Le jardinier novice s’en va naïvement en jardinerie acheter des vivaces pour sa nouvelle plate-bande. Pas nécessairement ! Parmi le lot de vivaces au comportement irréprochable qui y est offert, il y a aussi des plantes dangereusement envahissantes qui gâcheront pour longtemps le plaisir de jardiner. Inextirpables, elles sont pires que la plupart des mauvaises herbes, courant partout dans la plate-bande (et même au-delà des limites de la plate-bande), étouffant au passage les végétaux désirables.
Une « fausse amie » est une plante offerte comme plante ornementale, mais qui a un comportement de brute. Non seulement elle est envahissante, mais elle est de plus presque impossible à arracher. Vous aurez beau essayer, elle repoussera toujours. Voici quelques soi-disant « vivaces ornementales » qui sont en fait des mauvaises herbes de la pire espèce.

Les fausses amies : Vivaces ornementales à éviter
Parmi les plantes les plus problématiques, on retrouve des espèces dont la beauté cache une ténacité redoutable :
- Armoise de Louisiane (Artemisia ludoviciana) et armoise de Steller (A. stelleriana) : vivaces aux feuilles très argentées sans floraison notable, aux rhizomes rapaces.
- Euphorbe petit-cyprès (Euphorbia cyparissias) : reconnue pour sa sève laiteuse, elle est extrêmement difficile à contenir.
- Herbe aux écus (Lysimachia nummularia) : ici, le populaire cultivar ‘Aurea’. Couvre-sol très bas aux feuilles presque rondes, cette plante aux fleurs jaunes se faufilera rapidement dans toutes vos plantations.
- Herbe aux goutteux (Aegopodium podagraria ‘Variegatum’) : vivace omniprésente dans nos jardins et impossible à éradiquer. On la reconnaît par son feuillage fortement découpé panaché de blanc ainsi que par ses fleurs blanches en ombelle.
- Lysimaque ponctuée (Lysimachia punctata) : tiges dressées portant des fleurs jaunes.
- Macleaya (Macleaya microcarpa et M. cordata) : grande vivace aux feuilles curieusement découpées, très argentées au revers, aux fleurs plumeuses.
- Menthe en épi (Mentha spicata) : une aromatique qui devient vite une ennemie.
- Muguet (Convallaria majalis) : avec ses petites cloches si parfumées, on est très tenté de planter le muguet, mais vous regretterez probablement amèrement votre achat.
- Pétasite géant (Petasites japonicus giganteus) : une croissance démesurée.
- Plante caméléon (Houttuynia cordata ‘Chameleon’) : très difficile à limiter.
- Renouée du Japon (Fallopia japonica) : la pire de toutes les fausses amies.
- Ruban de bergère (Phalaris arundinacea picta) : une graminée très agressive.
- Sédum âcre (Sedum acre) : petite succulente passe-partout… vraiment partout !
Stratégies de contrôle et d'élimination
Vous avez de telles plantes sur votre terrain et vous voulez savoir comment vous en défaire ? Le muguet, par exemple, est joli et parfumé, mais tellement envahissant ! On a beau arracher le muguet ou creuser le sol en essayant de l’extirper, on laisse toujours des segments de rhizome dans le sol et il peut repousser de même un tout petit bout de rhizome. Même les herbicides ne sont pas montrés efficaces contre cette plante.
La seule façon logique de le tuer est donc de lui couper les vivres. C’est que, comme toute plante verte, le muguet dépend entièrement du soleil pour sa survie. Le bâchage peut venir à bout du muguet… après plusieurs mois. Je suggère de couvrir le secteur infesté d’une toile de plastique noir. On appelle cette technique le bâchage. La toile doit dépasser le secteur atteint (sinon la plante enverra rapidement des rhizomes à la recherche de la lumière). Fixez-la en place avec des pierres ou des piquets. Après 5 ou 6 mois, levez la toile.
L’autre possibilité est de faucher le muguet. Coupez-le au sol. Il repoussera. Quand vous verrez apparaître des repousses, fauchez encore. Puis encore deux ou trois fois s’il le faut. La façon la plus facile de contrôler les vivaces envahissantes est d’éviter de les planter !
Les 5 meilleures façons de tuer vos vivaces!
Identification des adventices : Les quatre piliers
L’identification des mauvaises herbes repose sur quatre critères visuels : la forme des feuilles, le type de racine, le port de la plante et sa floraison. La France compte environ 1 200 espèces d’adventices dans ses écosystèmes cultivés.
1. La forme des feuilles
Les feuilles constituent le premier indice visuel. Elles se répartissent en grandes catégories : rondes (lierre terrestre), dentées (ortie), lobées (chélidoine), lancéolées (plantain) ou découpées en rosette plaquée au sol (pissenlit).
2. Le type de racine
Arrachez délicatement la plante pour examiner son système racinaire. Trois types dominent :
- Racine pivotante : un axe principal vertical, souvent charnu. Le pissenlit développe une racine pivotante de 30 à 50 cm de profondeur.
- Racine fibreuse : un réseau de radicelles superficielles, typique du mouron ou du pâturin annuel.
- Rhizome traçant : une tige souterraine horizontale qui génère de nouveaux plants. Le chiendent produit des rhizomes de plus d’un mètre dans les 10 premiers centimètres du sol.
3. Le port et la floraison
Le port général oriente l’identification avant même d’observer les détails. Une plante rampante au ras du sol (véronique filiforme, trèfle) ne se confond pas avec une tige dressée de 40 à 120 cm (chiendent, rumex). La floraison apporte une confirmation précieuse. Couleur, forme de l’inflorescence et période d’apparition affinent le diagnostic.

Les adventices communes au jardin
Certaines espèces sont particulièrement tenaces et méritent une attention particulière :
- Pissenlit : Adventice vivace, se propage à toute allure dans le gazon. Pour éliminer la plante, vous devez parvenir à déterrer la racine pivotante, à la fois longue et robuste.
- Ortie : Descriptif : son feuillage vert sombre parsemé de poils urticants est connu de tous. L’utilisation d’une fourche de jardin est préconisée. Vous pouvez aussi affamer l’adventice en la privant d’azote.
- Liseron des haies ou des champs : Adventice vivace. Les rhizomes souterrains se cassent facilement, ce qui permet à la plante de continuer à se multiplier. Les tubercules doivent être éliminés en travaillant le sol avec une fourche à bêcher.
- Renoncule rampante : Adventice vivace à stolons. La présence de renoncules dans le gazon indique une surfertilisation. L’épandage de chaux stimule la croissance de la pelouse et affaiblit celle de la renoncule.
- Égopode podagraire : Adventice vivace, étouffe les plantes. Se propage rapidement dans le jardin et est difficile à éradiquer.
Gestion des adventices par milieu
La lutte contre les adventices dépend également de leur localisation.
Dans le gazon
Les mauvaises herbes adorent s’installer dans votre gazon. Apprenez à reconnaître les mauvaises herbes et les graminées indésirables afin d’éviter qu’elles ne colonisent toute votre pelouse et n’étouffent votre herbe. Le trèfle blanc colonise les gazons pauvres en azote. La pâquerette forme des rosettes plates de 2 à 5 cm de diamètre. Le pâturin annuel ressemble au gazon mais forme des touffes vert clair qui jaunissent en été.
Dans le potager
Il est particulièrement contrariant de constater que vos délicieux légumes ont été supplantés par des plantes indésirables comme le cirse des champs, la bourse-à-pasteur ou encore la cardamine hirsute. La cardamine se plait aussi bien dans les jardins et les parterres que dans les friches et les éboulis.
Entre les dalles
La verdure qui pousse dans les joints des dalles de votre terrasse a le chic pour défigurer votre extérieur. Les espèces les plus fréquentes ici sont les chardons, le plantain, le pissenlit et la prêle des champs.
L'importance d'une approche méthodique
Le terme « mauvaise herbe » est-il réellement approprié ou injuste pour ces herbes sauvages ? Difficile à dire. Quoi qu’il en soit, la plupart d’entre elles se multiplient vite, et ce, de deux manières différentes. Pour en venir à bout, un seul moyen : les arracher avec délicatesse, mais fermeté, pour bien les extirper avec les racines.
Pour les espèces qui se propagent par graines, le vent endosse son rôle de complice. Là encore, pour vous en débarrasser, patience est mère de toutes les vertus… Afin d’y parvenir, binage et taille fréquente sont impératifs.
Le paillage organique (8 à 10 cm d’épaisseur) réduit la germination des adventices annuelles de 80 à 90 %. Copeaux de bois, paille ou feuilles mortes : choisissez selon la zone du jardin. Prochaine étape : parcourez votre jardin cette semaine avec votre téléphone ou un carnet. Identifiez les 3 à 5 espèces les plus présentes. Classez-les par type de racine.
Rappelons que, comme le soulignait le jardinier paresseux, Larry Hodgson, aucune herbe n'est vraiment mauvaise, simplement certaines deviennent énervantes pour le jardinier quand elles envahissent un jardin ou une pelouse. Toute espèce, même utile, dès lors qu'elle devient majoritaire en un lieu est considérée comme une mauvaise herbe. La connaissance de la biologie de la plante reste votre meilleur outil de gestion.