Stratégies intégrées de gestion des adventices en culture de maïs

Le désherbage est une étape clé de l’itinéraire technique de la culture du maïs. Cette culture étant particulièrement sensible à la concurrence des adventices du semis jusqu’à la couverture des inter-rangs, tout échec impactera irrémédiablement le rendement et la qualité de la récolte. La diversité et la nuisibilité de la flore que l’on peut retrouver dans la culture du maïs nécessitent une connaissance de ses parcelles afin d’anticiper la stratégie de désherbage à mettre en place mais également une observation régulière afin de l’adapter à chaque situation.

Schéma illustrant la période critique de compétition entre le maïs et les adventices

La compréhension de la flore et des enjeux agronomiques

Face au changement de la flore adventice des maïs, quelle stratégie de désherbage adopter ? À quelle problématique principale dois-je faire face ? Quelle problématique spécifique dois-je résoudre ? C’est en fonction des réponses à ces questions qu’une stratégie peut ensuite être élaborée. Le choix dépendra de la flore présente sur la parcelle, des conditions pédo-climatiques de la parcelle et de l’organisation de son temps de travail.

Parmi les adventices les plus problématiques, il est possible de citer parmi les dicotylédones : la mercuriale, la renouée liseron, le datura et les véroniques, mais également des graminées avec les classiques PSD (Panics, Sétaires et Digitaires) ou encore les ray-grass et vulpins qui sont en recrudescence en culture du maïs. Le maïs réagit de manière très sensible à la concurrence des mauvaises herbes aux premiers stades de croissance. Sans un contrôle adéquat des mauvaises herbes, la culture ne peut pas s’établir.

Stratégies de désherbage : mécanisation et bonnes pratiques

Pour les semis début mai, la baisse des températures a ralenti la levée des maïs et la météo a été très défavorable avec des forts orages dans certains secteurs. Peu d’interventions ont pu être réalisées. Avec le retour d’un temps chaud et sec, on peut s’attendre à la formation de croûte de battance. La houe rotative est, dans ce cas, l’outil le plus adapté pour écrouter, utilisable à partir du stade cigare (première feuille enroulée sur elle-même).

Une stratégie 100 % mécanique ou avec un rattrapage en chimique peut s'envisager dans des parcelles avec faible pression adventices (notamment en cas de précédent prairie) afin de rester sur des doses d'herbicide faibles. Le binage peut également intervenir suite à un premier traitement chimique de post-levée. Toutefois, il convient d’être particulièrement vigilant sur les parcelles présentant une forte infestation en vivaces et notamment en liseron. En effet, chaque intervention mécanique revient à sectionner les rhizomes de la vivace et chaque portion de rhizome va donner naissance à une nouvelle plante.

Démonstration de la houe rotative ROTARYSTAR d'EINBÖCK sur maïs stade 4/5 feuilles

Optimisation des traitements chimiques et gestion des résistances

Le S-métolachlore étant maintenant supprimé, le risque d’un report des traitements racinaires sur le DMTA-p (Isard, Dakota P…) est grand. Si l’on veut préserver son usage, mais aussi la qualité de l’eau, il faut réserver ces applications racinaires (seul ou associé) aux parcelles à forte pression RG ou PSD (panic, sétaire, digitaire). Éviter les parcelles proches des captages et des cours d’eau.

Les conditions d’utilisation des herbicides seront dans tous les cas primordiales dans l’efficacité des spécialités. Il convient donc d’alterner et d’associer les modes d’action afin de se préserver de l’apparition de résistances au niveau de la parcelle. Pour les produits foliaires, il est conseillé d'avoir une hygrométrie supérieure à 60% (traiter avant 9h ou après 21h) en période sèche, des températures comprises entre 10 et 15°C, et d'éviter les amplitudes thermiques supérieures à 15°C (jour/nuit).

La stratégie de « post-précoce » et le stade d'intervention

La stratégie de « post-précoce » est à réserver aux semis précoces, ou par défaut en cas d’impossibilité de passage en pré-levée. Elle nécessite parfois un passage de rattrapage, notamment en cas de développement lent du maïs. Par exemple, en cas de présence de liserons, il conviendra d’opter pour une stratégie à 2 applications de Dicamba, la première à 4-5 feuilles du maïs et la seconde après 8 feuilles.

Pour les maïs désherbés en post-levée foliaires (nicosulfuron, mésotrione…), intervenir au stade 1-2 feuilles des adventices permettra de diminuer au maximum les doses de produits à action foliaire et d’assurer l’efficacité du désherbage, y compris sur flore complexe. Cela correspond à environ 10-15 jours après le semis. Éviter les traitements sous forte chaleur ou vent : une partie s’évapore dans l’air et on perd en efficacité aussi.

Tableau comparatif des modes d'action des herbicides (racinaires vs foliaires)

Gestion intégrée et rotation des cultures

La lutte contre les mauvaises herbes (adventices) est certainement une des activités les plus coûteuses dans la culture du maïs, mais elle est absolument nécessaire. La lutte intégrée contre les mauvaises herbes consiste à utiliser différentes techniques, comme le travail du sol, les herbicides et d’autres mesures susceptibles d’avoir un effet sur les espèces d’adventices, leur densité, leur survie et la concurrence qu’elles représentent. Cette approche est fortement recommandée car la combinaison et/ou l’alternance fréquente de différentes mesures permet de lutter contre les mauvaises herbes sur le long terme et avec un taux de réussite plus élevé.

La monoculture du maïs pratiquée dans un champ pendant de nombreuses années peut avoir un effet considérable sur le profil et la population des mauvaises herbes. L’introduction d’autres espèces végétales dans le champ peut avoir un impact et diminuer les pertes de rendement du maïs. La rotation des cultures permet de lutter très efficacement contre deux espèces de mauvaises herbes qui sont des « ennemies » majeures du maïs : Cyperus spp. Chaque culture connaît une période dite critique de compétition, commençant généralement après 10 à 15 jours. Le désherbage, comme de manière générale la protection des cultures contre les phytopathogènes, doit être menée de manière intégrée.

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