repoussent comme si le printemps était de retour. C’est alors qu’au bord du chemin je croise une petite plante… en pleine fleur ! Je me penche et reconnais la famille des lamiacées avec ses feuilles opposées entières, la tige quadrangulaire et les fleurs à deux lèvres. Je frotte une feuille entre mes doigts et un parfum mentholé se dégage.
Cette plante-là n’est pas une repousse « nouvelle ». Elle est à sa place et « bien à l’heure ». Le calament n’apparaît qu’au courant de l’été et poursuit sa floraison jusqu’en octobre - voire novembre comme c’est le cas ici ! Le calament ressemble à une menthe. Le même port, les feuilles opposées ovales, dentées et pubescentes (on dirait du velours), à pétiole court. La tige est couchée à la base puis dressée. Les petites fleurs rose-violettes à deux lèvres (comme celles du romarin, de la sauge…) se trouvent en verticilles nombreux et rapprochés. Verticillé veux dire que les fleurs partent du même niveau en cercle autour de la tige. Il y a plusieurs de ces cercles les uns sur les autres. Mais finalement, pour le cas du calament, les fleurs se débrouillent pour toutes regarder du même côté (comme pour dire “hé hé, moi aussi je veux être sur la photo !”). Ce qu’il faut retenir c’est la ressemblance avec la menthe et l’odeur mentholée mais moins franche que celle de la menthe.
La classification changeante des Lamiacées
La botanique est une science vivante, et la classification des espèces évolue avec nos connaissances. Il existe plusieurs espèces de calaments. Celui que j’ai trouvé vers chez moi est le calament des bois ou calament à feuilles de menthe. Il faut savoir que les noms vernaculaires, donc les noms communs en français, peuvent porter à confusion parce que d’une région à une autre, leur nom change. Ce qui met d’accord les botanistes est le nom « latin ». Il se trouve que le nom de notre petit calament vient de changer récemment. De Calamintha menthifolia il est passé à Clinopodium menthifolium, ou, selon certaines flores, à Clinopodium nepeta subsp sylvaticum (donc une sous-espèce du Clinopodium nepeta qui avant s’appelait Calamintha nepeta). Et oui, la botanique n’est pas une science figée… Plus on en apprend sur les plantes mieux elle organise leur classification. Et cela amène parfois à des changements de noms.

Ce qui peut vous rassurer c’est que peu importe sur quel calament vous tombez vous pourrez l’utiliser de la même façon. Dans le Massif Central vous aurez des chances de tomber sur le Clinopodium grandiflorum, (avant Calamintha grandiflora) : Le thé d’Aubrac. En Corse et en Italie, on utilise comme condiment le Clinopodium nepeta (avant Calamintha nepeta).
Usages historiques et propriétés médicinales
Au-delà de son identification, le calament possède un héritage historique lié aux savoirs populaires et à l’herboristerie ancienne. Les propriétés médicinales citées sont les mêmes pour les différents calaments : Stomachique (stimule la fonction digestive de l’estomac), stimulante, tonique, carminative (favorise l’expulsion des gaz intestinaux tout en réduisant leur production) et antispasmodique. Dans l’Antiquité et le Moyen Âge le calament était réputé contre les bourdonnements d’oreille et le hoquet !
Le calament était utilisé pour la fabrication de l’eau d’arquebuse, une alcoolature vulnéraire qui remonte du XVIème siècle et viendrait du monastère Saint Antoine du Vercors. Elle était censée soigner les blessures d’arquebuse dont les plaies cicatrisaient difficilement. D’après les sources les plantes utilisées étaient l’absinthe, la sauge, le fenouil, la mélisse, la rue, le romarin, le calament, le serpolet, la sarriette, l’angélique, l’hysope, le basilic, le thym, l’origan, la marjolaine et la lavande puis la menthe, le millepertuis et la camomille romaine. Un sacré mélange qui trouve une multitude d’utilisations allant de remède en cas de coup, de contusion, de plaie et d’évanouissement à dentifrice et cosmétique.
Le calament en cuisine : aromatique et surprenant
Comme la grande partie des lamiacées (13 des 19 plantes citées si dessus en font partie, je les ai mis en italique), le calament contient une huile essentielle et est employé comme plante aromatique. Essayez le calament en infusion ! Je le trouve son parfum très agréable, surtout en cette saison. J’ai fait plusieurs expériences avec le calament frais cette semaine. Pour faire ressortir l’arôme mentholé particulier du calament j’ai alors pensé à la douceur d’un entremet. Amener le lait à ébullition. Couper le feu. J’utilise le sucre complet pour sa teneur en minéraux et vitamines (le sucre blanc et roux n’en contenant pas ou quasiment pas) et pour son goût rappelant le caramel.
L’apprentissage de la cueillette sauvage
L’aventure de l’identification végétale est un cheminement personnel. Vous n’avez pas de calament sous la main ? Vous ne vous sentez pas encore assez sûr/e pour l’identifier ? Innovez ! Et surtout, si l’utilisation des plantes sauvages comestibles vous attire, osez utiliser les plantes que vous connaissez avec certitude ! Sortez en balade avec votre sac en toile et commencez votre cueillette. Osez confectionner votre première soupe d’orties, votre salade de pissenlit, votre fromage blanc aux herbes.

Mettez-moi en commentaire vos premières expériences ! Peut-être, comme moi, vous ne vous arrêterez jamais. Depuis plus de 25 ans que je m’y intéresse, je m’émerveille toujours autant devant la diversité, la beauté et l’abondance des plantes qui poussent autour de nous. La nature offre une richesse inépuisable à qui sait observer avec attention les détails, les odeurs et les cycles saisonniers. Chaque plante, comme le calament, possède son histoire, ses caractéristiques uniques et ses usages qui attendent d'être redécouverts par le promeneur curieux. La pratique régulière de la botanique de terrain permet non seulement d'affiner son regard, mais aussi de développer une connexion profonde avec les écosystèmes locaux, transformant chaque sortie en une opportunité d'apprentissage permanent et de découverte sensorielle.